Fanfiction StarCraft: Ghost

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Le Marteau de L'Empereur

Par Gerakis
Les autres histoires de l'auteur

Introduction : Never Forgotten Heroes

Chapitre 1 : Shadows of Death

Chapitre 2 : Dawn Of Victory

Chapitre 3 : When Demons Awake

Chapitre 4 : Flames Of Revenge

Chapitre 5 : Agony is My Name

Chapitre 6 : Echoes Of Tragedy

Chapitre 7 : Warrior Of Ice

Chapitre 8 : Rage Of The Winter

Chapitre 9 : Rain Of A Thousand Flames

Chapitre 10 : Eternal Glory

Des flocons de neige tombaient doucement, venant s'ajouter à la masse blanche et pure qui tapissait le sol. Il n'y avait pas de vent mais l'air lui-même était glacial. Nous étions vingt-cinq, alignés comme des piquets dans le froid. Nos visages étaient bleuis par la température polaire, nos mains gelées le long de nos corps totalement transis. Seul le lieutenant-colonnel Karakov était chaudement vêtu, les éléments ne semblaient pas avoir d'emprise sur lui. C'était un vétéran de quatre guerres différentes, son visage sévère et marqué par l'expérience passait chacun de nous en revu.

« - Si vous êtes là aujourd'hui c'est parce que vous êtes les meilleurs, les meilleurs des meilleurs escadrons Terran. La plupart d'entre vous sont allés au front et sont revenus avec la gloire ! La gloire est là seule chose que vous avez connue ! La gloire devra être votre seule pensée, elle devra accompagner chacun de vos gestes à partir de maintenant ! Mais un bon soldat doit avoir connu la défaite, il doit avoir tout vu, c'est pour ça que je suis là. Vous venez tous d'endroits différents, vous êtes différents, vous avez tous vos qualités et vos défauts, mais vous ne devez parlez qu'un seul langage : CELUI DE LA VICTOIRE ! Votre unicité sera votre force, vous agirez toujours pour l'intérêt du groupe, vos esprits ne doivent en faire plus qu'un, lié par l'acier ! »

Le discourt efficace du gradé avait était prononcé avec une conviction et une force impressionnante. Son accent slave et sa ferveur résonnaient encore dans nos oreilles, comme un puissant écho. Il enleva sa casquette d'officier, noire et rouge, décorée des insignes impériales. Son crâne rasé lui donnait un air encore plus sévère, mais un tel charisme émanait de lui qui personne n'y prêta attention.

« - Aujourd'hui l'un de vous repartira avec ça, et sera le commandant de cette unité. Celui qui aura combattu avec la gloire, celui qui aura suivit les préceptes de la garde Noire. Vous savez tous que l'Empire Terran est de plus en plus menacé par les races belligérantes comme les Zergs et les rebelles... Celui qui aura l'honneur de porter la casquette de commandant suprême de la Garde Noire sera le sauveur de notre humanité !

- GLORIA PERPETUAD ! »

L'escouade avait répondue comme une seule entité, car elle n'était qu'une seule entité. La Garde Noire sera la division d'élite Terran, nous serons les meilleurs. Dans différents centres d'entraînement nous sommes cent cinquante au total, mais seul trente doivent survivre à la fin. La mort sera notre quotidien, mais la victoire doit être notre futur.

Et moi je suis Yrusk Malsheem, capitaine et Ghost de L'Omega Strike Force. A ce moment là l'esprit qui guidait mon corps était un fervent défenseur de ma patrie. Mon sang coulait pour l'empire, et je comptais bien faire couler beaucoup de sang pour lui.
PLANETE ANTARXIS. CENTRE D'ENTRAINEMENT SKG-766. 08H30...

Nous étions quatre par chambre, entassés dans des pièces de huit mètres carré. Les murs, le sol, le plafond, tout était d'acier. Deux lits superposés, un grand miroir et un casier par personne. A part ça il n'y avait rien d'autre, et c'était déjà du luxe par rapport à certaine caserne... Les gradés nous avaient réveillés en fanfare, en hurlant dans les couloirs comme d'habitude. J'étais debout dans la pièce encore plongée dans la pénombre. J'allais ouvrir mon casier, encore pieds nus, lorsque mon regard croisa le miroir. Je vis mon reflet. Faisant un mètre soixante dix-huit j'avais un corps des plus athlétiques, sans un gramme de graisse. Mais c'était le cas de tout le monde ici compte tenu des exercices physiques imposés. Mes cheveux noirs avaient étaient quasiment rasés et ma barbe n'était plus qu'un lointain souvenir. De sombre je ne gardais que mes yeux, de couleur ébène ils ne semblaient absorber la lumière. Ils foutaient la frousse, surtout quand j'utilisais mes pouvoirs psionique. Cette pensée m'arracha un sourire. Secouant la tête j'ouvrai mon casier pour prendre mon équipement, mes camarades étaient en train de faire de même. En moins de deux minutes tout le monde était près, de toute façon les trainars n'étaient pas longtemps tolérés... Rangers, treillis et un CZ-776 réglementaire constituaient notre « équipement ». Nous n'avions même pas de munitions supplémentaires car chaque tir devait faire mouche.

Mes compagnons de chambré (c'est à dire les seules personnes avec qui j'arrivais à m'attendre) étaient : Sergeï Nikovitch, un type ténébreux qui ne parlait pas beaucoup mais qui avait un revers terrible (pour y avoir goûté à l'entraînement). Plus grand que moi il semblait aussi épais qu'un fil de fer mais était doté d'une force peu commune. Son visage carré était marqué par une longue cicatrice qui allait de son oreille droite à la commissure de ses lèvres. Ensuite il y'avait Sark Odëjsson, un blond aux yeux bleus. C'était le plus grand de la caserne, il faisait un peu plus de deux mètres, il paraissait indestructible avec des poings gros comme des briques ! Il faisait penser au délire de l'élite arienne des nazis quelques siècles plus tôt... Surtout qu'il avait tendance à s'énerver très facilement. Le dernier, ou la dernière plutôt, était Milya Jager. Une fille, petite (je pense d'environ un mètre soixante), qui traînait toujours avec Sark. Elle avait des cheveux blanc neige attachés en une longue tresse. Sa peau était pâle comme la lune, ses yeux rouges semblaient constamment en colère. C'était une albinos au tempérament de feu. Une sacrée petite équipe en somme, bien allumée. Les discussions allaient de bon train, comme tout les matins.

« - Hé Irusk tu crois qu'on va avoir droit à quoi aujourd'hui ? Ca fait un mois qu'ils nous bassinent avec « le grand test » ! »

C'était la voix grave de Sark, qui marchait juste derrière moi. Je répondis sans me retourner :

« - Tu me parles de la course à la casquette ? Je crois que c'est aujourd'hui non ? Ca fait bien un mois et onze jours que nous sommes là ?

- Da, interrompit Sergeï.

- Génial ça changera de ces foutus entraînements aux tirs et à la manoeuvre psionique ! s'exclama Milya. »

Je n'eu pas le temps d'ajouter quelque chose que déjà nous étions dans la salle d'appel. Les gradés nous sommèrent le garde à vous. Les vingt cinq soldats présents se redressèrent comme un seul homme dans un fracas de rangers. Karakov et deux autres officiers étaient là. D'un seul regard notre lieutenant-colonnel nous avait compté, il n'avait même pas besoin de faire l'appel classique à toutes les casernes. Sa mine était encore plus grave que d'habitude, ce qui ne présageait rien de bon pour nous. Sa voix puissante s'éleva :

« - Soldats c'est le jour J. Aujourd'hui vous allez devoir agir pour la première fois sur un terrain, vous allez êtres lâchés dans le désert qui entoure la base, vous allez devoir le parcourir pour rejoindre un bunker à environ trente kilomètres à nord d'ici. Vous n'aurez aucun matériel, seulement votre arme de service. Mais de l'armement et de l'équipement sera dissimulé sur le terrain. Des soldats spécialement formés contre vous vous feront face, ils connaissent vos faiblesses et savent comment les exploiter ! Evidemment chaque membre de cette escouade sera largué à un endroit différent. Seul l'unicité pourra triompher de cette situation ! Pensez-y soldats... L'objectif final est de récupérer l'objet que vous connaissez tous, mais au moment ou vous l'aurez entre les mains ne pensez pas à vous mais à la communauté. Largage dans sept minutes ! »

Je regardais mes compagnons, ils semblaient tous aussi peu enchantés que moi. Faut dire que se retrouver en pleine cambrousse à trente kilomètres de son objectif poursuivit par je ne sais combien de soldats surarmés c'était pas très engageant... Surtout quand on était soit même équipé d'un seul pistolet sans recharge ! Enfin évidemment il restait nos pouvoird psionique... A utiliser avec parcimonie sans tenue Ghost adéquate, sinon c'était risquer une hémorragie cérébrale.

Karakov nous fit embarquer à bord de vultures, les conducteurs nous emmenèrent à des points connus d'eux seuls. A partir de là je me retrouvai tous seul, sans mes camarades habituels. Je voyais la base s'éloigner derrière moi, à toute vitesse. Un énorme nuage de poussière s'accrochant à l'atmosphère. Tous cela paraissait « craindre grave » comme dirait Milya. Heureusement le jour se levait tardivement sur Antarxis, et le désert n'était pas encore brûlant. Il allait falloir couvrir le plus de distance avant le soleil, surtout sans eau. La vulture s'arrêta finalement au sommet d'une dune, il ne semblait rien avoir à des kilomètres à la ronde... Voilà qui commençait vachement bien !

*Irusk j'espère que tu as pensé à ton écran total...*

Le type me fit descendre, me souhaitant tout de même bonne chance. Il redémarra en trombe, me laissant sur place. J'étais le « Roi du désert ». Un sourire ironique se dessina sur mon visage, j'avais voulu être un super héro et bien il allait falloir assumer maintenant. Heureusement que je n'avais ni famille ni femme qui m'attendaient, sinon ils n'auraient pas risqués de me revoir...

Instinctivement, par rapport à la lune d'Antarxis je repérai le nord. A petites foulées je commençais à me diriger vers celui-ci, espérant croiser quelqu'un en route. Mes rangers s'enfonçaient dans le sable mou, ralentissant mon pas. Les gradés étaient vraiment des vicieux, ils avaient choisis le terrain qui faisait chier. Quoique de la neige n'aurait pas était mieux...

Une demi-heure, une heure, deux heures...

Le corps en sueur je courrais sous le soleil levant. Jusqu'à présent je n'avais parcouru que des dunes et je devais avoir franchis environ une bonne dizaine de kilomètres, peut-être quinze. Je n'avais absolument rien rencontré, ni ennemis ni amis. Mais au loin je distinguai des falaises rocheuses, peut-être étaient-elle creusées, abritant des grottes. Et ainsi donc peut-être quelque chose d'intéressant. Il me fallut encore un quart d'heure au moins pour rejoindre les fameuses roches. Le soleil commençait à pointer, ce qui n'était pas bon pour moi. Le sol se durcissait petit à petit sous mes pas, devenant progressivement de la terre sèche et craquelée. Quelques arbustes rabougris et épineux arrivaient même à pousser par endroit. Je ralentis ma course, ayant le sale pressentiment qu'un danger traînait non loin. Je pris en main mon pauvre CZ, avançant sous le couvert des rochers qui parsemaient le terrain.

Je me figeais au détour d'un roc, devant l'entrée d'une sorte de tunnel il y'avait une bonne dizaine de gardes. Promptement je revins un pas en arrière. Mais ce qui me contrariait le plus c'était le fait que les soldats en question étaient des androïdes. Je haïssais ces choses. Elles étaient infatigables, ne connaissaient pas la peur ni la confusion. De plus leurs systèmes de visée assistée étaient généralement performants. Les gradés les avaient sûrement choisis pour moi...

