Fanfiction StarCraft: Ghost

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Renaissance

Par Gogo le Bucheron

Prologue

Chapitre 1 : Impuissance

Chapitre 2 : Le début d'une nouvelle ère

Chapitre 3 : Que faire ?

Chapitre 4 : Méfiance

Chapitre 5 : Nouvelle mission

Chapitre 6 : Un simple cauchemar...

Chapitre 7 : Un nouvel allié

Chapitre 8 : Tarsonis, Gardienne des secrets

Chapitre 9 : Obscure découverte

Chapitre 10 : Sensations étranges

Chapitre 11 : Allié ou ennemi ?

Chapitre 12 : Trahison - 1ère partie

Chapitre 13 : Trahison - 2ème partie

Chapitre 14 : Une nouvelle menace approche

Chapitre 15 : L'éveil - 1ère partie

Chapitre 16 : L'éveil - 2ème partie

Chapitre 17 : L'éveil - 3ème partie

Qui suis-je ? Qu'est ce que je fais sur cette planète ?

Je ne savais plus depuis combien de temps je marchais ni même pourquoi mais je continuais à avancer droit devant moi, avec ce qu'il me restait de force, tel un zombie, un être dont le corps possède une conscience propre, indépendante de l'esprit lui-même. Je ne sentais plus mes jambes, je ne sentais plus une seule partie de mon corps, je ne savais même pas si j'étais encore en vie.

J'avais beau regarder autour de moi, le plus loin possible, je ne voyais personne. Cette planète désertique, aride, semblait vide. Pas un seul signe de civilisation. Pas un seul signe de vie. Il n'y avait que des dunes à perte de vue, des montagnes de sable comme je venais d'en grimper puis d'en redescendre des centaines. Derrière moi des milliers de pas étaient gravés dans le sable, retraçant mon chemin depuis l'horizon.

Mes jambes finirent par lâcher, vidées de leurs dernières forces, et je ne pus m'empêcher de m'écrouler lourdement au sol sur le dos, mon corps heureusement amorti par le sable. Le poids de mon armure, où plutôt de ce qu'il en restait, m'enfonça légèrement.

Seuls mes yeux fonctionnait encore, peut-être la seule chose qui ne gardait en vie, ou du moins qui me persuadait de l'être encore. La nuit était vraiment magnifique, je ne pouvais détourner mon regard de ce ciel étoilé. L'espace d'un instant, une comète traversa mon champs de vision. Mon esprit se plongea alors dans un rêve éveillé, mais qui se transforma rapidement en un cauchemar. Des images dans ma tête ne cessent de me tourmenter. Elles semblaient sortir de mon imagination pour devenir réelles et apparaître juste devant moi sous la forme de créatures démoniaques. Mais elles défilaient trop rapidement pour me permettre de comprendre ce qui m'était réellement arrivé. L'horreur était la seule chose discernable.

Ce sentiment me paralysait comme si je revenais de l'enfer même. Quelques vagues souvenirs revenaient à la surface et s'envolaient, ne laissant que de la peur. Des silhouettes humaines m'apparaissaient, des visages souriants, familiers, appartenant à une troupe de soldats dont je faisais probablement parti. Mais ces sourires se transformèrent rapidement, laissant place à de la peur puis à de la folie.
Des espèces de chiens, sans peau ni poil, avec des griffes et des dents longues et aiguisées et des serpents avec une queue lançant des projectiles, des sortes aiguilles et possédant deux immenses faux, sûrement capable de trancher les plus solides aciers se tenaient devant nous.

Les images devenaient de plus en plus terribles. Des cadavres, ou plutôt ce qu'il en restait, étaient étalés par terre, à moitié dévorés pour la plupart, déchiquetés, coupés en plusieurs morceaux, les os broyés et des visages figés, marquant l'immense souffrance de mourir de cette façon. Je ne cessais de transpirer, mon coeur battait de plus en plus vite et était au bord d'imploser. Je ressentais chacune des morts de ces hommes et femmes. Comment avais-je pu échapper à une telle horreur ? Mon armure rouge, complètement lacérée et dont certains morceaux avaient été arrachés, indiquait que la bataille avait été violente, surtout que le rouge ne semblait pas être sa couleur naturelle.

A la fin, une seule vision persistait, une image qui resterait gravée dans mon esprit à tout jamais.
La chaire orangée à vif et les muscles apparents donnaient envi de vomir. Sur leur gueule se dessinait un sourire machiavélique. Pourtant le souvenir le plus marquant que l'on gardait de ces créatures était leur regard dont on pouvait rester piégé. Il y avait de l'intelligence dans leurs yeux aussi noirs que le néant, une intelligence malsaine, destructrice. Une haine sans limite. Mais rien qui ressemblait à une âme. Lorsque notre regard se plonge dans leurs yeux, il est même possible de voir sa propre mort et le destin qui nous attend : la souffrance.

La fatigue reprenait le dessus et mes paupières devenaient de plus en plus lourde. Au loin une lumière qui ne ressemblait pas à celle émise par une étoile ou un astre se rapprochait. Le silence s'évaporat avec l'émission d'un très léger vrombissement. Une forme vague se posa à quelques mètres de moi.

Deux silhouettes sombres marchèrent jusqu'à mon corps. Ma vue faiblissait, les deux ombres disparaissant dans la nuit.

- La transformation a commencée. Dommage qu'il soit le seul survivant.
- Les résultats sont concluants. Ramenez-le sur Terre afin que débute la phase suivante.
« Impossible, comment avons-nous pu perdre une fois de plus contre elle. C'est à se demander si Kerrigan et ses zergs peuvent être vaincu. Ce Cerebrate est vraiment un stratège de génie. »

Artanis contemplait la bataille qui faisait rage sur la plateforme de la nouvelle reine des zergs. L'ordre de repli avait déjà été envoyé mais les protoss peinaient à se dégager du combat sans se faire submerger par les troupes d'assaut zergs, galvanisées par leur victoire pratiquement acquise.

Maintenant les quelques vaisseaux qui avaient réussi à survivre à la terrible offensive fuyaient à toute vitesse avec heureusement une certaine coordination mais la plupart ne reverraient par le ciel de Shakura. Et ce fut avec un immense désespoir que le valeureux guerrier protoss observait les dernières poches de résistance qui, noyées sous la masse, ne pouvaient contenir les terribles vagues zergs.
En regardant les quelques protoss survivants se faire massacrer dans le but de donner le plus de temps aux autres de fuir, Artanis aurait voulu se battre à leur coté et mourir au combat mais il ne pouvait pas et se maudissait pour cela. Il ne pouvait qu'observer les zergs répandre une fois encore un flot de sang. Peut-être était-ce sa punition pour son échec.



Pourtant, cette nouvelle bataille semblait donner l'avantage aux protoss. Une immense flotte dont il avait le commandement s'était dirigée vers la plateforme de Kerrigan dans l'espoir de venger la mort de la Matriarche Raszagal, d'Aldaris et de tous les protoss qui avaient eu le malheur de se mettre en travers du chemin de la Reine de Pique. La plus grosse des nuées se trouvant encore sur la planète Char, les troupes zergs, même très nombreuses, n'étaient pas innombrables, et la victoire était largement à sa portée. De plus, l'arrivée de deux autres flottes, les derniers vaisseaux du Directoire et la toute nouvelle armée de Mengsk, prêt à tout pour l'éliminer, renforcèrent considérablement les forces d'assaut dirigées contre les zergs.

Même si, avec la mort des plus grands stratèges humains, le vice-amiral Stukov et le général Duke, les armées terriennes et terrans étaient assez mal coordonnées, les forces de la coalition parvenaient à s'enfoncer de plus en plus dans les défenses ennemis. Les cuirassés et les porte nefs protoss détruisaient les forces aériennes zergs, protégés par les ombres et les scouts qui perçaient des brèches où s'engouffraient les vaisseaux de largage escortés par les walkyries. Les troupes déposées sur l'immense plateforme commencèrent immédiatement la construction des bases défensives permettant le largage de nouvelles troupes.

Depuis leurs bunkers, les marines tiraient des balles en néo-acier irradiées qui transperçaient les carapaces zergs et les flambeurs envoyaient des torrents de flamme, appuyés par les tanks, les dragons et les destructeurs. Les disciples engagèrent alors le combat, réduisant en bouillie les zergs grâce à leurs lames énergétiques. Lentement les forces de Kerrigan se repliaient vers la ruche principale. La mort de celle qui se déclarait la reine de l'univers semblait proche et l'image d'un monde sans zerg apparaissait dans l'esprit de chaque guerrier. Mais le rêve se transforma alors rapidement en cauchemar...

L'unité et le nombre sont les deux grands points forts des zergs : la présence d'une unique conscience crée des guerriers redoutables, sans personnalité et sans sentiment mis à part la soif de sang, et le nombre donne à cette armée un potentiel inimaginable. Alliés à une grande intelligence stratégique et militaire, les zergs étaient invincibles. Et ce jour ne changea en rien cette réalité.

La perspective d'une victoire écrasante de la plus puissante alliance jamais conçue dans cet univers généra une telle jubilation que les deux erreurs à ne surtout pas commettre contre les zergs furent commises : l'imprudence et la sous-estimation. Déclarant que la bataille avait assez duré, la coalition envoya toutes ses forces vers la ruche centrale. Le cérébrate, lui, ne fit pas la même erreur.

Contre toute attente, il avait stocké une quantité incroyable de zergs, dans la ruche ainsi qu'à intérieur même de la plateforme. Et tel un tsunami, cette énorme masse de chair, de griffes et de haine déferla sur les combattants, que se soit les zergs survivants ou leurs ennemis, tuant, éviscérant, tranchant et découpant tout ce qui se trouvait à portée, puis écrasant les restes des cadavres étalés sur le sol.

Durant l'attaque de la coalition, les combattants de mêlée, cherchant à atteindre au plus vite la ruche principale où se terrait leur ennemie, avaient distancé les tanks, dragons et destructeurs. Ceux-ci ne purent qu'observer les troupes, elles-mêmes abasourdies par cette contre-attaque, se faire dévorer par cette armée démoniaque.

La réaction ne se fit pas attendre, tout le monde se repliant vers les bases défensives dans le but de repousser cette ultime attaque. Tous les vaisseaux, qui venaient juste d'exterminer les dernières mutalisks, commençaient leurs manoeuvres de défense, se regroupant afin de se protéger derrière les solides boucliers créés par les vaisseaux laboratoires. Des dizaines de cuirassés déchargèrent leur terribles canons Yamato en direction de la masse uniforme. Les intercepteurs fonçaient par millier vers les zergs. L'espace était rempli de rayons d'énergie, prenant une couleur rouge sang.

Obsédés par cette soudaine attaque zerg, personne ne vit les armées qui avaient traversé la plateforme à travers les canaux nydus. Les zergs firent un vrai massacre en chargeant les zones délaissées et presque sans défense. Les saboteurs envoyaient leurs mélanges acides qui rongeaient les bunkers, les tourelles lance-missiles, et les canons à photon. Les hydralisks tiraient les centaines aiguilles qui traversaient parfois même les aciers les plus résistants. Les zerglings déchiquetaient avec facilité les armures de combat CMC. Même les chars avec leur canon choc de 120 mm ne pouvaient repousser les zergs. Les bases commençaient à céder de toute part.

Les vaisseaux tentèrent d'offrir leur soutient à toutes les bases en difficulté mais juste après avoir quitté leur position, une ultime surprise mortelle apparut.

L'espace noir bouillonnait de particules bleues, indiquant un saut dans l'hyperespace de très grande ampleur. Tiamat, ancienne nuée de l'Overmind maintenant sous contrôle de Kerrigan, la plus puissante des nuées, venait d'apparaître. Des millions de masses, de mutalisks et autres zergs chargèrent la flotte désorganisée, pourchassant et décimant chaque vaisseau. Même les défenses pourtant incroyablement solides du célèbre croiseur humain, l'Aleksander, bien plus puissant qu'un cuirassé ordinaire, ne pouvaient résister à une pareille attaque.

Ces images ne cessaient de tourmenter Artanis. Au lieu de venger les protoss mort contre les zergs, il en avait envoyé d'autres au massacre. L'impuissance de son peuple, dont il avait été si fier pendant des siècles, montrait que les protoss ne s'étaient comportés que comme des enfants facilement manipulable face aux zergs. Ce peuple, qui croyait être l'espèce la plus intelligente de l'univers n'était en fait qu'une race très prévisible

Curieusement, les zergs stoppèrent rapidement la poursuite des vaisseaux survivants terrans et protoss pour s'occuper du reste de la flotte du directoire. Kerrigan avait sûrement décidé de se débarrasser de la seule armée qui avait réussi à contrôler l'Overmind. Peut-être voulait-elle que Mengsk et les protoss survivent pour pouvoir continuer à s'amuser avec eux, tel les jouets qu'ils furent entre ses mains griffues au cour de cette guerre. Probablement les deux...



Une grande menace planait au dessus de l'univers. Pourtant Artanis avait le pressentiment que Kerrigan n'était pas son plus terrible adversaire mais qu'elle n'était qu'un pion dirigé par un ennemi plus dangereux encore. De toute façon, l'avenir des protoss était bien sombre.

Une victoire n'est jamais acquise avant la fin de la bataille (...) la notion de succès ne peut s'apprécier qu'après la fin du conflit...

Karl Von Clausewitz, De la guerre 1831
La guerre. Pourquoi la guerre existe-elle ? Durant toute l'histoire de l'humanité, l'homme a rarement connue une paix durable et totale, sa nature belliqueuse reprenant le dessus. Un besoin irrésistible de dominer, d'imposer, de vaincre nous pousse toujours à rechercher un nouvel ennemi. Tous les empires qui se sont développés ont fini par s'écrouler afin que d'autres prennent leur place et s'écoulent à leur tour. Est-ce le destin de l'humanité de combattre et de détruire pour évoluer, et ce jusqu'à ce qu'un ennemi plus fort nous anéantisse pour de bon ?

Cela faisait maintenant 3 ans que l'on m'avait enrôlé de force dans l'armée. Voir de nombreux soldats mourir dans vos bras alors que vous les considériez comme des frères est horriblement difficile. Pourtant au bout d'un certain temps, on finit par se forger une carapace qui nous évite de ressentir de la tristesse. On finit par croire que la mort n'est pas une fin mais une libération. Libre de ce monde sans cesse en guerre. Libre de ce monde fou. Quand la mort sourit en s'approchant de vous, mieux vaut sourire également et profiter du peu de temps qu'il vous reste.

Lors de l'ancien système, où il existait sur Terre une multitude de pays indépendants, la situation internationale avait fini par devenir chaotique. Le fragile équilibre s'était écroulé au profit d'un anarchisme général. La création de la LPU puis du Directoire aurait du faire cesser les conflits. Pourtant il existe toujours des hommes pour s'opposer au pouvoir des autres. Depuis des dizaines d'années, la LPU devait affronter des terroristes, des milices intégristes anti-directoire, des pirates, qui remettaient en cause sa domination sur la Terre et les colonies. J'ai ainsi participé à la répression de la révolte de Mars et à la défense de Titan lors de l'attaque d'une flotte de pirates mercenaires dirigée par un groupe nationaliste.

Heureusement entre deux missions, un soldat peut disposer d'un peu de répit pour se détendre, jouer aux cartes, discuter ou tout simplement dormir. Pour ma part, j'aime observer le ciel ou l'espace, voir le plus loin possible devant moi. Sûrement une tentative désespérée de me libérer de cette violence.

Seulement depuis quelques temps, les pauses n'étaient plus possibles. On savait depuis longtemps que la LPU assistait en spectateur à la fondation de la confédération terran ainsi qu'aux conflits qui opposèrent les colonies de Koprulu, se contentant d'observer et d'étudier attentivement les progrès réalisés par les colons, génération après génération. Mais la découverte d'espèces extra-terrestres sema la panique sur Terre. Le sort des colonies importait peu, mais les zergs ne devaient en aucun cas parvenir jusqu'au système solaire, ce qui poussa la LPU, devenu le « Directoire de la Fédération Terrienne », d'abandonner sa politique de non-ingérence et de commencer une étude des forces et faiblesses de nos tout nouveaux ennemis pour enfin envoyer une importante force expéditionnaire, dirigée par l'amiral DuGalle et du vice-amiral Stukov, pour mettre un terme aux conflits.

Voici ce qui expliquait ma venue dans Koprulu, où du moins ce qu'on m'avait répondu lorsque j'avais demandé pourquoi on nous avait foutu dans un tel merdier. Des espèces extraterrestres visiblement très évoluées étaient apparues et pourtant la priorité était de soumettre un simple dictateur.


- Jason, qu'est ce que tu fous ? Arrête de rêver et accélère, on est à la bourre ! hurlait Jack sur la liaison COM.

- Boralis en approche ! cria Mendez.

- Ok les mecs ! notre mission est d'observer les nouvelles défenses de la base. et pas de la prendre à nous tous seul ! Donc pas de connerie ! Celui qui nous fait repérer, je l'envois traverser le champ de mines, c'est bien compris ?

Personne ne répondit si ce n'est par un hochement de tête car tous connaissaient suffisamment le sergent Johnson pour savoir que ce n'était pas une vulgaire menace.



A quelques dizaines de kilomètres de la haute colline où nous nous étions arrêtés se dressait la capitale de la seule colonie de Braxis, qui ressemblait plus à une grande base militaire qu'à une ville. Il avait été décidé que cette colonie serait la première à être « libéré » du prétendu empereur Mengsk. Cependant, personne ne fut réjouit de l'arrivée de leurs « sauveurs ». D'ailleurs, ils nous le firent très vite savoir, repoussant une première fois nos forces à cause de l'arrogance de l'état-major qui n'avait pas jugé utile de se renseigner sur les types de défenses dont disposait la colonie.

- Etablissez un rapport rapide des forces de l'ennemi, ordonna le sergent en s'allumant une cigarette, je veux savoir quelles sont les défenses que nous allons devoir écraser.

- Il n'existe qu'une seule entrée possible pour pénétrer dans la ville avec des blindés. La cité s'étend dans toute la vallée, et est donc en partie protégée par des montagnes, pas très hautes mais abruptes et donc difficilement franchissables qui forment en quelque sorte une muraille naturelle contre les attaques en masse, annonça Linda comme si elle récitait une leçon, observant la zone avec ses puissantes jumelles.

- C'est la merde ! ils ont installé une quarantaine de chars et probablement un champ de mine, s'exclama Jack. Et avec tous les bunkers qu'ils ont construits, ça va être difficile d'aller leur botter le cul.

Le sergent Johnson tira une longue bouffée puis soupira en fronçant les sourcils. Il n'avait pour l'instant que des mauvaises nouvelles à annoncer à l'état major. De plus il devait se douter du reste du rapport de sa petite troupe.

- Et d'ailleurs, pourquoi on se tape cette mission de reconnaissance, continua Jack, ils le savent sûrement déjà, tout ça, et ce n'est pas notre stupide rapport qui va change la donne. Pourquoi ils n'ont pas envoyé un vaisseau ou un truc du genre ?

Linda Rawley se retourna vers Jack avec son air de marbre, qui était en fait son expression de tous les jours et qui la rendait aussi insensible et distante.

- Imbécile ! C'est déjà fait. Mais ils veulent qu'on le voit de nos propre eux et que, peut-être on trouve une faille dans leur défense, un détail qui leur aurait échappé...

- Hé, tu me cherches ? De toute façon, on n'a qu'à passer leur défense par les airs.

- Réfléchis un peu, idiot, dis-je en soupirant. Ils ont construit des tas de tourelles lance-missiles dans l'ensemble de la capitale. Et avec quoi on les détruit ? on n'a aucun vaisseau à part nos méga transporteurs, nos walkyries, et nos vaisseaux de transport. Sinon ça ne poserait pas de problème.

- Rappelez moi qui est le con qui a choisi cette colonie comme première cible que je lui dise le fond de ma pensée ? ou plutôt que je lui montre le fond de la sienne ? rajouta Jack en saisissant son couteau de combat.

- C'est l'état-major qui décide. Mais si t'as la trouille, tu peux toujours rester au fond de ton lit, lui répondis-je avec un air sarcastique.

- Fait gaffe à ce que tu dis sinon je vais tellement te défoncer que c'est toi qui va finir ta vie dans un lit d'hôpital, dit-il en retroussant ses manches.

Pour seule réponse, je lui fis signe d'approcher. J'adorais le provoquer, c'était si facile.

Le sergent restait impassible devant le relâchement de ses troupes, enfin la bande de gamin comme il aimait nous appeler, et continuait à fumer tranquillement sa cigarette avec un air pensif. Tout d'un coup, il se releva et dit :

- OK, c'est fini. On revient à la base.

Voila une mission de reconnaissance rondement menée. Nous n'avions rien appris de plus que ce que nous savions déjà. Au moins, nous avons confirmé que nous étions bien dans la merde.

- Hé ! Je crois que j'ai trouvé un léger signal en provenance de l'Est de Boralis, s'écria Mendez, le dragueur de la troupe, comme s'il venait enfin de se réveiller. Une source d'énergie assez faible qui n'avait pas été détecté par les vaisseaux laboratoires, peut-être un petit poste avancé. Mais ça vaut peut-être le coup d'aller voir.

- Bon, allons y ! répondit le sergent, qui avait visiblement besoin d'un peu d'action. Ça nous coûte rien.



Après une agréable ballade de plusieurs dizaines de kilomètres dans les plaines verdoyante, le soi-disant poste avancé était enfin visible. Pour plus de discrétion, le sergent avait préféré finir à pied, jusqu'à une petite forêt qui surplombait le site. Cependant, nous ne trouvions pas face à une vulgaire construction servant de poste d'observation. La base disposait quatre hangars vides. Tous les soldats courraient dans tout les sens : ils semblaient se préparer au combat.

Pourtant les soldats à l'intérieur ne portaient pas les couleurs de l'empereur. Au contraire, sur le bras droit de chaque armure CMC 400, un petit signe, une sorte d'aigle dans un triangle, rappelait celui qui ornait le drapeau représentatif de l'une des plus célèbres escadrilles ayant appartenues à l'ancienne confédération.

Voyant ici un élément qui pourrait intéresser les stratèges du directoire qui préparaient la future bataille, le sergent ordonna à l'un des marines d'envoyer un message à l'état-major pour l'avertir de sa trouvaille. Ces hommes connaissaient sûrement mieux le terrain, donc ils pouvaient peut-être donner des informations sur le type de défense que possédait Boralis et, qui sait, savoir quel était son point faible.
Immédiatement, on nous donna l'ordre d'aller parlementer mais on savait que si nous devions être « sacrifié » (ce qui ne semblait pas les gêner), ils leur suffiraient de bombarder la zone. Et nous avec...

- Mc Brien, Walkins, venez avec moi, les autres, restez à couvert, et abattez moi tous ça au moindre mouvement brusque, cria le sergent Johnson en agitant ses bras pour indiquer l'emplacement de chaque marine.

- Super, encore en première ligne, marmonnai-je.

- Tu préfères aller discuter avec les marines de l'empire? dit Jack en riant, me donnant au passage une tape sur l'épaule à assommer une de ces ultralisks dont on parlait tant.

N'ayant aucune envie de répondre, je saisis mon Gauss « Empaleur » et me dirigeai vers la petite jeep du sergent.

Lors de mon entrée dans les marines quelque peu forcée, j'avais eu la chance de me retrouver dans la même section que Jack Walkins. Dés le départ, une amitié fraternelle était née entre lui et moi. C'était comme si je l'avais toujours connu.

C'était une véritable montagne de muscle de plus de deux mètres. Avec son visage mal rasé et sa carrure de barbare sanguinaire, il faisait presque aussi peur à ses alliés qu'à ses ennemis. Certains pensaient même qu'il était capable de soulever un tank à bout de bras ou d'encaisser sans broncher un obus de 80mm, ce qui était ridicule en soi mais qui me laissait quand même perplexe parfois. Rien n'était impossible avec lui...
Contrairement à moi, il s'était engagé de lui-même dans l'armée, rêvant de parcourir toute la galaxie et vivre plein d'aventures héroïques. Mais lors de sa première bataille, il avait réalisé que la guerre n'était pas aussi excitante que dans les jeux vidéo. Pourtant il avait gardé une âme d'enfant. Jack faisait parti de ces personnes qui, à n'importe quel moment de la journée, étaient bourrées d'énergie, ce qui n'était pas toujours bon pour moi.



Trois marines nous « accueillirent » à notre arrivée à l'entrée de la petite base, munis d'armes à très gros calibre, et deux autres se dirigèrent vers les mitrailleuses lourdes situées sur deux petites tours, recherchant d'autres cibles dans les environs en cas d'attaque. Le début de cette mission n'était pas fameux. Mais elle pouvait être bien pire encore.

Certains semblaient assez désorientés par la venue de soldats n'appartenant à aucune faction militaire connue, les autres, méfiant, était près à nous cribler de balles. Ils semblaient tous à cran et je demandais pourquoi tout n'avait pas encore péter de tous les cotés.

Seul un soldat ne semblait pas être surpris, un homme noir portant une sorte de combinaison spéciale réservée aux fantômes. Sa main droite tenait un long fusil C-10, l'arme favorite pour les snipers, à la fois précise et à longue portée. Cependant, contrairement à la plupart des fantômes qui préféraient cacher leur visage sous un masque pour garder secrète leur identité, lui, avait le visage à découvert, un béret vert sur la tête, peut-être pour sembler un peu plus « humain » auprès de ses camarades. Le fond de ses yeux noirs était très légèrement bleuté, provoqué sans doute par le mélange des différentes drogues injectées par la combinaison du fantôme.

Le sergent Johnson nous demanda de rester à l'écart et de donner nos armes aux marines qui nous entouraient et se tenaient près à nous descendre au moindre problème, pendant que lui allait se présenter au fantôme qui devait être le chef du groupe. Pourtant, j'avais l'impression que son attention ne se portait pas vers le sergent mais sur autre chose : moi. Le sergent et moi étions dans le même axe mais je sentais que son regard me fixait. Un petit sourire malicieux se dessina sur son visage. Un sourire qui n'inspirait vraiment pas confiance.



Rapidement, le fantôme accepta d'entrer en contact avec l'état-major grâce à un appareil holographique portable de dernière génération. De cette manière, personne ne risquait de mauvaise surprise. Tous sauf nous en cas de désaccord entre les deux partis.

Le plateau supérieur du transmetteur holographique se mit à tourner sur lui-même de plus en plus rapidement, dégageant une aura lumineuse où apparut une forme humaine, révélant un homme massif, aux larges d'épaules. Son visage, quoi que assez ordinaire, imposait un certain respect. Il avait des sourcils fins, un petit menton et des cheveux noirs assez longs en bataille, ce qui n'était pas vraiment règlementaire. Il semblait relativement jeune pour ce haut poste. Pourtant une petite cicatrice sur la joue gauche, tracée par une balle tirée à bout portant, était la preuve que cet homme était un militaire émérite qui avait survécu à plusieurs guerres. Le « Capitaine », un homme au passé assez mystérieux et dont on ne connaissait ni la carrière militaire ni même le véritable nom, se tenait debout, les bras dans le dos.

Le fantôme, serrant sa main droite contre son coeur tout en baissant son visage, salua la petite image holographique de l'homme qui se tenait devant lui. Le « Capitaine », surpris de cette marque de respect, répéta le geste.

- Capitaine. Je suis le lieutenant Samir Duran des forces de résistance confédérées. J'ai assisté à votre attaque contre les forces de l'empire, déclara le fantôme d'une voix fière, et je vous offre mes services en échange d'une amnistie.

Celui-ci se préparait à répondre lorsqu'un deuxième homme, qui se tenait auparavant à l'écart du rayon transmetteur de l'appareil holographique mais qui avait écouté le lieutenant, marcha lentement vers le Capitaine.
Le célèbre vice-amiral Stukov lui mit une main sur l'épaule pour lui faire comprendre qu'il avait l'intention de mener l' « interrogatoire ».

- Voila qui est étonnant, lieutenant, vous n'avez aucune idée de qui nous sommes et de ce que nous sommes venu faire ici, dit le vice-amiral d'un air assez sec et dubitatif. Pourquoi voulez vous tant nous aider ?

- Parce que mes hommes et moi-même avons juré de combattre l'empire terran et son dirigeant, répondit Duran. Quand j'ai vu la façon dont vous traitiez les forces de l'empire, j'ai pensé que nous étions dans le même camp.

Je n'avais aucune confiance en cet homme. Ses paroles sonnaient fausses. J'étais sûr qu'il nous cachait de lourds secrets. Visiblement, Stukov semblait être aussi méfiant que moi vis-à-vis du fantôme.

- Je vois, marmonna le vice-amiral, peu convaincu par ces belles paroles. Comment proposez vous de nous aider, lieutenant ?

- Eh bien ; je connais parfaitement cette zone. Je peux vous montrer un chemin qui contourne la base principale de l'empire et même vous aider à contourner certaines des défenses de la base.

Sur le visage de Stukov se dessina un léger sourire. Cet argument l'avait (malheureusement) convaincu de l'utilité de cet homme.

- Fort bien, lieutenant. Considérez vous, vous et vos hommes, comme les premières recrues coloniale du Directoire de la Fédération Terrienne.

Puis il se tourna vers l'homme qui se tenait toujours à ses cotés et qui n'avait pas dit un mot depuis le début de la conversation.

- Capitaine, veillez à ce que le lieutenant coopère pleinement. Nous verrons s'il mérite que nous prenions sa requête en considération, déclara Stukov dans le but de faire comprendre à Duran que son nouveau statut ne le libérait pas de sa surveillance.

L'image du Capitaine en train d'acquiescer fut la dernière émit le transmetteur holographique.

Le sergent se rapprocha du lieutenant, déclarant un simple « allons-y », puis se dirigea vers la jeep, rapidement rejoint par Jack et moi.
Tous les soldats, mis à part les deux hommes manipulant les mitrailleuses lourdes à l'entrée, prirent également un autre véhicule, un char dont le canon, probablement détruit, avait été enlevé pour permettre au véhicule blindé d'accueillir plus de passagers. Il ne nous restait qu'à « livrer » cette petite troupe à l'état-major.



C'est une bien faible lumière qui nous vient du Ciel étoilé. Que serait, pourtant, la pensée humaine si nous ne pouvions pas percevoir ces étoiles... ?

Jean PERRIN
Alors que le vaisseau amiral « Gantrithor II », baptisé par Artanis lui-même en l'honneur de Tassadar, se posait silencieusement sur la grande piste d'atterrissage circulaire de la Citadelle Noire, capitale du monde de Shakura, la foule ne cessait de grandir, s'amassant aussi près que possible, les yeux rivés vers ce qu'il restait de la flotte protoss.

Personne ne savait ce qu'il s'était passé mais le faible nombre de vaisseaux de la flotte ainsi que son retour si rapide n'annonçait pas une bonne nouvelle.


La passerelle principale du vaisseau amiral s'ouvrit très lentement pour laisser apparaître un petit groupe de soldats. Artanis, suivi de celui qu'il avait nommé pour être son second, Khalès, était à la tête d'une petite troupe totalement apathique.

Il est souvent difficile de connaître les sentiments que ressent un protoss simplement sur son visage. Pourtant, on pouvait lire dans leurs yeux un désespoir sans fin. Choqué de voir les plus grands et les plus courageux combattants revenir dans un tel état, pas un seul protoss n'osa « lever la voix ». Seules quelques faibles pensées se propageaient dans le Khala.

L'arrivée de deux templiers noirs sortit la foule de sa léthargie passagère et de nouveau le liens qui unissait chaque protoss était noyé sous les discutions. Tous s'écartèrent afin de laisser passer les deux messagers.
Puis, dans l'attente d'une explication, un lourd silence tomba.

- En taro Adun, Prêteur Artanis, déclara l'un des templiers noirs, se courbant légèrement en signe de respect.

- En taro Tassadar, leur répondit le guerrier déchu d'une voix forte, cherchant à se ressaisir pour donner une impression rassurante à tous les protoss présents.

- Votre retour prématuré suscite de nombreuses questions. Le Conseil Noir tient à ce que vous leur fassiez un rapport immédiat, continua l'autre Templier noirs. Veillez nous suivre.

- Bien.

Le petit groupe quitta la piste d'atterrissage pour se diriger vers le centre de la ville à travers un long chemin de pierre menant au temple d'Adun, siège du Conseil Noir et de l'ensemble des dirigeants de la seconde planète mère des templiers noirs après Aiur.



Pendant la longue marche, Artanis regardait attentivement autour de lui. Les templiers noirs avaient tenté de créer sur cette partie de la planète une deuxième Aiur car, à part la couleur bleue du sol, les paysages ressemblaient comme deux gouttes d'eau à ceux que l'on pouvait rencontrer sur la planète mère des Premiers Nés : d'immenses jungles sauvages, des temples dont l'architecture ressemblait à celle des temples anciens Xel'Nagas disséminés sur toute la surface de leur planète d'origine, des espèces appartenant sûrement à l'écosystème d'Aiur...

Shakura ressemblait vraiment à un paradis. Pourtant ce n'était pas Aiur et ce « substitut » ne pouvait l'empêcher de penser à sa planète bien aimée. Un sentiment de nostalgie s'empara de lui, le replongeant dans les souvenirs qui lui restaient d'avant la guerre contre les zergs.

La vie n'avait pas cessé de continuer après son départ et son retour avait accéléré les choses. La destruction d'une grande partie de la principale flotte forçait les ingénieurs à redoubler d'effort pour reconstruire de nouveaux vaisseaux et réparer ceux qui pouvaient encore l'être pour assurer la protection de la planète en cas d'attaque zerg.

A une centaine de mètre, il pouvait en observer des sondes en train de s'occuper d'un porte nef dont un immense trou dans la partie arrière de la coque, sans doute provoqué par l'attaque suicide de plusieurs masses, avait faillit faire imploser les moteurs. C'était sans doute un miracle qu'il ait pu d'arriver jusqu'ici et encore plus à se poser. Mais ce qui restait de cette carcasse ne combattrait plus jamais les zergs ou tous autre ennemi d'Aiur et les ingénieurs récupéraient ce qui pouvait être encore utile et découpaient l'acier pour le refondre.

Cependant Artanis sentait entre les deux peuples frères les restes de la récente guerre civile qui avait opposé les templiers d'Aldaris et les templiers noirs de la matriarche Raszagal. Et la mort des deux dirigeants était également une source de méfiance vis-à-vis de l'autre camp.
Tous connaissait les circonstance de leur mort mais aucun ne pouvait s'empêcher de rejeter la faute à l'autre camp : pour les partisans du conclave, les templiers noirs avaient été manipulés par leur Matriarche infestée et étaient en parti responsables de l'assassinat du seul à avoir compris le complot de Kerrigan alors que ces derniers jugeaient responsables les habitants d'Aiur de l'infestation de leur Matriarche en ayant amené les zergs sur Shakura et en ayant permis la Reine de Pique d'agir en toute impunité.

Le préteur savait que cette attitude pouvait être dangereuse car les protoss étaient détournés de leur principal ennemi, tout comme le Conclave s'était plus préoccupé des agissements du héros Tassadar contre les lois que de la menace que représentait l'Overmind.



Deux tours, hautes d'une centaine de mètre, s'élevaient dans le ciel violet de Shakura. En regardant attentivement les murs du temple, on pouvait remarquer que le temple n'avait pas été construit sur une petite colline mais qu'il avait été bâti à partir d'une montagne. La pierre, d'un bleu assez foncé, était d'une grande résistance et façonner une montagne permettait à cette roche d'être plus compact donc au temple de gagner en solidité.

Deux statues, situées de chaque coté des deux portes métalliques, ornaient l'entrée. L'une représentait le célèbre Adun, qui avait convaincu ses frères templiers de cacher les tribus rebelles aux yeux du Conclave mais qui fut puni pour son insubordination, et qui possédait maintenant un statut de martyr pour les templiers noirs, et celle d'un Xel'Naga, probablement le premier à être entré en contact avec le peuple protoss.

C'était la première fois que le jeune préteur, âgé seulement de 262 ans, allait rencontrer le Conseil Noir.