*Bande de connards ! Je ne sais même pas si j'ai assez de munitions pour les tuer !*

L'unicité permettait de triompher. Cette phrase résonna dans mon esprit. L'unicité ouais, mais ça marche que quand on est plusieurs non ? Et là il n'y avait pas âme qui vive à je ne sais combien de kilomètres à la ronde. Je jetai discrètement un nouveau coup d'oeil à la bande de droïdes. Ils étaient exactement seize, deux rangs de huit devant l'entrée. Avec une sulfateuse lourde j'aurais tout de suite eu plus de chance... La seule possibilité pour gagner ce coup là était de faire chuter un énorme bloc de roche de la voûte du tunnel. Mais à moi tous seul sans combinaison... De plus la télékinésie n'était pas le pouvoir psy que je maîtrisais le mieux, ayant plus de préférence dans l'invisibilité. Invisibilité qui était bien sûr totalement inutile face aux robots dotés de capteurs de mouvements et non de capteurs visuels...

Jurant à voix basse je balayais le terrain, à la recherche d'un petit plus qui pourrait me sauver. Je fus surpris lorsque que je sentis une présence tenter de s'immiscer dans mon esprit. Mais je reconnu immédiatement une tentative de communication télépathique et ouvrait ma psyché.

« - Alors camarade bloqué par ces tas de ferrailles ?

- Sergeï !?

- Da.

- Tu permet je t'embrasserais plus tard... Tu es seul ou ?

- Deux autres gars sont avec moi, nous sommes à cinquante degrés au sud est de ta position. »

Instinctivement je regardai tout autour de moi. Et en effet derrière un rocher distant d'environ une trentaine de mètres je vis une main me faire un signe discret.

« - Je te vois.

- Excellent. Tu vois le bloc basaltique à environ neuf mètres des droïdes ?

- Ouais.

- Il doit peser une bonne tonne...

- Je pense ouais.

- Ca te dirait un bowling ?

- Ca fait longtemps que j'ai plus fait de strike mais j'ai de beaux restes pourquoi ?

- Parce que les types avec moi sont des pros de la télékinésie, ils ont hérités des même gênes de pouvoir étant frères.

- Ils veulent un canal psionique ?

- Da.

- Okay qu'ils se préparent.

- Da. »

L'accent slave de Sergeï cessa d'emplir mon esprit. Je m'assis en tailleur derrière mon rocher, entamant le procédé de canal psionique. Les Ghosts pouvaient par cette méthode se « prêter » de l'énergie, pour augmenter la puissance de celle d'un autre. Fermant les yeux je me concentrai sur la position de Nikovitch. En esprit je me voyais avaler la distance qui nous séparait, je sentais l'énergie familière de Sergeï, ce n'était pas la première que j'agissais avec lui. J'aperçus son visage parfaitement calme, puis celui des deux autres ghosts. Des jumeaux qui avaient une psyché quasiment identique, c'était la première fois que je sentais ça. Progressivement j'accumulais de l'énergie, ma tête brûlait sous l'effort et la pression mentale. Puis d'une pensée, qui fit effet de soupape pour mon esprit, je projetais toute cette puissance vers les jumeaux. Les tempes bourdonnantes, le coeur battant à toute vitesse, je m'écroulais contre le rocher derrière moi. Je soufflais un peu, récupérant, et heureusement, assez vite de l'effort. J'entendis un sourd grondement, jetant un coup d'oeil vers les gardes je vis un énorme bloc s'envoler à quelques mètres du sol. Les androïdes se tournèrent tous en même temps vers la menace imminente. Le roc commença à filer à toute vitesse vers les mechs. Ils ouvrirent le feu sans vraiment comprendre l'inutilité de la chose. Là étaient les inconvénients des robots : ils ne savaient pas vraiment différencier les menaces indestructibles des destructibles à la différence des cyborg. Avec une satisfaction non dissimulée je les vis se faire lamentablement transformer en pièces détachées. Totalement démembrés et écrasés ils n'étaient même plus bons pour la casse... Morts dans un fracas d'acier.

*Bien fait pour vos gueules !*

Je me levai, m'appuyant d'une main sur le roc à côté de moi, encore un peu étourdis par l'énergie psionique que je venais de perdre. Je m'approchai prudemment des carcasses martyrisées des androïdes, derrière moi, Sergeï et les deux frères me suivaient à quelques mètres de distance. Mais visiblement il n'y avait pas d'autres menaces, pas de mines, pas de mitrailleuses automatiques et pas d'autres escouades de robots-tueurs... Quelle chance ! Une voix à l'accent slave m'interpella :

« - Irusk je crois que la zone est sécurisée.

- Ouais...

- Les frères Adahan ont fait un travail remarquable. »

Je fis volte-face. Légèrement en retrait derrière Sergeï deux types quasiment identiques. Un peu plus petits que le russe ils étaient fins comme des fils de fer. Ils devaient avoir les cheveux blonds mais ils étaient coupés si courts que cela devenait difficile à déterminer. J'opinai de la tête et ajoutai :

« - Ouais c'est vrai que c'était cool !

- Da. »

Un des deux frères désigna l'entrée de la caverne, il proposa d'un air impatient :

« - Et si nous allions vois ce qu'il y'a la dedans, je doute que les droïdes gardaient juste un trou sombre !

- Ouais ne traînons pas... »

Je conclus la conversation en me dirigeant d'un pas assuré vers la grotte. De l'extérieur on ne pouvait rien voir de la cavité, à part une obscurité qui semblait s'accrocher à l'atmosphère. Un ruissellement résonnait en écho dans toute la caverne, il devait y'avoir une source, peut-être d'eau, quelque part. Nous n'avions pas la moindre torche, alors nous attendîmes que nos yeux s'accoutument à la pénombre. Le sol était dur, c'était sûrement de la roche granitique. Les parois anguleuses semblaient se contorsionner sous nos regards, l'endroit était assez sinistre. Le seul point positif était qu'il y faisait beaucoup moins chaud qu'à l'extérieur. Un des Adahan (car je n'arrivai pas à faire la différence entre le deux) marmonna à voix basse :

« - Putain on y voit rien !

« - Chut ! Ecoutez... »

Sergeï venait de se figer, je faillis lui rentrer dedans. Pendant un instant le silence fut total, même l'écoulement d'eau semblait s'être stoppé. Mais une conversation parvint finalement à nos oreilles, se répercutant sur les parois de la caverne.

« - Tu crois qu'ils sont si fort que ça ?

- Ils se la racontent pas mal surtout...

- Ouais sûrement. Hé regarde les senseurs ! Quatre présences humaines dans le secteur 4, il ne devrait pas avoir que des androïdes ici ?

- Merde ! Appel les autres ! »

Je jurai dans ma barbe, la discrétion venait de foirer. Je serrai mon CZ encore plus fort, ça allait chauffer dans pas longtemps ! Les gradés avaient parlés de soldats entraînés spécialement contre nous, qu'entendaient-ils par là ? Qui étaient-ils exactement ? Des bruits de pas précipités troublèrent ma réflexion, cela ne venait de pas loin. Mais à cause des échos il était difficile de repérer exactement la source des sons. Heureusement que l'expérience parle toujours au bon moment : En à peine deux secondes nous étions scindés en deux groupes. Nous étions dans une galerie d'environ huit mètres de large, de part et d'autre il y'avait d'énormes stalactites et stalagmites. Embusqués dans les ténèbres de chaque côté de l'allée, nos armes étaient toutes pointées dans la même direction, car par chance il n'y avait qu'un accès possible.

Des lumières de lampes se baladèrent sur les murs, des ombres se découpèrent sur les parois. Elles avançaient au ralenti, très prudemment. Un premier homme se pointa. Il portait un épais gilet pare-balle intégral vert très foncé, dessous il arborait un treillis couleur sable. Un casque masquait le bas de son visage, protégeant tout son crâne. Aussi je remarquai rapidement qu'il avait une paire de lunette infrarouge. Un énorme fusil Gauss en main, il avait visiblement l'avantage... Surtout que neuf autres soldats le suivaient. A travers les ombres Sergeï me fit un signe, mais je n'eux pas le temps l'interpréter car les gardes nous avaient déjà repéré ! Les fusils d'assaut crachèrent un flot de balle sur Nikovitch. Le déluge de flamme fut stoppé net par un barrage psionique, le russe réagit rageusement en arrosant les soldats encore à découvert. Mais son pauvre CZ arrivait à peine à érafler les gilets des soldats... C'était vraiment mal parti !

*Hé merde !*

Accroupis derrière une colonne de pierre je visai précisément la tête d'un des hommes. Une détonation, une flamme qui illumina les ténèbres pendant un court instant, une balle mortelle qui fila à toute vitesse vers sa victime en une trajectoire parfaitement rectiligne. L'oeil du tireur, la cible. Le soldat s'écroula en envoyant une ultime rafale, touché en pleine tête ses lunettes infrarouge explosée.

Sergeï s'était mit à couvert, mais le déluge de mort qui s'abattait sur lui tailladait petit à petit la roche qui le protégeait. Les Adahan s'étaient approchés lentement dans l'ombre, visiblement les soldats ne les avaient pas encore vus... Mais cela paraissait étrange puisqu'ils avaient relevés quatre présences étrangères. Une rafale destructrice ravagea le côté des Adahan, apparemment démasqués. Les projectiles fracassèrent la roche envoyant de dangereux éclats qui tranchèrent la chair des frères surpris. Ils ripostèrent en même temps, mitraillant un des gardes. Aucune balle ne manqua sa cible, mais l'homme était si bien protégé qu'il fallu un demi chargeur pour qu'il s'écroule. Les Adahan se jetèrent au sol pour éviter les répliques qui suivirent. Sergeï en profita pour refaire une apparition et tirer quelques coups, mais ils étaient plus guidés par le hasard qu'autre chose... Je tentai de cadrer un soldat dans mon viseur, mais cette fois-ci il me repéra avant et m'arrosa avec son Gauss, la pierre devant moi vola en morceau manquant de m'écorcher le visage. Les militaires commençaient à prendre l'avantage, ils avançaient progressivement en flèche, leurs chargeurs haute capacité leur permettaient de tirer sans discontinuer. Mais il me restait une solution : Me rendre invisible. Sans combinaison Ghost AX20 cela paraissait impossible, je risquais de mourir d'un choc thermique et finir complètement gelé. Mais un sacrifice ne devait-il pas se faire pour la communauté ?

Adossé contre la roche je me concentrai. Autour de moi le chaos régnait, les détonations et les douilles qui tintaient sur la pierre rythmaient mon esprit, mais bientôt je n'entendis plus que les battements de mon coeur. Mon coeur qui ralentissait dangereusement, un froid incroyable parcouru mon corps, serrant mon organe vital. Je cru faire un arrêt cardiaque, j'étais si glacial que ma respiration en devenait presque impossible. Je ne sentais plus rien. J'étais mort, je n'arrivais plus à bouger, mes muscles étaient gelés, je sombrais progressivement dans l'inconscience. Une rafale s'écrasa près de moi, une balle m'entailla le bras droit. La douleur, bien qu'étouffé, causa en moi une sorte de sursaut. Je me pliai en deux, un picotement douloureux mais familier traversa toute mon échine alors que je vomissais mes entrailles sur le sol. Nauséeux je relevais la tête, ma main avait disparue. Mon bras aussi. Mon torse commençait à devenir transparent comme si un liquide étrange le recouvrait. En un ultime frisson je me volatilisais. Je me levai difficilement, mon CZ au poing. Les soldats ne cessaient de mitrailler de tous les côtés, il fallait prendre garde à ne pas ramasser une balle perdue et à agir vite à la fois, car mes camarades ne devaient plus avoir beaucoup de munitions.