On ne savait que peu de choses sur ceux qui en faisaient parti qui se dissimulaient derrière l'image souveraine du Patriarche ou de la Matriarche, particulièrement si on n'était pas un templier noir.

Cette image sombre et mystérieuse ne rassura en aucun cas Artanis car d'étranges rumeurs circulaient au sein de la communauté des protoss survivants d'Aiur. Certains pensaient qu'ils auraient également été infestés ou qu'ils auraient pu facilité l'infestation de la Matriarche.

Les deux templiers noirs ayant servi de messager s'arrêtèrent devant une grande porte et prièrent le reste du groupe d'attendre le retour de leur chef. Puis ils saisirent leur cape mimétique et la passèrent devant leur visage pour se revêtir d'une invisibilité totale. Artanis ressentait la présence des deux messagers mais aussi celle de la dizaine de gardes qui était dissimulée dans l'ensemble de la grande salle, tous surveillant les moindres gestes de leurs « invités ».

La grande porte s'ouvrit lentement, laissant place à une immense salle sombre. Artanis hésita un petit instant puis pénétra dans le siège du Conseil Noir.



Seul un rayon de lumière vertical pénétrait dans la salle aussi noir que l'espace. Artanis se tenait debout juste au milieu de la lumière. Ainsi il ne pouvait pas voir ceux qui lui parlaient, ce qui n'était pas le cas pour eux. Le préteur ressentait la présence de cinq ou six templiers noirs, mais dont les esprits rivalisaient aisément avec les plus grands judicateurs du Conclave.

- Préteur Artanis, pouvez vous nous expliquer votre échec ainsi que la destruction de notre flotte ? Demanda une voix forte et agressive, qui ne prit même pas la peine de saluer ce dernier pour entrer directement dans le vif du sujet.

- En taro Tassadar, je me présente devant vous pour vous donner mon rapport sur les derniers événements, annonça Artanis, mettant un genou à terre en signe de respect, et...

- Tassadar n'aurait pas échoué à votre place, vous n'êtes pas digne de prononcer son nom, coupa la même voix avec un ton plus agressif encore.

- Du calme, nous ne sommes pas ici pour juger ni condamner, nous sommes ici d'abord pour comprendre, déclara une voix plus sage. Racontez nous le déroulement de la bataille et expliquez nous la raison de votre défaite.

Artanis hocha la tête et commença à décrire ce qu'il s'était passé sur la plate-forme géante de la reine des zergs, l'alliance avec les humains, le semblant de victoire puis le retournement de situation en faveur des zergs. Au fil de son discours, la voix d'abord fier du préteur baissa en intensité, en fourgue, pour se remplir d'une certaine tristesse d'avoir vu ses frères déchiquetés par leurs ennemis.

Au cours de sa courte vie, il avait appris à surmonter la mort de ses camarades et de garder espoir mais cette dernière bataille avait visiblement entamé son mental. Un fatalisme que ressentaient tous les survivants de la dernière guerre. Son plus grand héros, Tassadar, s'était probablement sacrifié en vain, détruisant l'Overmind pour laisser Kerrigan s'emparer de la nuée, et il n'avait pu lui faire honneur en tuant de ses propres mains la Reine de Pique.

- La situation est devenue plus que difficile, ajouta une troisième voix après la fin du discourt, quelles sont les solutions qu'il nous reste ?

- Il nous faut éviter de trop attirer l'attention de Kerrigan et reconstruire nos défenses avant qu'elle ne décide de se venger. L'anéantissement de cette armée, le Directoire, peut nous donner un peu de temps qu'il faut immédiatement mettre à profit, dit la première voix.

- Mais vous ne comprenez pas ! déclara Artanis. Le directoire fut le seul à réussir à contrôler la nuée, ce qui avait affaibli Kerrigan. Si elle se débarrasse d'eux, elle n'aura plus que deux cibles : Mengsk et nous !

Au fond de la salle, le son d'un poing frappant avec force sur une table ou un objet s'en approchant retentit.

- Nous l'attendrons de pied ferme, dit une autre voix. Avec notre Machine de Mort, cette terrible arme Xel'Naga, aucun zerg ne pourra s'approcher de Shakura. Nous sommes en sécurité sur cette planète.

- Mais l'utilisation abusive de l'arme de nos créateurs peut l'endommager ou pire, nous détruire en même temps que les zergs, répliqua la dernière voix. Kerrigan se fiche de sacrifier ses minions zergs si cela peut lui permettre de nous exterminer.

Un long silence s'abattit dans la salle du Conseil Noir.

- Avez-vous un plan quelconque à nous exposer ? demanda la voix sage et sereine.

- Il nous reste deux solutions : soit nous nous renforçons et attaquons la Reine avant qu'elle n'ait eu le temps de créer trop de zergs...

- Vous êtes fou, nous n'avons plus assez de force pour adopter cette stratégie, s'étrangla la première voix.

- Quelle est votre autre solution ? demanda une fois de plus la voix sage du templier noir

- La même que pour Shakura : les Xel'Nagas. Je suis sur qu'il existe dans l'univers une autre arme construite par les créateurs qui pourrait nous permettre de vaincre une fois pour toute ces zergs.

- Mais nous ne savons pas où trouver une arme Xel'Naga assez puissante. Jusque là, nous n'avons trouvé que des petites reliques n'ayant qu'un intérêt culturel et parfois scientifique, déclara une voix encore inconnue.

Un hologramme apparut au milieu de la salle, faisant défiler divers objets ayant autrefois appartenu aux « voyageurs de l'infini » pour s'arrêter sur l'image du temple qui avait sauvé Shakura de la destruction.

- La Machine de Mort est la première arme de grande puissance que nous ayons. Et sa zone d'effet ne dépasse pas l'atmosphère de la planète, reprit la voix.

De nouveau, la salle fut plongée dans un silence complet, chacun cherchant une solution qui pourrait éviter l'extinction de leur espèce.



Lorsque les armes se taisent, leur bruit est remplacé par les lamentations des morts, relayées par les soupirs des survivants.

Moses Isegawa, Extrait des Chroniques abyssiniennes
Deux jours étaient passés depuis l'arrivée des « nouvelles recrues », deux jours ayant permis à nos chercheurs de fabriquer un grand nombre d'armes, ainsi que pour équiper la prochaine troupe d'assaut en véhicules blindés diverses grâce aux plans fournis par le (trop) mystérieux lieutenant Duran.

En effet, d'après l'état-major, la technologie d'hypersaut dont nous nous étions servis pour notre transfert vers Koprulu n'était pas compatible avec nos modèles de croiseurs de combats ni avec nos modèles d'ombres. Elle ne pouvait être placée que sur des frégates de Valkyrie et sur des transporteurs.

De plus, il avait été décidé de ne pas reproduire notre propre technologie afin d'éviter que Mengsk ne s'en empare, nous obligeant à ne nous servir que des ressources technologiques du secteur. Les seuls avantages utilisables étaient le nouveau prototype de croiseur interstellaire, l'Aleksander, et les walkyries.

Mais pour cela, il nous fallait de plus gros moyen de production. La prise de Boralis devenait donc une nécessité pour débuter la fabrication en chaîne d'armes lourdes et de vaisseaux de guerre comme les cuirassés

Chaque soldat possédait maintenant une armure de combat CMC- 500, les combinaisons les plus évoluées de Koprulu. Cependant, elles ne semblaient pas aussi efficaces que celle que nous utilisions dans le système solaire. Mais leur mobilité, facilité par les servomoteurs situées sous les semelles, permettait un déplacement rapide ce qui différait de nos armures, plus lourdes.



Croyant nous récompenser de nos trouvailles, notre petite troupe de reconnaissance avait été assignée au « petit » groupe d'infiltration composé d'une trentaine d'hommes dont la mission était de détruire le poste de commandement qui dirigeait une partie essentielle de la défense de Boralis pendant qu'une forte troupe d'assaut avait l'ordre d'occuper la ligne principale en bombardant la zone. Etrangement, ce genre de mission était plutôt destiné aux fantômes. Peut-être que l'état-major ne voulait pas risquer de perdre ces troupes d'élites. En cas de piège, il valait mieux sacrifier une poignée de soldat. De toute façon, ils en avaient 16 millions sous la main.

Duran prévoyait de nous faire traverser les lignes de défenses en zigzagant entre les bunkers pour atteindre un poste de garde éloigné de la zone de combat, et donc sans défense. Plusieurs heures de marches étaient nécessaires ainsi que quelles acrobaties. Mais je devais reconnaître que ce chemin nous permettait de nous faufiler entre les défenses installées sur la montagne sans aucun problème.

Jack tenait fermement sa grosse mitrailleuse contre son corps, pourtant son visage était calme. C'était un homme d'action mais il avait appris à ne pas être trop confiant sur le terrain. Au loin, le son des chars Sièges pilonnant la position du champ de mine et de la première ligne de bunker émanait de l'autre coté de la vallée. Les tirs semblaient s'intensifier, preuve que les forces de l'empire de comptaient pas jouer à la défensive. Notre groupe accéléra pour arriver avant que la bataille ne soit terminée et ainsi profiter de l'effet de surprise.

Les mouvements du lieutenant Duran étaient d'une incroyable souplesse. Il se déplaçait avec grâce, une grâce peu commune, même pour un fantôme. Chaque fois que je le regardais, je ressentais quelque chose d'étrange, comme si nous nous étions déjà rencontré auparavant.
Mon esprit était assailli de questions sur cet homme et il semblait le savoir sans même avoir lu dans mes pensées comme les fantômes en ont l'habitude. Je devais absolument le surveiller. Peut-être étais-je tout simplement paranoïaque après tout...



Il était terrifiant de voir à quel point les forces de l'empereur avaient été négligentes dans leur système défensif. Afin de circuler plus facilement en cas de bombardement massif de la ville, un réseau souterrain reliait chaque base. Le petit poste avancé était désormais pratiquement vide, la plupart des marines ayant rejoint le front, ce qui facilitait grandement l'accès à une entrée aux tunnels. L'élimination de quelques soldats n'avait été qu'une simple formalité. Une fois encore, Duran se chargea de se débarrasser de nos ennemis. Un simple couteau de combat lui suffisait, surgissant, tranchant une gorge puis disparaissant. Les marines avaient compris mais restaient totalement impuissants.
En l'espace d'un instant, une balle tirée d'un servo-gun perfora le casque d'un soldat. Puis la nuque d'un autre fut brisée. Duran éliminait méthodiquement toutes ses cibles. Sa dextérité et son talent étaient énormes. Il était clair qu'il avait quelque chose de plus que les autres.

Jack semblait fasciné par les prouesses accomplies par le fantôme.

- Y a pas à dire : il a du style, me murmura Jack en souriant.

- Hum, marmonnais-je, fixant de loin les cadavres laissés par le passage du lieutenant.

- Me dit pas que t'es jaloux !

- Ce n'est pas ça ! tu ne le trouves pas étrange ?

Le colosse réagît comme si la question n'avait aucun sens pour lui.

- C'est un fantôme, me répondit-il.

- Fermez-là, marines, réagit le sergent qui tentait de se concentrer sur la bataille

Un des soldats, avant de voir sa tête sans protection sectionnée du reste de son corps, avait déclenché l'alarme, attirant ainsi de nombreux soldats lourdement armés. Par un heureux réflexe, le sergent appuya sur le panneau de contrôle de la porte blindé avant de le cribler de balles, bloquant les nouveaux arrivant. Ils avaient gagné un peu de temps et le lieutenant était introuvable.

- Où est passé le lieutenant Duran ? demanda le sergent en recherchant celui qu'il avait perdu de vue.

- Je ne sais pas mais j'ai l'impression qu'il s'est barré au moment où on a vraiment besoin de lui. Il est le seul à connaître le chemin jusqu'au centre de commandement.

- Merde ! Qu'est ce qu'on fait maintenant ? demanda Jack en tournant sa tête dans tous les cotés. C'est un vrai labyrinthe.

Il y avait plusieurs chemins et aucun moyen de savoir dans quelle direction était le centre de commandement. Les bruits de pas venaient de partout et la porte blindée fermée devenait de plus en plus rouge, sans doute un flambeur. Plusieurs rafales courtes attiraient notre attention. De l'autre coté de la salle, deux marines gisaient par terre, nageant dans leur propre sang.

- On se casse ! cria le sergent en se dirigeant vers un des couloirs, suivi de près par les autres marines. On se débrouillera sans lui !

Deux autres fermèrent la marche en balançant des grenades à fragmentation et se planquèrent de chaque coté d'une petite intersection, vidant leurs chargeurs sur les soldats de l'empereur qui passaient.

Tout le monde courrait aussi vite que possible, ne se souciant même pas les rafales envoyées par nos ennemis. De temps à autre, certains, épuisés, s'arrêtaient pour donner un peu de temps à leurs équipiers.

- Attendez, je crois que j'ai trouvé quelque chose, déclara Mendez en désignant du doigt un petit couloir.

Au bout du petit couloir, derrière la porte ouverte, on pouvait apercevoir de nombreux écrans et des centaines de boutons lumineux verts et rouges. Le soldat marcha rapidement mais avec prudence jusqu'à la salle, cherchant la moindre cible.

La pièce ressemblait à un centre de communication. Un soldat à moitié endormi était affalé sur le fauteuil. Il ne semblait pas avoir remarqué le déclenchement récent de l'alarme, le son assourdissant du métal sortant de son casque.

Le soldat se retourna avec nonchalance. Croyant que ce n'était qu'un autre soldat qui allait le remplacer, il fut surpris de voir un marine en armure braquer son Gauss sur lui. Par réflexe, il voulut prendre son petit pistolet caché dans son dos, son propre fusil d'assaut posé à plusieurs mètres sur la petite table, à coté de la tasse de café encore à moitié pleine, mais il n'eut pas le temps de s'en emparer, une balle perforante traversant son crâne avant de le faire exploser en plusieurs morceaux. Mendez retira les restes du corps, avala d'un coup ce qui restait du café et se posa en face de l'ordinateur le plus proche.

- Dépêche !!! On ne va pas tenir longtemps, cria Linda en criblant de balle un flambeur trop confiant.

L'explosion provoquée par la fuite du réservoir de carburant du flambeur, tuant du même coup d'autres soldats impériaux malchanceux, absorba le son de l'insulte de Mendez. Les balles commençaient à manquer et une dizaine de marines avait survécu parmi la trentaine du départ. De nombreux cadavres se vidaient de leur sang partout dans les couloirs. Mais le pire restait à venir...



D'un seul coup, la bataille cessa, les soldats de l'empire se retirant rapidement. Chaque soldat encore vivant souffla un grand coup avant de recharger leurs armes, prenant si besoin celles de leurs compagnons morts au combat. Le soldat Mendez déboula en courrant avec un petit microprocesseur qu'il insérât dans son armure.

- C'est bon ! J'ai réussi à obtenir un plan de la base, dit-il en fixant Linda avec un sourire rageur, on est plus qu'à une centaine de mètres du centre de commandement et....

Un bruit sourd retentissait dans le couloir à droite, un bruit de pas mécanisé. Tous les marines se préparait, pointant leurs fusils vers le fond obscure d'où provenait les bruits de pas. Trois marines se tenaient prêt à dégoupiller des grenades pour éliminer toute menace.

Soudain, le son d'une arme lourde se chargeant fit paniquer certains soldats. Les bruits de pas était de plus en plus proche, la cible venait de tourner à sa dernière intersection et se dirigeait tout droit vers ses prochaines victimes.

Un petit silence s'installa durant un court instant, un instant qui semblait durer une éternité. Un silence de mort.

L'un des soldats osa se lever sans faire de bruit pour se rapprocher de ses camarades. Jamais il ne pu les rejoindre. Un déluge de balle se déchaîna sur lui et son corps, repoussé par les impacts des tirs qui martelaient sa cuirasse, fut projeté à plusieurs mètres contre le mur.

- C'est pour ça qu'ils avaient éteint les lampes, criais-je.

Jack sortit de sa cachette et tira à l'aveuglette avant de plonger sur le coté, une nouvelle rafale déchiquetant le mur qui se trouvait juste derrière lui. Deux canons jumelés de 30mm surgirent de l'obscurité, abattant deux autres soldats. Plusieurs grenades furent lancées, détruisant le monstre d'acier... avant qu'un autre ne le remplacer.

Le nouveau Goliath courra jusqu'à ses cibles à une vitesse impressionnante dans un couloir tout juste à sa taille tout en déchargeant ses balles sur ses ennemis sans défense. Les armes de mes camarades cessaient de tirer les unes après les autres. Plus de munition. Et le Goliath se rapprochait si vite. Un hurlement de rage sortait de la bouche grande ouverte du pilote. Il allait bientôt venger la mort de son équipier. Et merde !

Soudain, le Goliath stoppa net sa course effrénée. Des minuscules éclairs de lumière bleutés parcourraient l'ensemble de la machine. Son pilote semblait abasourdit d'avoir été bloqué en pleine action. Ne comprenant pas d'où provenait le problème, il frappa de toutes ses forces l'écran de contrôle des canons jumelés puis, dans un dernier recours, à ses manettes de visée des missiles hellfire. Le Goliath tomba subitement à la renverse.


Une voix retentit dans le couloir.

« Tu es mort !».

Elle ressemblait à celle du lieutenant Duran. Pourtant elle sonnait étrangement comme si sa fréquence avait été modifiée. Elle était plus grave, plus résonnante, plus inhumaine. Le ton de la voix exprimait la délectation éprouvée en tuant. Cependant, je ne savais pas pourquoi, je percevais de la haine pour cet homme, non pas parce qu'il appartenait aux forces de l'empire mais tout simplement parce qu'il était humain. Cette voix me glaça le sang. Mais j'étais le seul à avoir réagit. Cela voulait-il dire que j'étais le seul à l'avoir entendu ?
Vraiment étrange...

Une seconde après, du sang coula du nez du soldat encore au sol. Ses yeux s'ouvrirent d'un seul coup, les pupilles s'agrandirent au maximum. La petite lueur de vie qui existait encore disparaissait lentement. Un râle à moitié noyé par le sang qui dégoulinait sortît difficilement de la bouche du marine. Par un dernier effort, son bras se tendit vers le vide ou quelque chose qui n'existait pas. Puis le soldat s'écroula lourdement après un léger son de craquement

Ce qui n'était qu'une ombre se changea rapidement en une silhouette. Le lieutenant Duran venait d'apparaître à coté du cadavre, fixant les yeux grands ouverts du mort. De la fumée sortait encore de son fusil et sa combinaison était tachée de sang humain.

Chaque soldat regardait bouche bée la scène. Personne n'avait compris ce qu'il s'était passé. Le premier à réagir fût le sergent qui marcha vers le cadavre avant de se tourner rapidement vers le fantôme, sans dire un seul mot.

Puis, dans un silence complet, le reste de la petite troupe d'infiltration se remit à courir, suivant Mendez.



Sans aucune résistance, nous parvînmes jusqu'à les portes blindées du centre de commande. Le panneau d'ouverture se trouvait malheureusement à l'intérieur. Linda se colla contre la porte du coté probable du panneau, et colla une grenade EMP. Cinq secondes s'écoulèrent et un éclair inonda le couloir. Jack se dirigea alors vers les portes. L'explosion de la grenade avait laissé une mince couche de poussière sur sa surface, mais celle-ci était encore intacte.

On pouvait balancer des centaines de grenades, l'acier spécialement conçu pour ces portes blindées y résisterait facilement ; mais lorsque les grenades EMP explosait, elle déréglaient les éléments électroniques. Jack enfonça son gantelet dans l'entrebâillement des deux portes en espérant que la grenade avait coupé leur mécanisme motorisé. Celles-ci s'écartèrent de quelques centimètres.

- C'est bon, dit-il en se préparant une dernière fois à ouvrir les portes, vous êtes prêt ?

- En position et prêt à botter des culs impériaux, répondit Mendez.

Jack saisit une fois de plus les grosses portes et tira de toutes ses forces. A peine celles-ci étaient ouvertes d'une cinquantaine de centimètres que des balles ricochèrent. L'espace entre les deux portes permettait le passage d'une personne. Le lieutenant Duran se précipita à l'intérieur du centre de commandement.

- Marines ! cria le sergent. Tir de barrage.

- OK, répondit Mendez et Linda.

Je mis un genou à terre et commençai à tirer dans l'ouverture ; Linda, elle, se redressa et tira par-dessus ma tête. La bataille semblait perdue, les soldats impériaux étaient mieux armée et avaient plus de munition. La situation tournait en notre défaveur. Nos ennemis commençaient à se rapprocher des deux portes blindées.

Un soldat impérial saisit alors une grenade, la dégoupilla et.... sa main fut tranchée par un couteau invisible. Le marine s'agenouilla au sol, tenant ce qui restait de son bras en hurlant, puis se rappela que dans sa main coupée se trouvait toujours la grenade dégoupillée.

Sans réagir, il fixa la grenade qui explosa, tuant du même coup d'autres marines trop proches qui n'avaient même pas remarqué ce qu'il venait de se passer juste a coté d'eux. Le reste des marines de l'empereur préféra se replier pendant que Jack continuait d'ouvrir les portes de toutes ses forces.

Un des soldats impériaux, désarmé et totalement bouleversé par ce qui venait de se passer, se précipita sur Jack en hurlant tel un kamikaze, saisissant ce qui ressemblait à un énorme couteau parfaitement aiguisée et sûrement capable de traverser une combinaison de combat si on le plantait avec force.

Seul l'arme de Jack, qu'il avait mis en bandoulière, possédait encore des munitions. Mais il n'eut pas le temps de la prendre lorsqu'il vit le marine suicidaire se rapprocher à toute vitesse de lui. Le marine leva son couteau dans l'espoir de poignarder celui qu'il avait choisi comme première victime.

Jack esquiva la lame qui venait tenter de le taillader. Puis il saisit le poignet de son attaquant de sa main gauche et leva son bras ainsi que celui de l'autre marine avant de donner un violent coup de poing au niveau de la poitrine de son ennemi. Alors que la puissance du coup aurait dû mettre en miette le gantelet de Jack, celui-ci pénétra facilement dans l'armure du marine.

Une sorte de liquide noirâtre, sûrement de l'huile provenant de la combinaison, accompagné d'un flot de sang, s'échappa de la blessure mortelle infligée par le colosse. Le marine lâcha son couteau et s'écoula.

- Qu'est ce que tu as fait ? demandais-je au vainqueur en reprenant mon souffle.

- Tu ne l'avais pas remarqué ? j'ai demandé qu'on renforce mes poings avec du néo-acier. Je perdu en sensation mais j'ai gagné en puissance, me répondit-il, souriant, en serrant son poing près de lui.

- Ça explique pourquoi ton gantelet était noir et non pas comme le reste de ton armure, dit Mendez, qui avait suivi la discussion.

- Et ouai ! Maintenant je suis sûr que je pourrais même réduire en bouilli un de ces zergs de mes propres mains, répondit Jack en riant.

Son rire d'ogre fut stoppé par les cris du sergent. Il était en train de taper sur tous les boutons de l'ordinateur, de plus en plus fort. Le lieutenant Duran, de nouveau visible, restait immobile à coté de lui et réfléchissait.

Calmement, je me dirigeai vers l'énorme clavier de l'ordinateur central. Bizarrement, je ne parvenais pas à reprendre mon souffle. Une liste des différentes défenses contrôlées par le centre de commandement défilait sur l'écran. Une liste immense.

Je pris la place du sergent sur le siège, reprenant lentement mes forces, pour appuyer sur plusieurs touches. Un message d'erreur apparut sur l'écran.

- Je ne peux rien arrêter d'ici ! il faudrait créer une surcharge mais il faut taper un code et insérer deux clés au même moyen pour stopper le système de contrôle du flux d'énergie et...

Jack prit entre ses grosses mains sa mitrailleuse lourde puis la dirigea vers l'ordinateur. D'un petit signe de la tête, il me demanda de m'écarter et de le laisser faire. Il commença alors à vider son dernier chargeur sur toutes les machines de la salle.

Les balles perforantes transpercèrent avec facilité les quelques couches de métal protégeant l'ordinateur. Lorsque le déluge de balle fut stoppé, la salle était remplie de centaines de trous. L'ordinateur central fuma puis une petite explosion fit tomber l'écran à mes pieds.

- Et voila ! Mission accompli ! répondit-il simplement en jetant à terre sa mitrailleuse au milieu des douilles encore brûlantes. Qu'est ce que... tu vas bien Jason ?

Je sentais un liquide chaud qui coulait à l'intérieur de mon armure, glissant jusqu'au fond de mes bottes. Ma respiration se faisait de plus en plus lourde. Pourtant, je ne sentais rien ; en fait, je ne sentais absolument plus rien à part un engourdissement. Ma vue commença à se troubler. Je m'écroulais à genou, plaquant mes mains au sol pour tenter de résister à la fatigue.

Jack se précipita vers moi pour m'aider à me relever mais il était trop tard. Dans un dernier effort, je tournai ma tête vers le fantôme qui continuait à me fixer sans bouger. L'image de ses yeux pleins de vide fût la dernière que je vis avant de sombrer dans les ténèbres.




Souvent de redoutables épreuves défendent des richesses insoupçonnées. Si les larmes nous aveuglent, si par lâcheté nous hésitons, seule la mort vient au rendez-vous.

Un Inconnu
Khalès méditait, accroupi au sol, en attendant le retour de son supérieur et ami Artanis. Il se remémorait sa jeunesse passée avec le préteur pendant leur formation dans le temple d'étude pendant près de 220 ans. D'un age très similaire ; il était âgé de seulement 30 ans de plus que celui qu'il considérait comme un frère ; Artanis s'était cependant toujours montré plus fort, plus rapide, plus déterminé que lui mais son potentiel psionique ne lui permît pas de s'engager dans la voie des templiers .

Jamais cet écart de talent ne les avait séparé, même malgré leur chemin qui avait depuis divergé ; Artanis devenant préteur et lui templier. Chacun à leur façon, ils continueraient à défendre Aiur et le peuple protoss.

S'il avait été décidé qu'Artanis, par son expérience acquise dernièrement durant son combat au coté de Zeratul, devait diriger les troupes lors de l'attaque contre la plate-forme de la Reine de Pique, inversant la hiérarchie naturel entre eux, jamais le jeune templier ne s'opposa à cette décision car il savait que, quelque soit celui qui commandait l'autre, les deux compagnons continueraient à se considérer comme égaux.
Il aimait l'écouter parler de son héros, Tassadar, et du combat qu'il mena pour l'Unification Tribale. Mais il savait aussi que sa volonté de devenir un héros de la même ampleur que lui pouvait lui porter préjudice en obscurcissant son jugement. C'est pour cela qu'il avait décidé de rester à ses cotés.



Un son de frottement de pierre ; la grande porte en train de s'ouvrir ; réveilla le protoss qui se releva rapidement. Il ne savait pas combien de temps s'était écoulé, suffisamment en tout cas pour engourdir ses jambes fines. Une silhouette sortis de l'obscurité de la salle.

Artanis marcha calmement vers ses compagnons. Khalès fut le premier à parler.

- En taro Torridas, Artanis, comment s'est passée la réunion du conseil ?

- En taro Adun, mes chers amis, répondit le préteur, je viens d'avoir une bien longue discussion avec le conseil et celui-ci vient de nous donner une nouvelle mission.

- En quoi consiste-elle ? demanda le jeune templier à son ami de toujours.

- Une érudite du nom de Xerana qui s'était spécialisée sur les Xel'Nagas, s'était donné pour mission de récolter des informations sur nos créateurs, comme beaucoup d'autres templiers noirs. Nous devons absolument la retrouver !

- Pourquoi devrions-nous rechercher une simple templière noire alors que la nuée zerg pourraient attaquer d'un moment à l'autre, vénérable préteur ? demanda un disciple qui se tenait à coté de Khalès.

- Peu après la fuite de notre peuple vers Shakura, le Conseil Noir, qui reste en contact avec chacun de ses explorateurs, a reçu deux messages de cette Xerana, répondit le protoss.

Artanis se dirigea vers la sortie du temple, suivi par ses compagnons. Puis il recommença à parler tout en se promenant.

- Le premier faisait état de la découverte d'une nouvelle création des « voyageurs du lointain » sur un planète éloignée contrôlé par les terrans. Une créature sous forme d'énergie incandescente en forme de calmar, serait sortie d'un cocon, détruisant plusieurs flottes venues s'emparer de ce qu'elles croyaient être une arme des anciens. Ainsi la flotte expéditionnaire protoss, commandée par l'Exécuteur Koronis et le Judicateur Amdor, une puissante nuée zerg, probablement Kukulkan Brood, et une armée terran, se sont entretuées avant de se faire absorber par la créature qui avait besoin de se nourrir d'énergie pour éclore.

- Et le deuxième ? demanda vivement Khalès, qui avait toujours été passionné par le peuple Xel'Naga et ses créations.

- Le deuxième est arrivé quelques temps après. Xerana racontait qu'elle avait suivi la créature, qui semblait attirée par quelque chose. Puis elle aurait découvert un étrange signal, qui ressemblait à celui qu'elle avait reçu peu avant la naissance de la créature. Elle déclara avoir suivi ce signal. Pour ne pas perdre la créature, elle avait programmé un observateur pour la suivre. Mais depuis, le Concile Noir n'a pu reprendre contact avec elle.

- Je vois, répondit le jeune templier. Et quelle est notre mission exacte ?

- Le Conseil pense que l'exploratrice a peut-être découvert quelque chose d'important et nous devons savoir quoi. Le but est bien sûr de trouver une technologie Xel'Naga qui pourrait nous aider dans notre combat contre les zergs. Vous connaissez notre situation et vous savez qu'une arme aussi puissante que la Machine de Mort est indispensable à la survie de notre espèce.

Personne ne répondit car tous avaient encore la dernière défaite contre la Reine de Pique à l'esprit. Il était évident qu'une arme surpuissante serait la bienvenue dans la nouvelle guerre qui s'annonçait. Peut-être même la dernière.

- Si jamais nous découvrions une arme qui vaut la peine d'être ramené, nous devons l'amener sur Shakura. Quel qu'en soit le prix ! déclara Artanis en faisant peser ses derniers mots.

- Et de quels moyens disposons nous pour accomplir cette mission qui semble très périlleuse ?

- Tous les vaisseaux encore en état ont ordre de défendre la planète. Kerrigan a peut-être décidé d'arrêter de jouer avec nous. Nous ne disposerons donc d'aucune flotte.

- Mais c'est impossible ! cria un disciple. Comment pouvons nous réussir dans ce cas ?

- J'ai proposé au conseil d'aller chercher les Rangers sur notre planète bien-aimée. On devrait sûrement y trouver le commandant Raynor et ses hommes. Le terran, sans qui notre victoire contre l'Overmind aurait été impossible, s'était lié d'amitié avec le noble Fenix. Après l'assassinat de celui-ci lors de la trahison de Kerrigan, il avait juré d'accomplir les deux rêves du malheureux guerrier : tuer la Reine de Pique et délivrer Aiur des zergs.

Un petit silence en mémoire du martyr Fenix, qui était maintenant entré dans l'histoire et les légendes au coté de son ami Tassadar, s'empara de nouveau du petit groupe de protoss.

- Voila pourquoi nous devrions le trouver là-bas, ou du moins je l'espère. Nous avons également le droit de prendre quelques vaisseaux pour notre mission mais seulement des vieux modèles ou des vaisseaux endommagés.

- Cette mission semble suicidaire et sans espoir de réussite, déclara Khalès avec fierté, mais je serai prêt à faire n'importe quoi si cela avait qu'une infime chance de sauver Aiur, quoi qu'il puisse m'arriver ! je suis avec vous et nous réussirons ensemble !

Artanis fixa son compagnon. S'il avait une bouche comme les humains, il était sûr qu'il aurait fait un large sourire. Puis il continua de marcher en direction du petit chemin de pierre qu'il avait emprunté pour venir dans ce lieu sacrée. Une dernière fois, il regarda les deux statues de l'entrée. Il ne savait pas s'il pourrait un jour revenir, c'est pourquoi il se mit à prier devant chacune d'elle pendant quelques minutes en compagnie de ses fidèles soldats et amis.



Le temps d'arriver jusqu'à la porte spatiale la plus proche, une dizaine de petits vaisseaux attendait patiemment le retour de leur chef de mission. Artanis remarqua immédiatement un petit scout qui lévitait à quelques centimètres du sol. C'était celui qu'il avait piloté pendant près de 100 ans. Probablement un cadeau d'adieu du Conseil Noir.

Il s'était chargé personnellement de renforcer son bien le plus précieux, améliorant sans cesse les armes, renforçant la coque du vieux vaisseau, pour en faire l'un des fleurons de l'armée du Conclave. La fine couche métallisée réfléchissante dont était revêtu le scout était maintenant pratiquement disparue. Artanis n'avait jamais voulu la refaire, considérant ceci non comme une cicatrice mais plutôt comme un symbole marquant les nombreuses batailles auxquelles il avait participé.

Une centaine de protoss se tenait debout près de la minuscule flotte. Quelques dragons se dressaient derrière eux. Artanis sentait la frustration qui s'emparait de chacun des disciples, templiers et autre combattant, non pas parce qu'ils allaient au devant de la mort dans cette mission terriblement dangereuse mais parce qu'ils voulaient rester sur Shakura et défendre la planète contre les zergs. Ils avaient déjà perdu Aiur. Cela ne devait plus jamais se reproduire.

Pourtant, aucun n'avait refusé d'accomplir ce que le Conseil Noir leur avait demandé, qu'ils appartiennent à la caste des templiers d'Aiur ou à celle des templiers noirs car tous savait que de la réussite ou de l'échec de leur mission pouvait dépendre l'avenir de leur peuple.

Après un petit discours, expliquant les détails de leur mission, tous montèrent à bort de leur vaisseaux respectifs. Le temps leur était compté.



Entre les deux bâtiments arrondis qui formaient la porte spatiale, une minuscule boule de lumière bleue apparut, grandissant de plus en plus rapidement. Avec le temps, les protoss s'habituaient à l'éblouissement provoqué par la sphère lumineuse qui s'étendait maintenant jusqu'à la limite composée des deux bâtiments. Pourtant, Artanis s'émerveillait toujours lors d'un passage dans un portail de saut, cette sensation étrange que l'on ressentait lorsque les atomes de notre corps étaient détruits puis reformé de l'autre coté

Plusieurs vaisseaux déclenchèrent leur système de propulsion et foncèrent tout droit vers le centre de la lumière bleue qui les avalait, déstructurant la matière qui les composait. Artanis regarda une ultime fois en direction de la Citadelle Noire.

En bas, l'Exécuteur se tenait debout. « Bonne chance ! » dit-il seulement au préteur. Artanis le regarda sans lui répondre. Tout deux n'avaient pas besoin de mot pour tout résumer. Puis Artanis appuya sur le système de propulsion de son moteur anti-grav.

Ses atomes s'arrachèrent les uns des autres, son corps disparaissait à une vitesse affolante. La lumière qui tantôt l'éblouissait devient de plus en plus sombre, jusqu'à être aussi noir que les ténèbres.

Il ne savait pas pourquoi mais quelque chose lui disait que cette mission allait se révéler plus compliqué qu'il ne le pensait. Sa vie allait en être bouleversé. A jamais...


Il ne faut pas pleurer parce que cela n'est plus. Il faut sourire parce que cela a été, et espérer en ce qui sera.

Marguerite YOURCENAR
Un oeil ? Qu'est ce que c'est ? Et où suis-je ?

Partout autour, il n'y avait que désolation. Plusieurs constructions protoss et terrans, ou plutôt les tas de ferraille qui en restaient, ressemblaient à des bâtiments fantôme, vidés de toute vie, de toute identité. Recouverts d'une sorte de mousse ou de champignon très élastique, on aurait dit qu'ils étaient piégés dans une immense et sombre toile d'araignée, attendant leur fin. De la fumée s'échappait de quelques édifices pour se rajouter à cette atmosphère de mort.

Devant moi se dressait une énorme masse, peut-être une montagne. Je ne savais pas c'était du brouillard ou simplement la fumée qui s'épaississait mais je ne pouvais pas voir son sommet. Instinctivement, je me rapprochai de la haute colline de pierre rouge.
Non ! Ce n'était pas de la pierre ! Une carapace ! Mais alors ..... !