Reprenant un peu d'assurance je chargeais les sept gardes survivants. Bondissant comme un tigre j'arrivais tel un coup de vent au milieu des militaires. Je pointai le canon de mon arme à un centimètre de la nuque d'un soldat, je pressai la détente, la tête de l'homme vola en éclats sanglants, sa cervelle et son crâne disloqué s'étalèrent sur la roche. Les autres ne comprirent pas immédiatement d'où venait le tir, dommage pour eux. J'explosai ainsi une seconde tête. Ma victime s'effondra lourdement. Devant mes yeux les ombres dansaient, je tenais à peine sur mes jambes. Tombant sur un genou je sentis le froid caractéristique de l'invisibilité se dissiper. Un violent coup de crosse me cueillit en pleine mâchoire, je fus projeté en arrière, un goût amer dans la bouche. Etalé tout du long je crachai du sang et essayai vainement de me relever. Un soldat me donna un coup de rangers dans le ventre, mes abdominaux absorbèrent une partie de l'impact mais le souffle me manqua.

Cette « diversion » permis à mes camarades de contre-attaquer. Sergeï surgit hors de sa cachette, arrêtant les quelques tirs qui l'atteignaient avec ses pouvoirs psy. Il courut vers les gardes en hurlant, vidant son chargeur. Il se retrouva au contact en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Les Adahan avaient foncés eux aussi et entamèrent un corps à corps féroce. Les soldats d'élite dégainèrent leurs couteaux de combat, l'un d'eux voulu d'ailleurs m'achever. Roulant sur moi-même pour prendre de la distance je me relevai les jambes mal assurées et avec un mal de crâne extraordinaire. Le type en gilet pare-balle suivait chacun de mes mouvements, il jouait avec sa lame, prêt à bondir. Ce qu'il ne tarda pas à faire. Sans un cri il me chargea. De justesse j'esquivai l'estoc, l'acier me laissa une longue traînée sanglante au torse. Je lui envoyais un coup de poing dans les côtes flottantes, il ne broncha même pas et riposta d'un direct qui m'éclata le nez, ses gants de cuir renforcés par des plaques métalliques me fracassèrent littéralement. Des lumières dansaient devant mes yeux, un crochet m'étala sur le sol. Ma nuque sembla exploser sous l'impact, je crachai de nouveau du sang sur la roche. Le soldat m'attrapa par le col pour me relever, son couteau dans l'autre main il s'apprêtait à me planter. Par réflexe de survie j'attrapai son poignet, sa lame était à cinq centimètres de ma poitrine. Avec un hurlement de rage je lui tordais la main de toute ma force. Un craquement d'os et le type lâcha son arme en grognant. Je lui donnai un violent coup de talon sur le côté du genou, non protégé par son armure. Sa jambe se plia en un angle impossible, un claquement immonde envahit mes oreilles, mais il fut rapidement couvert par les cris du soldat. Un coup d'épaule fini de l'envoyer à sol. Sur le dos le type semblait souffrir le martyre, mais même à travers ses lunettes infrarouges je percevais son regard haineux. De sa main droite il dégaina un pistolet automatique FK-7. D'un coup de pied je fis voler l'arme alors qu'il la pointait vers moi. Il jura, puis hurla quand je lui écrasai volontairement le genou. Je me laissai tomber sur sa poitrine et je lui arrachai ses lunettes. Un déluge de coup de poing lui fracassa le crâne, je le frappai jusqu'à ce qu'il ne bouge plus. Les mains et le visage couvert de sang je regardai les alentours, un peu hagard. Il restait encore deux soldats debout, ils se battaient plutôt bien. Un des Adahan gisait au sol, l'autre était déchaîné. Sergeï portait plusieurs coupures mais semblait maîtriser la situation. Je m'emparai du fusil Gauss de ma victime. Avec un sourire de satisfaction je mitraillai les soldats, Nikovitch s'était instinctivement écarté en me voyant récupérer l'arme. Touchée une dizaine de fois en plein torse, ma cible, même protégée par son pare-balle mourut. Le dernier militaire succomba sous les coups du Adahan survivant. Survivant qui s'écroula lui aussi, deux plaies béantes à l'abdomen. Un lac sanglant coulait sur les roches. Mon souffle rauque résonnait dans toute la caverne, Sergeï paraissait en meilleur état.

« - Ca va ?

- Da.

- C'était quoi ces putain de supers soldats ? C'est sensé être nous les meilleurs ! »

Un vague sourire se dessina sur le visage de Nikovitch, ce qui restait assez rare. Il regarda les cadavres qui tapissait le sol froid puis releva la tête vers moi :

« - Tu en as pris pleine la gueule. Il va falloir être plus discret... Mais bravo pour l'invisibilité tu voulais mourir ?

- Sauver la communauté à mon détriment !

- Merde j'ai l'impression d'entendre notre cher Karakov ! »

J'éclatai de rire, mais m'arrêtai rapidement, manquant de m'étouffer avec le sang qui coulait le long de mon visage. Mon adversaire devait m'avoir cassé le nez... J'épongeai un peu tout ce sang avec ma manche. Sergeï étudia l'équipement des soldats et commença à piocher dedans. Je le rejoignis quelques secondes après, ne comptant pas tout lui laisser...

* C'est noël... *

Quelques minutes plus tard et nous revêtions chacun un gilet pare-balle intégral, deux FK-7, deux Gauss, des grenades, des lunettes d'infrarouge, des capteurs de visée assistée et même un régulateur de température interne, permettant de ne pas trop ressentir la chaleur pesante d'Antarxis. Nous prîmes l'unique direction qui s'offrait à nous : Un boyau sombre et profond. Mais les chances de victoires se voyaient maintenant nettement améliorées, dommage que les Adahan y soient restés.

Bientôt les parois rocheuses tranchantes et angulaires laissèrent place à un couloir de bunker, en béton armé. Je n'avais pas vraiment idée du nombre de kilomètres parcourus sous la terre, mais il était possible que la fameuse base n'était plus trop loin. Le couloir ne laissait même pas passer deux hommes de front, nous étions obligés d'avancer en colonne, ce qui risquerait de se révéler peu pratique en cas d'assaut... Quoique au moins l'ennemi sera tout aussi désavantagé. Sergeï, en tête avec un capteur de chaleur, déclara à voix basse dans son intercom :

« - Je détecte cinq présences humaines à vingt six mètres.

- Bien reçu, y'a plus qu'à espérer que eux ne nous ont pas repérés aussi... »

Gauss pointés en avant, nous avancions le plus silencieusement possible, la mort nous guettant à chaque pas. Le couloir s'élargissait un peu, une porte métallique se dressa devant nous, bloquant le passage. Juste derrière devait se trouver les cinq humains. Mais de quel bord étaient-ils ? Impossible à savoir... Sergeï fouilla dans les poches de son gilet, pour voir si il ne trouvait pas une carte magnétique, par le plus grand des hasards. Je fis de même de mon côté. Rien évidemment. La porte ne paraissait pas trop blindée, la faire exploser avec des grenades ne devait pas être impossible. Je déclarai dans mon intercom :

« - On va dégager ça à coup d'ananas ça va être vite vu.

- Da. »

Je reculai, suivit par Sergeï, d'environ une dizaines de mètres. Le russe dégoupilla une grenade et la fit rouler le long du sol. Puis il en envoya une seconde juste « au cas où ». Nous tournâmes la tête et nous bouchâmes les oreilles. Deux détonations sourdes et puissantes firent trembler tout le bunker. A travers la fumée impénétrable je vis plusieurs silhouettes grâce à mes lunettes infrarouge. Les types d'en face paraissaient surpris et ne réagirent pas tout de suite, car ils ne devaient pas exactement savoir qui nous étions. Sergeï, lui, mitrailla sans sommations, abattant un homme malgré le brouillard. Je l'accompagnai dans sa « démarche » diplomatique en canardant les formes de chaleur. Des éclairs de flammes, des balles sifflantes à travers la brume et les cris des victimes constituaient un chaos incroyable. Une riposte adverse vint s'écraser sur Nikovitch, qui tituba en arrière malgré son bouclier psionique. L'énergie du ghost était faiblissante et ne pourrait pas arrêter grand-chose de plus. Le russe chargea en hurlant, mitraillant en continu devant lui, son cri de rage se répercuta à travers tout le couloir. Un projectile frappa mon plastron, j'encaissai sans broncher et répliquai en tirant au dessus de l'épaule de mon camarade grâce à la visée assistée. Un type s'écroula en une gerbe de sang écarlate visible même à travers la fumée, le liquide vint asperger jusqu'au mur à côté de moi ! Sergeï avait franchit la porte, j'entendais les grognements typiques du corps à corps. Je m'approchai en courant, mes rangers poussant les douilles qui roulaient sur le sol. Je déboulai finalement sur une salle plus grande, à moitié envahie par la fumée, quatre corps gisaient par terre dans une mare de sang. Un soldat survivant débattait avec Nikovitch, ils utilisaient tout les deux des arguments percutants... Une autre porte à ma gauche s'ouvrit avec fracas, je fis volte-face, prêt à tirer. Une femme entra d'une roulade, je reconnus instantanément la tignasse rouge et le visage blême de Milya. Un autre type entra avec elle, un énorme fusil TriCor-C4 entre les mains. C'était un brun assez grand, le visage souriant et le regard pétillant, le genre de type que l'on verrait plutôt dans une pub de shampoing que sur un champ de bataille. Un hurlement de douleur strident vint fracasser mes oreilles, le dernier soldat venait de mourir dans un horrible craquement. Je jetai un coup d'oeil derrière moi et j'aperçu le pauvre type, la tête éclatée contre un mur, du sang recouvrant le béton, qui coulait lentement jusqu'au sol charriant quelques morceaux d'os et de cervelle.

« - Quelle bonne rencontre ! s'exclama Milya avec sa fougue habituelle.

- Da, répondit Nikovitch avec son flegme incroyable. »

J'ajoutai en regardant le corps étalés au sol :

« - Dire que la journée ne fait que commencer ! »
« - Une foutue trappe voilà ce que c'est ! m'exclamais-je en frappant le bout de métal qui nous bloquait le passage.

- Da.

- Une onde ? demanda Milya.

- Je crois qu'il ne reste que ça... »

Nous avions traversés de longs couloirs de bunkers, sombres et étroits. Pour terminer sur une échelle menant à une trappe blindée. La pièce où nous étions était circulaire et devait faire à peine deux mètres de diamètre. Evidemment la fameuse trappe avait résister à tout nos assauts... Il ne nous restait plus qu'essayer nous pouvoirs de Ghost. Je reculai avec mes camarades. Milya et le type qui l'accompagnait (du nom de Archy Deep) se mirent en position, ils étaient plus frais que moi, ainsi que de Sergeï. Ils se concentrèrent, l'air se chargea et devint anormalement épais, ce qui était caractéristique de l'utilisation psy. Un halo rouge entoura l'albinos et un noir Archy. Une onde psionique combinée distordit l'atmosphère, la fendant à toute vitesse, pour finalement défoncer la trappe avec une violence inouïe. Le métal ne résista pas et explosa sous l'impact. Levant le poing j'exultai :

« - Bien fait saloperie !

- Da. »

Milya monta l'échelle en première. Elle portait un pare-balle léger avec un FK-7, mais elle gardait aussi un Gauss en bandouiller. Gravissant les barreaux d'une seule main elle passa prudemment sa tête par l'ouverture, jetant un coup d'oeil autour d'elle. Ne voyant aucun danger elle termina son ascension et se mit en position devant la trappe défoncée. Je suivis, puis ce fut Sergeï et Archy. Nous étions dans une grande salle totalement vide, une sorte de hangar. Quelques cadavres traînaient sur le sol, des gardes. On était visiblement passé avant nous...

De là ou nous étions on pouvait entendre les bruits classiques d'un affrontement : cris et détonation de mitrailleuse, il y'avait même du très gros calibre, genre canon jumelés. Nous avancions pliés en deux, pour être le plus au ras du sol en cas de tir perdus, car les tôles du hangar ne paraissaient pas très épaisses. Une grande double porte métallique était entr'ouverte, un corps semblait la bloquer. Fusil Gauss en main Sergeï passa le premier, pour se jeter à terre la seconde d'après, évitant une violente rafale. Devant la porte s'étendait une barricade de caisses et de barils. Quatre de notre « équipe » étaient adossés contre elle. Un immense court sablonneux s'étalait sur environ cent mètres carrés. Au centre se tenait, droit et fier, une terrible machine de guerre. Un Goliath Alpha-AA7, la version la plus destructrice contre l'infanterie. Doté d'une double paire de canons rotatifs capable de démolir sans problèmes nos pare-balles, il portait aussi sur chacun de ses « bras » un lance-flamme « Annihilator ». Son blindage supérieur au Goliath classique lui permettait d'encaisser sans broncher un tir de lance roquette... La coque en Polyazyotique de carbone protégeait même son pilote des attaques psy des protoss ou des Ghost ! Comment abattre ce monstre de quatre mètres de haut ?

Un part un nous nous jetâmes à couvert derrière la barricade, évitant de peu de se faire faucher par le goliath. C'est à ce moment là que je me rendit compte qu'il n'était pas seul, il y'avait aussi une dizaine de marines en armures de combat légère au fond la cour. Par-dessus le feu d'enfer j'hurlai à mes camarades :

« - Et là on fait quoi ?!

- J'en sais rien ! Voilà une belle tuile ! me répliqua Milya.

Sergeï affirma d'un ton parfaitement calme par-dessus le tumulte :

- Moi j'ai une idée.

Le groupe répondit presque en coeur :

- Accouche !

- Déluge de grenade Psycommandée, sur le cockpit.

- Ca va nous achever... balança Archy.

- Tu préfères mourir ?

- Bah...

Je le coupai en ordonnant :

- Bon moi ça me plait, et en plus y'a pas trente-six solutions !

- Da. »

Chacun prit ses grenades et les posa devant lui. Le but était de les envoyer sur le goliath par Télékinésie, visant des points sensibles. L'énergie psionique emplit l'air, tout le monde était concentré, ça allait faire boum. Les grenades se mirent à voler toutes seules, la scène en était presque comique. Avec un sifflement horrible elles volèrent vers le goliath, qui comprit rapidement ce qu'il se passait. Il tenta de charger la barricade, espérant faire le plus de morts avant sa destruction. Mais il n'y arriva jamais car plusieurs projectiles explosèrent dans l'articulation de ses genoux qui se fendirent en morceaux. Le monstre d'acier s'écroula avec fracas. Le cockpit fut pulvérisé par le déluge de grenades. Des bouts de Polyazyotique volèrent jusque de l'autre côté de la barricade.

« - Wahou ! Joli feu d'artifice ! m'exclamai-je en voyant les restes de la bête.

- Da.

- Il reste les marines... Quoique... Regardez ! Ils se replient à l'intérieur du bâtiment derrière eux !

De l'index Milya montra la troupe en mouvement.

- Merde c'est louche ça... lança un des Ghosts qui tenait la barricade. »

Je me levai à découvert, prenant le risque d'être flingué. Mais aucune fenêtre n'était apparente, alors théoriquement je ne devrais pas me manger un bastos... Tout était parfaitement calme, trop même. Une chaude et légère brise soufflait, faisant voleter le sable. Nous étions huit au total, debout face au danger. Comme un seul homme nous avancions, nos armes prêtes à tirer, juste au cas ou... Sur ma gauche je perçu une silhouette escalader le mur d'enceinte qui entourait la cour. Instinctivement je la braquai avec mon gauss, je faillis la dégommer quand je reconnus l'uniforme classique de notre unité. Elle fut suivie par cinq autres hommes, une véritable petite escouade. En silence ils descendirent le mur, parfaitement organisés. En moins d'une minute ils se dirigeaient vers nous au pas de course. Le premier qui me salua n'était autre que Sark, le colosse. Sa voix grave déclara :

« - Hé bien en voilà une compagnie ! On a entendu un de ces bordels venant d'ici...

- Ouais on a fait exploser ça ! je désignai de la main la carcasse fumante du goliath.

- Joli !

- C'est un travail d'équipe mon grand ! s'exclama Milya.

Sark bondit presque sur place et répondit :

- Ma garce toi aussi tu es là !

- Bon je ne voudrais pas gâcher vos joyeuses retrouvailles mais y'a un groupe de tueur, sûrement bien armés, qui nous attend...

Sergeï opina de la tête tendis que Milya me jeta un regard assassin. Sans perdre mon calme j'ajoutai :

- Allons on ne va pas les laisser tous seuls comme ça...

- Da. »

Le plus gros semblait être fait, une dizaine de marines n'allait pas être la mer à boire... Même si ceux-ci avaient tendance à être franchement coriace. Ce fut donc avec une certaine appréhension que je pris la première ligne du groupe, avec deux camarades que je ne connaissais pas personnellement mais qui avaient l'air d'être des gens... respectables. Nous traversâmes la cour d'un pas assuré, restant en formation dispersée pour éviter de tous se faire faucher d'un coup en cas de mauvaise surprise. La porte sombre de la bâtisse se dressait devant nous, ouverte elle ne laissait filtrer aucune lumière. Je fus le premier à mettre un pied dans la structure, un silence pesant y régnait. Immédiatement j'activai ma vision infrarouge, je détectai quelques vagues formes de chaleur, si vagues qu'elles ne pouvaient être que derrière quelque chose d'épais. En fait nous étions dans une sorte de hall, un mur face à nous et deux portes sur les côtés. Sergeï chuchota dans l'intercom :

« Séparons nous en deux groupes, deux groupes de sept.

Je répondis aussi silencieusement :

- Affirmatif pour moi. Les autres ?

- D'accord, mais on reste contact...

- Evidemment. »

Je pris la tête de la gauche et Sergeï la droite. Les portes d'acier n'étant pas verrouillées nous n'eûmes même pas à les faire exploser, ce qui facilita notre avancée en silence. Evidemment il se pouvait que tous ceci ne serve à rien si les marines avaient des capteurs de mouvements ou de chaleur... Les fameuses portes s'ouvrirent en un léger sifflement, nous laissant découvrir une immense salle au toit si haut qu'il était difficile voir ou il s'arrêtait. Le sol était de dalles d'acier, les murs sombres semblaient se profiler jusqu'à l'infini, donnant une impression de grandeur renforcée. L'endroit était peu éclairé, pourtant les jeux de lumière étaient tels que l'on y voyait clairement.

Ils étaient là, droit comme des I, dix marines. Ils ne semblaient pas bouger d'un millimètre et ne possédaient pas d'armes apparentes. A l'autre bout de ma droite j'aperçu la seconde escouade entrer. Un terrible moment de flottement s'empara de nous, un instant qui fut assez fatal. L'ennemi s'anima soudainement, et avec une fureur incroyable se jeta sur nous. Ils étaient d'une rapidité tout simplement ahurissante... Je braquai tout de même mon arme vers eux, je n'eu le temps que de tirer qu'une courte rafale (qu'ils ne semblèrent pas ressentir) avant que l'un ne m'arrache mon arme. Mon regard croisa le sien. Il était fou, troublé, inhumain. Juste après je reçu un direct qui me projeta contre le mur derrière moi. Totalement sonné je n'arrivai même plus à bouger. Un corps à corps violent s'engagea. Mon adversaire se dirigea vers moi d'un pas à la fois lent, mais rapide. Il m'attrapa d'un main et me projeta dans les airs, je m'étalai quelques mètres plus loin. Le souffle coupé, les os en vrac, je me relevai tant bien que mal.

*Bordel mais c'est quoi ce monstre ?*

Il m'envoya un autre coup que je déviai d'un revers de coude. Un autre esquivé de justesse et un troisième en plein plexus. Tordu de douleur un nouvelle assaut vint me fracasse le crâne. De nouveau au sol, l'arcade éclatée pissant le sang, la moitié du visage en couleur mauve, je voyais le monde danser devant mes yeux. D'un geste guidé par la survie je dégainai un FK-7, et alors que l'homme était sur moi, lui vidait un chargeur entier dans le ventre, à bout portant. Du sang m'arrosa le visage, son abdomen déchiré laissa pendre ses viscères sur moi, une odeur atroce envahie mes narines. Le corps inanimé s'écroula, je le repoussai pour éviter de me retrouver submergé par ses entrailles fumantes. Encore totalement paumé, une envie de gerber monta en moi. Heureusement que j'avais vu pire... Tout autour de moi le chaos régnait, déjà plusieurs corps gisaient au sol dans les deux camps. Un super marine venait de massacrer un Ghost juste à côté de moi, lui fracassant le crâne contre le sol métallique. Sa cervelle venant rejoindre la collection de viscères qui s'étalait sur moi. Le plus rapidement possible je me remis debout, envoyant un violent coup de rangers dans le visage du marine « occupé ». Le type tourna la tête vers moi, nullement incommodé. Je réitérai la manoeuvre plusieurs fois. Son visage ne ressemblait plus à grande chose : Son nez était totalement écrasé et le reste quadrillé par les crampons de mes godasses. Un rictus horrible se dessina sur sa face démente et sanglante. Il se releva d'un bond et m'envoya une succession de coups de poing. Je les esquivai avec habilité, trichant un peu avec de la rapidité psionique sinon c'était purement impossible. Je contre-attaquai en hurlant, balançant mes poings à tord et à travers, le type se contenta d'encaisser sans broncher. Il paraissait simplement ne ressentir aucune douleur. D'une flexion de poignet il attrapa un tong-fa accroché à sa ceinture. Il m'envoya une riposte dans les côtes, loin d'être agréable. Crachant du sang j'en reçu une seconde dans la tempe. Manquant de tomber dans les pommes, le monde vibrait autour de moi, une goutte sombre coula de mes yeux. Je fixais le regard du marine, et avec une haine, une rage, une colère que je ne me connaissais pas, quelque chose qui venait au plus profond de moi-même lui envoyai un assaut mental violent. L'atmosphère s'alourdit, comme lorsqu'un orage se prépare. Les yeux du soldat se voilèrent, du sang coula de son nez et de sa bouche. Il n'hurla même pas, il ne le sentait pas mais il était en train de mourir. Il s'approcha de moi, le pas tremblant, son esprit le brûlait, le dévorait. Puis il se raidit et s'écroula comme une masse.

Moi je voyais une lumière blanche. C'est ce qu'il arrive quand on utilise trop ses pouvoirs psioniques sans protections. Je sentais le coma psy plus très loin. Péniblement je fis un pas en avant, manquant de tomber à mon tour. Une mouche m'aurait percutée que cela aurait suffit à ce que je cède. A travers les brumes qui s'installaient dans mon esprit je vis un type tomber à côté de moi, un Ghost. Je tournai la tête pour voir ou était l'assaillant et le choc le plus violent que je n'eu jamais sentis me fracassa la mâchoire. Un craquement d'os immonde puis plus rien, le noir absolu.