Une image apparut violemment dans mon esprit, me tordant de douleur jusqu'à me mettre un genou à terre. Je voyais encore cet oeil qui ne tenait que grâce à quelques ligaments. Rien que l'imaginer me donnait une envie de vomir. Pourquoi avais-je encore cette image en tête ? J'avais de plus en plus de mal à penser, une irrésistible envie de m'écrouler et de m'évanouir s'acharnant sur moi.

« Réveille-toi ! ».

La voix grave et inhumaine continuait de résonner dans mon esprit. Etait-ce l'oeil qui avait parlé ?

« Réveille-toi, mon enfant ! » recommença la voix après une petite pose.

Complètement paralysé devant ce qu'il venait de se passer, je ne remarquais même pas les tentacules sortant du sol qui m'attrapaient et me ligotaient pour m'empêcher de m'échapper.

- Qui êtes vous ? demandais-je en bégayant, fixant l'oeil d'un regard terrifié, des gouttes de sueurs coulant sur mon front

Sans même écouter à ma question, la voix continua :

« Embrasse la gloire qui est tienne par ta prochaine renaissance. Je suis l'Overmind, de par la volonté éternelle de la nuée. Et tu as été crée pour me servir »

Je ne comprenais pas un mot de la voix. Qui était l'Overmind ? Et pourquoi disait-il que je devais le servir ? Est-ce qu'il me prenait pour un autre ?

Des images de créatures cauchemardesques défilaient dans mon esprit, des zergs ? Des vagues de ces monstres déferlaient à toute vitesse vers des soldats humains et protoss, unis devant la mort. Malgré leur volonté de vaincre, l'espoir d'une victoire fut noyé par la nuée zerg comme une allumette dans un océan. Il n'y avait que mort et désolation. Etait-ce notre destin ?

La voix résonant dans mon esprit reprit son discours :

« Tu seras ma seconde lame ! Mais avant, il te faut retrouver ce qui est tien depuis toujours. Et alors la victoire sera celle de la Nuée ! »

Que devais-je retrouver ? Et pourquoi moi ? Il y avait toujours autant de mystères autour de cette voix énigmatique. Et quelque chose me disait que je n'allais pas tarder à le savoir. Ce qui ne signifiait absolument rien de bon !

« Cependant, souviens-toi de ceci : aucun zerg ne peut dévier de ma volonté, car tout ce que vous êtes repose en moi ! ».

Cette dernière phrase avait été volontairement ralentie pour faire peser chaque mot qui la composait.

« Maintenant, réveille ta puissance ! Réveille-toi !....... Réveille-toi ! »

La voix de l'Overmind semblait devenir de plus en plus humaine. Je reconnaissais cette voix !

Je sursautais, me cognant la tête contre quelque chose de dur. La douleur me fit pratiquement replonger dans un sommeil profond. Le visage de Jack m'apparut. Sur son front, un peu de sang coulait mais ce n'était pas le sien !

- Bon tu vas te réveiller ? Je crois que t'as suffisamment dormi, princesse ! me hurlait Jack dans les oreilles. On a une nouvelle mission ! Mais avant, tu vas devoir passer à l'infirmerie pour un petit contrôle !

Je n'avais même pas retrouvé mes esprits que ses solides mains me poussèrent hors du lit. Je tenais à peine debout. Une goutte de sang coula sur mon nez

- Ca fait 3 jours que tu dors ! Et les choses ont changé ! Lors d'une mission à laquelle je n'ai pas pu participer, me dit Jack en voulant me faire remarquer qu'il était rester auprès de moi pendant mon sommeil, on a réussit à prendre des vaisseaux à Mengsk. Maintenant, on a une armée de cuirassés et on va pouvoir détruire ce dictateur.

J'écoutais à peine ce qu'il disait, trop occupé à éponger le sang encore sur mon front et à me laver le visage de mort-vivant que j'avais attrapé après mon réveil. J'avais terriblement mal à la tête.

Je n'avais même pas le temps de me raser qu'il me prit le coude et me sorti de ma chambre. « Pas le temps » me lança-t-il.



En trottinant vers l'infirmerie, je regardais la tête du fantôme qui gardait une porte voisine. Il méritait vraiment le nom de fantôme : pas un mouvement, pas un son, il restait debout tel une statue. Sa combinaison avec une sorte de casque ne permettait pas de voir son visage, ce qui le rendait encore plus mystérieux, encore plus sombre. On aurait presque put penser qu'il n'était pas humain. Le nombre important de fantômes dans le vaisseau ne m'inspirait vraiment pas confiance. Personne ne savait vraiment qui leur donnait des ordres. Comme ce Duran.

Plusieurs personnes attendaient devant la porte de l'infirmerie et trente minutes d'attente me firent regretter de m'être levé, ce qui je fis remarquer à Jack. Mais il ne semblait pas être intéressé par ce que je disais, trop occupé à observer la jolie médic qui venait de faire entrer les trois personnes devant nous.

Elle portait une combinaison blanche qui se mariait avec sa peau pâle. Ses cheveux bruns lui tombaient jusqu'à son dos. Son corps svelte laissait entrevoir de belles formes.

Je mis un peu de temps avant de la reconnaître, tant elle avait changé. Il s'agissait de Rinsley, une amie d'enfance. Cela faisait des années que je ne l'avais pas vus, en fait depuis qu'elle était partie sur Mars pour ses études de médecine. Elle, par contre, me reconnut tout de suite et se dirigea vers moi. Lorsque Jack comprit que nous nous connaissions, il me lança un petit sourire malicieux et me dît qu'il reviendrait un peu plus tard, nous laissant seul tout les deux.

Elle était devenue encore plus belle qu'avant. Pendant qu'elle m'auscultait, elle me racontait ce qu'elle avait fait après son départ. Cela me rappelait les regrets que j'avais eus lorsqu'elle était partie sans savoir ce que je ressentais pour elle. Je ne referais plus la même erreur.

« Incroyable ! ». Le hurlement ne sortit de mes pensées. Je baissai la tête pour voir Rinsley rapprocher son visage de ma peau, ce qui n'allait pas sans provoquer « quelques effets ». Mon fantasme s'éloigna lorsqu'elle me piqua avec un petit scalpel.

- Tes blessures sont déjà guéries ! dit-elle comme s'il c'était un miracle.

- Je récupère vite, déclarai-je en riant, ne comprenant pas où était le problème.

Rinsley me fixa d'un air étonné sans dire un mot, ce qui me fit presque frissonner.

- Tu t'es pris trois balles dans le corps, dont deux ont perforé un de tes poumons et ton foie. Tu es arrivé presque vidé de ton sang au bloc opératoire ; enfin à ce qu'on m'a dit ; et on a failli être obligé de te greffer de nouveaux organes. Pourtant, en trois jours, t'es totalement rétabli, prêt à te reprendre des balles. Et ta seule explication, c'est que tu récupères vite ?

Bon OK, c'était un miracle. Je repris un air sérieux.

- Dis-moi Rinsley, pourquoi j'ai rien ressenti sur le moment ?

- Je ne sais pas. Ta combinaison t'a sûrement libéré dans le sang une sorte de stimulant, ce qui a dû diminuer la douleur. Et tu as failli noyer tes organes dans ton propre sang. Mais ne rien ressentir du tout, ce n'est pas normal.

- Peut-être un effet secondaire ?

- Il faudrait peut-être faire des recherches, des expériences, car ce qui t'es arrivé est assez étrange pour être très intéressant, me répondit-elle. Les médecins qui espèrent fabriquer de nouvelles drogues vont sûrement venir pour étudier ton corps, où ce qu'il en restera après t'avoir disséqué, et récupérer ce qui pourra permettre de fabriquer des meilleurs médicaments contre la douleur.

Puis elle ajouta, non sans ironie (enfin je l'espère).

- Je crois que tu as une carte de donneur. Ça te dirait d'offrir ton corps à la science ?

- Mouais. Peut-être un peu plus tard. A ma prochaine opération si tu veux. T'auras juste à m'achever avec un prétexte bidon, répondis-je en souriant.

Je ne cessais de regarder ses magnifiques yeux verts. Elle me rendit mon regard et me sourit.
Soudain, un signal retentit, signe que nous approchions de notre cible et qu'il était l'heure de rejoindre les autres pour le débriefing.

La réunion avait déjà commencé sans nous et l'officier exposait l'objectif de la mission.

- Chers marines, dans quelques heures, nous arriverons en orbite de Tarsonis, la planète la plus importante de l'ancienne Confédération, avant sa destruction par les zergs bien évidement. c'est ici que se trouvait le siège du pouvoir confédéré et il semblerait que Mengsk soit parvenu à utiliser les zergs à ses fins. Et à cause de sa soif de pouvoir, ce jour-là, des millions de personnes sont mortes pour la naissance d'une dictature, et ....

Un fantôme qui surveillait le débriefing fit un signe avec sa main droite. L'officier se tourna vers lui puis se calma :

- Pour en revenir à votre mission, des vaisseaux laboratoires ont découvert un signal provenant d'une machine que le lieutenant Duran a surnommé « Perturbateur Psi ». Il semblerait que cette machine puisse couper le lien psychique qui unit les zergs à leur cérébrate, ce qui les désorganiserait. Notre mission est donc de le détruire pour que l'empereur ne puisse l'utiliser contre nous. Des questions ?

Un soldat se leva pour s'exprimer. L'espace d'un instant, il se mit à réfléchir pour formuler sa question.

- Pourquoi on ne pourrait pas garder cette machine si ça peut nous aider à exterminer ces espèces d'insectes géants ?

- Je dois l'avouer : je me suis posé la même question. Mais un soldat n'a pas à réfléchir car d'autres s'en chargent à sa place. Votre rôle, comme le mien, c'est agir. C'est bien compris ?

Le soldat se rassit sans répondre, gêné par la réaction de l'officier. Au milieu de la salle, un hologramme apparut, représentant la zone où se trouvait l'appareil symbolisé par un point vert. Plusieurs parties de la carte étaient couvertes de rouge, avec à l'intérieur un point rouge très lumineux.

L'officier passa sa main dans ses cheveux coupés court, la coupe réglementaire, puis reprit en se rapprochant de l'hologramme.

- Il vous faut tout d'abord sécuriser la zone environnante. Or plusieurs de nos vaisseaux de repérage ont détecté des mouvements zergs dans la région. Plusieurs colonies ont été créées autours de l'objectif et il nous faut les détruire.

Les points rouges lumineux se mirent à clignoter rapidement. Après une pose de quelques secondes, le jeune officier continua :

- Cependant, il semblerait que le perturbateur ait été enclenché à faible puissance, ce qui nous a permit de le détecter. Autre élément : la ruche est la base du développement des larves zergs en terribles insectes voraces d'une colonie.

Chaque élément appartenant à la race des zergs et évoqué par l'officier était représenté par l'hologramme. Les images faisaient frémir quelques marines : les créatures qu'ils voyaient n'apparaissaient que dans leur pires cauchemars et l'idée d'affronter de tels monstres ne rassurait personne, surtout connaissant leur voracité.

- Le perturbateur empêche le bon fonctionnement de leurs drones, qui ne peuvent plus se métamorphoser en couveuses. Et nous allons exploiter cette faiblesse. D'après le lieutenant Duran, si les ruches sont détruites, il ne leur sera plus possible de créer de nouveaux zergs. Vous l'avez donc compris : ces ruches sont notre objectif prioritaire. Si nous y arrivons, il ne nous restera plus qu'à exterminer ce qui reste. Cependant ne sous-estimez pas notre ennemi. Les zergs sont beaucoup plus malins qu'il n'y parait.

Dans ses dernières paroles, on nous dévoilais que nos cibles n'étaient pas de simples insectes, en nombre incalculable n'agissant que par leurs instincts primaires, comme les animaux, mais à une race beaucoup plus intelligente qu'elle en avait l'air, capable de former des « troupes » et d'user de stratégie pour vaincre leurs ennemis.

Jack frémissait à l'idée de combattre de telles créatures. On aurait presque pu voir de la bave couler de sa bouche. Son poing était si serré qu'il aurait sûrement pu plier de l'acier.

- D'autres questions ? demanda l'officier.

Voyant que le silence allait s'éterniser, l'officier sortit de la salle, suivit par les fantômes. L'un d'eux se tourna dans ma direction, il semblait chercher quelques chose mais il ne savait pas quoi.

Tous les marines se levèrent rapidement. Beaucoup de questions restaient sans réponse et personne n'était vraiment satisfait de ce qu'ils venaient d'entendre. Chacun proposait son hypothèse, toutes plus farfelues les unes que les autres.

Je m'éloignai de la foule et me rapprochai du large hublot qui entourait la salle de débriefing afin de m'éclaircir les idées. Pourquoi Duran voulait détruire ce Perturbateur ? Et comment était-il au courant de tout ça ? Ce n'est qu'un simple lieutenant, un simple fantôme. Pourtant, il semble tout savoir. Se pourrait-il que .....

- Toujours en train de rêver ? me demanda Jack

Plongé dans mes pensées, je n'avais pas entendu Rinsley et Jack s'approcher dans mon dos. Rinsley se posa à coté de moi et observait l'espace. Ça me rappelait les bons moments que nous passions ensemble, certaines nuits où nous allions nous allonger dans l'herbe pour regarder les étoiles, sans dire un seul mot pendant des heures. Je me sentais si bien. Mais tout ceci était terminé. Et je ne devais penser qu'à ce que j'allais faire, arrivé sur Tarsonis

- Jack ! Duran a bien déclaré faire parti de l'escadrille Alpha avant sa croisade contre Mengsk, non ?

Jack, comme Rinsley, ne comprenait pas où je voulais en venir.

- Je crois, oui, répondit-il avec hésitation.

- Et Tarsonis est le siège de tous les pouvoirs de l'ancienne Confédération.

- Qu'est ce que tu veux me dire ?

- Attend, laisse moi finir. Si j'ai bien compris, on devrait trouver son dossier quelque part, ou des éléments qui nous permettrait d'en savoir un peu plus sur lui.

Mes deux amis semblaient de plus en plus surpris et inquiets.

- Qu'est ce que tu veux faire, me demanda Rinsley en me prenant le bras, ses yeux me fixant avec crainte.

- Rien, rien ......


D'un oeil, observer le monde extérieur, de l'autre regarder au fond de soi-même.

Amedeo MODIGLIANI
D'un coup, la lumière réapparut aux yeux d'Artanis. Après un bref instant pour s'habituer au choc que venait de subir son corps, il regarda sa position. Ils étaient bien arrivés à leur point de destination, une petite base installée sur une lune d'une planète du même système solaire que Aiur. Le préteur activa son émetteur, qui augmentait considérablement ses capacités de communication psychique, lui permettant de s'adresser à tous les protoss. Il n'y avait pas eu de problème et tout le monde était arrivé à bonne destination.

La petite base avait été abandonnée car les survivants avaient peur que leur lien psychique puisse révéler leur emplacement. Heureusement, elle avait été automatisée et programmée pour n'utiliser d'énergie qu'en cas de téléportation depuis ou vers la porte spatiale camouflée dans les crevasses de la lune.

Il n'avait pas de temps à perdre et ordonna aux vaisseaux de se diriger vers la planète mère. Il espérait seulement ne pas rencontrer de zerg sur le chemin car sa flotte ne disposait pas d'une grande puissance. Il n'y avait même pas d'Arbitre pour les rendre invisibles.

Après quelques heures de voyage sans problème, Ils s'approchaient enfin de l'orbite d'Aiur. Depuis cet endroit, la surface semblait contaminée par la destruction. La planète avait été ravagée par des feux de foret, laissant des espaces noirâtres sur l'ensemble de la surface. En se rapprochant un peu plus, on pouvait voir qu'il n'y avait pas que les plantes qui avaient été détruite : le passage des zergs avait complètement changer la vie ; ou ce qu'il en restait.

L'apparition de millions de créatures vivante, la guerre et la destruction des plantes avaient changé la composition de l'atmosphère, la rendant encore plus rempli de dioxyde de carbone, ce qui avait rendu l'air presque irrespirable, même pour les plus solides protoss. La couleur du ciel, autrefois d'un bleu magnifique, devenait rouge sang.

La planète semblait vidée de toute vie. Seuls les zergs, qui pouvaient s'adapter à toutes les situations, arrivaient à survivre mais seulement de façon désorganisée et instinctive, l'absence de cérébrate empêchant toute liaison entre chacun d'entre eux.

Kerrigan se fichait de la planète car une planète morte de plus ne changeait rien. Elle savait qu'il faudrait beaucoup de temps pour reconstruire ce qui avait été détruit. Et le temps était justement ce qui manquait le plus.

Les vaisseaux se dispersèrent pour trouver un signe des Rangers.

Pendant ce temps, Artanis revoyait encore une fois les coordonnées indiquées par Xerana. Un hologramme de carte apparut juste devant lui. Etrangement, elles désignaient un point vide de l'espace, sans rien autour. Le Concile Noir ne l'avait pas prévenu de cela.

Un signal retentit dans tout le vaisseau, un message d'alerte. Un petit groupe de dévoreur et de mutalisks s'approchaient rapidement de lui, à la recherche d'êtres vivants à anéantir.

Artanis savait que ces zergs n'allaient pas combattre avec beaucoup de stratégie mais il savait également que ces créatures pouvaient facilement détruire son vaisseau grâce à leurs acides très corrosif et que leur instinct les rendait suffisamment intelligentes.

Avant même qu'elles ne puissent réagir, Artanis envoya une volée de missiles anti-matière, déchirant une partie du corps de l'un des dévoreurs. Celui-ci, qui ne pouvait plus se contrôler dans sa montée dans l'atmosphère, rechuta puis s'embrasa. Les autres évitèrent facilement les attaques du protoss et profitèrent du fait qu'il n'avait pas de vitesse pour accéléré sur lui et se mettre assez proche de son vaisseau pour le toucher avec leur acide. Heureusement, l'un des vaisseaux de la flotte, un corsaire qui avait aperçu l'explosion provoquée par les missiles d'Artanis, arma également ses torches à neutron mais ce type d'arme ne causait que des dégâts légers. Cela permit cependant d'accorder quelques secondes supplémentaire pour le scout d'Artanis de quitter sa position et de prendre de la vitesse. Les zergs ne mirent pas longtemps à se lancer à la poursuite des deux vaisseaux protoss, des giclées d'acide foncèrent sur leurs cibles.

Artanis, grâce à ses talents de pilote et à la grande maniabilité des scouts, n'eut pas beaucoup de problèmes pour se débarrasser de ses poursuivants à de passer à l'attaque. Cependant le corsaire n'eut pas cette chance. Une giclée d'acide corrosif se rasa de près.

Mais le problème avec ces acides n'était pas l'effet direct. L'acide rongea l'acier de la coque du corsaire, pénétrant dans les circuits et les moteurs. La matrice psionique du vaisseau diminua en puissance. Le corsaire continua sa course avant de ralentir petit à petit. Les dévoreurs s'approchaient de plus en plus.

Artanis, pour tenter de sauver celui qui l'avait aidé, tira de nouveau plusieurs missiles anti-matière sur les zergs. Plusieurs furent blessés, la plupart changèrent de cible, mais quelques uns continuèrent d'attaquer le corsaire. Une autre giclée d'acide corrosif toucha de plein fouet le corsaire qui explosa en milles morceaux.

Pour venger son compagnon, Artanis fonça sur l'un des dévoreurs assassins pour le percuter. Le bouclier faiblit mais résista à la charge du scout, s'enfonçant dans les chaires du zergs. La pointe du vaisseau traversa la carapace du dévoreur. De l'acide pénétra dans son vaisseau. Immédiatement après, il envoya une troisième volée de missile sur un autre zerg qui explosa, projetant de l'acide sur les autres créatures. Malgré la réaction en chaîne qui avait détruit de plusieurs dévoreurs, l'acide commençait à ronger la coque du scout. Et surtout, le surnombre allait bientôt avoir raison de lui.

Soudain, alors que tout espoir allait être engloutit par les zergs, des dizaines de roquettes HALO et de missiles Air-air Gemini réduisirent en bouillie ce qui restait des dévoreurs. Une véritable armée de vaisseaux terrans, accompagnée du reste de la flotte protoss, s'engagea dans la bataille. Les mutalisks, surpris de voir autant de cibles d'un coup, ne savaient pas qui allaient être les premières victimes. Mais elles ne pouvaient résister à une telle armada.

En quelques minutes, la bataille était terminée, les missiles provoquant d'énormes dégâts dans les rangs zergs. Le cuirassé Hypérion, protégé par une matrice défensive, conduisait la charge et détruisait aisément les zergs survivants.

La bataille terminée, Artanis s'approcha de gigantesque cuirassé.

- Commandant Raynor ? demanda le préteur.

- Lui-même ! répondit le terran.

- Je tiens à vous remercier mais il y a des choses plus importantes pour le moment. Je suis venu demander votre aide pour une mission dont pourrait dépendre la survie de notre race, et de la votre aussi.

- Je vois, veillez me suivre jusqu'à notre base principale. Nous y serons mieux pour discuter.

- J'accepte votre offre.

Artanis et sa flotte suivirent le cuirassé qui se dirigeait vers la surface de la planète. Le préteur était surpris de voir une telle base souterraine sur Aiur. Construite au sommet d'une petite colline, elle s'étendait sur plusieurs kilomètres.

De nombreuses défenses protégeaient la cité. Plusieurs chantiers fabriquaient en continu des vaisseaux pour patrouiller sur toute la planète. Un peu plus bas, une plaque d'acier bougeait pour laisser apparaître une grande salle où les Rangers entreposaient leurs vaisseaux. Il devait y avoir plusieurs cuirassés, des centaines d'ombres et de walkyries. Mais cela ne serrait peut-être pas suffisant pour accomplir leur mission.

La passerelle du cuirassé s'ouvrit. Le commandant Raynor, suivit de plusieurs marines, se dirigea vers Artanis qui se tenait debout à coté de son vaisseau. Tout le monde était vraiment actif ici. De nombreux mécaniciens marchaient vers la flotte terrans et préparaient leurs outils. Les pilotes et les marines, fatigué après ces longues journées passées à combattre les zergs voulaient se reposer. Plein de monde courraient dans tous les sens.

Raynor se rapprocha du préteur en tendant sa main. Artanis n'était pas habituer aux signes de salut utilisés par les humains mais il serra sa main dans la sienne. Protoss et terran devaient absolument faire des efforts en ce qui concernait les coutumes de l'autre pour rapprocher leurs deux peuples.

- je suis heureux que vous ayez survécu à l'attaque manquée contre la plate-forme de Kerrigan, préteur Artanis, dit sincèrement Raynor. J'ai appris votre défaite et je suis vraiment désolé pour vous et votre peuple. Si je peux faire quelque chose pour vous aider, n'ayez aucun doute que je le ferrai si j'en ai les moyens.

- Je vous remercie, noble guerrier, et je tiens à ce que vous sachiez que c'est aussi mon cas : les protoss ont toujours une dette envers vous. Beaucoup pensent que seul notre peuple a réussi à détruire L'Overmind. Mais sans votre aide, nous n'y serions jamais arrivé. De plus, je vous remercie de ce que vous faites pour bannir les zergs de notre planète.

Cette phase fit rejaillir de douloureux souvenirs sur le sage Fenix. Au cours de la guerre, lui et le protoss avaient crée de solide liens d'amitié et après sa mort, Raynor se sentait en partie responsable : il aurait dû l'accompagner et combattre Kerrigan lors de sa traîtrise, ou au moins mourir en essayant de le sauver comme lui l'aurait sûrement fait.

- Je ne fais que tenter de réaliser le rêve d'un vieil ami.

- Je comprends.

Après une petite pause, le préteur reprit :

- Je dois cependant vous dire que si ma mission réussissait, vous pourrez réaliser son autre souhait : détruire Kerrigan et les zergs.

Soudainement très intéressé, Raynor fronça ses sourcils : il voulait tuer la Reine de Pique pour venger son ami mais aussi pour libérer celle qu'il avait jadis aimée

- Quelle est votre mission ?

- Retrouver une templière noire du nom de Xerana qui pourrait avoir trouvé quelque chose ayant appartenu aux Xel'Nagas.

- Intéressant ! marmonna le commandant terran. Mais pensez-vous qu'il y ait une chance que nous trouvions une chose qui pourrait être utile contre les zergs ?

- Je ne sais pas mais je préfère mourir en essayant que de rester à ne rien faire. Je pense que mon sacrifice en cas d'échec est dérisoire à coté d'une infime possibilité de se protéger des zergs.

Raynor comprenait la position du protoss. Lui aussi était un homme d'honneur prêt à mourir pour une cause qui le dépassait. Il ne pouvait refuser une telle offre car ce qu'il faisait sur Aiur ne servirait à rien si les protoss étaient anéantis.

D'un signe de la main, il ordonna à ses hommes de s'occuper des invités et demanda au préteur et à son second, Khalès, de le suivre pour parler plus confortablement des détails à propos de cette Xerana et de leur mission.

Après quelques heures, Raynor avait préparé une flotte pour le suivre dans sa périlleuse mission. Il avait désigné un remplaçant qui continuerait à repousser les zergs d'Aiur. Ce dernier avait proposé de prendre la place du chef qu'il vénérait presque comme un dieu car lui aussi savait qu'ils avaient peu de chance de revenir. Beaucoup de héros étaient morts ces dernier temps et Raynor était le seul homme d'expérience capable d'affronter efficacement les zergs. Il ne devait pas mourir. Mais pour Raynor, il devait justement le faire aux nom de ces héros, qu'ils soient humains ou protoss, et des futures victimes des zergs : il devait détruire Kerrigan et sa nuée, quel qu'en soit le prix à payer.

La flotte composée des vaisseaux protoss et terrans avait gagné en puissance mais les chances étaient toujours minces. Le voyage allait être terriblement long.


La mort est un état de non-existence. Ce qui n'est pas n'existe pas. Donc la mort n'existe pas.

Woody Allen, Extrait de Destins tordus
- Jason, qu'est ce que tu fais ? Arrête !

Je continuais à me diriger vers le petit hangar de la nouvelle base d'opération sans écouter mon camarade. Jack et Rinsley essayaient toujours de me retenir. Mais ma décision était prise et je ne voulais pas y revenir.

- Jason ! Ecoute moi ! Qu'est ce que tu crois pouvoir découvrir ? Tarsonis est immense. De toute façon, comment veux-tu que de simples soldats comme nous puissent trouver des dossiers ou je ne sais quoi sur la vie d'un fantôme !

- C'est vrai ! dit Rinsley qui me tenait le bras. Et puis on a besoin de toi ici.

Je montai sur le vautour le plus proche. Les clefs ne se trouvaient pas dessus, ce qui m'obligea à regarder les autres. Jack et Rinsley tentaient toujours l'impossible pour que je change d'avis. Je me décidais enfin à leur répondre.

- Parce que tu penses que le simple fait que je sois sur le champ de bataille va dépendre de la réussite ou de l'échec de la mission ? Je ne suis qu'un marine comme les autres, comme les millions qui ont été envoyé dans cette merde. Si je pars quelques temps, ça ne changera rien du tout. Par contre, si je trouve des trucs intéressants, ça peut nous être utile à tous.

- Mais où est le problème avec ce Duran ? me demanda Jack. Moi aussi, je me méfie mais ce n'est qu'un fantôme, un simple lieutenant. Nous aussi, on a une armada de fantômes sûrement plus compétents que lui qui connaissent toute sa vie en lisant son esprit. Il ne peut rien nous cacher ! Arrête de faire le con, c'est mon rôle d'habitude, pas le tien !

Je ne savais pas pourquoi mais j'étais persuadé qu'il avait tort. Une petite voix me dise que des réponses se trouvaient là-bas. Et je devais le lui prouver.

- Et merde ! Je t'accompagne ! cria Jack en prenant une autre bécane.

- Je ne veux pas vous laisser seuls tout les deux ! Si je ne suis pas là, vous allez faire n'importe quoi ! dit Rinsley en s'installant derrière moi.

Je sentais ses bras se serrer contre mon corps...

Mais il y avait des choses plus importantes pour l'instant. Je pris la tête et me dirigeai vers la grande entrée. Croyant à une simple mission de reconnaissance comme j'en avais l'habitude, les quelques marines, qui gardaient les portes et qui débutaient une partie de poker, ne prirent même pas la peine de regarder mon ordre de mission bidon.



L'accès à la ville n'avait pas été facile car la plupart des bâtiments s'étaient écroulés, que ce soit à cause des assauts zergs ou des manoeuvres défensives des survivants terrans. Tarsonis était maintenant complètement déserte.

Pas un bruit, pas un chant d'oiseau. Les envahisseurs zergs n'avaient pas seulement réussi à détruire tous les humains, ils avaient détruit absolument toute vie. Il n'y avait même pas de reste de cadavre.

Souvent, des carcasses de véhicule, des tanks, des jeeps, mais aussi des camions et même un métro qui avait déraillé nous barraient la route ce qui nous obligeait à faire un long détour. Et rallongeait le terrible spectacle qui se déroulait sous nos yeux. L'horrible sensation de la mort continuait de s'étendre dans l'atmosphère, émanant de chacune des ruines. Dans un sens, cette vision marquait la fin d'une civilisation, d'une période de notre histoire. Et même si ce n'était qu'en fait une transition vers une nouvelle ère des terrans, elle reflétait probablement la fin tragique de l'Humanité. Ou du moins une destinée possible si nous ne réagissons pas...



Après plusieurs heures épuisantes, nous avions enfin trouvé un immense complexe militaire. Il était réellement impressionnant, s'étendant sur des kilomètres. Des dizaines de hangars se situaient à l'entrée mais la plupart étaient maintenant vides.

Cependant, le style soigné, presque accueillant, de sa structure différait avec l'armada qu'il contenait, si bien qu'il ne laissait entrevoir que son image de siège politique pour masquer sa nature beaucoup plus militaire.

Sa géométrie, en forme de pentagone, rappelait celui qui avait été détruit lors de la guerre civile des Etats-Unis. Peut-être un ultime hommage à la Terre.

Le drapeau de la confédération, à moitié brûlé et déchiré, ne tenait presque plus. Sur un coté, une ombre s'était écrasée, ne laissant que des morceaux éparpillés et un énorme trou qui avait percé plusieurs bureaux. Un vent glacial s'infiltrait dans la bâtisse et son frottement contre certaines parois provoquait des sons étranges et inquiétants.

Jack pénétrait silencieusement à travers la vitre blindée de la porte d'entrée défoncée. Ce silence ne lui inspirait aucune confiance. Rinsley, à qui j'avais confié un petit pistolet en cas de besoin, marchait toujours juste derrière moi en tenant fermement son arme entre ses doigts. J'espérais qu'elle n'allait pas me tirer dessus par réflexe.

Soudain, Jack se retourna brusquement, bougeant rapidement la tête de tous les cotés. Mais ce n'était qu'un petit morceau de pierre qui venait de tomber au sol. Le colosse souffla un peu puis reprit sa marche. Etait-on vraiment seul ?



Visiblement, les étages inférieurs, qui devaient se trouver plusieurs dizaines de mètres en dessous du sol, n'avaient pas été endommagés. Il était certain que les zergs se fichaient du genre d'information qu'on pouvait récolter ici. C'est pourquoi les dirigeants n'avaient pas prit la peine de déclencher le système d'autodestruction. Ou alors vivre était leur seul souci et ils n'avaient pas de temps à perdre.

Pourtant, il me semblait que nous n'étions pas les premiers à être revenu dans cet endroit. Une trace de pas était restée gravée dans les poussières provoquées par l'écroulement de l'un des murs.

Nous ne savions pas où chercher mais je sentais que des réponses se trouvaient dans le dernier sous-sol, à l'abri de tous les regards et de toutes les attaques. Les ascenseurs ne fonctionnaient plus, nous obligeant de descendre par des escaliers. De temps en temps, nous nous arrêtions pour écouter si quelqu'un nous suivait.

Après plusieurs dizaines d'étages, on devait être dans la bonne voie. Plusieurs sécurités de différentes sortes empêchaient l'accès au dernier sous-sol. Mais l'absence de courant pendant pas mal de temps avait eu raison de la plupart d'entre elles. Quelques fois, nous étions obligés de soulever des portes où alors les détruire pour que nos combinaisons puisse passer. Tout semblait trop facile...



Au bout d'un certain moment, Jack se figea. Je ne comprenais pas ce qui lui arrivait avant de voir l'immense porte qui se tenait face à nous. Le blindage en titane-A renforcé d'un mètre d'épaisseur de la porte avait été rongé par de l'acide. Des petites gouttes de liquide coulaient encore le long du trou béant, laissant supposé que nos prédécesseurs n'avaient pas une grande longueur d'avance.

Jack passa le premier, pointant son fusil dans toutes les directions. Je fermai la marche pour plus de sécurité. Une fois entré, j'aperçus mes deux amis immobiles l'un à coté de l'autre. En levant la tête, je compris ce qui attirait leur regard.

La salle était remplis d'ordinateurs, tous plus gros les uns que les autres, reliés à l'ordinateur central. Pourtant le plus étonnant était la lumière, où plutôt le simple fait qu'il y en avait. Quelqu'un avait redémarré le puissant générateur de secours. Mais nous étions seul.

Immédiatement, je pris place devant le clavier de l'ordinateur central et appuyai sur quelques touches pour vérifier s'il fonctionnait toujours. L'écran de veille disparut pour laisser place à quelque chose d'étonnant et d'inquiétant. Mais qu'est ce qui pouvait bien se passer ici ?

- C'est pas vrai ! marmonna-je.

- Comment ça se fait qu'on se retrouve directement sur le dossier qu'on voulait ? me demanda Jack.

- Je ne sais pas. Soit celui qui est arrivé avant nous voulait savoir la même chose et n'a pas eu le temps de quitter en nous entendant arriver.

- Ou quoi ?

Je pris mon temps pour exposer l'autre théorie.

- Ou alors, la personne qui a ouvert ce dossier voulait qu'on le lise !

- C'est impossible ! dit Rinsley.

- Qu'est ce que ça raconte ? demanda Jack

- Si je comprends bien, ça relate la carrière militaire de ce Duran.

- Attend ! il y a un problème ! Regarde cette photo ! cria la médic en la désignant avec son doigt. Elle date de plus de vingt ans et le lieutenant Duran n'a pas du tout changé. Aujourd'hui, on dirait qu'il a à peine la trentaine alors qu'il devrait en avoir bien plus.

- C'est peut-être son père ?

- Ca pourrait être une explication, si la personne sur la photo lui ressemblait beaucoup. Mais là, à deux ou trois poil de cul... c'est lui, c'est sûr, dit Jack.

Tout ça n'avait aucun sens : il était évident que Duran ne disait pas tout mais cacher de telles choses, même aux plus grands fantômes, relevait de l'exploit.

- D'après le dossier, Duran n'a été détecté que très tardivement. S'il n'avait pas un gros potentiel psionique, il n'aurait pas été « recruté ».

- Il a de la famille ? Ou des anciens amis ? demanda Rinsley.

- Non ! ils n'ont pas eu besoin de le resocialiser. Il n'avait aucune attache, aucun lien, aucune famille. Sa formation s'est bien déroulée et il a plusieurs fois brillé au cours de diverses missions d'espionnage et d'assassinat. Il est ensuite passé lieutenant.

- C'est bizarre ! Regarde ! il a commandé un petit groupe d'assassins. Et pire encore, il serait responsable de la bavure avec Korhal

- Hein ? dit jack.

En appuyant sur quelques touches, le dossier se référa à un autre

- Il parait que les fils de Korhal, dirigés par notre cher Mengsk, avaient déclaré la guerre à la Confédération parce que ceux-ci avaient répondu à la révolte de leur planète en la bombardant avec des milliers de missiles sur la planète.

- Et pourquoi il y a eu une révolte sur Korhal ? demanda Jack

- Son père était un politicien et a exigé l'indépendance de Korhal. Il a été assassiné avec toute sa famille par le groupe de Duran.

- Ça explique le besoin de vengeance de la part de Mengsk mais où est le problème ?

- La confédération ne voulait pas détruire Korhal pour mater la révolte. Au contraire, ils étaient prêts à accorder une indépendance partielle. Personne ne lui a donné d'ordre de mission. Duran a prit sa décision tout seul en ordonnant l'élimination de la famille de Mengsk, ce qui a déclencher les hostilités.

- Tu veux dire qu'il est en partie responsable de cette merde !

- On dirait ! Tiens, il y un lien a un autre dossier.

Une longue période de la carrière de Duran n'était pas mentionnée.

- Vas-y, ouvre-le pour voir !
- Il a la sécurité maximale ! Mais il est aussi ouvert.
- On a de la chance.
- Mouais, répondis-je sans être convaincu.

Tout ça sentait vraiment mauvais. J'avais l'impression être manipulé.

- C'est un dossier sur une autre fantôme, dit Jack, nommée ....
- ... Kerrigan !

Je n'avais même pas regardé le nom du dossier. Je savais qui se trouvait sur la photo centrale. Je n'avais jamais vu cette petite fille de toute ma vie, pourtant, son nom était gravé dans ma mémoire.

Tous connaissaient à présent la Reine des zergs et certains ont même vue des images où elle était encore humaine. Mais cette fois, c'était une photo de son enfance. Elle devait être âgée d'une douzaine d'année, peut-être plus. Trois autres enfants étaient à ses cotés.

Les yeux de ce futur fantôme étaient très profonds, ce qui indiquait qu'il lui était déjà arrivé beaucoup de chose dans la vie, principalement de la souffrance. Je me sentais lié à cette fille, d'une façon ou d'une autre.

Cependant, une autre chose attira mon attention. Un homme se tenait debout derrière une des vitres, du coté gauche de Kerrigan. L'image restait trop floue mais un programme se lança automatiquement pour agrandir et éclaircir la petite partie de la photo. Petit à petit, les trais de l'homme apparaissaient de plus en plus nettement. Son visage devenait de plus en plus net.

Encore ce Duran ! Mais qui était-il vraiment ? Ce pourrait-il que .... !



Un hurlement suivit d'étranges rugissements retentirent dans toute la salle. Jack se tourna par réflexe du coté de la porte blindée trouée. Son doigt s'arrêta juste avant de presser la détente. A travers la lumière de la lampe torche intégrée à nos fusils, des ombres allaient et venaient. Les bruits de pas n'était pas humains : un son métallique rappelait un couteau qui frottait contre un mur métallique. Où une griffe. De plus il y avait aussi une sorte de frottement. Les bruits devenaient de plus en plus fort.

Une créature surgit soudainement de la petite ouverture et se précipita vers nous. Jack fut le plus rapide à réagir. Une rafale repoussa la bête contre le mur, transperçant la chair. Malgré ses blessures, ce qui ressemblait à un zergs se releva. Une de ses pattes avait été arrachée par l'impact et du sang coulait en quantité. Mais le zergling semblait ne rien ressentir à part une terrible faim.

L'autre problème était que la machine à tuer n'était pas venue seule. Deux zerglings et une sorte de serpent, appelé d'après les officiers Hydralisks, l'avaient rejoint et tentaient de nous prendre à revers. Le trou n'était pas assez gros pour laisser passer la plus haute des créatures, ce qui l'obligea à essayer de trancher le reste de la porte avec ses immenses lames en guise de griffes.

Il nous fallait donc nous débarrasser des espèces de chiens mutants avant que leur « chef » ne vienne et complique encore plus la situation. Sans même se regarder, les deux zerglings intacts bondirent sur la même proie, celle qui semblait la plus dangereuse à leur yeux : Jack. Je pris pour cible l'un des zergs qui fut réduit à l'état de tas de viande en plein vol qui retomba ensuite lourdement au sol. Rinsley balança une fusée éclairante modifiée en plein sur la face du zerg. Le petit éclat de lumière rendit pendant un instant le zergling aveugle qui s'écrasa contre un autre mur après avoir nous avoir rasé avec ses griffes acérées. Jack acheva le zerg en train de reprendre ses esprits.

Le dernier zergs, blessé, s'élança contre Jack et le percuta. Tombé à terre, le géant hurla de douleur en lâchant sa mitrailleuse quand il sentit des dents s'enfoncer dans sa jambe. Sa combinaison lourde le protégeait mais les canines du zerglings percèrent légèrement l'armure. S'il n'avait pas été affaibli par sa blessure, la jambe aurait sûrement été cassée comme un petit bâtonnet. Je me précipitai pour lui venir en aide et je déchargeai mon chargeur sur le monstre qui tentait de lacérer sa proie. Il abattit une de ses pattes encore en état sur Jack qui, heureusement, la saisit de sa main gauche avant que celle-ci ne l'achève. Puis il déchaîna son poing droit sur la créature toujours planté dans sa jambe. Soudain, un bruit libéra tout le monde : le son d'un os se brisant avant que le zerg ne s'effondre, mort.

Il nous restait toujours l'hydralisk à affronter et un de nous était blessé. Le combat pour notre survie allait être rude. Pourtant les bruits de lacération sur du métal s'étaient éteints. Sauf que maintenant, le silence était encore plus inquiétant. Pendant que Rinsley s'occupait de Jack, Je m'approchais de l'ouverture. Doucement, je contournai le petit bureau qui se trouvait sur mon chemin. Ma respiration se faisait de plus en plus lourde et je sentais mon rythme cardiaque accélérer. Quelques mètres me séparaient de la porte. Tout en pointant mon Gauss devant moi, je passai lentement une partie de mon corps dans l'ouverture. Il n'y avait toujours aucun bruit.

Rien. J'avis beau regarder dans toutes les directions avec ma lampe, je ne voyais aucun signe de l'hydralisk. Seules d'immenses marques de griffes sur l'ensemble de la porte avaient été laissé par le zergs. S'était-il enfuit après la mort de ses congénères ? Aucune chance.

L'appel de Rinsley me réveilla. Jack ne pouvait pas marcher tout seul et elle était trop faible pour l'aider. Jack prit appuie sur mon épaule mais préféra garder son arme dans son autre main, juste au cas où. La charmante petite médic prit la tête du groupe, ce qui ne l'enchantait guère.



En revenant sur nos pas, je m'aperçus qu'une traînée de sang suivait la sortie. Une dizaine de mètre plus tard, le corps de l'hydralisk était étendu par terre. La moitié arrière de sa tête avait été arrachée. Sa cervelle était répartie un peu partout. Par vengeance, Jack fila un grand coup de poing au cadavre avant de se remettre à marcher.

L'empreinte d'une main ensanglantée vaguement humaine était visible sur un mur. Juste en dessous, une petite mare de sang à peine coagulée laissait entendre que le combat n'avait pas été facile.

Une dizaine de minutes plus tard, la lumière du soleil était enfin visible. Au loin, le son des obus retentissait. Jack reprit son souffle en asseyant sur un banc. Rinsley en profita pour lui faire une piqûre, remettre de nouveaux pansements et essuyer le sang qui coulait encore dans la combinaison.
Je repensais à ce que nous venions de vivre. Notre petite visite m'avait permit de répondre à quelques questions mais d'autres avaient désormais pris leur place. Mais la priorité n'était pas aux réflexions. De plus, j'en aurais tout le temps plus tard. Vu l'état de Jack, la bataille était terminée pour nous. Pas pour les autres...



Mourir en combattant, c'est la mort détruisant la mort. Mourir en tremblant, c'est payer servilement à la mort le tribut de sa vie.

William Shakespeare, Extrait de La vie et la mort du roi Richard II
Les couleurs bleutées de l'espace sous l'effet des particules sub-atomiques compressées par la distorsion de l'espace-temps l'émerveillait à chaque fois, même après ces dizaines d'années. Parfois, juste avant une mission importante, il lui arrivait d'apercevoir certaines choses à travers les quelques « puits à particules », sorte de trous noir de l'hyperespace. Le dégradé de couleur ressemblait à un arc-en-ciel en forme de spirale, le fond sans fin apparaissant comme un gouffre ou une porte vers le paradis de l'âme du guerrier. Des souvenirs effacés, des rêves oubliés, rejaillissaient au plus profond de son être. Un calme intense s'emparait de lui. Mais le voyage allait toucher à sa fin.

Le portail de l'hyperespace laissa s'échapper la petite trentaine de vaisseaux. Durant quelques dizaines de seconde, le temps que l'énergie utilisée par les réacteurs translucides alimentés par le tritium converge jusqu'aux réacteurs normaux, la petite flotte attendait. Par prudence, Artanis et Raynor avaient décidé de ne sortir qu'à plusieurs centaines de millier de kilomètres de leur destination finale. La zone était peu connue et on ne pouvait pas savoir qui se trouvait dans ce coin de l'espace.

Après un voyage de plusieurs heures, il n'y avait toujours rien. Ni ennemi, ni allié. Une petite ceinture d'astéroïde offrait une bonne cachette pour observer le centre de la galaxie. D'après la carte céleste qu'Artanis pouvait établir en envoyant des données sur l'ordinateur de son scout, que les coordonnées de Xerana se situaient sur la trajectoire d'une petite lune noire cachée par l'ombre de la planète autour de laquelle elle gravitait. Le champ magnétique de celle-ci était si grand que l'orbite de la lune en était continuellement modifiée, ce qui rendait difficile le calcul des trajectoires. Mais le plus gros problème résidait dans l'impossibilité de communiquer à longue distance. Cela pouvait expliquer pourquoi le Conseil Noir n'avait plus de liaison avec le templier noir.

Les vaisseaux terrans furent les premiers à se diriger vers la surface. Les nuages noirs et les tempêtes continuelles qui s'abattaient sur le sol empêchaient de scanner la planète. La seule solution était donc d'atterrir pour voir par eux-mêmes qu'est ce qui les avaient emmené aussi loin.

Un étrange signal retentit dans tous les canaux de communication. Tous les vaisseaux, méfiant, stoppèrent leur avancée et se regroupèrent. Le signal devenait de plus en plus fort, résonnant dans chaque tête. Personne ne comprenait ce qu'il était en train de se passer.

Puis le signal disparut aussi soudainement qu'il était venu. Immédiatement, les détecteurs du scout d'Artanis affichèrent sur l'écran principal que des cibles inconnues se déplaçaient à grande vitesse vers la petite flotte. Une voix mécanique informa au pilote que les vaisseaux appartenaient à sa base de donnée. Ils allaient donc affronter des adversaires connus, ce qui ne rassurait en rien le préteur.

A coté, les vaisseaux se mettaient en formation défensive, une ligne de vaisseaux offrant une couverture aux plus puissants. Artanis n'était pas le seul à se méfier des nouveaux arrivants. L'ordinateur continuait sa recherche en peinant. Mais Artanis n'écouta pas la réponse.

Face à lui se tenait une petite patrouille de vaisseaux qui s'était arrêtée à bonne distance. Le protoss reconnaissait parfaitement le type de vaisseaux utilisé par l'ennemi. Il était même en train d'en piloter un. Six scouts se dressaient devant la flotte terran-protoss.

La voix du commandant Raynor résonnait dans le vaisseau d'Artanis. « Qu'est ce que... ». Artanis ne comprenait pas. Il ne devait y avoir aucun protoss dans cette région, qu'ils soient templier noir ou non. Le silence radio de la patrouille continuait. Un silence étrange.

Le préteur se décida à entrer en communication avec ces alliées possibles.

- En taro Adun, mes frères, déclara Artanis. Je suis vraiment heureux de vous trouver mais je ne comprends pas votre présence ici. Mais il faut dire que vous tombez bien et je voudrais savoir si vous êtes seul ou non. Dans tout les cas, j'ai une mission à remplir et j'aimerais que.....

Pour toute réponse, les vaisseaux foncèrent vers la flotte. L'un d'eux explosa en touchant une ombre terran qui s'était approchée. Sans même un mot de l'un ou l'autre des dirigeants de la flotte, tous les vaisseaux ouvrirent le feu sur les scouts. La plupart ne passèrent pas le barrage mais l'un d'entre eux s'approcha suffisamment pour entrer en collision avec un cuirassé et l'endommager comme l'aurait fait une masse.

- Merde. Mais qu'est ce qui se passe ici ? C'était pourtant des protoss alors pourquoi ils nous ont attaqués ? Et pourquoi de cette façon ?

- Je ne sais pas, répondit le protoss, plus préoccupé de ce qu'il venait de se passer que de la question du commandant terran. Mais ce n'est pas la seule chose étrange, il n'y a aucun doute qu'ils appartenaient à la caste des templiers. Pourtant, je ne ressentais rien, aucun lien avec le Khala. Comme s'ils étaient coupés du lien primaire. Ou comme des coquilles vides.

- Moi, j'ai peur de comprendre..., dit Khalès qui venait d'entrer dans la conversation.

Les trois réfléchissaient : une seule conclusion se démarquait des autres. Mais Artanis refusait d'y croire. De toute façon, l'heure n'est pas à la réflexion. Ils avaient une mission à accomplir et chaque seconde perdue les rapprochait de la mort. Avant de donner l'ordre aux autres d'atterrir, Artanis se tourna vers l'amas de ferraille, qui fut juste avant un scout, dérivant dans l'espace.



La planète était aussi morte et inhospitalière qu'elle semblait l'être depuis l'espace. Un vent aussi froid que la mort parcourrait toute la surface. Le peu de lumière qui traversait l'épaisse couche de nuage rendait l'atmosphère encore plus détestable. On ne savait pas ce qui pouvait se terrer dans les endroits sombres. Mais la découverte de « protoss ennemis » avait confirmé qu'il y avait quelque chose d'intéressant sur cette planète, ou du moins une chose que d'autre veulent posséder. Et il devait découvrir ce que c'était.

Par prudence, seul une dizaine d'hommes et de protoss furent déposé à la surface par des navettes, le reste de la flotte restant en orbite en cas de problème. Raynor et Artanis avaient tout deux décidé de faire parti de la petite expédition. Le scanner de la planète n'avait rien donné mais cela ne signifiait pas qu'il n'y avait rien. Une étude un peu plus poussée avait heureusement trouvé une petite anomalie dans le champ électromagnétique de la planète. Le fait que la lune tournait autour d'une planète à fort magnétisme ne suffisait pas à expliquer ce « pic ». Il y avait sûrement un élément non naturel dans les environs.

Plusieurs heures de marche et d'escalade sans trouver la moindre trace d'entité biologique, construction ou autre entamaient grandement le moral des troupes. Artanis se demandait quel pouvait être le but de la patrouille des « protoss renégats » dans une lune aussi vide.

- Tiens ?? dit soudainement un marine en quittant le groupe. C'est quoi ce machin ?

- Qu'est ce qu'il y a, marine ? cria un adjudant.

Le jeune marine ne répondit pas. Pointant sa lampe vers le sol, il fixait quelque chose avant de s'accroupir. En dépoussiérant un peu, il fit apparaître une fissure dans la terre. Mais celle-ci, en ligne droite parfaite, n'était pas comme les nombreuses fissures du sol, vidé de la moindre goutte d'eau, qui défiguraient partout le paysage.

Un disciple rejoignit le marine pour voir quelle était sa découverte. Lui aussi se mit à creuser le sol avec ses mains. La fissure grandissait, toujours en ligne droite, pour atteindre plus de trois mètres. Tout le monde se rapprocha.

- Une trappe ? demanda un soldat.

- Non ! je crois que c'est une porte verticale pour accéder à une piste d'atterrissage, comme sur notre base sur Aiur, répondit Raynor.

- On a juste à la faire sauter, dit un autre marine en lançant une grenade dans sa main

- OK ! Ecartez-vous tous !

Le marine plaça sa grenade dans la fissure et courut se mettre à l'abri avec les autres une dizaine de mètre plus loin. Un grand flash lumineux précéda un grondement provoqué par la taule. Tout le monde se leva pour se diriger vers l'énorme trou. D'un geste de la main, Raynor ordonna aux autres de s'arrêter et d'écouter. Un son d'un acier en train de céder et de tordre se fait entendre, de plus en plus fort.

- Et merde ! Bougez-vous ! hurla Raynor

Deux soldats, pas assez rapide, disparurent dans le trou lorsque plusieurs plaques tombèrent, rejoignant les restes de l'explosion une vingtaine de mètres plus bas. La rouille avait déjà fait son effet et il devenait évident que la base avait été abandonnée. La troupe de reconnaissance descendit dans la salle vide, pour aider les deux marines blessés. L'obscurité alliée au silence le plus complet rendait nerveux certains marines. Les protoss savaient contrôler leur peur mais eux aussi sentaient quelque chose de louche.

Pour bénéficier de la meilleure efficacité possible, les disciples se tenaient devant les marines pour que chacun soit protégé par les boucliers psioniques protoss. Seuls les bruits de pas et le son électrique des lames énergétiques résonnaient dans la base abandonnée. L'avancé dans les couloirs ne posait aucun problème .....Jusqu'à la première salle.

Les cadavres de plusieurs scientifiques gisaient à différents endroits de la pièce. Tous avaient été déchiquetés, mutilés, coupés. La plupart des membres de chaque victime avaient été arrachés avec force et étaient étendus près de leur propriétaire. De nombreux insectes et larves avaient emménagé dans les corps inertes, dévorant les chairs, creusant des trous comme un ver dans une pomme et le pullulement des mouches donnait l'impression que les cadavres avaient été noyés dans un brouillard noir. La puanteur qui se dégageait de la salle en fit vomir plus d'un. Les visages décomposés et souvent défigurés par les morceaux de chair manquant démontrait l'horreur qui s'était passé dans ces sinistres lieux.

Raynor s'approcha d'un corps pour le retourner avec son pied. Mais au lieu de repousser le scientifique étendu sur le ventre, sa jambe s'enfonça dans le corps mou, ce qui fit sortir une poche de larves qui avaient infestées le corps pour le dévorer de l'intérieur. Après avoir retiré son pied, le terran s'essuya avec un chiffon posé sur la table, enlevant avec dégoût les vers qui grimpaient le long de son armure pour chercher une nouvelle victime où pondre.

- Ca a l'air mort depuis un sacré bout de temps ! dit Raynor en se tournant vers son équipe

- Mais qu'est ce qui a pu les tuer ? demanda un marine avant de se remettre à vomir.

- D'après les blessures mortelles sur ces scientifiques, il s'agirait de zergs, répondit Artanis d'une voix forte.

- Mais qu'est ce que des zergs viendraient foutre dans un endroit aussi paumé que cette base ? demanda un lieutenant.

Raynor fixa les yeux grands ouverts du scientifique qu'il avait retourné. L'oeil de droite se mit à bouger. La vision d'un ver traversant la pupille pour commencer à s'attaquer à cette partie du visage écoeura le commandant rebelle qui détourna son regard vers le préteur.

- Ca ne ressemble pas à une base ordinaire ou à un poste avancé. Ça doit sûrement être un des nombreux laboratoires secrets de la Confédération dissimulés dans tout le secteur Koprulu. Mais je me demande quel type de recherche on y faisait ici !

- Et ce qui a déclenché le signal que nous avons tous entendu peu avant l'arrivée de la patrouille de scouts ! ajouta Artanis.

- Bon, maintenant, il faut continuer à avancer ! continua Raynor. Espérons qu'il n'y aura pas de mauvaise surprise. Cet endroit ne me dit vraiment rien. Il se peut que nous ne soyons pas seul ici !

La troupe se remit à marcher et se dirigea vers le couloir opposé. Pendant tout le trajet, les corps de militaires et de scientifiques gisant dans leur propre sang défilaient. Certains avaient essayé d'opposer une résistance car on retrouvait souvent des armes dans les mains au milieu de centaines de douilles, le problème étant surtout de deviner à qui appartenait cette main ou ce bras. Mais il arrivait aussi que certains n'aient su que des ennemis s'étaient infiltrés dans la base que quand ils étaient mourants. Sur un lit, un soldat était en train de mettre sa deuxième chaussure quand il avait été déchiqueté : ses doigts crispés tenaient encore les lacets. Dans le couloir suivant, un marine était assit à coté d'un distributeur. La tête avait roulé à plusieurs mètres du reste du corps et un morceau de gâteau à moitié mâché se trouvait dans la bouche ouverte du cadavre, le reste du paquet étant resté dans la main de la victime.

Il ne semblait pas y avoir de survivant, ni d'ennemi mais Artanis savait qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Elles pouvaient être trompeuses et souvent mortelles. Ceux qui avaient provoqué cette hécatombe se trouvaient peut-être encore là.

La base était beaucoup plus grande que prévu, avec plusieurs dizaines de niveaux souterrains. Ce laboratoire n'était donc pas un simple centre de recherche : c'était un véritable complexe industriel de recherche militaire à grande échelle. Les appareils technologiques expérimentés ne se regroupaient pas dans une même fonction car tous les domaines étaient utilisés, principalement pour améliorer l'efficacité des forces armées : des réacteurs Titan utilisant la fission supra atomique, des fusils d'assaut à énergie plasma, nanotechnologie, amortisseurs psychiques de dernière génération... La liste semblait très longue. Même les technologies d'origine non humaine avaient été expérimentées. Le plus important projet était sûrement le nouveau prototype de croiseur, inspiré de l'Alexander et protégé par un puissant bouclier d'énergie comme ceux des protoss. Les niveaux les plus profondément enfouis s'étaient, eux, spécialisés dans les recherches de nouvelles théories et expérimentations sur le génome humain.

Le carnage avait touché tout le monde mais quelque chose ne collait pas. Toutes les portes avaient été barricadées puis défoncées par les zergs, mais de l'intérieur : on aurait dit que les ennemis ne venaient pas de la surface mais des niveaux inférieurs, comme s'il ne cherchaient pas à envahir le laboratoire secret mais à s'en échapper.

Après des heures de recherches, la troupe arriva au plus profondément enfoui des niveaux et qui était également le plus grand. Il avait été le plus protégé, d'immenses portes blindées bloquant l'accès à toute personne n'ayant pas effectué une longue série de vérification. Mais ce n'était plus que du passé. Plusieurs armes automatiques, lance-flammes et lance-grenades intégrés et dissimulés dans les murs avaient été arrachés et détruits. La bataille avait été rude mais il n'y avait que des corps humains, scientifiques et militaires. Pas une trace de sang zerg.

Un officier terran s'approcha d'un des bureaux de l'immense salle centrale. Divers notes étaient posées dessus, des plans, des calculs incompréhensibles et des dossiers. Le marine posa son fusil sur la chaise et saisit le premier papier sur l'énorme tas désordonné. Un autre le rejoignit.

- Qu'est ce que tu fous ? demanda-il. Tu te prends pour un intello ?

- C'est vraiment bizarre ! répondit le marine, l'air hagard tout en pointant son doigt vers le coin de la feuille. Ce n'est pas le symbole de la Confédération.

Un autre s'empara du document.

- T'as raison ! En plus j'ai déjà vu ce signe.

- Où ça ?

- Sur un walkyrie du Directoire !

Le son du mot « Directoire » frappa l'oreille du commandant Raynor et d'Artanis.

- Le Directoire ? tu dis que ce document appartient au Directoire ? cria le terran.

- Bah, on dirait ! répondit le marine

- C'est impossible ! Cette base doit avoir au moins 40 ans ! Le Directoire n'est pas arrivé ici depuis aussi longtemps. On le saurait sinon ! continua Raynor

- On dirait bien que nous ne savons pas grand-chose sur ce Directoire, dit Artanis. Il se pourrait qu'on les ait sous-estimés. Et pourtant, nous étudions votre race depuis votre arrivée dans ce secteur.

Un silence s'instaura entre les membres du groupe. Un silence pesant. Tous se demandaient si le Directoire n'avait pas laissé quelque chose derrière lui, un dernier cadeau avant de perdre une bataille contre Kerrigan. Seulement une bataille. Car la Terre existait toujours et la force impressionnante qu'elle avait déployée n'était peut-être que le début. Artanis le savait : les terrans était une espèce étrange dotée d'une grande capacité d'adaptation et d'un potentiel non négligeable, il ne fallait pas les sous-estimer. Mais il se pouvait que ces énigmatiques terriens soient plus puissants encore. Ils avaient dompté un moment le terrible Overmind, un exploit que même les protoss n'avaient pu réussir.

Le couloir suivant mena à une gigantesque salle, ressemblant à une prison pour spécimens. Une dizaine de cellules avaient été installé en rond sur deux étages. Chacune possédait des murs en acier de trois mètres d'épaisseur. Une immense vitre blindée permettait aux humains d'étudier leurs spécimens sans risque. De chaque coté des cellules, un petit tuyau pouvait libérer du gaz pour le faire exploser et griller tout ce qui se trouvait à l'intérieur. Les morceaux de vitre sur le sol prouvaient que les fugitifs s'étaient échappés de cet endroit.

- Putain, ces zergs ont fait un vrai massacre ! dit un marine

- A mon avis, ces scientifique n'aurait pas du tenter de les étudier, ajouta un autre.

- Tu crois qu'ils le regrettent maintenant qu'ils sont en enfer ?

- Je crois que ce ne sont pas les zergs qui ont fait ça !

La pensée du disciple résonna dans tous les esprits. Tout le monde se retourna vers le protoss, certains en riant par réflexe. A la vue de l'état des corps, il n'y avait que des zergs pour agir avec une telle sauvagerie.

- Qu'est ce qui vous fait croire ça ? demanda Artanis, inquiet.

- Le fait que les zergs ont subit le même sort que les autres, dit-il en désignant une cellule avec son doigt.

Des cadavres horriblement mutilés de zerglings et d'hydralisks gisaient sur le sol dans plusieurs cellules. Tous avaient été abattus par des fusils et brûlés par un lance-flamme, pourtant une chose indiquait que leur mort n'était pas dû aux marines de la base. Dans ces cellules, les morceaux de vitre étaient à l'intérieur. De plus, ils avaient tous été coupés en morceaux. Vraisemblablement par des lames d'énergie à la vue de la précision des coupures.


Destiné par ta naissance à la poussière, pourquoi ériges-tu dans ce monde ici-bas des palais élevés ?

Farid Al-Din 'Attar
Après une brillante victoire sur les colonies zergs désorganisées, le Perturbateur Psi se trouvait enfin en notre possession. D'après les rapports, le vice-amiral Stukov s'occupa personnellement de détruire ce qui aurait pu devenir une arme absolue pour Mengsk. L'heure était maintenant venue d'anéantir l'Empire et de se débarrasser une bonne fois pour toute cette ignoble dictature.

Les troupes impériales, acculées vers leur capitale, opposèrent une résistance héroïque mais la perte de leurs deux points stratégiques, les silos nucléaire et les bases de ravitaillement des cuirassés, eut raison de notre ennemi. Les défenses, à bout de souffle, se consumèrent alors rapidement. La victoire était notre !

Seulement, un imprévu retarda l'inévitable. Une faible force protoss parvint à subtiliser Mengsk pour d'obscures raisons et à s'échapper. Heureusement, ils purent être suivi jusqu'à leur destination : Aiur.

Pour ma part, tout ceci n'est que ce que l'on m'a raconté, n'ayant pas pu participer à cette bataille pour cause de petite « discussion » avec quelques supérieurs à propos de mon départ non autorisé.

Etrangement, je pensais que l'on allait m'envoyer en 1ère ligne afin de me donner une leçon mortelle. Il n'en fut rien. Cherchait-on à me garder en vie ? Mon instinct me dicta de ne rien dévoiler sur mes découvertes. De toute façon, avec les preuves que j'avais... Espérons que je n'allais pas le regretter !

On aurait dit qu'on se trouvait sur Terre. La planète faisait resurgir en moi quelques souvenirs oubliés, enfouis au plus profond de mon être. Des bons comme des mauvais. Les deux soleils venaient juste de se coucher à notre atterrissage sur Aiur, la planète mère de ces énigmatiques protoss.

Une chose était sûre en tout cas : ils étaient beaucoup plus respectueux que nous envers la nature, un respect oublié par notre espèce depuis des millénaires. La civilisation extraterrestre prenait vraiment soin de tout. D'immenses végétations, des jungles, des forêts mais aussi des plaines, des canyons recouvrait la surface. Un véritable paradis.

Mais un paradis qui avait souffert depuis l'arrivée des zergs. Beaucoup de temples anciens avaient été réduit à l'état de montagne de pierre ou balayés par les drones pour y construire des colonies. L'arrivée des zergs dans un écosystème signifiait souvent l'anéantissement total de toute vie, précédé par l'annihilation de certaines espèces, réduites en esclaves pour servir la Nuée. Un peu comme avec l'homme, en fait !

Heureusement, depuis la défaite de leur maître absolu : l'Overmind, les zergs avaient perdu tout contrôle sur cette planète, ne laissant derrière elle que des colonies sans cérébrate pour en faire une armée invincible.

Toutefois, le nombre incroyable de ces créatures malveillantes suffirait à causer de nombreux problème. Un problème pouvant facilement muter en massacre si nous n'étions pas assez prudent. Personne ne savait pourquoi mais il semblait que les zergs se regroupaient, et bien sûr juste à l'endroit où les protoss avaient fui.

Mais il y avait encore pire, pire que tout ce que l'humanité pouvait imaginer. Quelque chose sûrement capable de nous faire gagner la guerre. Ou de tous nous anéantir ! Tel un barbare solitaire qui ne n'avait pas connu la compagnie de ses semblables pendant des années, Jack chantait, enfin si on pouvait utiliser un mot aussi civilisé pour ce genre de cris inhumains. Je me demandais si le cerveau d'un zerg pouvait résister à un tel carnage. Le mien avait été déjà endommagé depuis longtemps. Les terrans avaient la resocialisation pour transformer leurs soldats en machines à tuer, nous, nous avions bien « mieux ».

Evidemment, tout le reste de la troupe s'était empressée de s'éloigner le plus possible, fuyant comme des lâches. Personne ne redoutait de combattre les zergs mais pour ce qui est de rester à coté de Jack quand il se met à chanter sans se soucier des autres...

Seul Rinsley et moi devions encore résister au « vacarme » qui sortait de la bouche de notre compagnon. Rinsley avait bien sur coupé sa liaison radio mais cela ne semblait pas la protéger suffisamment, vu le calme de la jungle. On aurait presque préféré les cris meurtriers d'un zergling.

Heureusement, personne ne s'écroula en chemin jusqu'à l'arrivée dans le petit poste avancé. L'attitude des zergs ne rassurait aucunement l'état-major qui avait décidé de commencer le siège de la position des protoss, étant nous-même les victimes d'un siège encore plus vaste. Comme l'empereur romain César alors d'une bataille à Alésia (au cours de nos études d'avant guerre, les soldats sont formés à quelques manoeuvres militaires inspirées du passé), nous allions devoir combattre sur deux fronts. Pendant que les forces d'assauts occuperont de contrecarrer les plans de fuite des protoss, nous devrons empêcher les zergs d'envahir la position.

- Hé ! Toi, là-bas ! Dégage-moi cette bière ou je te confisque l'eau jusqu'à ce que tu chies du sable. C'est bien compris ?

Jack n'eut même pas le temps de descende de son Goliath qu'un sergent se ramena lentement, une feuille de papier à la main et criant des ordres aux marines qui restaient sans rien faire qui, il faut le dire, n'en n'avait souvent rien à foutre jusqu'à ce qu'il applique vraiment ses menaces. Je reconnu immédiatement notre bon sergent Johnson.

Avec le temps, j'avais fini par m'habituer à son caractère autoritaire et presque sadique par moment. Il prenait du plaisir à martyriser les bleus. « C'est pour les endurcir !» qu'il disait. J'avais été le seul à avoir osé le frapper, lors de notre première rencontre. Je venais juste de « rentrer » dans l'armée et j'avais craqué sous le coup de la colère. Il y avait eu alors une grande bataille généralisée dans toute la salle. J'avais ensuite eu une mise à pied de plusieurs semaines et j'étais passé devant le tribunal militaire. Je ne lui avais jamais demandé pourquoi mais le sergent plaida en ma faveur.

D'un bond gracieux, Rinsley quitta le vautour qu'elle avait choisi pour voyager, c'est-à-dire le mien. J'étais étonné de la voir aussi souple, surtout avec une combinaison de médic, troquée contre son armure lourde, serrée à ce point (ça moulait aussi ses magnifiques formes mais je ne devrais pas m'attarder sur ce genre de détails qui n'intéressent personne...). Puis elle se précipita vers les deux hommes qui discutaient et saisit le papier jaune que venait de recevoir Jack.

Après un bref salut et sans prêter attention à la jeune femme, Johnson se tourna vers moi pour me tendre le même document.

- Notre mission est simple : nous devons juste nous contenter d'empêcher ces putains de zergs d'entrer dans la zone de combat près de la base des protoss. Le lieutenant Duran nous a demandé de nous déplacer vers un petit poste avancé pour prévenir la flotte de toute attaque zerg.

Je sentais une pointe de regret dans la voix du sergent. Il voulait sûrement participer à la bataille générale au lieu de s'occuper d'une mission de routine. Il avait assisté à l'arrivée des protoss lors de la prise de Augustgrad et il devait probablement rêver de combattre ce type d'adversaire, réputés comme étant de nobles guerriers possédant une technologie dépassant de beaucoup celle dont disposait le Directoire. D'une certaine façon, moi aussi je voulais les rencontrer.

- Pourquoi on nous envoie là-bas, demanda Jack, naïf. J'ai besoin de me défouler un peu sur des zergs, moi !

- Sûrement parce qu'un imbécile a fait une connerie ! répondit le sergent en me fixant. Et que cette connerie a rebondi sur tout le monde.

Faisant semblant de ne pas me sentir visé, je me retournai et dit en souriant :

- Alors il faut le remercier : Enfin une mission tranquille, loin des champs de bataille.

Personne ne répondit mais je savais que dans mon dos, le sergent me lançait un regard glacé. Bah, il finira par me pardonner un jour.

A peine j'avais rejoint mon vautour pour le bricoler un peu pendant notre pose que Mendez déposa un sac énorme dans la jeep à coté. Une grenade tomba à quelques centimètres de moi et roula sous le véhicule. « Oups » dit-il simplement en se baissant pour la ramasser. J'étais abasourdi par la taille et le poids de son équipement.

- Simple petite précaution ! déclara-t-il, comprenant ce qui attirait mon attention.

- Je n'en doute pas ! répondis-je ironiquement. Je me disais aussi que ce n'était pas juste de la bouffe. Dis-moi, tu ne comptes pas attaquer les zergs tout seul ?

- On ne sait pas ce qu'il peut arriver. Tu verras ! tu me remercieras plus tard.

- En tout cas, avec ça, on aura assez de munitions pour tenir un siège de plusieurs années. Et tout faire péter.

Mendez me répondit avec un simple sourire avant de remarquer que Linda venait juste de débarquer. On pouvait lire dans ses yeux une soudaine envie d'aller draguer l'une des seules femmes qui osait lui résister. Puis il se décida enfin à bouger et coura en sa direction. Rinsley, surprise, le suivit du regard avant de se retourner vers moi.

- Tu crois qu'il a une chance ?

- Je ne sais pas. Mais le connaissant...

Le bruit d'un râle étouffé puis d'un homme tombant à terre attira notre intention ainsi que celle de tous les autres soldats présents. Mendez venait de s'écrouler sur les genoux, les mains entre les jambes, la respiration coupée par la douleur.

- Encore un échec, soupirai-je.

Rinsley, elle, riait en regarder le marine se relever difficilement. Mendez rampa jusqu'à la jeep sans faire attention aux autres soldats qui rigolait en le pointant du doigt. En grimaçant, il s'installa à l'arrière de la jeep. Une fois encore, il me répondit avant même que je commence à parler.

- Je... Je vais m'allonger quelques instants.

Les aboiements du sergent Johnson étaient le signe d'un départ éminent de notre troupe vers le petit poste avancé. Chaque soldat se précipitait vers son véhicule. Je pris le volant de la jeep dans laquelle s'était réfugié Mendez, laissant mon vautour dans la base principale. Au moins il ne subirait aucun dégât. Rinsley s'installa à coté de moi.

- Tu devrais peut-être t'occuper de lui ?

- J'ai pas de remède contre les râteaux.

- Et son autre problème ?

- Il s'en sortira. A moins qu'il ne veule une piqûre où ça lui fait mal.