Les battements de mon coeur, ma respiration lente et saccadée, la face contre l'acier froid, les tempes brûlantes, voilà ce que je sentais. J'ouvris les yeux, difficilement. Un liquide écarlate, qui devait être mon sang, formait une flaque tout autour de mon crâne.

« - HooOOooo... »

C'est là seule chose que j'arrivai à articuler. Une main puissante m'attrapa l'épaule, me broyant presque ce qui me restait d'os valide. Je crus que l'on allait m'achever mais la voix de celui qui m'adressa la parole était familière :

« - Alors camarade un peu de mal ?

- Putain je suis mort et le diable c'est toi...

Sergeï éclata d'un rire plus nerveux qu'autre chose avant de me répondre :

- Si j'étais le diable tu serais vraiment mal barré... Mais chance pour toi tu es vivant.

- Merde alors ça va durer encore longtemps ? J'ai l'impression que Sark m'est tombé dessus...

- Hé bien...

- NON ?!

- Da. »

J'essayai de me mettre sur le dos mais sans succès, quelque chose me bloquait les jambes. Avec une grimace de douleur je jetai un coup d'oeil par-dessus mon épaule, pour apercevoir la tête blonde de Sark. Je soupirai et me tapai une nouvelle fois la tête contre le sol.

« - Hé merde je croyais que ça pouvait pas mourir quelqu'un de comme ça...

- Pas tout a fait... Il s'est prit un sacré coup sur la cafetière mais le gros est encore là.

- Et il t'emmerde ! grogna le colosse d'une voix pâteuse.

- Tu peux te lever de mes jambes ?

Il sembla regarder un peu partout autour de lui, pour finir sur mes membres antérieurs.

- Merde c'est à toi ça ?

- Non c'est pour ça que je te demande de te lever...

Un vide s'installa, le blond ne semblant pas percuter l'ironie de ma phrase.

- MAIS BOUGE ! Tu me broies les couilles là ! »

Il se redressa comme il pu, sous les ricanements irritants de Sergeï. Je me mis tout de suite après sur le dos, pour voir un peu le plafond, y'a que les cons qui ne changent pas... C'est là que j'aperçu le visage de Sergeï penché sur moi. Mes yeux s'écarquillèrent de surprise et je m'exclamai, encore étonné :

« - C'est toi qui l'a eut !

- Désolé je ne vous ais pas attendu, à la fin de cette petite bagarre il ne restait qui moi debout.

- Tu es vraiment un sale enfoiré de chanceux !

- Da. »

Nikovitch se mit debout, la fameuse casquette de Karakov sur la tête. C'était à présent le capitaine de la Garde Noire. Lui. Je l'avais dans l'os. Enfin au moins j'étais en vie... Car à par lui, Sark, Milya et un autre type tout les autres étaient morts. Ca aurait pu être pire. Mais déjà j'imaginai Karakov nous faire un sermon sur notre manque d'Unicité, qui sera, bien entendu, la cause d'autant de perte.
« - Exterminez toutes présence rebelle dans le secteur, aucune fuite ne sera tolérée, ils possèdent bien trop d'information. Il se peut que des zergs se trouvent dans le secteur, les scans indiquent une forte activité dans l'ouest de la sub-atmosphère de la planète. Exterminez les aussi, nous devons reprendre la zone. Les ordres vous ont étaient communiqués, veuillez exécuter unité SN-561.

- Nous exécutons, superviseur. »

Cela faisait à présent cinq années que l'unité d'élite de la Garde Noire était en service. Aucune perte n'était à décompter dans leurs rangs, sur tout les terrains ou ils avaient combattus ils en étaient ressortis victorieux. Aujourd'hui une nouvelle victoire sans failles se profilait pour eux. Sur la planète semi désertique Garagos le soleil se levait au dessus d'eux. Je suis l'unité IM-560 et pour la gloire de l'empire j'allais châtier les rebelles, nous sommes le Marteau de l'Empereur.

Nos armures TMX-Exo-7 noires, hautes de deux mètres cinquante-cinq, étaient parfaitement alignées en deux rangs de douze. C'était le dernier cri en matière de protection. Multipliant la force de son utilisateur par vingt-cinq elle permettait de soulever plusieurs tonnes sans broncher. Ses épaisses couches de blindage en alliage poly-composite « Exo-7 » permettait de stopper la majorité des armes conventionnelles, la chaleur, le froid, les chocs et la pression sous-marine ou le vide spatiale. Elle étaient virtuellement et presque réellement indestructibles. Dotées de cinq cent trente trois capteurs différents, rien ne pouvait échapper à l'ordinateur central de l'armure, directement relié au cerveau de l'utilisateur. Mais contrairement à ce que l'on pourrait penser, grâce à son utilisation facilitée par la biorobotique, le porteur n'est nullement incommodé par sa taille ou son poids, ayant juste l'impression d'une seconde peau.

La première ligne avança, d'un pas parfaitement cadencé. Le repaire des rebelles n'était qu'à un kilomètre environ. L'Exo-7 absorbant les ondes radar nous étions indétectables, sauf une fois à portée de vision. Les canons d'assauts rotatifs se levèrent, le soleil se reflétant dans nos visières noires. Les rebelles étaient abrités dans une petite ville, mais nous n'avions pas ordre de distinguer les civils, il fallait exécuter. Au loin je voyais quelques personnes s'agiter. La route d'asphalte se déroulait sous nos pas, le premier bâtiment n'était plus qu'à cinquante six mètres.

« - Roquettes chargées Unité SN-561

- Feu dans sept secondes, escouade Alpha. »

Un nuage passe, un coup de vent, une brise si légère. Le regard d'un gamin sur le bord de la route. La destruction, le chaos et le sang. Le bâtiment vole en éclat sur notre gauche, avec ses occupants. Les débris meurtriers nous retombent dessus, n'entamant même pas nos cuirasses. Deux civils se présentent sur la route, l'air implorant, ils veulent dirent quelque chose mais les armes parlent. Les douilles roulent au sol en même temps que leurs cadavres déchiquetés. J'envois une grenade à fragmentation dans une bâtisse à droite. Un homme en sort, paniqué, je le tue au vol puis tout explose avec fracas. Les flammes, tout brûle et se consume, un monde qui s'écroule. Les pleurs des femmes avant qu'elles ne rejoignent leurs hommes et leurs enfants, les cris de panique et les mourants, voilà ce que nous causons.

« - Unité SN-561 menace faible détectée à 72 degrés nord, menace importante à 21 degré sud et menace sérieuse à 36 degrés nord.

- Dispersion en trois groupes, ils couvrent la fuite du leader. Unité IM-560 prenez la tête du groupe C et attrapez leur commandant.

- Nous exécutons. »

La Garde Noire se divisa, continuant à mitrailler tous ce qu'il croisait. A la tête de sept unités j'avançai au milieu des bâtiments en feu. Des hommes, armés cette fois-ci, avaient montés une barricade de véhicules au milieu de la rue. Mes capteurs détectèrent immédiatement les points vitaux des rebelles, une rafale un mort. Mon canon d'assaut cracha son acier sur les pauvres gars, ciblés comme des « menace faible ». La tête d'un homme explosa, un autre se retrouva éventré par le gros calibre et un troisième vit ses deux genoux éclatés avant qu'un tir ne vienne l'achever en pleine poitrine. Le sang chaud coulait le long des carrosseries trouées des hoovercraft. Mes camarades-unités envoyèrent une roquette dans le tas, transformant les survivants en amas de chair et d'acier calciné. Les marines de la Garde Noires franchirent les restes fumants de la barricade. Ce qui ressemblait à un bunker se dressait devant eux, cela devait être la base militaire utilisée par les rebelles pour mener leurs opérations dans le secteur. La porte blindée ne résista pas très longtemps, fracassée par les tirs d'armes lourdes des marines d'élites. Quelques gardes en gilets pare-balles intégraux se plantèrent aux milieux des débris. Sans hésiter ils ouvrirent le feu, leurs balles s'écrasant contre nos armures. Notre riposte fut d'une mortelle efficacité. Sans pouvoir résister plus longtemps, leurs corps mutilés et meurtris s'écroulèrent dans une mare de sang.

« - Menace classée très dangereuse détectée dans le bunker, Unité IM-560.

- Nettoyez, exécutez, je m'occupe du leader Unité MJ-552.

- Nous exécutons. »

De la fumée avait envahit les couloirs du dernier bastion rebelle. Il y faisait très sombre, mais cela n'incapacité absolument pas nos capteurs qui guidaient nos armes par le mouvement ou la chaleur. Un escalier montait devant nous alors que deux portes partaient, l'une sur la gauche et l'autre vers la droite.

« - Je monte. Unité AO-550 et Unité MJ-552 divisez et prenez la tête de deux escouades. Faites le premier niveau.

- Nous exécutons. »

Je montais l'escalier de béton, mes pas lourds faisant crisser le sol. Au loin j'entendais les échos d'une terrible bataille, mais ici tout était étouffé. Je mis un premier pied sur le second étage. Je détectai une présence à ma gauche, instinctivement je la ciblai. Un cercle rouge se dessina autour de sa tête dans ma visière. Une détonation, une douille roula sur le sol, la cible s'écroula, son sang repeignant le mur derrière lui. Un bruit de moteur de dropship en train de chauffer. Il fallait rejoindre le toit au plus vite, sinon ils risquaient de s'échapper. Je suivis un couloir toujours aussi enfumé que le reste du bunker, une silhouette passa rapidement dans mon champ de vision. Elle n'avait pas de température, même le capteur de mouvement avait du mal à la suivre tant elle se déplaçait vite. Elle passa à côté de moi, je le sentis sans le voir. Je fis volte-face, arrachant un bout de béton dans mon mouvement. Un nouveau cercle rouge tentait de cadrer la menace, ne cessant de s'agiter sur ma visière. « Menace très dangereuse ». Une détonation de gros calibre, une balle vint se fracasser contre mon épaule, traversant presque le blindage. Un fusil de sniper à n'en pas douter, utilisé par un Ghost. Il était derrière moi à présent, je me retournai de nouveau, envoyant une longue rafale pour tenter de faucher mon ennemi. Il bondissait de mur en mur, une agilité et une dextérité incroyable, même pour un Ghost. Elle était redevenue visible. C'était une jeune femme aux cheveux bruns et aux yeux vert sombre. Je sentis l'air s'épaissir, une attaque psionique puissante en préparation. Instinctivement je créai un bouclier mental pour éviter de me faire pulvériser par la pression. L'assaut fut si puissant qui j'en titubai, encore sonné par une telle violence mentale ! C'était à peine croyable ! Mon canon d'assaut cracha la mort une fois de plus, éventrant les murs, le plafond et le sol. Des éclats de bétons volèrent en tous sens, un tonnerre effroyable. Mais la femme virevoltait, intouchable. En plein bond elle tira une nouvelle balle, qui fracassa ma visière et perfora le haut de mon crâne. Mon sang éclaboussa mon champ de vision. Les capteurs de mon armures s'affolèrent, faisant un bilan de santé complet ils m'envoyèrent une décharge d'antalgiques. Un étrange picotement parcouru mon échine puis ma tête, signe que la cuirasse tentait de me soigner, arrêtant l'hémorragie par coagulation accélérée. Elle me retomba dessus avec une force surhumaine. Le choc me fit tomber en avant, je me rattrapai au dernier moment avec mon bras gauche, fendant le béton en deux sous mon poids. Elle était juste derrière moi, je perçu le crépitement classique d'un lame énergétique.

Serais-je la première perte de la Garde Noire ? Aurais-je faillis ?

Mon ordinateur calcula la distance nous séparant, le temps qu'il fallait pour me retourner et les chances qu'avaient mon adversaire de me tuer. Respectivement quarante-sept centimètres, trois secondes et quatre centièmes et 84,9 %. Le plus vite possible je fis volte-face, me protégeant avec un bras et jetant l'autre pour l'attraper. Tout sembla ralentir tant ce fut rapide. La lame de la Ghost fila, transperçant mon bras et la moitié de mon abdomen. Mon énorme main se referma sur sa nuque. Je me relevai, l'arme toujours plantée dans mon corps. Le bas du visage de la femme était caché par un masque à oxygène, son regard me fixa, sans émotions à cause des drogues que sa combinaison lui promulguait. Sa voix rauque et saccadée à cause du masque m'adressa la parole :

« - Impérial tu es fier... te ton travail ? Tu sers... des tyrans... tu trahis... »

Je serrai ma main plus forte, excédé par ce que le rebelle débitait. Mais c'était bien la première fois qu'un de mes adversaires arrivait à parler à l'article de la mort.

« - ... les principes même... de la gloire... et l'honneur... que vous... dites servir...

Ma voix grave et puissante coupa celle faiblarde de la Ghost :

- C'est faux ! J'exécute, je ne fais qu'exécuter, je ne suis pas le juge !

- ... pourquoi ? ... si tu défends... ces valeurs... juge les par toi-même... ne les laisses pas décider... pour toi...

- Je ne suis pas le juge. Je ne suis pas le JUGE ! J'EXECUTE !

- Lâche-là pourriture ! »

Une voix ordonnatrice venait de m'interpeller, je tournai la tête pour apercevoir un homme musclé. Il était blond et grand, un bouc parfaitement taillé. Entre ses mains il tenait un fusil à impulsion plasma, un FIP. Capable de perforer la plus épaisses des cuirasses, c'était une technologie encore expérimentale, je ne pensai même pas qu'elles étaient au moins utilisées par l'empire. Mon ordinateur cibla l'homme, l'identifiant immédiatement. Il s'agissait d'un terroriste classé « Impitoyable et sanguinaire » nommé Kaleshenkov Dixis. Il s'avança un peu, continuant à m'interpeller :

« - C'est moi que tu veux ! Alors prend moi mais lâche là !

« - J'exécute, ni moi ni vous n'êtes le juge.

- ...abandonne tes juges... souviens toi... des actions... menées contre... les valeurs...

- Je ne suis... Je... »

J'hésitai. L'exécuteur ne doit pas hésiter. Je tournais de nouveau la tête vers la femme brune, Hart Jellia d'après l'ordinateur, considérée comme très dangereuse. Les murs s'ébranlèrent, un s'effondra avec fracas, laissant paraître un énorme monstre de chair, un zerg. Il était colossal avec deux grandes défenses courbées, ses yeux fous scrutèrent la pièce. Il agita la tête, fracassant un peu plus les murs. Dixis envoya une décharge de plasma sur le monstre, en pleine face. La créature hurla de douleur alors qu'elle était rongée par le projectile, même son épaisse carapace n'offrait aucune résistance à la puissance dévastatrice du FIP. Un second tir lui explosa le crâne, ses os se dispersèrent à travers les airs, sa cervelle voltigea dans toute les direction, recouvrant le béton d'un sang brunâtre. Kaleshenkov jura :

« - Merde des zergs ! Il ne manquait plus que ça ! Il faut se tirer ! Et toi, l'exécuteur, lâche ma Jellia au je t'exécute moi ! »

Il pointa son arme vers moi, nul doute qu'il mettra ses menaces à termes si je n'obéissais pas. Je regardai ma victime, qui semblait commencer à manquer d'air, mais elle ne perdait pas son allure.

« - Je... je... »

Je desserrai mon poing et libéra la femme de mon emprise. Elle tomba au sol, reprenant son souffle. En deux grandes goulées elle était déjà debout, elle s'éloigna à reculons, l'air méfiante. Je ne savais quoi faire. Nous sommes formés pour tuer, pour obéir, pas pour hésiter. Dans un sursaut je levais mon arme d'assaut vers le duo de rebelle, qui commençait déjà à disparaître au bout du couloir. J'ouvris le feu, fracassant tous ce qui se trouvait à portée, mais les balles mortelles s'arrêtèrent à quelques mètres d'eux, sur un bouclier psionique puissant. Je voulu faire un pas en avant mais un zerg tomba devant moi. Vaguement reptilien, doté de deux grandes griffes et d'une gueule bordée de crocs l'horreur devait faire au bas mot trois mètres. Elle siffla de colère. Je ne fus nullement intimidé, la peur ne fait pas partie de notre formation. Mon canon d'assaut l'arrosa copieusement, déversant une averse de projectiles alors que des dizaines de douilles s'envolaient dans les airs. Le monstre hurla sous les impacts, sa chair fut déchirée, son sang m'aspergea tandis que son crâne fut proprement désintégré par le déluge mortel. Le cadavre déchiqueté s'écroula en un ultime râle d'agonie. Je reposai mon arme un instant, pour retirer la lame énergétique toujours plantée dans mon bras. Un geyser de sang gicla lorsque je j'enleva l'épée, le flot fut rapidement tari par les fonctions de l'armure. Je ne sentais pas la douleur, et heureusement car je pense que je serais mort sinon. Une voix tonna dans mon intercom, celle de l'unité SN-561 :

« - Unité IM-560 ! Un dropship rebelle viens de s'envoler aux alentours de votre position ! Rapport de la situation !

- Les zergs surgissent de partout, ils me ralentissent trop pour que je puisse rejoindre le toit tout seul. J'ai affronté une unité Ghost qui m'a échappée. Mon état physique est à 66% de ses capacités, dégradation prévue à 52 % dans les dix prochaines minutes.

- On vous envois des renforts, les zergs doivent être exterminés, la chasse s'occupe des rebelles.

- J'exécute. »

Le mur explosé à ma droite était un mur externe du bunker, si bien que je pouvais voir la situation à l'extérieur. Les zergs arrivaient en masse, mais la Garde Noire avait formée une ligne défensive qui semblait réussir à stopper toutes les incursions. La situation était sous contrôle, sauf peut-être dans le bunker. Un piaillement attira mon attention, une quinzaine de zerglings déboulèrent d'un escalier, à l'autre bout du couloir. Les monstres me chargèrent, à une vitesse purement ahurissante. Mon système de visée assistée cadra les plus proches, impossible de manquer une cible. Mon arme cracha la mort une fois de plus. Un zerg fut explosé par un tir, arrêté net dans sa course. Une seconde rafale frappa de plein fouet un rang entier de ces chiens de l'enfer, les transformant en bouillie sanglante. Je ne cessai de tirer, en tuant toujours plus. Leur chair calcinée s'étalait le long du couloir, ils étaient sur moi. D'un revers de la lame énergétique couverte de mon propre sang, j'en découpai un en deux. Un zerg me bondit dessus, je le transperçai en vol d'un coup d'estoc. Il mourut avec un couinement pitoyable. Quelque chose s'accrocha à mon bras droit, encore un zergling. Je l'envoyai contre un mur, l'écrasant avec violence sur le béton. Il ne resta plus rien de lui. Trois unités arrivèrent dans mon dos, l'une déclara dans mon intercom :

« - Unité IM-560, ici les unités SO-556, AO-550 et MK-549. Destruction du bunker dans deux minutes.

- Exact je viens de l'apprendre par Compulsion de Données Passives. »

L'escouade descendit l'escalier précédemment emprunté puis sortit du bloc de béton. Un bombardement par la chasse n'allait pas tarder. Il fallait rejoindre le groupe de la troupe, mais les zergs nous bloquèrent le chemin à mis parcourt, surgissant des ruines fumantes de la ville. SO-556 ouvrit le feu avec un bolter lourd « Gauss-700 », transformant les assaillants en gruyères sanguinolents. Le reste de l'escouade ne tarda pas à suivre, lançant quelques grenades dans la masse d'aliens. Des bouts de chair volèrent sur nos armures, coulant lentement contre notre Exo-7. Le bunker explosa en une détonation assourdissante. Le souffle nous fit pencher en avant, manquant de nous faire tomber. Des morceaux de béton retombèrent et rebondissent sur nos cuirasses. Une poutre métallique fila même vers nous, manquant d'empaler l'Unité AO-550.

« - A toutes les unités, ici SN-561, regroupez vous dans le secteur Gamma pour extermination totale des zergs.

La voix de toute la Garde Noire résonna dans mon intercom :

- Nous exécutons. »

Le soleil était noircit par les nuées zergs, ils arrivaient par milliers. Le commandement avait encore mal estimé les forces adverses. Mais il fallait reprendre le secteur. Regroupés, unis, nous étions invincibles. Les aliens succombaient par centaines, massacrés par nos tirs rageurs, vengeant les milliers de serviteurs de l'impérium qui sont tombés contre ces horreurs. Ils n'arrivaient pour le moment pas jusqu'au contact, fauchés par l'averse de balle qui s'abattait sur eux. Le tonnerre des tirs devenait assourdissant, même à travers nos armures. Le sifflement classique d'obus vint s'ajouter au chaos. Un barrage d'artillerie venait visiblement d'être accordé. De colossales explosions firent trembler le sol, projetant sable, pierre et chair dans les airs. Les détonations étaient de plus en plus rapprochées, couvrant les cris et les tirs de la bataille. De la fumée s'éleva, on ne voyait plus que grâce aux capteurs. Le calme retomba peu à peu, le bombardement semblait avoir bien calmé l'ardeur des zergs. Mais rapidement de nouvelles silhouettes se découpèrent dans la brume, se jetant sur nous avec une vivacité inhumaine. La plupart furent mitraillée au vol, mais plusieurs arrivèrent au contact. D'un revers de lame je tranchai le bras d'un hydralisk, qui rugissant, m'envoya une salve d'épines acérées. Le choc violent me fit reculer de quelques pas, une avait réussit à traverser ma cuirasse, mordant ma chair au niveau du torse. Sans attendre je ripostai avec le lance-grenade placé sous mon canon d'assaut. Le monstre vola en éclats sanglants dans un ultime mugissement. Notre formation était en train de se disloquer, le chaos devenait de plus en plus présent à cause de la purée de pois qui s'était formée. Abattant deux zerglings d'une rafale, je vis quelque chose d'énorme sur ma droite, un ultralisk. Je me tournai au dernier moment pour lui envoyer un coup de lame, qui lui trancha une défense. Mais d'un coup de tête il me fit valdinguer à une dizaine de mètres de là, sa seconde défense m'entamant profondément l'abdomen, l'exo-7 ne résistant pas à un choc aussi violent. L'ordinateur de bord s'affola, des dizaines de voyants se mirent à clignoter sur ma visière, indiquant les parties endommagées. Une voix mécanique de femme m'indiqua calmement :

« - Attention, fonctions vitales en chute à 39%. Il est déconseillé de courir, ou d'entreprendre toute action qui pourrait forcer vos blessures à s'aggraver. Vous devez vous replier.