- Merci, c'est gentil. Mais je vais me passer de ça, répondit le soldat blessé.



Le poste avancé se trouvait à la limite du territoire contrôlé par les forces du Directoire, en haut d'une petite colline. Le bâtiment avait été construit rapidement et en cas d'assaut, nos chances de survie étaient nulles. Et comme on était sûr que les zergs allaient attaquer.... Voila pourquoi on m'avait laissé en vie. Ma mort ne laissera aucune trace derrière elle.

Deux bunkers constituaient la seule défense dont nous disposions. Le sergent préféra rester dans le bâtiment principal et installer le système informatique d'alarme. Un simple appui sur un minuscule bouton et les forces aériennes rappliquaient à toute vitesse en fonction de la menace.
Je mourrais d'envie de presser ce maudit bouton car je ne me sentais pas en sécurité dans cet endroit. Mais le sergent n'était pas de cet avis et m'ordonna d'aller surveiller la zone depuis un bunker. Rinsley, qui n'était d'aucune utilisé dans un bunker, fut la seule à être autorisé à rester avec le sergent (ce qui me rendait furieusement jaloux). La journée allait être longue. En y réfléchissant, valait mieux qu'elle soit longue.



Il faisait affreusement chaud. Si chaud qu'on pourrait faire griller des larves de zergs. La fatigue commençait à s'emparer de mon corps mais je m'efforçais de garder les yeux rivés vers l'horizon.

A coté de moi, Jack, qui prenait sa pose, dormait, affalé sur un siège. Heureusement que l'on était que deux sinon il aurait été obligé de dormir debout à cause du manque de place. Sans le ronflement permanent et répétitif, on entendrait presque une mouche voler, enfin s'il y avait des mouches sur cette planète.

Ce calme me dérangeait, je ne savait pas pourquoi, mais tout semblait vraiment étrange. Avec les zergs, le calme annonçait souvent la tempête. Une tempête terrible qui nous engloutira tous.



Soudain, l'horizon semblait changer de couleur. Mais je ne parvenais pas à détailler ce que je voyais, la chaleur créant un mirage au niveau du sol lointain qui rendait l'image tremblante, floue. Je sentais de légères secousses. Je pouvais même apercevoir un petit caillou sauter dés qu'il retombait à terre, se déplaçant lentement comme s'il s'était décidé à migrer vers un coin à l'ombre pour se protéger du soleil. Et nous, de quoi allions-nous devoir nous protéger ?

Immédiatement, je criai l'alerte et me préparai inconsciemment au réveil de mon compagnon. Mais rien : pas de hurlement de rage, pas d'insulte, pas un bruit. Même le ronflement s'était arrêté. Je me retournai alors vers le marine. Je me figeai d'un seul coup. Jack n'était plus là. Il avait littéralement disparut. Et ce n'était sûrement pas parce qu'il était allé chercher une bière.

Après un dernier regard vers l'horizon, je me précipitai hors du bunker pour alerter les autres s'ils n'avaient rien remarqué. La base semblait silencieuse. Soudainement, une troupe de marine sortit du bâtiment pour se diriger vers les bunkers. Mais que se passe-t-il ici ? Je ne reconnaissais aucun de ces soldats. Pas de trace de Mendez, Jack, le sergent ou même Rinsley. Pourtant, il me semblait avoir un lien avec ces hommes et femmes. Une lieutenante s'arrêta juste en face de moi. Ses paroles étaient absorbées par les hurlements d'ordres entre soldats et le bruit sourd du troupeau qui nous fonçait dessus. Maintenant, on apercevait enfin les créatures et c'était sans surprise que je reconnu une horde de zerglings. La lieutenante me prit alors le bras pour me traîner jusqu'à l'un des bunkers. Dans mon empressement, je n'avais pas remarqué que ce n'était pas la même base. Même la structure avait changé. Je comptais au moins dix bunkers. Suivant la jeune femme, je m'engouffrai dans le bâtiment et saisit mon arme pour le pointer vers la masse ennemie. Pas le temps de me poser des questions, mon instinct me dictant de me défendre.

Au loin, des explosions provoquées par des mines renvoyaient en enfer les créatures. Mais ce n'était qu'un contretemps car le nombre d'ennemis dépassait largement celui des mines et tôt ou tard, il ne resterait rien pour les empêcher de s'abattre sur nous. Pendant un petit temps de lucidité, je réalisai que je ne contrôlais pas vraiment mon corps. Certes, je ressentais chaque une de mes actions, les sentiments, la douleur, la rage, mais j'avais aussi l'impression qu'une partie de moi n'agissait que comme un spectateur. J'étais en même temps maître de mes actes et contrôlé par eux. Et si une partie de mon être ne comprenait rien à ce qu'il se passait, ce n'était pas le cas de l'autre. Je ne reconnaissait pas mes « frères » mais savais qui ils étaient.

Inlassablement, je vidais mon chargeur sur les zergs qui étaient à porté, déchiquetant leur chair. Une haine refoulée se réveilla en moi, une haine que je n'avais jamais ressentie mais qui avait toujours été au plus profond de mon âme. Les autres semblaient être dans le même état que le mien. Tous perdirent leur contrôle. Je savais, en lisant dans leurs yeux, qu'il ne restait plus qu'une chose qui importait : survivre et anéantir l'ennemi. Ce sentiment décuplait notre force, notre rage. Je me sentais aussi féroce qu'un zerg.

En face, les zergs ne reculait pas, au contraire. Nos actions ressemblaient à celle du désespoir, ce qui ne fit qu'accroître leur plaisir. Bientôt, nous céderons et ils le savaient.

Un soldat, ayant épuisé toutes ses munitions, jeta son arme à terre et écrasa son poing dessus en hurlant comme un damné. Puis il se précipita hors du bunker. Je ne le voyais pas mais je l'entendais crier en ouvrant la lourde porte blindée qui nous séparait de l'extérieur. Pourquoi tenait-il autant à la vie. Il n'aurait pas plus de chance en fuyant. Peu importe, on n'avait pas besoin de lâche. Qu'il crève !!!!

Je me retournais pour achever cet homme et lui donner que ce qu'il méritait mais il était déjà sortit, laissant la porte grande ouverte. Dans un hurlement de rage d'avoir laisser s'échapper une proie si facile, je décidais de le laisser à son triste sort et reprit mon combat contre les zergs. S'ils ne l'achevaient pas, je m'en occuperais moi-même.

Les tirs commençaient à cesser, les zergs s'attaquaient aux premiers bunkers, où les flambeurs vidaient à leur tour des vagues de plasma. L'air sentait de plus en plus le griller, comme s'il y avait un gigantesque barbecue. Ça me donnait faim.

Soudainement, j'aperçu sur le coté le soldat qui avait fuit mais au lieu de s'éloigner du combat comme je le pensais, il courrait à toute vitesse vers les zergs les plus proche, une énorme lame à la main, tranchant tout ce qu'il pouvait. Sa bouche était grande ouverte mais aucun son ne sortait. Dans un état second, ses yeux étaient passé d'un marron clair à un rouge sang.

Il n'était pas seul : plusieurs marines avaient aussi engagé le combat rapproché, se défendant avec d'étranges lame comme les soldats du moyen age. Cinq hydralisks se dégagèrent de la bataille pour foncer vers mon bunker, lâchant par dizaine d'énormes piques qui s'écrasaient contre la paroi blindée du bunker. Je les attendais de pied ferme. Je ......



- Et la princesse ! Réveille-toi ! Je crois qu'on a de la visite. Y a un nuage de poussière qui se rapproche et ça n'étonnerait que ce soit juste une tempête de sable. Alors bouge ton cul de là et va prévenir..... Qu'est ce que tu as ?

Je mis mes mains sur mon visage. J'étais tout en sueur, complètement vidé. Je repris alors mon souffle en regardant tout autour de moi. C'était bien le post avancé sur Aiur. Jack me regardait comme si j'étais un mort qui revenait à la vie.

- Tu veux que j'appelle Rinsley ? me dit-il avant de se retourner vers la menace qui approchait. En fait je crois que tu pourras t'en passer. Comme tous le monde ici.

Puis il se précipita à l'extérieur du bunker afin de prévenir les autres d'une attaque éminente. Il fallait absolument envoyer un message à l'état-major. Inconsciemment, je tendis mes bras vers lui, sans qu'il ne s'en aperçoive, mes doigts se crispant comme s'ils voulaient appuyer sur une détente.

Je repris mes esprits pour regarder l'avancée ennemie. Étrangement, ils avaient légèrement changé de cap. Peut-être ne nous avaient-il pas vu mais cela restait peu probable. Mutalisks et masses faisaient déjà leur apparition. Je me dirigeai alors de l'autre coté du bunker pour assister à la bataille qui s'annonçait rude. La plupart des cuirassés et walkyries, toujours en basse altitude, amorcèrent leur descente. Les deux armées, l'une face à l'autre, s'apprêtaient à amorcer un combat qui n'allait pas être facile, pour les deux camps. Espérons que nous arriverons à les repousser...

Jack et Rinsley entrèrent dans le bunker et regardait la scène qui se déroulait. Le sergent nous avait donné l'ordre de ne rien faire. De toute façon, que pouvions nous faire ?

- Mais qu'est ce qui se passe ?

Les vaisseaux du Directoire s'éloignaient progressivement, laissant une brèche énorme dans le système défensif dans laquelle la nuée zerg pourtant désorganisée, ne voulant pas laisser passer cette chance, s'engouffra à toute vitesse.

- Mais qu'est ce qu'ils foutent ? Pourquoi ils laissent un trou comme ça ?

- Ils les ont attirés dans un piège ? C'est la seule explication.

- Tu crois ? Moi, j'ai l'impression qu'on vient de se faire baisser ! Si je retrouve celui qui s'occupe de la stratégie, je le....

Saisissant des jumelles plus puissantes, je répondis :

- Ce n'est pas difficile... C'est Duran qui a les commandes.

- Peut-être qu'ils vous tout faire péter avec une petite bombe nucléaire.

- Je ne le souhaite pas. Si un missile nucléaire est envoyé en plein dans la marée zergs, on y passe avec eux. On n'a pas de véritable protection, ne l'oublie pas. Il ne nous ont pas donné des armures possédant la protection maximale contre les attaques nucléaires donc...

- Donc ?

- On est dans la merde !

- C'est cool quand t'es positif. Tu veux faire chialer un zerg ou quoi ?

Je n'avais pas le temps de répondre que le réseau COM s'ouvrit. La voix du sergent hurlait à travers l'appareil. Lui aussi avait assisté à la « bataille ».

- C'est bon. Je crois que c'est fini. On rentre à la base pour l'évacuation. Je le préviens : celui qui n'est pas prêt dans...... 2 min, je le laisse dans ce merdier !



Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne pas savoir demeurer en repos dans une chambre.

Blaise Pascal, Pensées
La petite troupe de reconnaissance continuait à fouiller le laboratoire et particulièrement la dernière salle où ils étaient parvenus. Artanis avait ordonné à un disciple et un marine de retourner vers la surface pour retransmettre une mission pour Khalès. Pendant qu'ils cherchaient un quelconque indice utile dans le complexe, le templier devait faire descendre les quelques scientifiques pour qu'ils étudient les résultats des différentes recherches. Peut-être allaient-ils découvrir quelque chose d'intéressant, aussi futile soit-elle. Une autre partie de la flotte avait pour ordre de patrouiller en surface pour détecter la présence d'autres laboratoires sur la lune noire.

Pendant que quelques marines observaient avec dégoût les restes des humains et des zergs, d'autres commencèrent à allumer les ordinateurs pour essayer d'en savoir un peu plus sur ce qu'il se passait.

- Impossible de rentrer ! Tous les ordinateurs ont un puissant système de protection. On ne peut pas accéder aux données, cria un scientifique.

- Avez-vous tenté tous les moyens disponibles ? demanda Raynor

- S'il est une chose où vous nous restez inférieur, dit calmement le préteur, et d'après ce qu'on vient de découvrir, il pourrait bientôt s'agir de la seule, c'est bien dans ce que vous appelez « informatique ».

Dans une petite boite caché dans son armure, le protoss saisit un petit dispositif circulaire qu'il déposa sur l'unité centrale d'un ordinateur. Après qu'il ait appuyé sur un bouton, huit pattes métalliques sortirent de l'étrange objet. Ce qui ressemblait maintenant à une araignée envoya un rayon sur la machine pour la scanner puis, après l'avoir parcouru entièrement, émit un petit bip avant de se déplacer vers l'autre partie de l'unité centrale. Ensuite un minuscule rayon laser sortit d'une des pattes pour percer la couche qui protégeait l'ordinateur. Pour finir, « l'araignée » plongea quatre de ses pattes dans le petit trou avant d'émettre un dernier bip.

- Formidable, cria Raynor en fixant l'écran de l'ordinateur où défilait une quantité incroyable d'information.

- Nous vous observons depuis votre arrivée et nous nous sommes rapidement adaptés à votre technologie. Normalement cet appareil devrait nous permettre d'accéder à tous les fichiers, même les plus protégés.

Les colonnes de chiffres continuaient à défiler sur l'écran lorsque tout redevient noir, suivi d'un dernier bip. L'ordinateur se redémarra normalement pour afficher la demande de mot de passe, tout de suite tapé par « l'araignée ». Une liste de fichier apparut.

- Que doit-on chercher ? demanda Artanis.

- Les experts s'occuperont de tous décortiquer, répondit Raynor. Mais je veux en savoir plus sur ce qu'il s'est passé ici. Peut-on accéder à quelque chose, comme une liste des événements ?

- Rien de plus facile, si tout à été répertorié dans la mémoire centrale.

Un simple regard vers « l'araignée » de la part du protoss suffit pour exaucer le souhait du Terran. Divers documents accompagnés de vidéos s'affichèrent. Raynor sélectionnât celui qui regroupait la dernière semaine. Plus précisément lors du déclenchement de toutes les armes automatiques.

- On va enfin savoir ce qui a provoqué un tel massacre, dit un soldat en jetant un coup d'oeil sur un cadavre.

Après un bref téléchargement qui ne fit qu'accroître la curiosité de chacun, une vidéo apparut. La scène commença à ce qui semblait être un interrogatoire. Le peu de lumière dans la salle masquait certains détails, rendant l'instant encore plus lugubre qu'il ne l'était déjà. Dans l'ombre, on pouvait apercevoir un homme était assit dans une cellule, la tête sur ses genoux en train de réfléchir. En regardant de plus prés, on pouvait comprendre que ce n'était pas un homme ordinaire. Peut-être même pas un homme du tout : lorsque une porte s'ouvrit, la créature se leva. Ses yeux rouges brillaient dans le noir tel un spectre.

L'obscurité cachait tous les détails mais l'apparence du « cobaye » ou du prisonnier semblait être vaguement humaine. On pouvait estimer sa taille à 2m30. Une stature d'ogre, avec des bras et des jambes musclés à l'extrême. Le reste était peu visible. Un élément cependant se démarquait du reste : un souffle pénible, forcé sortait de ce qui ressemblait à un masque à gaz ou quelque chose qui s'en rapprochait. La créature se tourna vers les nouveaux arrivants.

- Vous pouvez mettre plus de son ? On n'entend absolument rien, dit Raynor en s'approchant de l'écran.

- Je suis désolé mais c'est tout ce que nous pouvons obtenir, répondit l'ingénieur en tapant sur différentes touches. Il semblerait que l'enregistrement ait été endommagé.

Des parasites commençaient à apparaître sur l'image. Les voix des personnages ressemblaient à des murmures.

- Et votre appareil ? Il ne peut rien faire ? demanda le terran à son homologue protoss.

- Normalement, il nous donne le maximum. Nous avons la meilleure qualité disponible.

Raynor ne répondit pas.

Deux scientifiques étaient entrés dans la salle et marchèrent jusqu'à la vitre sûrement blindée de la cellule. L'ouverture de la porte avait allumé une faible lumière qui éclairait à contre jour les deux nouveaux arrivants.

Le premier à s'adresser au cobaye ressemblait à un mort, une personne d'au moins 150 ans. Le visage desséché, des cheveux blancs qui tombait presque jusqu'au épaule, de la peau qui pendouillait, des bras aussi fragiles et cassables que des allumettes et une main tremblante caractérisaient le vieux scientifique. Dans ses yeux grands ouverts brillaient une intelligence diabolique alliée à une folie qui expliquait pourquoi le monde voyait en les plus brillants scientifiques des personnes complètement dérangées, plus capable du pire que du meilleur.

Le deuxième semblait beaucoup plus jeune, peut-être qu'une trentaine d'année avec un teint tout de même juvénile, des cheveux bruns assez court, un visage jeune avec des petits sourcils et une bouche assez disproportionné, ce qui lui donnait du charisme. Une allure impassible, vidée de sentiment émanait de lui, un caractère autoritaire mais d'un calme surprenant justifiant une grande expérience, bien trop grande pour quelqu'un d'aussi jeune. En retrait par rapport à son mentor, il restait silencieux et écrivait des notes sur un dossier au lieu de poser des questions comme le vieux scientifique.

Pendant l'interrogatoire, le prisonnier ne bougeait pas, ne répondait à aucune question et gardait son visage baissé, plongé dans d'intenses réflexions jusqu'à ce qu'un petit appareil n'envoie une décharge électrique à travers une onde pour le toucher en pleine poitrine. Mais il ne fit qu'à peine un pas en arrière sans broncher, l'esprit toujours ailleurs, pour s'avancer jusqu'à la vitre. Le vieux scientifique jubila en voyant une telle résistance et un tel manque de sentiments. Puis il reparti, suivi de près par le deuxième qui, avant de franchir la porte, se retourna vers le prisonnier pour lui lancer un grand sourire. Un sourire bizarre, innocent.

La porte se referma et le cobaye se replongea entièrement dans ses rêves. Un rêve qui ne dura qu'à peine cinq minutes, perturbé par l'arrivée de deux gardes lourdement armés. Pendant que l'un pointait son énorme calibre en direction du prisonnier, le deuxième marcha lentement, sans geste brusque, vers le bouton de la porte de la cellule et d'un signe de la main, lui demanda de sortir tout en restant à distance. Le prisonnier sortit calmement, suivit des deux soldats qui, par sécurité, gardaient leur fusil pointé sur lui.

La vidéo changea de caméra pour visionner la pièce principale. Tous les scientifiques devant leur ordinateur se levèrent à l'annonce d'un des marines et reculèrent un peu en voyant le prisonnier escorté. Volontairement, la lumière avait été baissée au plus bas une fois encore. Les pas du cobaye étaient lourds, comme s'il devait supporter une masse énorme. En rasant un mur, un étrange bruit métallique fit frémir chaque personne présente.

Soudainement, il s'arrêta pour tourner la tête vers une cellule où la présence de vitre blindée permettait de voir qui se trouvait à l'intérieur. Le prisonnier fixait l'autre captif. Un zergling se trouvait enfermé dans une cellule voisine et comme s'il voulait répondre à celui qui le regardait, il émit un hurlement puissant et tenta de trancher la vitre, heureusement protégée par un bouclier qui lui envoya une décharge instantanément.

A la vue du zerg, les yeux rouges sang du prisonnier s'ouvrirent d'un coup et il se mit crier de douleur en se tenant la tête, comme si son esprit devait faire un tri d'urgence dans ses souvenirs. Il tomba à genou. Personne ne savait quoi faire, les deux scientifiques étant partis. Un soldat se décida à l'approcher, un fusil à la main, pour le relever avec le bout de son canon. Une lame d'énergie lui traversa le corps avant de le couper en deux, net.
Cela provoqua un mouvement de panique de la part des scientifiques. Même pour les marines, la situation était effrayante. Tous ouvrirent le feu sur l'assassin mais les balles rencontrèrent une sorte de bouclier psychique qui, au lieu de les stopper ou de les renvoyer, les absorbait littéralement.

Le champ de protection éclaira légèrement la salle, suffisamment pour voir distinctement le « prisonnier ».

- Mais qu'est ce que c'est que ça ? demanda Raynor plus pour lui-même que pour les autres

L'homme était vêtu d'une armure de combat en acier. Mais le simple fait que des morceaux de peau étaient visibles expliquait pourquoi on la lui avait laissé. La combinaison en métal faisait partie intégrante de lui. C'était un cyborg. Son bras droit était, contrairement au reste de son corps, totalement mécanique. Son visage était toujours caché derrière un masque à gaz mais ses yeux suffisaient pour lire en lui une haine terrible, pas particulièrement contre les humains mais contre les zergs.

Instinctivement après avoir abattu le soldat, le cyborg se tourna vers le zergling avec rage. Puis de son bras mécanique sortit une sulfateuse qu'il dirigea vers les scientifiques et marines qui cherchait à fuir pour sauver leur peau ou pour déclencher l'alarme. Il continuait à fixer le zerg et ne regardait même pas ses victimes avant de leur arracher la vie. Personne ne pouvait résister à un tel déluge de balle. Le cyborg semblait hors de contrôle, surtout pour lui-même. Il tirait frénétiquement sur tout ce qui bougeait. Le zergling, qui appréciait le spectacle, lança un cri de « joie » avant de comprendre qu'il allait être le suivant. Le déclenchement d'un combat provoqua la contre attaque des armes automatiques : lance-flammes, lance-missiles, lasers et mitrailleuses prirent pour cible le fugitif, sans résultat. Celui-ci répliqua alors en les transformant en passoire. Puis il se rapprocha de l'ordinateur central. Une sorte de lame sortit du bout de son bras d'acier et il l'inséra dans un trou spécialement fait pour les connections. Une seconde après, l'écran s'alluma et des données s'affichèrent. Alors un message « alarme désactivée » s'afficha au moment ou le calme réapparut. Les armes implantées dans les murs qui n'avaient pas encore trouvé de cible stoppèrent leur recherche et retournèrent d'où elles venaient.

La dernière image sur l'écran fut le cyborg en train de détruite chaque caméra.

Un silence lourd et pesant s'abattit. Personne ne savait quoi dire. Ils s'attendaient à beaucoup de chose de la part du Directoire mais ceci surpassait tout ce qu'ils avaient pu voir jusqu'à maintenant. Seul les zergs s'étaient permis de transformer quelqu'un en machine à tuer, sans parler de la neuro socialisation, et cela ne faisait que rappeler des mauvais souvenirs à Raynor qui frappa son poing contre la table, brisant en même temps le silence entre les différents membres.

- Ce n'est pas possible ! Qu'est ce qu'ils ont encore fait ? dit Raynor.

- Il semblerait que le Directoire nous ait laissé un petit cadeau ! répondit Artanis.

- Et vu la puissance de ce machin, j'espère que cette surprise ne se trouve plus ici, dit un soldat en bégayant, le visage plein de sueur.

- Mais qu'est ce que c'était ? demanda un autre.

L'ingénieur prit le temps de formuler sa réponse :

- Un cyborg, quelqu'un de mi humain mi machine, une être sans sentiment.

- On pourrait le comparer à nos dragons, qui possèdent une âme protoss dans un corps métallique. Mais lui semble être encore autre chose.

- Mais je croyais que les humains de la Terre s'étaient débarrassés de vos ancêtres pour purifier votre race ? déclara un disciple.

- Hé bien, on dirait qu'ils ont abandonné leurs idéaux sur ce sujet. On oublie vite ses principes en temps de guerre...

Un petit son indiquant la réception d'un message coupa la discussion. La voix de Khalès résonna dans toute la salle.

- Une patrouille a découvert un vaisseau dissimulé dans une montagne. Son invisibilité démontre qu'il s'agit du vaisseau appartenant aux templiers noirs, sûrement à celle que nous recherchons.

- Comment l'avez-vous trouvé ?

- C'est lui qui nous a trouvé ! Les scouts ont reçu un message qu'ils m'ont directement retransmit. Je viens juste de le recevoir et je l'écoute en même temps que vous.

Puis il cessa de parler pour laisser place à l'enregistrement.

La voix de Xerana était faible :

« Je m'adresse à quiconque recevra ce message, qu'il soit zerg, protoss ou humain. Ma disparition entraînera peut-être une expédition pour me trouver, moi et les résultats de mes recherches. Si vous ne le savez pas encore, un laboratoire est dissimulé sur cette planète, un complexe appartenant à des humains mais qui y faisaient des expériences inconnues. »

La templière noire s'arrêta de parler comme si elle se retournait pour vérifier qu'elle était bien seule. Ensuite elle reprit :

« Je suis arrivé un peu avant la catastrophe qui a touché cette base. Mon talent d'invisibilité m'avait permit de visiter une infime partie du laboratoire. Lorsqu'une bataille se déclencha entre les scientifiques et sûrement les résultats de leurs macabres recherches. Les humains n'ont eu aucune chance. Je croyais pouvoir échapper au combat mais malheureusement ces cyborgs possédaient une technologie capable de déjouer tous mes pouvoirs. Une vingtaine de ces machines m'encerclèrent. L'un deux s'est alors rapproché de moi et m'a soufflé quelques mots avant de repartir en me laissant seule entourée de dizaines de cadavres. »

Xerana hésita avant de répéter ce qu'on lui avait dit, sa voix était tremblante.

« Il nous anéantira tous... »

Finalement, reprenant ses esprits, elle continua :

« J'ai alors décidé de les suivre à distance pour en apprendre plus. Mon vaisseau ayant été endommagé, j'ai du en prendre un aux humains : ils n'en auront plus besoin de toute façon. Il semble que je ne dérange pas les fugitifs car je sais qu'ils connaissent mes intentions et ils ne m'ont tout de même pas tué. Peut-être ont-ils besoin de moi ? »

Puis des mots étranges sortirent de son esprit, des mots qu'elle-même ne comprenait pas.

« Protégez-vous ! L'ultime conflit sèmera bientôt la mort ! »


La science a fait de nous des dieux avant que nous méritions d'être des hommes.

Jean Rostand, Extrait des Pensées d'un biologiste
L'affreuse nouvelle venait de tomber : le vice-amiral Stukov n'était en fait qu'un traître. Pour d'obscures raisons, il aurait quitté le champ de bataille. Le lieutenant Duran fut bien sur le premier à le dénoncer. Personne n'y croyait vraiment : Pourquoi nous aurait-il trahi ? Au nom de qui ? De lui-même ? Son patriotisme et sa longue amitié avec l'amiral DuGalle excluaient cette hypothèse. Mais la découverte que le « perturbateur psi » n'avait pas été détruit lança un vent de panique chez les marines. La seule chose que nous savions était que cette arme ultime pourrait faire pencher la guerre en notre défaveur si Mengsk s'en emparait.

Plusieurs rumeurs circulaient, plus ou moins possibles, allant de la trahison du vice-amiral pour rejoindre les rangs de l'empereur ou pour son propre compte jusqu'à son infestation, Les plus folles utilisant même l'hypothèse du Diable manipulant Stukov pour mener ses armée de démons ou de Jugement Dernier éminent. Comment être rationnel quand on voit le monde dans lequel nous nous battons...



Par quoi allais-je commencer ? L'étrangler ? Trop Banal. Le balancer dans l'espace ? Il me faudrait une autorisation et je résisterais pas jusque là. Il doit souffrir autant que j'ai souffert. Je dois en finir maintenant si je ne veux pas devenir cinglé. Tout sera bientôt terminer !!!! Je dois seulement être rapide et précis. Mais je dois encore attendre, attendre pour qu'il ne se doute de rien. Sa confiance en moi sera sa perte. MAINTENANT !!!!

Je saisis la balle en plastique avant qu'elle ne retombe dans la main de Jack pour la lui fourrer d'un coup sec dans la bouche grande ouverte sous effet de la surprise. Immédiatement, il se leva de son lit et se mit à genou pour la recracher difficilement. La balle pleine de salive retomba et bondit jusqu'à mes pieds. Le colosse, en se tenant toujours la gorge, n'ayant pas encore reprit son souffle après avoir toussé comme si une bestiole était restée coincée, ne retourna vers moi et me hurla :

- Qu'est ce que tu fous, Jason ? Tu veux me tuer ou quoi ?

- Et toi t'aurais pu me rendre complètement fou ! Je ne supportais plus le son de ta balle quand elle cogne contre le plafond.

Puis, me rendant compte que d'y avoir été un peu fort, je lui tendis ma main pour l'aider à se relever et lui dit :

- Désolé.

Jack m'adressa un grand sourire pour me faire comprendre que j'étais pardonné ... seulement lorsqu'il aurait prit sa revanche. Il saisit la balle visqueuse et me l'envoya sur le visage avec une telle violence que je croyais qu'on m'avait tiré dessus à bout portant.
Tout le monde se regroupait autours de nous, sentant le doux parfum de la baston. J'entendais même certains commencer à faire des paris. Et vu la taille de Jack, je ne devais sûrement pas partir favori.
Après m'être essuyé le visage en grimaçant, je fixais mon « ennemi » qui, d'un signe de la main, me lançait une invitation pour une bagarre amicale. La foule grandissait et les cris devenaient de plus en plus fort.

Poings serrés, je me mis à courir sur lui mais juste avant de décocher mon coup, un bras tendu me barra la route. Lorsque ma gorge se cogna contre lui, le reste de mon corps continuant à avancer me fit basculer d'un coup en arrière. Ma tête fut la première à toucher le sol et je tombai lourdement sur le dos. Reprenant mes esprits, je vis la face de Johnson à 10cm de la mienne. La voix grave du sergent résonna dans ma tête comme si j'avais la gueule de bois : « relève-toi, soldat ! ».

Le bruit des pas des soldats, se mettant alignés, me réveilla et je me précipitai de faire comme les autres. Tous saluèrent le lieutenant Duran dés son entrée. Hésitant, je fis la même chose.

Sans dire un mot, il passa à travers les rangs pour « sélectionner » des soldats. Puis il passa devant Jack et moi et se mit à sourire. D'un petit coup de tête, il nous ordonna de suivre les autres « gagnants du concours ». En sortant de la salle, un autre fantôme nous donna nos ordres de mission. Lors de mon passage, il me fixa quelques secondes avant de me remettre le papier.

- C'est pas vrai ! Regarde notre mission : on va devoir éliminer le vice-amiral Stukov ! dit Jack en marchant derrière les autres, ébahit.

- Tu y crois vraiment à sa trahison ?

- Hé ben...

- Franchement !

- Non ! Pas vraiment. La guerre peut nous mener à faire des choses qu'on ne pensait jamais faire. Mais là, c'est impossible, pas venant de lui.

- Moi, je suis sur qu'il y a un traître mais ce n'est pas Stukov, murmurais-je. Ca ne peut être que Duran !

Jack resta quelques secondes sans rien dire.

- Bien sur, tu ne dis pas ça parce que tu le hais !

- Tu me connais.

- Justement, et ces jours-ci, t'es bizarre. Et ta paranoïa ne s'arrange pas.

Je repensai à mon rêve sur Aiur. Il était vrai que mon comportement avait un peu changé. J'avais besoin de réponses. Et Duran en avait probablement.

- De toute façon, on n'a pas le choix, déclara-t-il.

- Malheureusement, répondis-je en réfléchissant. Mais j'ai un mauvais pressentiment.

- Comme toujours .....

Une voix familière s'adressa à nous. Rinsley, qui était aussi du voyage, se trouvait juste derrière nous.

- Qu'est ce que tu fais là ? demandais-je.

- J'ai été « sélectionnée » ! Comme vous, je suppose...

- Bien sur, on se tape toujours les missions pourries ! D'abord de la reconnaissance, maintenant l'assassinat de notre vice-amiral...

- Moi, ce qui me dérange, c'est qu'on soit tous les trois : ils tiennent toujours à ce qu'on fasse nos missions ensemble.

- Merci, c'est gentil.

- Tu m'as compris...

- Moi je dis que c'est ton pessimisme qui nous porte la poisse. Arrête de te poser des questions. Un soldat...

- ... n'a pas à réfléchir, seulement à agir ! Je connais le baratin.

Visiblement gêné par ma réaction un peu brutal, personne n'osa me répondre.

Trois Dropships nous attendaient. Ils allaient nous amener devant la base souterraine ou s'était réfugié Stukov, sur Tarsonis. Après avoir enfilé nos armures de combat, nous étions enfin prêt pour cette mission qui s'annonçait aussi facile qu'agréable.



Utiliser les technologies ennemies était assez déstabilisant mais d'après moi, le pire était les voyages dans ces carcasses volantes. Même si des centaines de modèles neufs avaient été fabriqués par les chantiers du Directoire, beaucoup avaient été « réquisitionné ». Résultat, on se retrouvait avec des vaisseaux aussi vieux que la Confédération.

Une chaleur insoutenable et un remplissage à l'arrache montraient à quel point les dirigeants de l'armée nous considéraient comme de la chair à canon et n'en avaient rien à foutre de notre confort. On se croirait presque en enfer. Et même si notre armure de combat CMC contrôlait un minimum la température, les litres de sueurs qui s'écoulaient de mon corps commençaient à la remplir, surtout pendant la descente en atmosphère. Si le voyage durait trop longtemps, je finirais par me noyer.

La quarante-septième goutte de sueur venait de couler du nez de Jack. Qu'est ce que c'était long ! Mon regard se détourna vers Rinsley : grâce à sa combinaison plus légère, elle souffrait moins que nous autres. Jaloux pendant quelques instants, je m'aperçus que ses yeux étaient fixés dans le vide. Elle se mordillait la lèvre inférieure, ce qu'elle faisait toujours lors d'un grand stresse. Je devrais peut-être la réconforter ? Mais pour lui dire quoi ? « Tout va bien se passer ! », « Ne t'inquiète pas : je veillerais sur toi ! », ou encore « je ne laisserai personne te faire du mal ! ». Toutes ces phrases symboliques mais inefficaces étaient inutiles avec elle. Car elle savait que je n'étais qu'un homme, un simple homme...

Finalement, je ne lui fis qu'un petit sourire qu'elle me rendit aussitôt. Si j'avais été à porté, j'aurais pris sa main. Dommage. Jack souriait aussi en me regardant, mais pas de la même manière (heureusement d'ailleurs !) : il avait compris mes intentions et riait en me voyant galérer pour oser parler franchement à Rinsley. Lui n'avait jamais eu de problème avec les femmes. En fait il n'avait jamais eu de femme. Sauf si on considère une mitrailleuse lourde comme telle.

Plus loin, je voyais Duran, pensif, avec un sourire qui m'inquiétait toujours.

La voix du pilote résonna dans nos casques, suivi de celle du TAC.

- Base en approche ! Arrivée dans..... 5min.

- Vous avez bien entendu ? Alors serrez les fesses.

Lorsque la carcasse volante se mit à trembler comme si un géant l'avait saisi pour la secouer de toutes ses forces, je le fis inconsciemment, si fort que j'aurais pu plier une barre de métal.

Le Dropship prit à peine le temps de se poser, nous larguant comme des valises. Avait-il peur que des défenses anti-aériennes se déclenchent ? Cela m'étonnait fortement : ce n'était pas une base militaire de défense ou un point stratégique important mais seulement un laboratoire dissimulé dans une montagne, appartenant sûrement à l'ancienne Confédération. Le plus dur était surtout de trouver une entrée.

Au bout d'une demi-heure de recherche, l'un de nous finît par découvrir un petit passage entre les rochets. Un ascenseur et un long couloir nous menèrent jusqu'à une porte automatique. Un soldat se dirigea vers le panneau de contrôle.

- La porte est verrouillée ! Placez les explosifs ! hurla-t-il.

Je voyais les yeux du soldat : il n'avait pratiquement plus de pupille. Il devait sûrement être bourré de stims. Ça expliquait pourquoi il était si excité de combattre. Mais il arrivait encore à penser par lui-même.

Le son de l'explosion puis de la porte s'effondrant sur les corps des malheureux gardes me rendit presque sourd. L'un d'entre eux avait survécu mais pas pour longtemps.

Nous nous dirigeâmes ensuite vers l'ordinateur le plus proche. Une fois encore, le soldat plein de stims prit les commandes, ce qui ne me rassurait guère.

- Euh comment ça marche ce truc ?

Je ne le sentais pas du tout.

- Ordinateur, localisez l'amiral Stukov ! cria-t-il comme s'il cherchait à lui parler directement.

« Code d'accès refusé ! Déclenchement des armes automatiques ».

Alors là, inutile de faire un dessin, ça sentait la merde à plein nez.

Trois canons sortirent du sol pour nous cribler de balles. Deux soldats perdirent la vie sans avoir compris ce qui leur arrivait. Immédiatement, tout le monde réagît pour se défendre. Un flambeur grilla les circuits de l'une des machines, une autre fut atomisé par une grenade, la troisième, qui était sorti juste dessous Jack, fut écraser par le poids du soldat et par la puissance d'un violent coup de pied.

Le soldat cinglé, encore vivant, agissait comme si rien ne s'était passé et reprit la route. Il lança un simple « J'aime pas les ordinateurs » qui donna à tout le monde une terrible envie de le considérer comme une défense automatique, un ennemi à abattre. En fait il ressemblait plus à une bombe qui allait bientôt péter.

La suite se passa sans encombre jusqu'à ce que trois civils nous croisent.

- Quoi de neuf ? nous demanda l'un d'eux, ne savant pas qui nous étions.

- Où est Stukov ?

Choqués par la réponse, ils ne mirent pas longtemps avant de comprendre la situation.

- Ne leur dit rien, Harry, ce sont des traîtres !

- Liquidez moi ça ! hurla le « cinglé ».

- Au secours !

Sans même réfléchir, presque tous les soldats se mirent à tirer. D'autres, comme moi, avaient encore des hésitations pour ce qui était de tuer des hommes du Directoire lui-même. Les dernières paroles me génèrent : pourquoi nous considérer comme des traîtres ? C'était eux les traîtres normalement.

L'arrivée d'une patrouille de sécurité me réveilla. Les petits malins parvenaient à nous repousser malgré notre supériorité numérique en se protégeant derrière un mur, alors que nous n'avions rien pour nous cacher. Mais la tête d'un soldat volant à travers le couloir montrait que Duran entrait en action.

Grâce à son aide, il était aisé de parvenir jusqu'à un autre ordinateur.

Une fois encore, le « bourré de stims » s'approcha de la machine. S'il refaisait une seule connerie, je lui tirerais une balle dans la tête.

- Un autre ordinateur. Y a écrit « appuyez sur une touche », mais laquelle ? Y en plein !

« Caméras de sécurité activées ! Baie d'entretien et de réparation des Goliaths localisée dans la secteur 4 »

- Si on arrive jusque là, on pourra peut-être s'en emparer.

Enfin une remarque intelligente.

La mission s'annonçait moins difficile que prévu, la sécurité étant très réduite pour je ne sais quelle raison. C'était trop calme pour être vrai. Où était l'embrouille ?



Une deuxième porte automatique nous barrait la route, et nous n'avions plus d'explosif pour la faire sauter. Les bruits des touches d'un clavier attirèrent mon attention. Le « danger public » s'amusait à chercher le mot de passe. Je devais l'arrêter avant qu'il ne nous attire des ennuis. Non sans déplaisir, loin de là, je pointais le bout de mon gauss sur lui et me préparait à le dézinguer. Un petit rire sortit inconsciemment de ma bouche. Un petit rire qui passa inaperçu pour tout le monde sauf pour Jack qui me fixait sans bouger, choqué par mon comportement. Une autre personne m'avait entendue : encore ce Duran. Peut-être devrais-je commencer par lui ? Oui, il me fallait le tuer, le détruire pour qu'il arrête de me hanter.

- Hé ! Qu'est ce qui se passe avec les ordinateurs ? Ah....

Le son de pas derrière une autre porte me réveilla. Trois autres ingénieurs était apparus. Lorsqu'ils nous virent, tous levèrent les mains avec le synchronisme de triplets. Le « cinglé » se rapprocha et pointa son flingue sur la tête de l'un d'entre eux.

- File moi ces codes ou je me fâche. Ok ?

- Vous ne saurez rien ! répondit-il en fermant les yeux, attendant son triste sort.

Au lieu de le tuer, le marine tira sur les deux autres. Puis il approcha son visage du survivant en sueur qui finit par craquer.

- Attendez, je vais vous le dire, dit-il en reprenant sa respiration. C'est ..... Farmhan !

La voix électronique du système confirmant le code d'accès, le marine termina par un simple « merci » plein de fourberie et acheva le dernier survivant, un « Oups » ponctuant le dialogue.



A notre arrivée dans la baie de réparation, plusieurs civils fuirent pour alerter les pilotes de Goliaths. Jack se précipita directement vers l'un de ces monstres d'acier. « Une seconde peau » me répétait-il souvent. Pour ma part, je préférais rester totalement maître de mes mouvements. De toute façon je n'en n'eut pas le temps, un régiment de pilotes et de marines armés jusqu'aux dents se précipitant à l'assaut avant que nous ne prenions le contrôle de leurs Goliaths. Mais un feu nourri de l'ensemble des machines à tuer ne leur laissa pas la moindre chance, ne laissant qu'un tas de chair. Il fallait cependant faire très attention : trois autres soldats perdirent la vie et notre nombre diminuait. Et le peu de résistance cachait de toute évidence un piège.

Deux couloirs plus loin, nous étions enfin arrivés dans la salle de contrôle où se terrait notre cible. Quelle fut ma surprise de le voir en combinaison de fantôme. Il était vrai que certains dossiers que j'avais pu lire à son sujet mentionnaient une carrière rapidement écourtée de formation d'espionnage. Le lieutenant Duran, qui ne semblait nullement inquiet sur cette mission trop facile à mon goût, s'avança et prit la tête de notre groupe.

Les deux hommes levèrent en même temps leur arme vers l'autre. Duran fut le premier à prendre la parole :

- Vice-amiral Stukov, j'ai ordre de vous relever de votre commandement.

Sa voix était redevenue bizarre, comme lors de la bataille de Boralis.

- Lieutenant Duran, je ne suis pas surpris. Nous savons exactement comment vous allez vous y prendre : Finissons-en !

- Dites adieu Stukov !

- Allez au diable !!!


Le vice-amiral devint soudainement invisible pour attaquer son adversaire. A moins de tirer partout dans la salle, nous ne pouvions rien faire. Duran émit un très léger rire puis tira juste une balle dans le vide. Le râle de Stukov précéda sa réapparition. L'homme s'écroula en se tenant la poitrine au niveau du coeur.

Au même moment, la voix de l'amiral DuGalle résonna dans la pièce à travers nos COM. Instinctivement, je tournai le bouton du son au maximum avant de poser mon casque à terre, près de Stukov.

« Lieutenant Duran, quelle est votre situation ?

La voix faible et fragile du vice-amiral lui répondit :

- Il y a effectivement un traître... dans ton entourage... mais ce n'est pas moi....Duran ! Il nous trompe depuis le début... Il t'a convaincu de détruire... le Perturbateur Psi... bien que ne soit notre meilleure chance de vaincre les zergs... Et puis, sur Aiur,... il a laissé passer les zergs alors que nous tenions... les fugitifs. Je suis venu pour activer ce qui est notre seul espoir de les vaincre... Et tu m'as tué pour ça !

Stukov cracha du sang et reprit sa respiration pendant quelques secondes. Je sentais que l'amiral DuGalle voulait dire quelque chose, s'excuser de son erreur, se maudire lui-même. Mais il ne pouvait pas : il savait que son vieil ami allait mourir et il devait le laisser finir son dernier discourt.

- Duran est ton ennemi, Gérard... Je pense qu'il est infesté.

A ce moment là, je réalisais que c'était probablement un fantôme du vice-amiral mourrant qui nous avait précédé sur Tarsonis.

- Utilise...le Perturbateur..., Gérard, continua Stukov, d'une voix qui allait s'éteindre dans peu de temps,... et met un terme à notre opération... Que ma mort... serve au moins... à quelque chose.

Dans un dernier soupir, le vice-amiral Stukov s'arrêta de bouger et sa main glissa le long de son corps. Ses yeux se figèrent pour l'éternité.

- Alexeï ! Non ! Mais qu'ai-je fait ? QU'AI-JE FAIT ? Ordinateur, où est le lieutenant Duran ?

La voix électronique répondit : « Le lieutenant Duran n'est plus sur mes senseurs. Il semble qu'il ait disparu »

« Procédure d'autodestruction engagée »

- Non ! hurla DuGalle.

Une fois encore, l'ordinateur « reprit la parole » : « Monsieur, le noyau énergique est en surcharge. Si vous voulez éviter l'explosion, vous devez atteindre les commandes manuelles et éteindre le courant du réacteur. »

- C'est sans doute un coup de Duran. Vous avez servi le vice-amiral Stukov loyalement, je vous demande de continuer à servir sa mémoire en gardant ce Perturbateur en un seul morceau. Maintenant, allez-y et trouvez moi ce terminal de commande manuelle !



La véritable amitié, je crois, sait être lucide quand il faut, aveugle quand elle doit.
Francis Blanche
Depuis le début, une sale odeur planait sur cette mission, et lorsque je croyais avoir marché sur une merde de zergling, et que je m'apprêtais à l'essuyer proprement, il s'avéra qu'une ultralisk en profita pour me chier dessus et m'ensevelir jusqu'à ce que mort s'en suive. Avais-je atteint le point culminant de mon malheur ? Je ne pense pas. Mon histoire, aussi horrible qu'elle puisse être, était très loin d'être terminée : la petite voix qui avait pris place au plus profond de mon âme me soufflait que ce n'était que le commencement.
Mais pour qu'il y ait une suite, il me fallait survivre. Et vu comment tournait la situation, ce n'était pas gagné...




- Tirez dans le tas ! Il faut qu'on se grouille !

Puis Jack se remit à hurler en déchargeant son arme sur les zerglings qui venaient d'apparaître au bout du couloir. On aurait dit qu'il était devenu complètement fou. Je lisais de la peur dans ses yeux. Cette fois, l'échec amenait inévitablement à une mort rapide, quoique sans douleur. Mais il nous fallait réussir, au nom de Stukov.

« Les installations externes ont été percées. Présence de zergs détectée »

La voix informatique avait parlé avec si peu de conviction et de sentiment pour nous annoncer une nouvelle, pas vraiment surprenante en plein combat, donnait envie d'aller rencontrer le concepteur de cette machine pour qu'il prenne notre place ! Si on survivait naturellement...

- Comment est-ce possible ? Comment les zergs sont-ils entrés ? Capitaine !! Nous faisons face à une invasion ennemie ! Cria le sergent à sa liaison COM si fort qu'il couvrait le son des balles.

« Nous avons la preuve que Duran travaille pour les zergs. Capitaine, ne laissez aucun de ses zergs vous barrer la route. Nous avons besoin de ce perturbateur. PLUS QUE JAMAIS ! »

Cette dernière phase avait été tellement appuyée qu'on aurait cru qu'il se trouvait à nos cotés. Le Capitaine, lui, empressa d'exécuter l'ordre et annonça une série d'ordres à tout le monde. Le sergent ne prit pas le temps de lui répondre, assailli par un zergling qui avait traversé le barrage de flammes et de balles qui nous maintenait en vie.

- Ho la vache ! cria un autre soldat, stoppant momentanément de flinguer tout ce qui avait plus de deux pattes. Comment on va traverser cette mer de zerglings ?

Heureusement, une porte s'ouvrit et une dizaine de marines et de flambeurs en sortirent. Sous le feu de l'action, personne ne pensa à autre chose que d'éliminer cette menace très sérieuse. Cote à cote, ceux qui furent il y a quelques instants des traîtres étaient à présent des frères, des survivants au même titre que nous.

Lorsque tous les zergs furent à terre, je regardais la petite minuterie en haut de mon écran.

« 24min15s »

Tout le monde courrait à toute vitesse. Heureusement, personne n'envisagea de faire machine arrière et laisser cet endroit sauter. Car tous savait que sans ce perturbateur, la guerre serait sans doute terminée. Et notre sort ne serait rien comparé à la mort qui nous attendait si tout explosait.

Depuis 2min déjà, on n'avait croisé aucun ennemi. Ils devaient sûrement se regrouper près des commandes manuelles, prêts à se sacrifier au nom de l'Overmind. Peut-être Duran était avec eux ? Il fallait que je le revoie pour en finir.

En passant près d'une sorte d'enclos pour cobaye, le premier des marines s'arrêta lorsqu'un grondement fit trembler la salle. Deux ultralisks tentaient de remonter de l'enclos mais les bords étaient trop glissants. C'était à se demander comment on avait pu les mettre là.

- Regardez ! Ils sont pris au piège ! dit un soldat en riant.

Je reconnaissais la voix de ce marine : c'était celui qui n'avait cessé de foutre la merde. Il avait donc survécu... Mais pour combien de temps.
Le marine complètement cinglé commença à tirer sur les créatures sans défense en riant. Il était encore plus incontrôlable qu'avant.

« 21min 06s »

Mais lorsque la première tomba, de nouveaux grondements se firent entendre, accompagnés de terribles rugissements. Tous se préparèrent à attaquer dés l'ouverture de la porte pour cribler de balles cette nouvelle menace. Une moitié des soldats mis un genou à terre, juste devant la deuxième ligne, plus lourdement armée. Plusieurs saisirent des grenades, se tenant prêt à le jeter sur leurs ennemis. Les flambeurs, eux, formèrent une troisième ligne. Cette tactique pouvait sembler bizarre mais les zergs connaissaient la plupart de nos manoeuvres. Dés que la menace serait trop proche, tous les soldats se replieraient derrière le mur de feu. Deux flambeurs déchargèrent leurs armes sur le sol : les zergs devront passer à travers une mare de flamme avant de nous atteindre.

Cette précaution fut malheureusement totalement inutile. Au lieu de s'ouvrir pour nous laisser tirer dans le tas, les portes volèrent à travers la salle pour s'écraser sur deux soldats, glisser et en faucher deux autres avant d'atteindre le mur. Ne jetant même pas un oeil derrière eux, tous se firent feu sur les nouveaux arrivants. Diverses grenades explosèrent, créant un énorme rideau de fumée. Après quelques secondes, je me réfugiais derrière la rangée de flambeurs, suivi par Jack et Rinsley puis par tous les autres.

Un soldat, visiblement fou, se précipita vers les portes défoncées et vida un chargeur sans savoir sur quoi il tirait. Une forme immense se dessina dans la fumée. L'ombre émit un rugissement, un rugissement familier. Une faux d'au moins trois mètres surgit du rideau de fumée et décapita le soldat figé sur place. Le corps n'eut même pas le temps de tomber à terre qu'il fut écrasé par la créature qui se dévoilait enfin. Tel un prédateur plongeant sur ses proies sans défense, une ultralisk nous fonça dessus.

Un mouvement de panique s'empara des marines, près à fuir pour éviter de se faire écraser par la charge du monstre, suivi d'un deuxième. Trois flambeurs se précipitèrent pour couper leur couper la route et stopper la charge meurtrière.

L'effet de la mare de flamme était totalement inutile et l'un des flambeurs explosa lorsque une faux coupa son réservoir de carburant.

Dans un mouvement héroïque, le deuxième dont l'armure avait été endommagée par la déflagration, courra jusqu'à la tête du monstre avant que les lames de l'ennemi ne le coupe en morceaux. Puis il désactiva le système de régulation thermique qui réfrigérait le carburant et le maintenant à une température constante de -15° et explosa en une boule de feu. L'ultralisk s'écroula à terre puis fut repoussé par celle qui suivait. Le monstre percuta un soldat et, du plat de sa lame, l'envoya sur un autre. Les deux tombèrent dans l'enclos et furent achevé par l'ultralisk piégée. Plusieurs soldats fuirent pour éviter le carnage.

« 18min 56s »

Je pris alors l'exemple de mes camarades morts vaillamment et me mit en travers du chemin de la créature en fonçant vers elle. Le son aigu de la lame ripant sur le mur d'acier me rendit presque sourd. Heureusement que le couloir était un peu trop petit pour que ces mastodontes puissent combattre aisément. Je roulai sous le monstre pour échapper à ses faux. Sa partie inférieure n'était pas recouverte de la même carapace et mes balles pouvaient enfin s'enfoncer dans son corps au lieu de ricocher et de se retourner contre les marines.

Une patte d'au moins une tonne tomba à quelques centimètres de moi. Un monstre ne pouvait pas me trancher mais il pouvait m'aplatir. Je devais user de toute mon énergie pour éviter de me faire tuer. Une griffe se planta dans ma jambe : un zergling venait d'entrer dans la partie et en ressortit juste après, lorsque mes balles le transpercèrent en passant par sa gueule grande ouverte. Dans un sursaut de colère, je repris le déchiquetage des viscères de l'ultralisk. Du sang coulait sur ma visière. L'alarme de mon fusil me réveilla de ma folie. Plus de munition.

En roulant, je me dégageai des pattes de la créature et je me relevai juste derrière lui. Jack continuait à tirer sur le monstre, attirant son attention pendant que je filai vers les cadavres, ou ce qu'il en restait, des flambeurs. Je savais bien que les deux premiers réservoirs me seraient inutile mais il restait de l'espoir pour le troisième. Par chance, celui-ci n'avait pas explosé comme les autres car son possesseur était mort lorsque un morceau d'armure s'était planté dans son casque.

Comme je ne possédais pas l'armure nécessaire pour me protéger des effets dévastateurs des flammes, je me contentai de le jeter derrière le monstre. Il ne me restait plus qu'à tout faire sauté grâce à une balle bien placée. Mais il n'y avait rien qui puisse être utilisé. Le fusil du premier soldat tuée dans cette bataille était en miette et l'ultralisk venait juste de se rappelle de ma présence lorsque Jack et ses autres marines furent à court de balle. Le monstre se rua vers moi avec une rage frénétique.

Il n'y avait que haine dans ses yeux. Une haine immense. Ce zerg rêvait de m'envoyer avec les autres en enfer. Cependant, l'espace d'un instant, je sentis une légère hésitation de sa part. En fait, c'était plus qu'une hésitation pour savoir de quelle manière horrible je devais mourir. C'était un mélange de respect et de peur. Mais ce sentiment disparut en un instant, lorsqu'une petite voix lui rappela ce qu'il devait faire. J'entendait moi aussi cette voix mais ce n'était pas celle qui me parlait.

« 15min 39s ».

Peut-être était-ce mon dernier combat car de toute façon, le gagnant mourra sûrement dans l'explosion. Mais je ne devais pas échouer. Je dois survivre. Je savais que mon ennemi pensait la même chose. Je le lisais dans ses yeux. La haine refaisait surface. C'était lui ou moi ! Ce serait moi ! Il n'avait aucune chance contre moi ! AUCUNE !!! MAIS COMMENT CETTE PITOYABLE CREATURE OSAIT S'OPPOSER A MOI !! FACE A SON MAITRE !!!

« ASSEZ !!».

Le réservoir explosa ainsi qu'une partie du mur. L'ultralisk n'eut pas le temps de réagir et ne compris qu'elle avait été envoyée dans les airs que lorsqu'elle s'empailla sur les lames Kaiser de l'autre ultralisk capturée, elle-même écrasée sous le poids de son congénère.

Que c'était-il passé ? En reprenant mes esprits, je vis mon bras droit pointé vers l'origine de l'explosion. En face, les autres avait été projetés par l'onde de choc. Plusieurs restait à terre, ne croyant pas être encore vivant. D'autres crièrent en joie en voyant tous les zergs morts. Jack et Rinsley étaient les seuls à ne rien dire, me fixant avec des yeux ébahis. Mais personne n'avait oublié quelle était notre mission.

« 15min 02 »

- Attendez les mecs ! Y a un poste de surveillance juste à coté !

- Parce que tu crois qu'on a du temps à perdre ! On fonce !

« Non allez-y ! Il vous faut reconnaître le terrain. Servez-vous des caméras ! ».

Personne ne trouva à redire aux ordres du Capitaine. Et il avait diablement raison. Une marée de zergs était bloquée par une porte. Et bien sur, c'était une porte qu'il nous fallait absolument passer.

« Monsieur, il semblerait que les couloirs soient équipés de tourelles automatiques. Si nous pouvions attirer les zergs jusqu'ici, ils seront mis en pièce. »

L'ordinateur avait affiché les coordonnées de ces couloirs, une centaine de mètres avant la porte des enfers. Peut-être avions-nous réellement une chance de survivre...

« 13min 17s »

- Bon ! Qui sert d'appât ? demanda un marine.

- On n'a pas le temps de comparer nos bites pour savoir qui a la plus courte ! J'y vais ! cria Jack.

Sans que je puisse lui dire de faire attention, il était déjà parti.

- Il est fou ! Il ne pourra pas distancer des zerglings ! me dit Rinsley en soignant un soldat.

- On n'avait pas vraiment le choix ! Et je ne m'en fais pas pour lui. Il survivra !

En fait, je n'en savais absolument rien.

« 12min 56s »[/I]

« Ils me poursuivent, ces cons »

- Serre les fesses ! tu y ais presque !

« Ils me les mordillent, je tiendrais pas longtemps »

- Encore un couloir !

« T'as de la chance d'avoir tuée une ultra ! La prochaine course-poursuite avec ces putains de zergs, elle est pour toi ! »

- C'est d'accord ! Et toi tu passes sous le monstre et tu l'exploses. Ok ?

« ... »

- Jack ?

« ... »

- Jack ! Bordel, réponds !!! JACK !!!

« Arrête de crier ! J'arrive ! »

Je voyais Jack au bout du couloir, suivi par un nombre incalculable de zerglings. L'adrénaline lui permettait de garder deux mètres d'avance sur le premier zerg mais ce sursis s'écourtait de plus en plus. Encore une trentaine de mètres et il était sauvé, pour l'instant. Jamais la distance n'avait paru aussi longue. Vingt mètres. Dix mètres. Cinq...

Jack sauta aussi loin qu'il ne pouvait. Les mâchoires d'un zergling allaient se refermer sur lui juste avant que le zergling ne soit fauché par les mitrailleuses automatiques qui sortaient des murs et du sol.

Un véritable bain de chair et de sang. Les zergs ne parvenaient pas à approcher sans se faire cribler de balles. Il y avait tellement de sang sur les murs que je n'aurais pas voulu être à la place de ceux qui allaient nettoyer. De toute façon, tout allait sauter.

Mon seul souvenir fut les paroles d'un des marines : « J'aime le parfum des zergs grillés le matin... »

« 9min 48s »

Deux soldats périrent lors du « sacrifice » d'un terran infesté. Il me rappelait Duran, sauf que l'infestation n'était pas du même niveau. Ce qui avait sûrement été autrefois un vaillant marine n'était plus qu'un esclave de l'Overmind. Son apparence avait été altérée. Il ne restait plus rien d'humain dans cette abomination. Des tentacules, des membres « régénérés », un mélange de carapace zergs et d'armure CMC, des griffes à la place des ongles, une dentition capable de mâcher du titane et des yeux aussi noires et cruels que ceux des autres zergs étaient les signes de sa « renaissance ». La seule alternative de l'humanité autre que l'anéantissement en cas de défaite. J'espérais ne jamais devenir comme ça. Je ne le souhaitais à personne.

« 7min 36s »

Nous arrivâmes juste à temps pour porter secours à une dizaine de soldats, bloqués par un tas de zerglings. Il nous restait très peu de temps. Avec notre aide, il ne fallut qu'une minute pour en finir et continuer notre course. Je me risquais à lancer un regard vers l'un des cadavres. De la même manière que les autres, il avait été charcuté et des tas de viandes gisaient par-ci par-là dans toute la pièce. On ne saurait dire à qui appartenait tel morceau. Tant de vies perdues. Et pour quel but ? Etaient-ils mort pour rien ? Car même si nous réussissions notre mission, Il ne resterait rien de leur sacrifice. On les oublierait. Comme le dit un antique proverbe : « ce sont les vainqueurs qui écrivent l'histoire ». Mais aucun vainqueur ne se soucie vraiment des morts.

« 3min 15s »

Comme prévu, une armée de zergs nous attendait. Bien sur, elle prit soin de se dissimuler et de s'enterrer pour nous prendre par surprise. Mais creuser un trou dans le sol d'un bâtiment, même souterrain, laissait des traces : des plaques métalliques déplacées, des fissures dans les dalles d'acier, des mottes de terre... Dans la précipitation, un soldat succomba aux griffes et aux aiguilles avant que nous comprenions que, même si on pouvait apercevoir le poste de contrôle sur une petite plateforme, rien n'était gagné.

« 2min 49s »

Il nous fallait passer à l'attaque si on ne voulait pas sauter avec le reste. Nous ne pouvions pas avancer et ils ne voulaient pas venir nous chercher. La priorité était le panneau de contrôle. Nous nous séparâmes en deux groupes : l'un devait faire une diversion pendant que l'autre s'occupait de neutraliser le système.

Afin d'éliminer le plus d'ennemis possibles, deux soldats remplirent un Goliath défectueux, qui ne pouvait plus qu'avancer, d'explosif pour l'envoyer directement sur la ligne zerg. Un pilote décida de se sacrifier et nous demanda de le couvrir le plus longtemps qu'on le pouvait. Mais nous étions si peu nombreux...

« 2min 02 »

Notre tactique fut une réussite : un tiers des zergs avait périt lors de l'explosion. Un autre tiers fut criblé d'aiguilles pointues des grenades « hérissons ». Le plus beau fut de voir la panique chez le rang adverse. Plusieurs hydralisks, en s'écroulant, lancèrent une volée d'aiguilles sur leurs propres congénères. Il ne nous restait plus que le reste, dix fois plus nombreux que nous tout de même.

Jack tenait une arme dans chaque main et tirait sur les zergling qui réagissait enfin à notre attaque. Rinsley prit un fusil à terre et se mit à le décharger aussi. Son rôle de médic s'arrêtait là car il n'y avait pas de blessé à soigner : on était vivant ou mort.

Sans esprit héroïque ou suicidaire, je décidai de faire partie de ceux qui ne se préoccupaient que de l'arrêt du noyau énergétique. Comme si ma vie en dépendait, je courrais aussi vite que je le pouvais. En fait, ma vie en dépendait mais je ne parvenais pas à le réaliser. Je savais que ce ne serait pas la fin. Au loin, j'entendais les cris de Rinsley.

« 1min 35s »

Plus que cinquante mètres. On était plus que cinq, trois ayant péris. L'adrénaline affluait dans mon sang et je me permis de prendre des stimulants pour accroître mes capacités. Un état serein s'empara de mon être. Plus rien n'avait d'importance à part ce fichu panneau. Tout semblait si lent. Je cru même voir les balles venir et traverser les chairs. Je ne me rendit compte que j'avais été blessé à la jambe par un zergling que lorsque je m'aperçu que je le traînais depuis plusieurs mètres. Il était si léger, si faible. Je saisis sa patte et la tordis jusqu'à ce qu'elle se brise, sans arrêter de courir. Je ne ressentais aucune douleur et le sang coulait à peine. Ma blessure se referma en un instant.

Je m'autorisais à tuer l'hydralisk qui ne barrait la route. Il abattit horizontalement ses faux sur moi comme une paire de ciseaux. D'un petit saut, j'évitai son attaque et le poignardai à la gorge avec la griffe que le zergling m'avait gentiment prêtée.

« 1min 20s »

Les escaliers se trouvaient juste devant moi. J'étais le premier et en regardant derrière moi, je vis que j'étais le seul. Tous les zergs se concentrèrent alors sur moi, laissant l'autre groupe et leur facilitant le travail. Des aiguilles ricochaient contre le mur, me ratant de peu. Mais elles ne représentaient aucun danger : je me sentais capable de les stopper juste avec ma main. Un dernier zergling m'attendait en haut. D'un coup de poing, je l'envoyai au ciel tellement il vola haut dans la salle. A mi-chemin, il se coupa en plusieurs morceaux. Je l'avais tranché net.

.......????

Comment pouvais-je le découper. Je regardais ma main : le solide gantelet avait été pulvérisé par le choc et ma main était pleine de sang. De longues griffes ensanglantées terminaient chacun de mes doigts. En arrivant devant l'écran, je goûtai le sang. Délicieux.

« 1min 05s »

J'appuyai sur toutes les touches, ne sachant pas vraiment quoi faire. Les cris me dérangeaient et j'aurai presque voulu participer à la bataille pour faire taire ces sales créatures. Une horde de zergs parvint jusqu'à ma position. Les minables. Plus que quelques secondes et ils auraient ce qu'il veulent : un combat et la mort. Qu'ils craignent ma fureur !

Plusieurs griffes étaient plantées dans mon corps avant que je parvienne à atteindre le coeur du réacteur. Mon armure tombait en lambeaux. Je criais de rage pour libérer la fureur qui était en moi et, je ne savais pas comment, toutes les créatures furent repoussées hors de la plateforme et tombèrent dans le vide.

L'arrêt de l'alarme m'indiqua que j'avais réussi. Peu de temps après, tous les zergs étaient morts. Je regardais les quelques soldats survivants s'asseyant ou ils le pouvaient, à l'écart des cadavres, pour souffler un peu.

Jack et Rinsley peinaient à tenir sur leurs jambes et marchèrent lentement vers la plateforme. Je descendis les rejoindre. La jolie médic pris ma main pour l'examiner. Elle était tout à fait normale.

« Beau travail ! »

La voix de l'amiral DuGalle en fit sursauter plus d'un. Je m'attendais à des félicitations mais je me trompais. Le temps était toujours compté...

« Capitaine, je veux que ce Perturbateur soit à pleine puissance dans l'heure. Je laisserai une garnison ici pour le protéger. Préparez la flotte à appareiller. Nous sortons pour la planète Char afin de réduire au silence l'Overmind maudit.

Puis d'une voix haineuse, il rajouta :

« Que le ciel vienne en aide à Samir Duran pour ce qu'il a fait aujourd'hui. »

Mais je ne l'écoutais plus. Seule une petite voix attirait mon attention, elle m'obsédait.

« Bravo, tu as réussi ton premier test... »



Quand le destin se mêle du sort des hommes, il ne connaît ni pitié, ni justice.
Charlie Chaplin, Extrait de Ma vie
Depuis deux jours maintenant, Artanis et sa flotte continuait leur recherche de la templière noire, sans résultat concret. Une partie des scientifiques était restée dans le laboratoire, en espérant découvrir les secrets du Directoire. Cependant ils n'avaient toujours pas atteint leur objectif et le temps s'écoulait de plus en plus rapidement. Heureusement, Xerana avait laissé les coordonnées de son nouveau vaisseau et il suffisait simplement de la suivre à la trace, malgré son avance. Il n'arrêtait pas de suivre une piste. Mais où allait-elle le mener ?

Le préteur repensa à ce qu'il avait vu. Il ne savait pas du tout quoi penser de ces cyborgs. Il ne sentait aucun mal à l'intérieur du premier à s'être échappé. Il n'était qu'une victime. Mais les impressions peuvent être souvent trompeuses et il le savait. Kerrigan, la Matriarche, beaucoup avaient été corrompu par les zergs s'ils n'avaient pas été tués avant. S'il le fallait, il détruirait cette nouvelle menace. Pour tout dire, sa mauvaise impression ne portait plutôt sur les deux scientifiques. Il n'avait rien trouvé sur eux. Ils avaient du effacer toute trace de leur passage à part cette vidéo avant de partir. Etaient-ils au courrant de ce qu'il allait se passer ?
Puis le protoss pensa à la seule phase du cyborg : « il nous anéantira tous... ». Mais qui était ce « il » ? Y avait-il un rapport avec ces étranges protoss qui les avaient attaqués ? Etait-ce des protoss d'ailleurs ? Il n'allait pas tarder à le savoir. La guerre ne faisait que commencer.

Embarqué dans le monde des rêves, dans son monde, il entendait une voix qui lui chuchotait quelque chose. Le protoss se concentra pour mieux capter ce murmure lointain. Mais rien à faire, la voix restait incompréhensible. Elle lui paraissait familière mais il ne savait pas à qui elle appartenait. Au prix d'un terrible effort, les mots prirent un sens : « Seule une personne peut vous sauver ! ». Une silhouette apparut soudain en face de lui. Seulement, la lumière était trop intense pour qu'il ne la voie distinctement. Artanis voulut lui parler mais ses pensées restaient bloquées dans son esprit. Il commença alors à s'en rapprocher mais cela ne servait à rien.

« Artanis ! Nous recevons un signal : il s'agit de zergs »

Le protoss se réveilla, mettant un certain temps pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Puis il regarda son écran de contrôle. Il y avait bien des zergs, peut-être une colonie entière. Il regarda un instant sur le coté et vit qu'une ombre s'était détachée du reste du groupe pour voler dans la direction de la menace. Khalès attendait toujours une réponse.

« Quels sont vos ordres ? »

Pour toute réponse, il entra en communication avec Raynor et appuya sur un bouton pour que tous puissent les entendre.

- Commandant Raynor, ne pensez-vous pas qu'il y a des choses plus importantes ? dit-il très poliment.

- Vous avez probablement raison mais je suis intrigué par l'immobilité et l'inactivité de la colonie : dans des temps normaux, nous n'aurions jamais pu arriver aussi près sans avoir été détecté et prit en chasse.

- Effectivement, cela me semble étrange.

- J'ai envoyé un vaisseau se rapprocher : attendons son rapport.

- C'est d'accord mais je pense qu'on devrait se cacher quelque part, dans l'ombre d'une planète par exemple. Il vaudrait mieux être prudent.

Par sécurité, la petite flotte se dirigea vers la planète la plus proche puis attendit, patiemment, un message de la patrouille de reconnaissance. Il n'y avait aucun signe d'activité. Ce silence glacial venu de l'espace n'augurait rien de bon. Artanis espérait que Xerana s'en soit sorti. Les zergs était sûrement déjà là lors de son passage.

Après une petite heure, la flotte reçu un message. Personne ne savait comment le prendre. Ces deux seuls mots étaient lourds de conséquences : « colonie détruite ».

Artanis et Raynor prirent la décision de se poser sur la planète pour en savoir plus. Il était impossible que les cyborgs soient responsables d'un tel massacre mais ils voulaient en avoir le coeur net.

A l'approche de la colonie, des centaines de corps sans vie de mutalisks, de dévoreurs et de gardiens flottaient dans l'espace. Vu du ciel, le centre de la colonie était noirâtre : la ruche avaient été anéantie par une bombe bien placée. Mais le reste ne ressemblait pas aux dégâts d'une bombe, même d'une extraordinaire puissance.

L'écorce de la planète elle-même avait été percée, la terre complètement carbonisée prenant une couleur noire, probablement causée par une augmentation significative de la température. Des dizaines de volcans de proportions insensés s'élevaient au centre de l'immense colonie. Il restait encore quelques traces de lacs et de montagnes disparus récemment. Un nuage sombre recouvrait une partie de la planète : Une quantité incroyable de poussière dans l'atmosphère diminuée empêchait la lumière de passer. Des vents d'une violence inouïe l'avaient déplacé de plusieurs centaines de kilomètres.

Il n'y avait plus de doute possible : les cyborgs ne pouvaient pas être responsables car cette profonde blessure causée à la planète vidée de toute vie avait été provoqué par un rayon très puissant venu de l'espace.

Raynor repensa au terrible spectacle auquel il avait assisté avec son ami Mike Liberty, lors de la destruction totale de Mar Sara. Depuis, Il n'en voulait plus aux protoss car il savait que la seule responsable était la Confédération. Le même type d'énergie avait été utilisé ici.

Les chances de trouver des survivants, des indices sur les mystérieux destructeurs ou quelque chose d'utile étaient très peu probables. Mais ils étaient obligés de descendre car cette planète était la dernière coordonnée retransmise par Xerana. Ils ne pouvaient qu'espérer qu'il ne soit rien arrivé à la jeune érudite.

Les vaisseaux survolèrent la zone sans résultat. La capacité des zergs à survivre à tout ce qu'il est possible d'endurer avait été ébranlée par cette attaque car il n'y avait aucun reste ou de carcasses de vaisseaux de leur ennemi, comme s'il avait été pris par surprise ou qu'il n'avait pu opposer aucune résistance. Artanis ne comprenait plus rien : la découverte de cyborgs était déjà une surprise, une mauvaise surprise. Mais là, ça dépassait sa propre capacité de réflexion. Il pensa immédiatement à ces étranges protoss renégats qu'ils avaient abattus. Ce pouvait-il qu'il soit responsable de ce désastre ?