- Repli impossible, charge maximum de Stim ! »

La drogue me remit instantanément sur pied. Je me retrouvai de nouveau face à l'ultralisk. Il me chargea, piétinant par la même occasion les zerglings qui se trouvaient sur son passage, l'énorme mammouth infernal ne prenant garde de rien. Mon canon d'assaut l'arrosa sans discontinuer, perforant sa chair et entaillant sa carapace. Il n'était plus qu'à quelques mètres. Au dernière instant je bondis sur la gauche, lui envoyant un coup d'épée en plein dans le visage, dans sa gueule grande ouverte. La lame trancha ses muscles et ses os sans problèmes, pour ressortir à l'arrière de son crâne dans un bruit de succion atroce. Il continua sa course sur quelques mètres, m'arrachant le bras rester accroché à l'arme, puis s'écroula. Un craquement immonde et mon bras n'étaient plus. Même si je ne sentais quasiment plus la douleur avec la drogue, je ne pus réprimer un grognement. Je tombai au sol, sur le ventre, mon sang se mêlant au sable. Ma visière clignotait en rouge, de gros caractères s'affichants et disparaissant tour à tour :

« - Fonction vitale à 11%, risque de décès. Veuillez immédiatement rejoindre un officier médical.

- Reuuuhurk... »

Fut la seule chose que je réussis à articuler alors que ma bouche était inondée de sang. J'avais une balle à la tête, un trou dans la poitrine, une bras en moins et deux énormes plaies à l'abdomen. Pourtant je vivais encore. Pour combien de temps ? Je sentis un zergling me sauter sur le dos, mais un tir le dégomma proprement. Une voix me parla dans mon intercom grésillant :

« - Unité IM-560 ! J'ai appris votre état critique par CDP*. Veuillez me suivre pour rapatriement vers les lignes arrière. »

C'était l'unité MJ-552. Elle m'aida à me relever et me traîna à travers le chaos. Abattant les zergs qui se présentaient devant nous avec Gauss-700 couplé avec un lance-flamme. MJ-552 me déposa dans un bâtiment en ruine, qui gardait encore trois murs et un morceau de toit. Deux autres frères d'armes étaient là, dans un état guère meilleur que le mien. Des marines de seconde classe, non appartenant à la Garde Noire veillaient sur eux. De maigres renforts. Deux mécanobiologistes s'occupaient des blessés comme ils pouvaient. La bataille régna encore une heure avant que l'empire ne triomphe. Pendant ce laps de temps j'eu tout le temps de réfléchir à l'hésitation, qui par sa faute, ma faute, venait de mettre en échec la mission puisque les chefs rebelles avaient eux le temps de partir. La chasse ne les avait sûrement pas rattrapée, sinon il l'aurait appris par CDP. J'allais sûrement devoir passer devant Lui, je ne pouvais y échapper. Qu'allait-Il bien me faire ? Pour le moment on me reconstituait un bras par endocytose. Je n'étais pas mort, mais peut-être aurais-je mieux fait de l'être compte tenu de ce qu'il risquait de m'attendre.


*CDP : Compulsion de Données Passive. Système qui relie toute la Garde Noire entre elle et aux événements extérieurs comme l'arrivée prévue de renforts. C'est un réseau ou toutes ces données livrées, puis stockées dans l'ordinateur de bord des Exo-7, directement relié au cerveau de l'utilisateur. Le marine connaît donc ces informations passivement, sans avoir à consulter son ordinateur.
Les couloirs blancs éclatants de la base aveuglaient les yeux. La lumière agressive des néons n'aidait pas non plus. Ils m'encadraient, cinq soldats réguliers en armures légères. Mais ils étaient plus là pour la forme, car dans mon Exo-7 je pouvais les réduire à l'état de bouillie en quelques secondes. Le claquement de leurs rangers sur le sol propre était assourdit par mon pas lourd. Ils m'emmenaient ou je savais, ils m'emmenaient à Lui. Je n'avais pas le choix, je ne pouvais refuser, sinon je serais compté comme traître de l'Imperium. Après tout je n'avais pas tant à me reprocher, ce n'était qu'une hésitation dans une carrière de loyaux services non ? Mais ce n'ais pas à moi de décider, je ne suis pas le juge.

De séquelles de la bataille menée contre les zergs il ne restait rien. Mes blessures n'étaient plus que quelques cicatrices, parmi les dizaines d'autres qui couvraient mon corps. Une fois de plus il n'y avait eut aucune perte dans la Garde Noire. Ils s'arrêtèrent devant une porte d'acier brillante. Le plus gradés des soldats tapa un code, puis la porte s'ouvrit en sifflant. Ils se rangèrent sur les côtés, m'obligeant à rentrer. Ce que je fis.

Une salle carrée aux murs blancs, sans le moindre mobilier. Parfaitement cubique. Un rayon bleu d'un mètre de diamètre partait du plafond et terminait dans le sol. Il était en plein milieu de la pièce, bourdonnant. Le bleu sembla s'intensifier, puis disparu soudainement, laissant à la place un homme grand, portant un uniforme bleu foncé et une armure de Ghost noire. Son visage était entièrement caché par un masque. Ses cheveux ne semblaient pas visibles ou très courts, sa musculature imposante. Sa voix grave et tonnante emplit toute la pièce :

« - Bienvenu Unité IM-560.

- Mes respects Inquisiteur Vharao. »

Ses mains gantées de noir se croisèrent doucement, il se redressa de toute sa stature, son regard invisible sembla sonder les tréfonds de mon esprit. Sa voix lente et puissante reprit :

« - Lors de la mission « Tempête Noire » l'unité SN-561 vous a chargée, en vous mettant à la tête d'une escouade, d'éliminer les chefs rebelles de la base cible. C'est exact ?

- Oui, répondis-je sans hésiter.

- Bien. Et vous avez échoué. C'est exact ?

Je le fixai un instant. Son ton était tranchant, néanmoins je précisai :

- Pas tout à fait.

Il marqua une courte pause, semblant analyser ma réplique, comme si elle était inattendue. Puis demanda d'une voix atone :

- Veuillez préciser.

- Les chefs se ont bien réussit à s'échapper mais le reste de la mission fut un succès. Aucun autre rebelle n'a survécu.

- Rappelez moi votre objectif.

Son ton insidieux cherchait à mettre en évident mon échec, que je tentais lamentablement de cacher.

- Mon objectif était de tuer les chefs rebelles.

- Donc votre mission n'était pas de veiller à l'extermination des autres rebelles. C'est exact ?

- Oui

Il s'arrêta un instant, comme si il savourait d'avance l'instant qui allait se dérouler. Sa voix imperturbable et sans émotions annonça :

- Donc vous avez échoué. C'est exact ?

- Oui, m'arracha t-il. »

Même si nous sommes formés pour ne jamais être troublés, ne jamais montrer la moindre émotion, le moindre comportement individualiste ou égoïste, il était difficile de rester de marbre face à l'Inquisiteur. Surtout seul, alors que la Garde Noire est une unité. Unis nous sommes invincible, car nous ne faisons qu'un. Notre esprit même n'est qu'un, il est indivisible, parfait. La traîtrise, la fourberie, la haine ou ce genre de valeur sont honnies. Seul l'honneur et la gloire de défendre l'humanité nous animent, nous sommes les combattants de la liberté. Ceux qui jugent nous inculquent les bons préceptes, nous les mettons en oeuvre. L'Inquisiteur me fixa, sa voix troublante s'éleva de nouveau :

« - Quel est la cause de cet échec ?

- J'ai été ralenti par les zergs.

- Votre ordre vous a été communiqué avant l'arrivée de ces bêtes. N'est pas ?

De nouveau il essayait de piéger, dans son dédale de questions. Je n'avais qu'à exécuter, alors j'affirmai simplement :

- Oui.

- Comment expliquez-vous le temps perdu avant de rejoindre les leaders rebelles ?

- J'ai affronté un Ghost classé « très dangereux » par mon ordinateur.

- Il s'agissait de Jellia Hart. C'est exact ?

- Oui.

L'Inquisiteur changea de position, mettant ses deux mains dans son dos, prenant un air encore plus incisif qu'auparavant.

- L'avez vous tué ?

- Non.

Il s'arrêta une fraction de seconde, il se délectait d'avance de la question qu'il allait poser.

- Pourquoi ? »

Un simple « Pourquoi ? ». Un seul mot qui suffisait à me faire plonger dans les abysses. Pourquoi ne l'ais-je pas tuer ? Pourquoi ? Parce que j'ai hésité. Après des années de services à exécuter, sans peines et sans remords, car je crois me bats pour une cause juste, j'ai hésité. Une sensation horrible qui devait normalement être bannie de notre esprit. Comment les simples paroles d'une Ghost rebelle avaient pu mettre à mal toute une idéologie ? Tout un entraînement ? Tout une force ? Peut-être parce que mon esprit même refusait ce que mon corps, lui, exécutait. Peut-être parce qu'il était conditionné contre sa volonté, ma volonté. Je suis né Garde Noir, je n'ais pas pu naître contre ma volonté... Si ? Non c'était impossible. Je suis une unité à part entière d'une entité, je ne peux avoir ce défaut de « fabrication ». Et pourtant... Tout cela se bousculait dans ma tête. Et si la Ghost avait raison ? Si je devais juger et non plus seulement exécuter ? Non ! Nous ne sommes pas formés pour ça ! Nous ne devons pas juger. Mais si les ordres vont à l'encontre de nos valeurs ? Non cela n'existe pas puisque les valeurs sont déterminées par ceux qui jugent. Je restai un instant sans rien dire, les tempes bourdonnantes, si bien que l'Inquisiteur réitéra sa question avec encore plus de délectation :

« - Pourquoi ? Veuillez répondre à la question.

La voix légèrement tremblante je répondis :

- Parce qu'elle ma battue.

- En combat singulier ?

- Oui.

- Un Garde Noir n'est pas entraîné pour la défaite, comment expliquez vous cet échec ?

Un voile passa devant mes yeux, de la sueur ruisselait sur tout mon corps, ma voix s'éleva plus forte malgré elle :

- Un Garde Noir travaille en UNITE ! Seul il est plus faible !

- Vous avez décidé vous-même de monter le second étage. C'est exact ?

- Oui.

- Pourquoi ? »

Un nouveau pourquoi. Tout aussi déchirant pour mon esprit que le précédent. Pourquoi étais-je allé tous seul à la rencontre des chefs rebelles ? Etait-ce un relent d'individualisme de ma part ? Non simplement le fait que nous n'étions pas assez pour former trois groupes équitables, et qu'étant l'Unité la plus compétente et la plus gradée de l'escouade j'ai choisis de me sacrifier au service de la communauté. Oui c'est cela... C'était pour la communauté.

« - Car nous n'étions pas assez nombreux. J'ai donc décidé, étant le plus qualifié de l'escouade, d'endosser plus de risques pour protéger mes frères.

L'inquisiteur sembla contrarié par ma réponse, néanmoins il ne se départit pas de son flegme et enchaîna :

- Vous n'étiez qu'à 66% de vos fonctions vitales lorsque des Unités renforts vous ont rejointes. Comment expliquez vous, que vous ne soyez pas mort alors que votre adversaire, lui, est vivant ?

- Il s'est enfuit.

- Vous l'aviez donc blessé ?

- Je pense.

- Votre Exo-7 ne vous l'a-t-il pas signifié ?

- Non car cela de figure pas dans la CDP.

- Pourquoi s'est-elle enfuie alors ?

- Parce que...

- Parce que... ? »

Je ne su que répondre. Tous cela n'avait aucuns sens. Je ne pouvais caché une vérité aussi évidente. Je l'avais « épargnée ». A cause d'une hésitation. Hésitation, un mot qui ne cessait de revenir dans mon esprit, me martelant, m'épuisant. Je ne pouvais esquiver les questions éternellement, l'Inquisiteur finira par savoir. Ma voix, encore sûre, expliqua :

« - Son ami est arrivé et la sauvée au moment ou je m'apprêtai à l'attraper et à la tuer.