Un point lumineux à la surface attira son attention. Le signal clignotait lentement. Curieux, il prit la décision de découvrir ce que c'était. Il n'avait plus rien à faire de toute façon. Pour lui, la mission ressemblait de plus en plus à un échec total.

Les vents qui balayaient la surface de la planète gênaient ses Fusées Antigravifiques, ce qui le repoussait sans cesse de la zone du clignotement lumineux, comme si un dôme l'empêchait de se rapprocher. Les poussières recouvraient son bouclier et celui-ci diminuait lentement. S'il restait trop longtemps, il finirait par le regretter. Les messages de Raynor et de Khalès de plus en plus inquiets de son attitude étrange affluaient. Il leur répondrait plus tard.

Ses talents de pilotes lui permirent heureusement d'atterrir, au plutôt de s'écraser en douceur. Mais il ne devait pas perdre de temps car l'atmosphère de la planète se dégradait. La planète devait avoir perdu une grande quantité de matière et son champ gravitationnel ne permettait plus à l'atmosphère de rester. Seul le champ électromagnétique, complètement chamboulé, l'empêchait de déserter.

Le protoss quitta son vaisseau et courra vers le signal. Bientôt, il ne pourrait plus respirer. Les poussières commençaient à l'étouffer. Toujours rien en vue ! Il était sur de ne pas avoir rêvé. Le désespoir l'envahissait : était-il en train de devenir fou ? Ce sentiment qui l'attirait était-il une chimère ? Il refusait d'abandonner. Il ne pouvait pas se tromper. Il devait sûrement y avoir quelque chose. Méticuleusement, il observa partout autour de lui, se protégeant du vent avec sa main.

Une étrange montagne de sable se tenait à une centaine de mètres de lui. En se rapprochant, il vit qu'à sa base, il y avait comme un trou noir. Il se rapprocha encore et tendit sa main. Celle-ci rencontra une surface lisse, comme un champ de force. Du métal, de l'acier noir. C'était un vaisseau humain recouvert par la tempête de sable, protégé par un bouclier. Ce devait être celui que Xerana subtilisa aux hommes du Directoire, dans le laboratoire secret.

Il n'y avait aucune trace de la templière noire. Le protoss commençait à rechercher une porte pour pénétrer à l'intérieur lorsqu'il aperçut une petite grotte dans la falaise juste à coté. Elle ne paraissait pas naturel car l'entré avait été sculptée. Son instinct lui disait d'aller voir. Il n'avait pas vraiment le choix : la tempête faisait rage et il devait se protéger.

L'essence même de la grotte le perturbait fortement. Un air nauséabond se dégageait, le même que celui du laboratoire du Directoire. Il regretta d'être venu seul. Il était allé bien trop vite, guidé par ses sentiments les plus profonds. Il espérait que cette grotte ne serait pas son dernier champ de bataille. Une chose était certaine : la mort était déjà pénétrée dans ce lieu maudit.

Plus il s'enfonçait profondément, plus il se croyait à l'intérieur d'un temple. Des écritures mystiques parsemaient chaque mur. Des images, des symboles, des textes anciens avaient été dessinés. Rien n'avait été laissé au hasard. L'obscurité rendait pesante l'atmosphère de ce qui était l'un de ses plus grande trouvaille. Le son produit par le vent soufflant dans les couloirs imitait les cris des damnés, ceux des protoss ayant eu une mort indigne. Artanis repensa à tous ceux qui s'était sacrifié en vain et qui n'avait pu être vengé.

Par souci de clarté, le protoss alluma ses lames d'énergie pure. Mais il le savait, une menace pouvait roder. Sous la lumière vive, les symboles s'illuminèrent d'une couleur bleutée, chacun retransmettant au suivant de l'énergie pour que ceux-ci s'éclaircissent également.

Artanis s'approcha de l'un des murs et reconnut plusieurs des symboles, le premier étant le nom de ceux qui furent notamment surnommés « les voyageurs de l'infini »: les Xel'Nagas.

Le préteur prit immédiatement son transmetteur pour envoyer un message au reste de la flotte.

- Commandant Raynor ! Khalès ! Vous devez absolument venir voir ce que je viens de découvrir. Je me trouve dans un templier bâti par nos créateurs.

- Où vous trouvez vous ? Nous venons vous rejoindre.

- Suivez le signal de mon vaisseau et longez la falaise la plus proche. A coté du vaisseau humain se trouve une grotte : c'est l'entrée d'un temple. Mes frères, nous avons peut-être terminé notre mission ! EN TARO TASSADAR !!!

Puis il rompit le contact. Sous l'euphorie de sa découverte, le protoss ne remarqua pas qu'une ombre était sortie du fond du templier, attirée par la luminosité soudaine. Aussi lentement et furtivement que possible, la silhouette se rapprochait de cette proie facile et imprudente, pour lui bondir dessus comme un prédateur.

Soudain, Artanis se retourna vivement et brandit ses lames devant lui. Rien, il n'y avait rien. Pourquoi avait-il ce sentiment de ne pas être seul ? Le protoss ferma les yeux dans l'espoir de sentir une présence. Se concentrant au maximaux, il scrutait méticuleusement l'ensemble de la pièce. Il tournait lentement sur lui-même, guettant le moindre bruit suspect pouvant trahir la présence de son ennemi.

Tout juste après avoir entendu un petit mouvement d'air dans son dos, il se retourna et leva une de ses lames au niveau de son visage. L'épée d'énergie pure rencontra quelque chose une autre lame invisible, mais était accompagné d'une charge violente. Sous l'effet de la force de son adversaire, Artanis fut projeté à quelques mètres sur un mur. Il reprit heureusement ses esprits assez rapidement et, instinctivement, leva de nouveau ses deux lames, les croisant pour former un ciseau. Une nouvelle fois, une lame s'abattit avec rage sur le protoss.

Lorsque le préteur sentit l'arme de son adversaire entre les siennes, il referma son « ciseau » et d'un mouvement de bras, le fit glisser jusqu'au manche. De peur de voir l'une de ses mains désintégrée, la créature invisible relâcha sa prise, ce qui permit à Artanis, en faisant tourner le ciseau, de projeter l'arme invisible au loin.

Surpris par cette habile manoeuvre, le combattant de l'ombre saisit le cou du protoss et le leva à quelques centimètres du sol. Artanis sentait le souffle difficile de celui qui allait l'étrangler. Il ne voyait pas ses yeux mais il ressentait la rage de son ennemi. Celui-ci, comprenant que la mort allait s'emparer le lui, redoubla de rage et serra de plus en plus fort.

Le protoss se prépara à planter son arme dans le corps sans défense de son adversaire pour le vaincre définitivement mais une chose l'en empêchait : La petite voix intérieur lui dictait de ne pas commettre d'erreur et de ne pas se laisser entraîner par l'ivresse du combat. La victoire ne passait pas toujours par la mort de son ennemi.

Le préteur activa une dernière fois sa lame pour la mettre devant son visage. Il devait faire comprendre qu'il avait gagné et que le perdant avait une autre voie que la mort à la fin de ce combat. La lumière l'aveuglait et l'image devenait de plus en plus floue. Il sombrait dans le néant, pour rejoindre ses frères. Une fin sans gloire. Il l'avait mérité. L'obscurité s'empara de lui...

« N'abandonnez pas ! Il reste encore un espoir ! ».

« Trouvez le ! AIDEZ-LE ! Il le faut ! Pour votre salut ! Pour notre salut à tous ! »....

...

...

Une lumière l'éblouit. Lentement, les détails de la pièce se formaient, se multipliaient. Un bruit sourd résonnait dans sa tête, se répercutant sur chaque partie de son cerveau, recherchant une sortie qui n'existait pas. La douleur diminuait, sa concentration lui revenait.
Il essaya de faire un mouvement. Son corps souffrait le martyr : au moins, il était bien en vie.

Une respiration lourde attira son attention. Il tourna la tête pour apercevoir que son adversaire était affalé contre le mur. Il avait rompu son invisibilité et fixa le protoss avec des yeux blancs complètement vides. Il était recouvert par une cape noire et son visage était masqué par ce qui ressemblait à une capuche. Son visage était à peine visible mais était marqué par une immense douleur.

« Veillez me pardonnez, préteur Artanis ».

Il avait déjà entendu cette voix : c'était celle d'un protoss, plus exactement d'une templière noire.

- Etes-vous l'érudit Xerana ? demanda-t-il en se relevant péniblement.

- Oui, c'est bien moi, répondit la voix faible.

- Pourquoi m'avoir attaqué ?

Après un léger éclat de rire, la protoss allongée répondit :

- Pourquoi ne pas m'avoir tuée ?

- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire. Expliquez-vous !

- Je suis damnée ! Seule la mort peut me libérer. Elle me prendra. Bientôt...

- Que voulez-vous dire ?

L'érudit reprit sa respiration avant de répondre. Artanis sentait qu'elle n'avait plus un contrôle total sur elle-même.

- Je sais que vous espériez trouver quelque chose dans ce temple, comme une arme ou une défense contre les zergs. Mais vous ne trouverez rien du tout ! Il a déjà été vidé.

- Par qui ?

- Par ceux ... qui ont détruit la colonie.

- Qu'est ce qu'il y avait dans ce temple ?

- Je ne sais pas... Je sais seulement que son contenu... intéressait beaucoup de monde.

- Qu'est ce qui vous a mis dans un tel état ?

Xerana bougea sa tête pour se regarder puis passa sa main sur son visage.

- je vais tout vous raconter, s'il m'en reste le temps... Comme je vous l'ai dit dans mon message, j'ai suivi ces cyborgs... pour comprendre quel était leur but. Comme ils ne semblaient pas hostiles,...j'ai décidé de prendre contact avec eux.

- Et ?

- Ils ne m'ont pas rejeté et ils ont accepté de me parler... Mais il ne m'ont rien dit ! Je sais simplement qu'il comptait venir dans ce temple... pour trouver quelque chose.

- Que c'est-il passé ensuite ? demanda Artanis calmement, sans la brusquer.

- Quand nous sommes arrivés,... la colonie zerg avait déjà été anéantie. Vous avez vu son état, vous comprenez sûrement que ça a été orchestré par des armes de très grande puissance... Le chef des cyborgs savait qui était responsable.

- Comment s'appelle-t-il ?

- Lui-même ne se souvenait pas de son nom.... Il n'a pas encore toute sa mémoire. Il a seulement prononcé un mot en voyant ce massacre.

Le protoss se tut, attendant impatiemment la réponse.

- « l'Ange Noir a commencé son oeuvre... »

En entendant ces paroles, Artanis se raidit. Cet « Ange Noir » avait le pouvoir de combattre les zergs, ce qui ne le rendait pas amical pour autant.

- Que s'est-il passé ensuite ?

- Un cadeau... Il nous avait laissé un cadeau mortel. Des créatures gardaient le temple et nous ont attaqué : elles possèdent une puissance redoutable. Je n'ai rien pu faire.

- Que voulez vous dire ?

- Les cyborgs étaient assez fort et nombreux pour les terrasser. Mais ce n'était pas mon cas. Je n'ai pas résisté à leurs attaques.

L'espace d'une seconde, Xerana ferma les yeux puis se réveilla en sursaut. Elle avait de plus en plus de difficulté à rester éveillé.

- Comment étaient ces créatures ?

- Elles nous ressemblent, elles communiquent de la même manière que nous. On aurait dit une expérience ratée !

- Une expérience ratée ?

- Une expérience génétique entre protoss et zerg : Ce sont des hybrides. Ils manipulent des forces totalement inconnues. Je ne sais pas ce qu'ils m'ont fait mais il semble que mon corps ne reconnaisse plus totalement mon esprit et agit comme s'il était vide : Il dépérit. Et mon âme a elle aussi subit une altération...

- Alors reposez vous ! nous allons vous ramener sur Shakura. Tenez le coup !

- Il est trop tard pour moi ! Et il est trop tard pour Shakura !

Artanis ouvrit grand ses yeux et recula d'un pas. Il n'arrivait pas à prononcer les mots.

- Vous voulez dire que...

- Que Shakura est leur prochain objectif !

- NON ! Nous devons partir ! Il faut retourner sur la planète et les combattre. On a déjà perdu Aiur ! il ne faut pas que ça recommence !

- Vous n'avez pas assez de temps... Et vous n'empêcherez rien ! Je dois cependant vous répéter ce que m'a dit le chef de ces cyborgs :

« L'Ange Noir veut purifier notre univers. Il doit être contré, même au prix de la disparition de nos races »

Le corps de la templière noire se raidit sous le coup de la douleur. Ses yeux étaient de moins en moins lumineux. Elle avait résisté jusqu'à notre arrivée mais seulement pour ça. Avec le peu de force qu'il lui restait, elle tendit l'une de ses mains vers le préteur avant de lâcher un petit objet sur le sol. Ces mots allaient être les derniers, les plus importants :

« Il recherche les Artéfacts de puissance : vous devez l'en empêcher ou rien ne nous protégera de ce qui va être libéré. Rien... ».



La Sagesse, efficace dans l'univers des hommes et des dieux, quel pouvoir a-t-elle sur notre indignité ?

Un autre inconne
Le combat final contre les forces de l'Overmind avait commencé. Malheureusement, nous n'avions pas pu prendre un repos pourtant bien mérité. Un fantôme était venu m'assigner un ordre de mission : rejoindre les forces terrestres dirigées lors du troisième assaut. Rinsley et Jack protestèrent sans résultat. Quelqu'un voulait se débarrasser de moi. De toute façon, je préférais cela. Je ne voulais pas que Rinsley me voie dans cet état. Mon corps, mon esprit, tout en moi commençait à changer. Elle devait se tenir loin de moi car je ne savais pas ce que je pourrais lui faire...

Notre objectif était simple : pour nous emparer de l'Essaim, il nous fallait prendre le contrôle du terrible Overmind. On donna à chaque médic une solution de psychoaphamilanine, une sorte de « somnifère psychique » très concentré, afin de couper le lien entre « l'esprit supérieur » et les siens. Il était évident que pour un monstre pareil, une seule dose ne suffirait pas. Tout les médics disponibles ; c'est-à-dire plus de 250000 ; furent envoyé au combat. Rinsley en faisait partie, à mon grand désespoir. Je me jurais donc de la protéger. Jack aussi.

Cette bataille était-elle mon ultime test ? La lutte allait-elle se terminer comme ça ? Je le saurais très bientôt. Même si ce n'est pas la fin, le monde ; l'univers tout entier ; va changer irrémédiablement. Pour le meilleur et pour le pire. Surtout pour le pire ![ /i]

- Appelez des renforts : on ne passera jamais. Il faut ...

L'officier ne termina jamais sa phrase. Un tentacule jaillit du sol pour s'emparer de lui puis le tordre comme une baguette de bois. Le bruit des os craquants sous la force était une véritable vision d'horreur. Tous les soldats continuaient à tirer sur les colonies noyées près de la base principale, sans résultat. Même les Tanks ne parvenaient qu'à leur faire des dégâts très relatifs.

- On ne peut pas les détruire ! Elles sont invincibles !

- Vous n'avez rien compris : Elle se régénère aussi vite que cette putain de moisissure de merde ! cria un sergent Il faut leur occasionner un maximum de dégâts en un minimum de temps pour leur empêcher de guérir.

Au même moment, une explosion d'une puissance inouïe toucha la ligne adverse.

- Les imbéciles..., murmura le sergent.

La boule de feu nucléaire se propagea, engouffrant à la fois zergs et terrans.

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Prototype de croiseur Alexander. Vaisseau amiral et poste de commandement stratégique.

- Mon amiral, nos forces terrestres sont bloquées par plusieurs lignes de défense ennemies.

Les mains dans le dos, DuGalle réfléchissait. Il se tourna vers un fantôme :

- Pour quelle raison ne pouvons-nous pas les détruire ?

- Il semble que le Cérébrate qui s'occupe de cette partie de la nuée soit à l'origine de tout cela.

- Donc si j'ai bien compris, si ce dernier mourrait, nous n'aurions plus de problème.

- C'est possible mais invérifiable pour le moment.

- Dites à toutes nos forces aériennes de se concentrer sur lui : avec le Perturbateur, la mort d'un Cerebrate signifie la perte de contrôle de ses forces zergs. Anéantissez moi tout ça !

Puis l'homme rajouta :

- Il est temps de montrer à ces hideux aliens que la race humaine n'est pas aussi faible qu'ils ne le pensent. Faites route vers le champ bataille : une petite démonstration de notre nouvelle arme s'avère nécessaire. Après cela, ils ne nous sous-estimeront plus jamais !

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Champ de Bataille :

- Allez, allez, allez, ne traînez pas bande de mauviettes !

Dés que mes pieds touchèrent le sol, mon regard se dirigea au loin. La bataille faisait rage et aucun des deux camps ne prenait un avantage décisif sur l'autre. Les milliers de zergling se ruaient vers les marines.

Les chars faisaient des ravages dans les rangs ennemis tellement ceux-ci étaient nombreux : quelque soit l'endroit où les obus atterrissaient, plusieurs zergs se trouvaient en dessous. Certaines fois, le projectile n'avait même pas le temps de toucher le sol, percutant un monstre volant. Mais ce n'était absolument pas un avantage.

Le nombre impressionnant d'ennemis obligeait les soldats de jouer à la défensive, avançant petit à petit, se rapprochant de plus en plus de leur objectif. La marée rouge semblait ne jamais faillir et revenait plus forte à chaque fois.

Le ciel n'était pas mieux : des centaines de cuirassés et de walkyries tentaient de résister à la pression des zergs ailés. La puissance déployée par l'état-major était extraordinaire, la plus forte que l'humanité n'ait jamais rêvée mais l'opposition n'avait rien à envier. En voyant ce spectacle, je réalisais l'immense erreur que nous avions commise : croire qu'il n'existait pas un plus grand danger pour l'homme que lui-même.

Des éclats soudains de lumière attirèrent mon attention. La ligne de front reculait vers notre position et les zergs gagnait du terrain. Les hurlements très stridents des zerglings obligeaient notre sergent à hurler, sans résultat. Il fit alors une série de signes avec ses mains pour nous ordonner de le suivre à travers le champ de bataille. Il fallait ouvrir une brèche pour pousser les zergs à combattre sur deux fronts et permettre à des véhicules lourds supplémentaires de renforcer cette zone. Ce qui n'était pas gagné. En fait, c'était plutôt les zergs qui tentaient d'appliquer cette tactique.

Le sergent cria pour donner l'ordre de charger, en coordination avec l'infanterie lourde, afin de percer leur défense. Chacun se mit à tirer sur tout ce qui bougeait. Il n'y avait qu'une seule tactique pour battre un ennemi supérieur en nombre et plus puissant : une attaque rapide utilisant une force brute dirigée vers leur point faible, c'est-à-dire les éliminer avant qu'ils ne ripostent.

Les flambeurs se mirent en ligne et transformaient tout ce qui se trouvait à portée en boule de feu. Juste derrière, plusieurs dizaines de Goliaths se concentraient sur les hydralisks pour les empêcher de transpercer les cracheurs de feu de l'enfer, qui causait des dégâts énormes à la défense ennemie.

Jack se trouvait dans son élément : du gore, du massacre, des milliers de zergs à tuer, un vrai petit paradis. Avec sa mitrailleuse lourde de deux tonnes, il n'avait aucun mal à transformer en passoire les carapaces des zerglings. Rinsley, elle, était plus gênée. Elle restait à l'arrière pour soigner les blessés, enfin ceux qui pouvaient être guéri. La plupart du temps, elle était obligé d'abréger les souffrances des malheureux soldat entre la vie et la mort, leur évitant de mourir sous les griffes des zergs.

« Attention ! Muta... ».

Une giclée d'acide toucha le soldat à la tête qui se mit à fondre rapidement, laissant un corps rongé et ensanglanté en à peine dix secondes. Les grenades qu'il avait mis dans une de ses poches explosèrent, renvoyant dans l'au-delà plusieurs zergs qui se jetaient sur lui pour se disputer les restes.

Une centaine de mutalisks nous fonçaient dessus pour épauler leurs congénères en difficulté. Les Goliaths se concentrèrent alors sur cette nouvelle menace et lancèrent plusieurs volées de leurs missiles hellfire. Les monstrueuses limaces volantes tombaient comme des mouches mais il en revenait toujours plus. Heureusement, aucun gardien n'était intervenu pour l'instant, ce qui nous laissait encore une chance.

Les zergs redoublèrent d'effort pour reprendre l'avantage, décimant les troupes. La défense allait céder. Il n'y avait rien à faire. Il fallait résister jusqu'à la fin.

Tout ce sang, toute cette horreur. Je me sentais si bien. J'avais l'impression de revivre. La vue de ces monstres éveillait en moi cette même haine des zergs dans le labo. En fait, ce n'était pas les zergs que je détestais mais les combats et le massacre que j'adorais. Je devais agir maintenant ! Je vais leur montrer qui je suis vraiment ! Il était temps de me réveiller !

Un sentiment de rage me poussa à courir vers un des flambeurs encore vivants pour lui donner un coup sur la tête et profiter du fait qu'il soit sonné pour lui prendre son arme et la rediriger vers les zerglings, surpris par ma réaction. Je lisais dans leurs yeux un mélange de peur et de respect. De la soumission.

Une étrange hésitation de leur part ne faisait que me rendre la tache plus simple. Les corps calcinés tapissaient le sol. Les zergs reprirent leur esprit et me sautèrent dessus, déchiquetant mon armure au niveau de mon bras droit. Des lambeaux de métal tombaient, ne supportant pas la chaleur étouffante dégagée par le lance-flammes Perdition.

La faux d'un hydralisk s'enfonça dans mon flan droit mais fut stoppée avant de toucher ma peau. Instinctivement, je levais ma main pour retirer l'arme organique de mon adversaire. Le mouvement brusque tordit la patte du zerg qui hurla avant de projeter sa queue sur la tête. Son attaque était lente, terriblement lente. Le temps semblait se dilater, se rallonger à l'infini. Je le saisis à la gorge et serra jusqu'à ce que sa mâchoire se sépare du reste de son corps. Avant même que le cadavre se s'écroule entièrement au sol, j'avais déjà tué un autre zergling, le transperçant de toute part avec ma lame bleutée.

Ma lame ???

Mais qu'est ce que .... ?

Une série d'explosion me réveilla, projetant des tonnes de terre et de sang. Les renforts tant attendus arrivaient enfin. Il y avait une section complète de tanks en position siège à deux ou trois kilomètres d'ici. Un ordre de repli général sonna dans tous les casques. Il nous fallais nous dégager avant le pilonnage de la zone, ce qui était aussi dangereux pour les zergs que pour nous. Des centaines de chars tirèrent à pleine puissance, ravageant les forces ennemies, stoppant nette la progression des zergs.

Le seul problème avec les tanks était qu'il manque de précision pour les cibles aériennes. Les mutalisks le savaient et se déversèrent sur eux. Mais une armada de walkyries les attendaient sagement et ne les laissèrent pas venir à portée. Les centaines de roquettes frappèrent de plein fouet les hideuses créatures volantes sans leur laisser une seule chance de cracher leurs giclées d'acide. Sans appuis aérien et ne pouvant avancer sous peine d'être sous le feu des tanks. Les zergs survivants se replièrent vers la colonie la plus proche afin de se réorganiser et de lancer une contre-attaque d'envergure. Tout le monde se mit en route vers le nouveau front.

Mais où sont-ils ? Je ne voyais pas Jack et Rinsley. Ils ne doivent pas être loin. Il faut que je les retrouve au plus vite. Tiens ? Mais qu'est ce que c'est que ça ?

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Vaisseau laboratoire Xeno. Orbite stationnaire basse près de Char.

« Terrifiant !!! »

« Je dois dire que votre expérience est un succès : ses capacités sont très largement au-dessus de ce que nous pouvions imaginer. »

« Mais il y a quelque chose qui me dérange. Nous ne pouvons toujours pas garder un contrôle total sur lui. J'ai l'impression que son lien avec l'Overmind n'a pas été entièrement coupé. Il nous faudra y remédier pour la prochaine fois. Mais il y a une chose plus importante pour l'instant ! »

« Je viens de terminer les tests. Ils sont très concluants. Il ne nous reste plus qu'à trouver la personne idéale »

« Je sais déjà qui sera notre cobaye, il s'en sortira à merveille. Mais il faut faire vite ! »

« Je sais »

Le vieux scientifique se tourna vers l'écran et se frotta les mains. Un sourire fourbe se dessina sur ses lèvres. Dans ses yeux brillaient une malveillance infinie.

« Voila le prochain test... »

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Des centaines de bêtes immondes courraient dans notre direction. Afin de toucher directement les chars, les ultralisks avaient contournées le front et gagnèrent avec la surprise les précieuses secondes qu'il leur fallait pour atteindre la limite minimum de portée de tir. Tous les pilotes désactivèrent immédiatement les pilonnes de fixation pour pouvoir à nouveau se mouvoir et échapper à la mort qui approchait à grand pas mais il était trop tard. Sans possibilité d'appui de la part des walkyries, dont les roquettes autoguidées ne pouvaient se diriger efficacement que contre les cibles aériennes, les chars ne purent absolument rien faire lorsque les béliers vivants enfoncèrent la ligne. Face aux lames Kaiser, l'acier était aussi résistant que du beurre face à un yamato. En un rien du temps, tous les tanks furent décimés.

Tous les soldats se mirent à courir aussi vite que possible pour éviter de d'être fauchés comme des brins d'herbe. Prit entre deux feux, on ne pouvait que tenter notre chance et foncer dans le tas pendant qu'une petite flotte d'ombres arrivait pour s'attaquer aux ultralisks.

Jack et Rinsley se trouvaient à quelques dizaines de mètres derrière moi et courraient pour se mettre à l'abri. Ils me regardaient et la médic agita les bras pour me dire qu'ils allaient bien. Je ralentis alors pour les attendre. A cause de la débâcle, les soldats se bousculaient pour avancer, n'hésitant pas à marcher sur ceux qui étaient à terre dans l'espoir de survivre.

Mais la situation, déjà très mauvaise, ne faisait que commencer à empirer. Une ombre, guettait en haut de la plus proche des collines.



La guerre n'existe pas. Seuls existent, pour un bref instant, les hommes qui la font. Les Etats et leurs frontières n'existent pas. Seuls existent, pour un bref instant, les hommes et leurs illusions...
Inconnu
L'ultime test venait à ma rencontre. Mon destin se jouait sur cet acte. Mais quels choix me restaient-il ? Y avait-il autre chose que la mort ou un chemin pire encore ? Devais-je perdre mon corps ou mon âme ? Je ne contrôle plus rien. Et le pire c'est que j'en avais conscience. La liberté n'existe pas. Pas pour moi. Arriverais-je un jour à m'émanciper ou ne serais-je à jamais qu'un pion sur un échiquier maudit ?

Beaucoup de questions, si peu de réponse... Peut-être n'est-ce pas une mauvaise chose : Qui voudrait comprendre comment fonctionne véritablement le monde ? Personne ne soupçonne à quel point nous ne sommes rien face aux machiavéliques desseins qui gouvernent cet univers.



Les soldats s'éloignaient toujours du champ de bataille, sans voir la mort elle-même qui se délectait de voir des proies aussi faciles, faibles et apeurées. L'ombre se rua à leur rencontre dans le but de leur faire regretter d'avoir osé s'attaquer à son maître. La marée de marine en voyant cette terrible menace se profiler s'arrêta pour changer de direction.

- Qu'est ce qu'il y a ? Criais-je à l'un des soldats.

- IL ARRIVE ! CASSEZ-VOUS ! hurlait-il sans s'adresser à moi.

Je comprenais enfin pourquoi tout le monde préférait repartir avec le champ de bataille au lieu de continuer à fuir. Une créature gigantesque, plus grosse que tout ce que j'avais vu de vivant, fauchait les malheureux soldats qui n'avaient pas été assez rapide. Plusieurs inconscients tentèrent bien d'opposer une certaine résistance mais ils ne réalisèrent leur bêtise que lorsque la mort venait chercher leur pauvre âme pour les emmener en enfer rejoindre les zergs. La plus horrible des bêtes démoniaques venait de faire son apparition, pour le malheur de tous.
Le terrible Torrasque entrait en scène.

Les cris des soldats, terrorisés, masquaient le bruit de la bataille. Pourtant, le rugissement de la plus puissante des ultralisks parvenait à se faire un chemin jusqu'à mes oreilles. J'en étais presque paralysé. Je n'en croyais pas mes yeux. La description faite de la créature lors du briefing n'était en rien comparable à la réalité.

Deux fois plus gros qu'une ultra ordinaire, des lames aussi longues que la longueur d'un tank et une rapidité pas même égalée par les meilleurs vautours, pourtant notre véhicule terrestre le plus rapide : Le Torrasque était le plus dangereux des esclaves de L'Overmind. Il en était sûrement le protecteur le plus féroce.

Sa carapace, plus résistant que le titane, était recouverte d'épines capables de broyer tout ce qui s'en approchait trop près. Il alliait une grâce morbide et une dextérité effrayante. Une perfection qui faisait vraiment froid dans le dos Et malgré sa masse avoisinant sûrement les 50 tonnes, il parvenait à bouger facilement, rattrapant aisément les futurs cadavres qui lui échappaient. Les morceaux de chair volaient de partout. Il semblait se régaler.

D'après certaines rumeurs, il serait immortel. Plusieurs sources inconnues ont confirmées une chose : Le Torrasque dispose d'un statut intermédiaire entre le Cerebrate et le combattant de base. Déjà qu'il soit presque impossible à détruire vu les défenses dont il dispose, l'Overmind lui-même aurait fait en sorte qu'on ne puisse s'en débarrasser définitivement.

Il semblerait qu'une attaque ait déjà été lancée contre lui auparavant. Certains racontent qu'il aurait affronté une armée entière. Il aurait même résisté à une bombe nucléaire.

D'autre disent qu'il fut vaincu une seule et unique fois : Un tir Yamato l'avait prit pour cible et lui avait arraché la moitié de sa carapace. Mais il était revenu avec un corps tout neuf.

Je sortis de mon rêve éveillé et je me retournais pour voir ce que faisaient mes deux amis. Rinsley continuait à me faire des signes mais ils étaient beaucoup plus agités et brusque. Avec son casque, je ne voyais pas son regard mais je le sentais. Elle était vraiment inquiète. Jack la tenait par le bras pour la faire courir plus vite mais elle me fixait toujours. Soudain son bras se tendit vers quelque chose d'autre. Son bras tremblait. En suivant la trajectoire de son bras, je compris qu'il était trop tard pour moi. Le monstre se trouvait maintenant très près de moi, ne me laissant absolument aucune chance de lui échapper. Je restais sans bouger en le voyant courir tout droit vers les marines, tout droit vers moi.
Je rallumais ma COM et sans même faire attention à ce que me disait Rinsley, je ne leur criais qu'une chose :

- FUYEZ !!!!

Jack stoppa sa course et hurla :

- Tu es fou ! Rejoins-nous !

- Désolé mais c'est trop tard. Mais je peux vous faire gagner du temps.

- Non, je ne veux pas que tu me laisses ! Hurla Rinsley, en pleurs.

- Rinsley, je suis désolé ! Je... On verra ça plus tard.

Un silence de quelques secondes tomba. Ils ne savaient pas quoi dire.

- Ecoute-moi ! T'as déjà battu une ultra mais là... C'est différent ! Arrête de te prendre pour un héros ! cria Jack.

- Ne t'inquiète pas pour moi. Je m'en sortirais. J'ai bien réussi à survivre avec toi. Et puis... il faut que je le fasse.

- Arrête de délirer, putain ! Tu vas ...

Je coupai ma COM et marchait lentement vers mon destin, le sourire aux lèvres. Bientôt, je pourrais affronter un véritable titan. Une sensation bizarre mais agréable me suivait : J'avais l'impression de me tenir au coté de la mort pourtant elle se trouvait devant moi, symbolisé par le mastodonte.
Deux anges de la mort. Un combat. Un vainqueur.

Comme pour me confirmer le duel, le Torrasque me fixa du regard et émit un rugissement encore plus terrible que les précédents, laissant filer les derniers retardataires. Tel un fauve prêt à se ruer sur une proie imprudente et trop sure d'elle, il se préparait à me bondir dessus et me trancher net avec ses lames. Il se trouvait à 200 mètres ; ce qui me laissait à peine cinq ou six secondes pour le contrer.

Dans un dernier rugissement, il commença sa course en raclant ses lames Kaiser sur la terre déjà labourée par les explosions, prenant de plus en plus de vitesse. Je devais attendre jusqu'à voir mon reflet dans ses yeux noirs comme les ténèbres dont il était issu. Le sol tremblait à son approche mais je gardais un certain équilibre. Je sentais déjà le sang encore chaud qu'il avait fait coulé. J'en bavais presque.

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Vaisseau amiral Alexander. Secteur B205. Char.

- Dans combien de temps la cible sera-t-elle à portée de tir ?

L'enseigne se tourna vers l'amiral DuGalle et lui répondit vivement.

- Dans approximativement une minute.

- Amiral ! Nous rencontrons des problèmes : La flotte dirigée par le général Solensin ne parvient pas à percer les défenses aériennes du Cerebrate. Il semblerait qu'un nombre important de masse provenant directement de la protection rapprochée de l'Overmind lui-même soit venu en renfort. Impossible de se rapprocher.

- Je vois. Il sait donc ce que nous comptons faire. Il ne doit pas être sous-estimé.

Puis, d'un air sérieux, il continua :

- Commençons par ouvrir une brèche nous-même. Dites aux commandants des cuirassés Havok, Stanforth et Octanus de se mettre en formation pour nous protéger. Je veux qu'un vaisseau laboratoire crée une matrice défensive prioritairement sur l'Alexander puis sur tous les autres. Ordonnez à l'escadrille de walkyrie Cradle de se tenir prête : il ne doit pas y avoir un seul zergs à moins de cent mètre de notre coque.

Puis il cibla du doigt plusieurs points sur l'écran, comme pour dessiner un losange dans le vide.

- Utilisez nos quatre canons Yamato pour détruire ces cibles. Cela devrais provoquer un certain désordre dans les rangs ennemis. Ordonnez aux autres cuirassés de viser principalement les Seigneurs et les dévoreurs. Après la recharge, tirez à volonté !

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Tel un couteau chauffé à blanc s'enfonçant dans la peau, les vaisseaux, tous regroupé autour de l'Alexander s'élancèrent vers le seul petit point faible de la défense zerg. Même si le coeur était hors de portée pour l'instant, Le Directoire espérait toucher une partie vitale de l'ennemi. La force brute ébranla pendant un instant la résistance zerg et donnait une chance aux terriens de se rapprocher un peu plus de leur objectif. Plusieurs escadrons d'ombres profitèrent de la désorganisation pour provoquer des pertes catastrophiques dans les rangs opposés avec leur camouflage furtif. Plusieurs milliers de Mutalisks tentèrent de combler la brèche et repousser l'attaque mais l'escadron Cradle leur bloqua le passage et engagea le combat.

Protégé par la flotte, L'Alexander attendait patiemment, détruisant les ennemis à portée sans pour autant prendre un quelconque risque.
La structure du croiseur était très similaire aux autres cuirassés mais en trois fois plus gros. La forme était cependant plus allongée et un peu plus fine que son « ancêtre ». Sur l'ensemble de sa coque en titane-A, des canons légers avaient été installés pour attaquer les cibles proches, dont l'utilité avait été largement prouvée contre les masses.

La seule différence résidait dans son armement lourd. Sur chaque aile, deux canons Yamato avaient été installés. Ce potentiel destructeur le rendait aussi puissant que précieux. Mais peu de personne connaissait ce qui le rendait unique et mortelle.

Peu à peu, le périmètre de défense zerg, jugé infranchissable, commençait à céder de partout, les zergs délaissant une zone pour en renforcer une autre, ce qui laissait un autre point faible dont les forces du Directoire profitaient.
Bientôt, l'arme ultime terrienne serait utilisée.

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Une série de trois explosions fit trébucher le gigantesque Torrasque, qui glissa sur le sol. Il se releva tout aussi rapidement et chercha du regard la source de ce nouveau problème. Au loin, trois Chars en position siège, accompagnés de cinq Goliaths, se préparaient à tirer de nouveau sur la cible.

Une nouvelle fois, trois explosions firent trembler le sol. La force du choc me fit perdre mon équilibre. Le mastodonte, lui, avait décidé de changer de cibles, jugeant que des chars et des Goliaths offraient une meilleure résistance qu'un simple marine suicidaire. Ses nouvelles proies étaient beaucoup plus excitantes à chasser. Il encaissa sans broncher la puissance brute déployée par les tanks et se précipita à leur rencontre.

Je ne savais pas quoi faire : la raison voulait que je profite de cette diversion pour m'échapper et rejoindre Rinsley et Jack. Mais la petite voix me poussait à poursuivre la créature titanesque. Après un petit temps de réflexion, je décidais de suivre mon instinct et de reprendre où j'en étais avec mon adversaire. Je ne possédais pas sa vitesse mais les futures victimes du monstre allaient me donner le temps qu'il me fallait.

Au loin, les Goliaths, voyant la menace se rapprocher à très grand pas, se précipitèrent à la rencontre du Torrasque pour l'intercepter. Mais tous savaient qu'il faudrait un miracle pour vaincre un tel ennemi et qu'ils ne disposaient pas de la puissance nécessaire pour l'abattre. Mais ils savaient également que si l'Overmind était maintenu sous contrôle, il en serait de même pour tous ses serviteurs.


Pour plus d'efficacité, les cinq Goliaths se dispersèrent, encerclant l'ultralisk, pendant que les chars utilisaient toujours leurs surpuissants canons. Les balles fusaient mais restaient sans réel effet contre la cuirasse naturelle de la cible. Même à bout portant, juste avant d'être massacré par le Torrasque, aucun Goliath ne parvenait à infliger les dégâts au zerg.

Deux pilotes, pour changer de tactique, le provoquèrent au corps à corps. Pendant que l'un attirait son attention, l'autre le prit par derrière le tenta d'enfoncer son bras métallique en frappant la carapace de toute ses forces. La mort de son camarade ne lui laissait pas beaucoup de temps et, dans un ultime mouvement, il actionna le lancement de missile hellfire, qui explosa sur la cible avant de pouvoir s'envoler, emportant du même coup celui qui l'avait envoyé. Lorsque la fumée noire se dissipa, il ne restait qu'une tache sur la carapace. Mais il n'y avait qu'une très légère cicatrice.

Il ne restait à présent qu'un seul Goliath pour défendre les tanks mais il fut touché par un obus de ses propres alliés, laissant sans défense ceux qui lui avaient évité de se faire trancher en lui offrant une autre mort tout aussi rapide. Mais il serait bientôt rejoint par les autres. Comme un hurlement de victoire, un rugissement accompagnait successivement l'explosion de chaque char. J'avais même eu l'impression d'entendre les cris des hommes enfermés dans ces boites de conserves. Dans sa folie meurtrière, le Torrasque rechercha de nouvelles cibles à éliminer. Il devait sentir l'appel du sang. Tout comme moi.

A mes pieds, un soldat mort continuait à s'agripper de toutes ses forces à son lance-roquette. Peut-être que le repos de son âme tenait justement à la protection que lui conférait cette arme, même si elle ne lui avait pas évité la mort. Je lui arrachait des mains : je lui rendrais quand je le verrais en enfer.

Sans hésiter une seconde, je mis un genou à terre et pointa le lance-roquette vers ma cible qui ne cessait de tourner la tête dans tous les coté avec méfiance. Le Torrasque devait sûrement sentir un danger. Je trouvais cette attitude bizarre mais je n'avais pas le temps de me poser des questions.

Une roquette partit à toute vitesse, traversant le champ de bataille. Le sifflement qui la suivait attira l'attention de la bête féroce qui, ne prenant même pas la peine de l'éviter, la laissa s'écraser sur lui avant de passer à l'attaque. Précipitamment, je me remis en position. Une seconde roquette, tout aussi efficace, alla exploser sur une de ses pattes. Si des canons Chocs ne lui avaient rien fait, mon action était aussi utile que pisser sur un feu de forêt pour tenter de l'éteindre. Cependant, je ne m'avouais pas vaincu et me prépara à éviter son attaque.

Le Torrasque abattit les lames verticalement pour me trancher dans le sens de la longueur. Mon premier réflexe fut de plonger sur le coté. En m'écrasant à terre, j'eus à peine le temps de remarquer qu'il m'avait frôlé, traversant nette plusieurs couches de mon amure CMC sans atteindre mon corps. C'était un miracle de posséder encore cinq membres, qui plus est intacts. Seulement la chance est une chose sur laquelle il est difficile de compter. Le petit nuage de poussière s'envola lorsque une lame le traversa, créant un vent violent qui le dissipa. Cette fois, mon instinct me fit me coucher au sol sur le dos. J'avais vu la faux de mon ennemi raser mon visage de si près que je n'aurais plus jamais besoin de rasoir.

Cette fois, c'était la fin. Plaqué au sol, je n'aurais jamais le temps de me relever. Déjà, l'ultra se mettait sur ses deux pattes arrière pour augmenter la force et la vitesse de son attaque et me pulvériser une fois pour toute. L'ange de la mort se tenait juste à coté de moi, attendant patiemment de récupérer l'âme, si j'en avais encore une, dés que mon enveloppe corporelle ne serait plus de ce monde. En y repensant, le repos éternel n'était pas une mauvaise chose. Il était même de plus en plus attirant. Cependant, j'avais le pressentiment que je ne pourrais jamais en jouir. E la raison était très simple : J'étais condamné à rester dans ce monde.

Cette pensée raviva la fureur qui était en moi. Elle était de nouveau libre. Cet état de transe qui s'emparait de mon corps me faisait un bien fou. Ce sentiment de puissance était si fort ! Je levais ma main vers le monstre avec un rire euphorique. Une onde percuta le Torrasque qui le fit reculer, l'étourdissant pendant quelques secondes.

Lentement, sans me préoccuper de l'état de l'ultralisk, je me relevais pour le regarder droit dans les yeux. Je pouvais lire dans son esprit comme dans un livre ouvert. Ses pensées passèrent progressivement de la surprise puis à la curiosité ; la méfiance pour enfin s'arrêter une grande hésitation. L'espace d'un instant, elles virèrent à la peur mais elles ne furent qu'éphémères. Et je comprenais pourquoi une part de lui me redoutait : Je ressemblais à quelqu'un d'autre qu'il avait connu, Kerrigan.

Soudain, il leva la tête comme pour attendre les instructions d'une voix supérieure. Il devait vouloir contacter l'Overmind lui-même. Je pris cet acte comme du respect même si il était peu évident qu'un guerrier comme lui ressente ce type de sentiment. La petite lueur d'hésitation de ses yeux disparut rapidement, à mon grand bonheur. Il avait reçu un ordre et rien à part la mort ne pouvait l'empêcher de l'accomplir. De nouveau, il chargea dans ma direction, plus obstiné que jamais.

Une petite fusée me rasa de près et toucha le monstre en pleine face. Un léger éclat de lumière stoppa la nouvelle charge. Je me retournai vivement pour voir Rinsley avec son pistolet, encore fumant, pointé vers le Torrasque. Jack se tenait juste devant elle, la mitrailleuse lourde dans les mains et prête à faire feu. Je reconnus tout de suite ce petit sourire qu'il avait aux lèvres. Ce sentiment d'exaltation que l'on peut ressentir lorsque l'on sent la mort toute proche.

De la sueur coulait du visage de Rinsley, dont l'origine de venait pas entièrement de la chaleur étouffante qui régnait sur cette planète morte. Sa respiration était très lourde et difficile et ses pupilles étaient totalement dilatées. Je pouvais même sentir ses jambes trembler. Son mental avait visiblement souffert depuis le début de la bataille, ce qui était compréhensible avec le déroulement des derniers événements.

« Ja... Jason... »

Sa voix était tremblotante. Mon regard se posa un instant sur Jack. Son attitude avait elle aussi complètement changé. Son visage était crispé et un réflexe involontaire le fit reculer d'un pas. Son arme tomba au sol. Ni l'un ni l'autre ne parvenait à ouvrir la bouche et à prononcer un seul mot audible. Mais je savais ce qu'ils ressentaient. Personne n'aurait eu de problème pour deviner leurs sentiments à ce moment précis. Etait-ce le Torrasque qui leur faisait cet effet ?

- Mon vieux ! Qu'est ce qui t'arrives ?

Cette question me choqua à un tel point qu'il me fallut plusieurs secondes pour réfléchir à son véritable sens. Avais-je changé ? Par curiosité, je regardais mes bras. La vision que j'eus me terrifia !

Ma combinaison avait été tellement « sollicitée » qu'il n'en restait que quelques morceaux complément défoncés par-ci par-là. Du liquide sortait par plusieurs trous et coulait entre mes doigts.

En fait, le mot « griffes » était beaucoup plus juste. Ma peau avait disparu, remplacée par une sorte de carapace d'un rouge sang, comme si, après que mon épiderme ait disparu, mes chairs à vifs s'étaient solidifiées. Mes ongles avaient « mutés » en des griffes pointues d'une dizaine de centimètres de long.

Mon esprit s'embrouilla. Je sentais mon être se déchirer en deux, l'une cherchant à occulter cette image de ma mémoire pour la faire passer comme une simple hallucination, l'autre, au contraire, me soufflant de l'accepter et de ne pas refuser la vérité que je me cachais.

Un nouveau hurlement de colère de la part de l'ultralisk me réveilla. Toutes mes pensées se tournèrent alors vers le zerg. Mon corps agissait contre ma volonté et se préparait au combat. Seulement, une question me persécuta : Etait-ce vraiment contre ma volonté ? Sans en prendre conscience, je sortis entièrement mes griffes et avançait prudemment vers ma proie.

Puis, tel une sonnerie ou un gong, une explosion lointaine nous fîmes nous élancer en courant l'un vers l'autres. A ce moment là, plus rien n'avait d'importance.

Sa lame Kaiser trancha l'air et me frôla de si près que j'entendis le son d'un crissement, me rappelant le fortement trident de deux métaux l'un contre l'autre. Je profitais de la nouvelle ouverture que m'avait laissée mon adversaire pour me rapprocher encore plus. Je tentais alors de planter mes griffes dans l'une de ses pattes mais il me contra, m'envoyant valdinguer du plat de sa lame.

Après un petit vol et un atterrissage en catastrophe, je repartis tout de suite à l'attaque.

Un peu avant que je ne sois à portée, le Torrasque donnait un violent coup au sol avec ses deux pattes avant, créant une onde de choc souterraine qui je fis trébucher et mettre un genou à terre. L'ultralisk ne laissa pas passer cette chance et, en associant un mouvement de charge et une attaque tranchante, profita de sa vitesse pour augmenter la puissance de son coup.

Par réflexe, je voulus me protéger avec mes bras. Et ce qui se passa m'étonna. J'avais bloqué ses lames mais non grâce à ma nouvelle carapace : Elles avaient été stoppées un peu avant de rencontrer mon corps, comme si un mur d'air était intervenu pour me secourir. Je saisis alors la lame de mon ennemi et tenta de la tordre. Le matériau qui la composait la rendait presque indestructible mais ce n'était pas le cas des muscles qui la soutenaient et qui la dirigeaient.

Au prix d'un effort difficile, le Torrasque, en reculant vivement, parvint à me faire perdre ma prise et s'éloigna de moi pour tenter une nouvelle attaque.

Soudain tout devient sombre. Le ciel se vida de toute sa couleur. J'avais l'impression d'être aspiré par un trou noir. Une lumière étincelante dans mon dos attira mon attention et me fit me retourner.

C'était seulement après avoir vu les nuages d'une lumière aveuglante que je compris que c'était ma propre perception du monde qui avait changé. En fait, la lumière était si intense qu'elle rendait toutes les autres négligeables. Elle semblait aspirer toute l'énergie alentour.

« Ils l'ont fait .... »



"Dieu", "Famille", "Patrie", mots-remparts, complices de notre barbarie : combien d'hommes livrés, aveugles ou morts, aux pièges de vos séductions ?

Inconnu
L'obscurité continue à prendre du terrain et me dévoile des secrets que je n'aurai jamais pu imaginer. Je commence à peine à prendre conscience de mon destin. Je le sais maintenant : j'ai un rôle beaucoup plus important que je ne l'aurais cru. Cependant ce n'est pas l'être que je suis qui va l'accomplir. Une partie de moi va mourir pour renaître sous une autre forme.

Après ce jour, il ne me restera absolument rien à part la haine et la sombre présence tapie au plus profond de mon être. Ma fin est proche. La fin de toute chose est proche. Je m'apprête à être aspiré par le néant.



Passerelle de commandement, croiseur Alexander.

- Canon Light chargé à 30%, cria l'enseigne d'un ton fier

Le général DuGalle se rapprocha vivement du grand écran semi-convexe juste devant lui. Le champ de bataille était représenté en 3D et un flot continu de données défilait sur les cotés. En haut à gauche, une longue barre venait d'apparaître et se remplissait lentement. DuGalle avait les yeux rivés dessus : il allait changer le cours de cette guerre si cette barre était pleine avant leur anéantissement.
Les milliers de petits points rouges s'affolèrent pour se précipiter vers les points bleus en sous nombre.

- 50%, cria l'enseigne.

- Allez, allez ! Plus vite ! se murmurait l'amiral à lui-même.

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Pendant que la lumière semblait se concentrer sur elle-même, toutes les forces aériennes zergs quittèrent leur position pour se jeter vers l'Alexander pour stopper son attaque avant qu'il ne la déclenche.

Comme pour répondre à la charge désespérée des zergs, tous les vaisseaux s'opposèrent à l'attaque suicide. La vague infinie submergeait le mur céleste organisé par les cuirassés. Sans même se préoccuper des pertes désastreuses qu'ils subissaient, les zergs continuaient à charger. Ils n'avaient que peu de temps. L'arme ultime terrienne allait bientôt être déclenchée.

Les walkyries avaient tellement de cibles que chaque roquette tuait cinq fois plus d'ennemi que d'ordinaire. Les masses s'écrasaient sur les vaisseaux pour libérer le passage aux autres. La bataille stratégique se transformait en un chaos total. Les humains résistaient. Mais pour combien de temps...

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- Le canon sera prêt dans 10 secondes !

- Nous risquons la surcharge ! Le système commence à s'emballer.

A ce moment précis, l'amiral DuGalle s'inquiétait plus de la capacité du canon à résister à une telle puissance que des zergs. S'ils arrivaient à contrôler le tir, la victoire serait à eux mais si cette puissance se retournait contre eux, c'était comme si le pétard explosait dans la main d'un enfant. Sauf que l'enfant y perdrait plus que sa main.

- 3...2...1...Canon à pleine puissance.

- ANEANTISSEZ MOI CE CEREBRATE ! hurla DuGalle en espérant que ce dernier l'entende.

Puis il leva les yeux et murmura : « Pour toi, Alexeï ! »

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Un éclat de lumière bref mais intense éblouit chaque être vivant. Comprenant qu'il était trop tard, tout les zergs restés à l'écart se regroupèrent autour du Cerebrate, formant un dôme de chair et de sang. La bataille faisait rage entre les deux camps car tout se jouait sur ce moment.

L'énorme masse nuageuse s'écarta vivement autour de la source même de la lumière, laissant un trou de plusieurs kilomètres de diamètre dans le ciel rouge. La puissance qui venait d'être libérée était d'une telle intensité que fermer les yeux était inutile. Il était difficile de la décrire. La boule d'énergie semblait grandir toujours plus. Un troisième soleil venait d'apparaître.

J'étais fasciné par cette puissance primitive, ancestrale. Je sentais que je n'étais pas le seul. Je ne pensais pas qu'un tel phénomène pouvait être aussi obsédant.

Les nuages se mirent à tourner autour de la source de plus en plus vite. Un tourbillon d'une force extrême. Les vaisseaux et les zergs volants avaient même du mal à rester immobile.

La boule de lumière commença alors à diminuer en taille tout en s'intensifiant. Elle était maintenant d'une pureté indescriptible. Le ciel reprenait lentement une couleur normale et les vaisseaux réapparaissaient. Mais cela ne venait que commencer. Et les zergs le savaient.

Un trait de lumière pure jaillit du plus gros canon de l'Alexander situé à l'avant du croiseur pour piquer vers sa cible. Le rayon n'avait rien à voir avec un tir Yamato. Il le surpassait très largement en puissance. Des milliers de zergs tentèrent de se jeter dessus pour le stopper ou du moins l'affaiblir. Mais ils étaient littéralement effacés : on aurait même put douter qu'il ne reste qu'un seul de leurs atomes.

Un cuirassé coupa sa trajectoire. Ses propulseurs étaient en flamme, sûrement endommagés par le suicide d'une masse. Croyant devoir s'écraser au sol, l'équipage n'eut pas le temps de prier avant d'être pulvérisé. La lance d'énergie, fine comme une aiguille, frappa le vaisseau pour le traverser entièrement dans le sens de la longueur, transperçant tout les ponts et deux blindage sans perdre de vitesse.
Le cuirassé explosa lorsque le trait d'énergie atteignit les réacteurs et les moteurs, ne laissant qu'un nuage de poussière rougeâtre.

Sans aucune difficulté, le tir traversa le mur de chair zerg et s'écrasa sur le Cerebrate pour exploser en une boule de feu d'une puissance extraordinaire, détruisant l'immense colonie qui le protégeait. L'onde de choc qui en résulta créant un petit tremblement de terre qui fit tomber chaque combattant au sol.

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Mon corps tremblait. Mais je ne savais pas si c'était à cause de la peur ou de l'excitation. Voir une telle puissance à l'oeuvre était quelque chose d'unique. Un jour, je la contrôlerais !

Des cris attirèrent mon attention : partout, des zergs hurlaient comme des damnés. Certains se roulaient par terre, se lacéraient le corps avec leurs propres griffes. Ils étaient devenus fous. Mais la vérité était tout autre. Ils étaient tout simplement devenus libres.

Ils avaient retrouvé leur libre-arbitre, leur conscience, leurs peurs, leurs envies... De leur ancienne condition, seul leur instinct et la cruauté naturelle de leur race perduraient. Tel des fauves affamés, ils se jetèrent les uns sur les autres pour se dévorer. Pour d'autres, c'était la simple envie de tuer qui les ordonnait. Ils étaient totalement sans contrôle. Qu'il soit zerg ou humain, un être vivant était un ennemi.

Dans le ciel, la situation était la même : les forces zergs du défunt Cerebrate continuèrent à attaquer la flotte du Directoire mais une partie d'entre eux commença à s'entretuer. Toutes les autres colonies sous influence de l'autre Cerebrate envoyèrent des troupes pour anéantir cette nouvelle menace. Les propres forces de l'Overmind se retournaient contre lui.

Une lame pénétra mon corps et fendit ma « peau » au niveau du bras. Surpris par la force du coup, je fus projeté en arrière et ce fut à peine lorsque je réussis à me rétablir que le visage de mon agresseur m'apparut de nouveau. Sans perdre une seconde, le Torrasque tenta de profiter de son avantage pour m'achever avant que je ne puisse réagir. Il leva ses lames haut dans le ciel.

Une pluie de balle s'écrasèrent sur sa carapace pour rebondir : elles étaient aussi efficace que des petits cailloux. Mais cette distraction me permit de me ressaisir. Je plongeais sur la patte avant droite du monstre pour m'y accrocher et tenter d'y enfoncer mes griffes. Je connaissais tous les points faibles d'une carapace zerg et si le dos et le torse de la créature étaient invulnérables, ce n'était pas le cas de ses pattes. Un flot de sang gicla de l'entaille profonde que je venais de lui faire. Le Torrasque hurla de douleur et commença à s'agiter comme un diable, effectuant des petits sauts, secouant les pattes pour me faire tomber.

Je ne parvenais plus à tenir. Le sang continuait à couler et me faisait glisser. Je lâchais prise et m'écroulais sur le sol. Ma dernière vision fut de voir la patte ensanglantée s'écraser sur moi.

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Vaisseau amiral Alexander. Secteur B205. Char.

- Mon amiral ! Nos forces commencent à prendre le dessus !

Un sourire victorieux se dessina sur le visage de DuGalle.

- Bien ! Très bien ! Exterminez ce qu'il reste de leurs forces aériennes dans le secteur ! Et lorsque qu'on en aura terminé avec ces zergs, nous nous occuperons de l'autre Cerebrate ! ET ALORS L'OVERMIND TOMBERA ENTRE NOS MAINS !

Un rire presque machiavélique retentit dans la passerelle de commandement. Il avait vengé son ami de toujours, son frère. Mais en pensant à Stukov, il se rappela que rien ne pourrait le ramener, même s'il détruisait tout les zergs. Et rien ne pourrait lui faire oublier qu'il était lui aussi responsable de sa mort. Sa fierté et son manque de confiance et de loyauté avait causé sa perte et c'était lui qui aurait du en subir les conséquences. Il se maudirait jusqu'à la fin des temps.

L'amiral DuGalle revint à la réalité. En passa sa main sur son visage, il sentit une minuscule larme couler le long de ses doigts pour tomber au sol. Il baissa alors la tête et s'essuya sans se faire remarquer. Il se tourna vers la personne qui se tenait juste à coté de lui.

- Commandant, dans combien de temps le canon light sera-t-il disponible ?

- Je dois avouer que je n'en ai aucune idée. Nous l'avons utilisé à pleine puissance, ce qui n'a jamais été fait. Il est possible que nous devrons nous en passer pour le reste de la bataille.

L'amiral réfléchit pendant quelques secondes. Cette nouvelle était ennuyeuse. Mais le canon avait prouvé sa valeur et le changement du cours de la bataille qu'il avait entraîné n'exigeait plus qu'il soit impérativement utilisé contre le second Cerebrate

- Hum. Je veux un rapport général de la situation. Si nous ne pouvons plus l'utiliser alors nous devons être prudent. On ne sait jamais ce que peut nous préparer ce fourbe d'Overmind...

Le commandant se tourna vers l'enseigne et plusieurs lieutenants pour leur donner une série d'ordres. Immédiatement chacun se mit au travail, pianotant rapidement sur les claviers.

Des données et des chiffres apparaissaient sur le coté du grand écran. Au coté des points bleus et rouges s'illuminant plusieurs symboles, indiquant l'état des différentes flottes et le niveau de danger qu'elles subissent.

La zone bleue grandissait à chaque seconde. Si les zergs continuaient à perdre du terrain, la guerre serait bientôt terminée. Pourtant DuGalle avait un doute. Son instinct lui disait que ce combat, même s'il est le plus important, ne reste qu'une simple bataille...

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Vaisseau laboratoire Xeno. Orbite stationnaire basse près de Char.

« Passionnant ! »

Le vieux scientifique applaudissait presque devant son écran en visionnant le combat. Il se tourna vers son jeune assistant au visage d'ange.

« Cependant j'ai l'impression que nous pouvons obtenir encore plus de lui. Il n'utilise pas tout son potentiel ! »

« Kerrigan a eu le même problème... »

« ... Mais ce n'était que parce qu'elle avait un implant dans le cerveau. Lui n'a jamais suivi une formation de fantôme. »

« Peut-être manque-t-il de... maturité ? »

Le vieil homme se plongea dans ses pensées, explorant cette hypothèse.

« Il n'en ai qu'au stade primaire de son évolution. Il n'a hérité que de la structure génétique et l'envie de tuer des zergs. Mais il est bien plus que ça ! Il nous suffit d'attendre qu'il découvre sa véritable nature. Il ne se doute même pas de ce qu'il est réellement. Dès qu'on aura trouvé le bon réceptacle, il deviendra quelque chose de nouveau. Et alors... »

Un rire glacial et démoniaque parcourut l'ensemble du vaisseau.

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Je ne comprenais pas. J'étais incapable de bouger pourtant je ne ressentais aucune douleur. Et si je n'avais pas toute cette haine au fond de mon coeur, la peur aurait pu prendre le dessus. Je me sentais piégé dans ce corps inerte. Je n'avais aucun moyen de m'échapper.

La peur ???
Qu'est ce que la peur ?

Cela faisait longtemps que ce mot n'avait plus de sens pour moi. Je savais l'expliquer mais je ne pouvais pas l'exprimer d'après ce que je ressentais. Je n'avais plus de sentiment à part la colère, cette fureur qui me ronge sans que j'en sache la raison. Est-ce ça devenir zerg ?

Mon corps reprenait des forces, beaucoup plus rapidement que je ne l'aurais cru. Je savais que ces créatures avaient un métabolisme hyperactif qui se régénérait à une vitesse hallucinante pour nous. Le visage de Jack m'apparut mais je ne comprenais pas ce qu'il disait. Je ne voyais que ses yeux. Encore la peur...

Une autre personne se tenait à coté de lui. Des larmes coulaient le long de ses joues. Rinsley me tenait la main. Tout les deux semblaient paniqués. Jack n'arrêtait pas de me secouer.

Soudain son visage se figea. Ses pupilles vertes se rétrécirent. Sa bouche s'ouvrit légèrement pour laisser échapper un petit souffle. Je sentais ses mains trembler de plus en plus. Ses doigts se crispèrent. Un liquide chaud entra en contact avec ma carapace.

C'est à ce moment là que je vis au prolongement de ma main droite ce qui ressemblait à une lame psionique, enfoncée dans son corps, le transperçant entièrement au niveau de son flan gauche, pour ressortir dans son dos.

La lame disparut aussi rapidement qu'elle était apparue et le corps de Jack tomba à coté de moi. Le son me revint sous la forme d'un cri étouffée accompagné d'un râle faible. Rinsley se précipita vers son ami pour le retourner et regarder sa blessure. Sous l'effet de la terreur, elle poussa le corps le plus loin possible de moi. Nos regards se croisèrent. Le sien avait changé. On aurait dit qu'elle ne me reconnaissait plus.

Une détonation attira mon attention. Je reconnaissais ce son : quelqu'un utilisait un fusil C-10, l'arme favorite des fantômes. Etait-ce Duran ?
Instinctivement, je me retournais vivement quand je vis une silhouette qui s'occupait déjà de combattre le Torrasque. Quelques mètres les séparaient, ce qui rendait le fusil presque inutile. Pourtant le combat était très serré... Le zerg ne parvenait pas à toucher son adversaire alors qu'il se trouvait largement à portée de ses lames. Grâce à des gestes rapides, précis et même gracieux, il échappait habilement aux attaques de son ennemi.

Puis il monta sur le dos de l'ultralisk et se muni d'un long couteau pour l'abattre violement sur son crâne. Je riais presque de cette tentative stupide pour seulement blesser un tel monstre jusqu'à ce que je voie la créature hurler et se mettre à courir à toute vitesse pour faire tomber son agresseur, puis s'écrouler en agonisant. Comment avait-il pu traverser sa carapace ?

Sans même chercher à achever sa proie, le fantôme effectua un petit saut pour descendre et marcha lentement vers moi en rangeant son arme. Il ne se souciait même pas de l'état de son adversaire.

Je pouvais enfin le voir distinctement. C'était bien un fantôme du directoire mais il était très différent des autres. Au début, je croyais faire face à Duran mais ce n'était pas lui. Quelque chose en lui m'intriguait. Les deux lumières rouges de son masque à gaz, au niveau des yeux, lui donnaient une apparence ténébreuse. Mais il n'y avait pas que ça...

J'avais compris que ma « transformation » m'avait donné la capacité de sentir les sentiments des autres, même si je ne les comprenais pas toujours. Mais lui ne ressentait aucune émotion. Il semblait vide, absent, comme s'il était devenu un zombi. Pourtant, au plus profond de lui se cachait un désespoir sans fin. J'avais une petite idée des souffrances qu'avaient dû endurer tout les fantôme au cour de leur formation, les rendant à moitié fou et psychopathe, les obligeant à se refermer sur eux-mêmes. Beaucoup étaient dépressifs. Mais lui...

Le regard du fantôme se dirigea vers mes anciens compagnons puis se plongea dans le mien. J'avais un lien avec cet homme. Un lien profond. Il avait toujours son masque mais j'étais sûr qu'il le lançait un sourire triste.

Subitement, une lumière aveuglante m'ébloui. Sous l'effet de la surprise, je mis mes mains sur mon visage, manquant de peu de me percer un oeil. J'entendais Rinsley qui tenait son arme pointée sur moi. Elle était raide, toute en sueur et avait du mal à respirer.

Sous le coup de la colère, je griffais l'air, sans résultat. Seul un bruit me fit m'arrêter aussitôt. Le fantôme avait rechargé son arme et la dirigeait maintenant sur moi. Vu sa démonstration de force et de précision, je ne doutais pas qu'il puisse me blesser grièvement et même me tuer. Pourtant, il hésitait...

Il baissa lentement son arme. Avait-il décidé de me laisser en vie ? Son silence ne m'aidait pas à répondre à cette question. Il se retourna alors et s'éloigna. Je ne savais pas quoi penser de ce qu'il venait de se passer. Une force intérieure m'empêchait de le pourchasser et de le tuer.

« Jason... »

Jack était assis, son gauss dans une main pendant que l'autre essayait de ralentir l'hémorragie. Sa tête se balançait et son visage était pale. Il était au bord de l'évanouissement à cause de la douleur mais il résistait.

« Je suis désolé..., mon ami..., mais je dois... te libérer... »

Il tira plusieurs rafales qui me percutèrent de plein fouet mais les balles ne firent que rebondir sur ma carapace. Sans attendre, je m'élançais vers lui à toute vitesse puis d'un coup de griffe, je lui ôtais son arme. De mon autre main, une lame psionique apparut pour lui trancher le bras droit. Il hurla de douleur.

Lentement, je lui saisit le cou et le soulevai sans difficulté de quelques centimètres. Il avait cessé de crier, se forçant à ne pas montrer de signe de faiblesse. Je me préparais à l'achever.

« NON, NE FAIS PAS CA !! »

Rinsley se tenait à quelques mètres de nous. Elle se savait totalement impuissante. Les larmes n'arrêtaient pas de couler. Je me surpris à ressentir de la pitié... je desserrais mes griffes et le corps de Jack retomba au sol. Il ne bougeait plus.

Je voulais alors voir comment il allait mais mon corps n'obéissait pas. C'est à ce moment là que je compris que je n'étais plus le maître de mon propre corps. C'était comme si nous étions deux à se l'approprier et que je perdais du terrain. Quelque chose grandissait en moi et à son contact, mon âme devenait de plus en plus corrompue. Je luttais de toutes mes forces contre mon autre moitié. Mais mes jambes commencèrent à avancer.

Effrayée, elle sortit une dernière fois son lance-fusée. Cependant, cette fois-ci, je... ou plutôt mon autre moi s'attendait à cette attaque et se protégea les yeux avec ses mains, atténuant les effets. A moitié aveuglé, je voyais son visage se rapprocher, une peur indescriptible lisible dans ses yeux noyés par les larmes.

Je fus alors éclaboussé d'une giclée de sang. Son corps entier tremblota. Ses pupilles dilatées me fixaient pour se graver dans ma mémoire à jamais. La lueur de vie de ses yeux faiblissait. Un peu de sang coula de sa bouche. Dans un tout dernier effort, ses lèvres bougèrent pour prononcer quelques mots mais aucun son ne me parvint.

Sa tête tomba en avant. Son corps s'immobilisa avant de glisser lentement le long de mon corps et s'écrouler à mes pieds. Puis ce fut le silence. Le plus lourd silence de ma vie. Je ne pouvais pas le croire. Elle... elle est morte. Je l'avais tué. Je les avais tués tout les deux. Je n'étais pas directement responsable mais j'étais resté impuissant. Ils étaient morts à cause de moi. Je... Je me dégoûtais. Je me maudissais pour être si faible.

Hein ? Etais-je en train de rêver ?

Quelqu'un applaudissait dans mon dos. Un rire machiavélique accompagnait le claquement des mains.

« Tu es bien comme je le pensais. Je ne me suis donc pas trompé à ton sujet »

La voix résonnait dans ma tête, suivie de plusieurs échos. Je me retournais pour voir l'ancien lieutenant confédéré Duran. Curieusement, je ne fus pas surpris de le voir.

« Tu viens de révéler ta véritable nature. Mais tu ne sais pas encore qui tu es. »

Je restais dans mon silence, regardant une dernière fois le visage de Rinsley, caché par ses longs cheveux, l'air ébahi. Après quelques minutes, sortant lentement de mes rêves, je réalisai enfin qu'il m'avait posé une question.

« Et bien sur, tu es la personne qui va me le dire » répondis-je d'une faible voix.

Je ne m'étais pas aperçu que ma voix avait aussi changé.

« J'en sais bien plus sur toi que tu ne le penses. »

« Où veux-tu en venir, traître ? »

De nouveau, l'infesté émit un rire macabre, à se demander si c'était lui ou l'ange de la mort qui le suivait comme son ombre qui riait.

« Traître ? Dois-je te rappeler ce que tu viens de faire ? Qu'est ce qui nous différencie ? »

Je revoyais les visages de mes amis, de mes victimes. Mais ils avaient été vidés de toute vie, ne laissant que des cadavres desséchés. Des trous noirs comme les ténèbres remplaçaient les yeux.

« Nos destins sont liés, liés par une force que tu ne soupçonnes même pas. Tu l'as senti, n'est-ce pas ? »

« Que veux-tu de moi ? »

« Le Grand Conflit n'en est pas à ses débuts. Depuis des millénaires, un combat se poursuit. Et au cours de celui-ci, certaines choses ont été libérées, ravageant un nombre incalculable de mondes. »

« Mais toi ! Qui es tu ? Fais-tu parti des ténèbres qui se sont déversées dans notre univers ou en es-tu responsable ?

Le fantôme ne répondit pas si ce n'est par un sourire fourbe plus inquiétant encore.

« Ma véritable identité n'as sûrement pas d'importance pour toi. Ne préfèrerais-tu pas savoir qui tu es ? Tu n'es pas comme tout les zergs ; il en est de même pour moi d'ailleurs. Car tu possèdes quelque chose de plus. Chaque être a une place dans notre monde, insignifiante ou grandiose. »

« Chacun est maître de son destin ! Je pourrais par exemple te tuer maintenant »

« Oui, tu as raison, mais tu ne le ferras pas »

« En es-tu si sûr ? »

« Oui. De toute façon, je tiens à te prévenir, tu n'y arriverais pas même si tu le voulais. »

« Et pourquoi ça ? »

C'est alors que je vis le Torrasque nous foncer dessus à toute vitesse avec la ferme intention de nous faucher comme du blé. De la bave coulait de sa gueule et il hurlait tellement fort que je me demandais s'ils n'étaient pas plusieurs. Le sol tremblait à son approche. Il semblait hors de contrôle. La distance qui nous séparait de lui diminuait de plus en plus rapidement.

Tandis que je me préparais au combat, Duran se contenta de le fixer avant de lever subitement un bras vers sa proie. Une tempête psionique d'une taille inouï déferla sur l'ultralisk, qui ne cessa pas de courir. Des lambeaux de chairs et de sang volaient. La lueur de haine et de colère qui luisait dans ses yeux s'effaçait. A bout de force, la bête féroce stoppa sa course effrénée puis s'écroula lentement. Dans un dernier hurlement, le Torrasque leva la tête avant de tomber lourdement au sol.

Duran se tourna alors vers moi, jugeant cette preuve comme suffisante.

« Que choisis-tu ? La connaissance et le pouvoir ou la mort ? »

« ... »

_______________


Du haut de la petite colline qui dominait la région, le mystérieux fantôme était assis sur une pierre, son fusil sur l'épaule, mâchouillant un petit bout de bois. Il contemplait avec intérêt la scène qui venait de se dérouler. Tout n'était que silence. Pas un zerg, pas un humain, juste sa respiration lourde. Il retrouvait une paix qui l'avait fui depuis des dizaines d'années.

Il prit son arme et se mit en position pour tirer, en sifflant une petite chanson qui ne cessait de le hanter.

« Lieutenant Duran, ça faisait longtemps... »



Pour n'avoir rien aimé, rien adoré que toi-même et tes pensées, tu es damné - damné pour l'éternité !
Zygmunt Krasinsky, Extrait de La comédie infernale
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