- Comment cela ?

- Son épée ma perforée le bras, me forçant à lâcher ma cible.

- Il est arrivé aussi près de vous sans que vous ne vous en aperceviez ?

- Suite à des explosions une épaisse brume rendait les lieux difficiles.

- Il est arrivé aussi près de vous sans que votre armure ne s'en aperçoive ?

- Les capteurs avaient étaient endommagés durant l'affrontement avec la Ghost.

- Faux, vous mentez. »

Sa phrase m'avait estomaquée, m'avait eut de plein fouet, bien plus tranchante que n'importe qu'elle lame ou plus fort qu'un coup de poing. Il venait d'éventer mon mensonge, je savais déjà par quel raisonnement logique il allait me condamner, et cela sentais la fin. Pourtant je n'avais pas peur, je ne ressentais pas encore de nouvelle hésitation, mais pour combien de temps ? Sa voix claqua dans mes oreilles tel un fouet.

« - D'après les mécanobiologistes qui vous ont opérés aucuns de vos capteurs n'étaient endommagés. C'est exact ?

- Oui.

- Pourquoi avez-vous menti ?

- Je me suis trompé, je n'ais pas menti.

- Pourquoi avez-vous menti ?

- Je n'ais pas menti.

- Pourquoi avez-vous menti ?

- Je ne mens pas.

Sa voix monocorde répéta une nouvelle fois :

- Pourquoi avez-vous menti ?

- JE N'AIS PAS MENTI !

- Les Unités de la Garde Noire ne peuvent se tromper, cela n'est pas dans leur formation. Si une information fournie par l'un de vous est fausse c'est que, soit vous l'ignoriez, soit vous mentiez. C'est exact ?

Ma voix avait perdue de sa force, la vérité allait éclater.

- Oui.

- Alors, vous avez menti. C'est exact ?

- Oui.

- Pourquoi ? »

Encore ce mot qui revenait, qui me frappait, hurlant dans mon crâne. C'était horrible, une sensation montait en moi de nouveau, quelque chose que qui m'avais justement mis dans cette situation. L'hésitation. J'hésiter à dire la vérité, je ne croyais pas ça possible. Je ne croyais pas que cela pourrait m'arriver. L'Inquisiteur était en face de moi, sa respiration sourde emplissant la salle. Et moi, isolé, face à la vérité qui allait éclater, face à mon hésitation qui faisait de moi un soldat imparfait... Ou un soldat parfait... ? Lentement, j'articulai :

« - Parce que...

- Parce que n'est pas une réponse. Veuillez répondre à la question.

- Car...

- Car vous l'avez épargnée. Vous l'avez épargnée, cette Ghost, si elle s'est enfuie au moment ou vous allier la tuer c'est parce que vous l'avait épargnée. C'est exact ?

De toute mon corps j'hurlai, si fort que même l'Inquisiteur en paru surprit :

- NON !

Mais sa voix sans âme m'interrogea de nouveau, enfonçant le clou :

- Si. Vous avez hésité à la tuer. N'est pas ?

- Je... Oui. »

J'étais résigné, de toute façon je ne pouvais plus rien faire à présent, je ne pouvais que me demander la logique de mon acte. Pourquoi avais-je hésité. Vharao s'avança d'un pas vers moi, pour mieux me cracher au visage :

« - Pourquoi ? »

Encore et encore des justifications ! Justifier chacun de mes actes ! Mais pourquoi devrais-je le faire après tout ? Parce que je fais ce que l'on me demande, je ne suis pas le juge bien sûr. Je dois exécuter. Juger semble dangereux. Deviendrais-je dangereux ?

« - Car elle m'a dit que je ne devais pas laisser d'autres juger mes actes pour moi. J'ai hésité. Je n'ais pas eut la force de la tuer, troublée par ses paroles.

- Comment avez-vous pu croire de telles inepties ? Cela ne fait pas parti de votre entraînement ! »

Pour la première fois le Ghost semblait s'énerver un peu. Mais c'est avec son calme perturbant qu'il reprit :

« - Votre hésitation vous rend inapte au rang et au grade de lieutenant de l'Unité d'élite de la Garde Noire. Ce genre d'émotion doit être éliminée de votre esprit. Par conséquent, votre Exo-7 vous sera retirée et votre cerveau sera nettoyé de vos doutes. Ne vous inquiétez pas, vous serez de nouveau parfait. »

Aussi tranchant que de l'acier, la conclusion de l'Inquisiteur tomba comme un terrible couperet, la sentence venait d'être annoncée. Ils allaient m'effacer, puis introduire une copie parfaite de mon esprit, vidée de mes derniers sentiments. La voix froide de Vharao ordonna :

« - Unité IM-560, retirez votre armure.

- J'exécute. Ordinateur, libération. »

Un sifflement aigu au niveau des articulations, comme une sorte de dépressurisation, des plaques de la cuirasse se mirent à bouger d'elles même, la visière sombre s'ouvrit, puis se fut tout le dos de l'armure qui se replia vers l'extérieur. Les capteurs de mon armure se déconnectèrent un par un, puis ce fut la CDP qui se retira de mon esprit, je me retrouvai séparé, sans contacts, avec tout le reste de la Garde Noire. Ce fut un choc violent, alors que je sortais de l'armure, le treillis réglementaire sur le dos, je trébuchai. Du sang coulait de mes narines, ma tête me faisait atrocement mal. Pour la première fois depuis longtemps je ressentais une douleur. Mais elle était spéciale, à la fois physique et mentale, bien plus violente que tous ce que j'avais pu ressentir jusqu'à présent. J'avais énormément changé, car depuis cinq ans je n'avais pas quitté mon armure, sauf pour être soigné ou opéré. J'étais beaucoup plus maigre mais au moins dix fois plus fort qu'avant, grâce aux nombres d'implants bioniques greffés sur mes muscles. Presque tout mes os étaient en alliage composite, me rendant beaucoup plus résistant à aux chocs. Ma chair était pâle, couverte de cicatrices. Sur ma tempe était tatouée le symbole de la Garde Noire : Une Lame entourée de deux ailes noires. Le Ghost me fixa. Je me sentais soudainement énormément vulnérable, même si je savais posséder des capacités physiques largement supérieure à la moyenne d'un humain. Nos regards dénués d'émotions se croisèrent, sa voix s'éleva une ultime fois :

« - Les gardes vont immédiatement vous conduire à la salle de conditionnement.

- J'exécute. »

Mon timbre était redevenu normal. Cela me paru presque étrange, habitué à ma voix tonnante. L'Inquisiteur me désigna la sortie de l'index. Encore un peu déstabilisé je sortis. Les cinq gardes précédents étaient toujours là, en rang. Ils m'entourèrent, et d'un geste m'intimèrent de les suivre. A présent, c'était mes pas qui étaient couverts par le claquement de leurs rangers, et non l'inverse. Un couloir blanc sans fin, mon regard perdu vers l'infini. Je n'avais plus sensation de se qui se passait autour de moi, tout semblait ralentir, mon regard n'osait croiser celui d'un de mes frères. J'avais faillis. J'étais imparfait, parce que j'avais hésité, j'avais jugé les propos d'une Ghost. Peut-on être condamné pour ses opinions ? Oui, car ceux qui jugent ont décidés que l'on ne devait pas penser, ce n'était pas à nous de le faire.

Mais pourquoi ?

Pourquoi décident-ils pour nous ? De quel droit ? Pour quelle raison ? « Parce que vous n'êtes pas entraînés à ça » répondaient-il. Qui a décrété tous cela ? Je suis né Garde Noir, ils ont dit que j'étais Garde Noir, que j'étais destiné à l'exécution, que le monde est constitué ainsi. Mais le monde, je ne l'ais jamais vu. Je n'ais jamais vu le monde, je n'ais jamais vu son organisation, je n'ais jamais vu ceux qui le constituent. Juste ce monde, celui qui est autour de moi, dans mon esprit, celui que les juges nous ont montrés, le seul valable, celui ou nous exécutons.

Le sol défilait sous mes pas, bientôt j'étais arrivé à la salle de conditionnement. Une salle vitrée, ou un siège trônait en son centre. Des tableaux de contrôle tout autour, des techniciens m'attendaient. Ils allaient m'installer, m'attacher, et ensuite je serais un Moi parfait. La porte blindée s'ouvrit, sans un bruit. Les gardes me menèrent jusqu'au siège. Je m'assis. J'allai être condamné pour mon jugement. Car je suis un exécuteur.

Mais je juge que je ne veux pas être effacé.

Les sangles noires allaient m'enserrer les poignets. Mes yeux clos se r'ouvrirent. Pour la première fois depuis longtemps je ressentis la Haine. La Haine envers ceux qui m'avait condamné, parce que je n'avais pas pensé par eux. D'un geste, d'un bond, je m'arrachai au siège. Les soldats reculèrent, surpris. Un qui se trouvait sur ma gauche m'assena un coup de matraque sur la nuque. Aucune douleur, aucune frayeur. Ma main attrapa son poignet, d'une flexion il se cassa. Il hurla, je continu. Je m'emparai de tous son bras et le brise d'une simple pression. L'homme tomba à genou, paralysé par la douleur lancinante qui le dévorait. Les autres se jetèrent sur moi, d'un coup de poing j'en envoyai voler un à travers la pièce. Il passa à travers une vitre et s'écroula lamentablement, couvert de coupures et les côtes en morceaux. Sans peines j'esquivai leurs matraques qui virevoltaient sous tous les angles, d'un crochet je fracassai la nuque d'un assaillant. Dans un craquement atroce il tomba, raide mort. Un autre voulu m'assener une frappe verticale, mais d'un pas j'évitai l'attaque, et mes deux mains lui attrapèrent la tête. Je le soulevai du sol puis le secouai dans les airs. Il cria de panique, mais rapidement sa voix mourut en un gargouillis sanglant alors que je lui arrachai le crâne. Le déchirement fut atroce, le bruit des os qui se brisent est horrible, un geyser de sang gicla du tronc sans tête. Les survivants étaient horrifiés. Un scientifique tenta de sonner l'alarme mais je lui jetai mon « trophée » dans le dos. Le tir fut si fort qu'il tomba par terre et s'assomma contre le sol. Un type essaya de me planter une seringue de calmant, mais d'un coup de poing j'envoyai valdinguer l'objet. Je saisis l'homme au col et à la hanche, puis alors que je le soulevai au dessus de ma tête, je lui brisai la colonne vertébrale en le pliant à l'envers. Le cadavre mou retomba par terre, sans ménagements. Je ne devais pas m'attarder trop longtemps, sinon tous cela n'aurait servit à rien. Alors d'un bond je franchis la vitre brisée, poussant deux gardes qui tentèrent pitoyablement d'arrêter ma course. Les couloirs de la base s'enchaînaient sans fin, alors que l'alarme hurlait dans mes oreilles. J'entendais les pas de gardes derrière moi, et devant moi. Ils étaient nombreux, j'étais seul, faible sans mes frères. Mais j'avais soif de vengeance, je voulais faire payer les juges.
Je traînais ma carcasse à travers les conduits d'aération de la base, passant au nez et à la barbe des soldats. Enfin pour le moment. Heureusement que les années passées dans une armure de combat avaient amaigries mon corps, je devais avoir facilement perdu vingt kilos. Je me contorsionnais pour monter ou descendre, tourner à droite ou gauche. Je connaissais la base par coeur, j'y avais vécu toute ma vie. Enfin ils m'avaient dit que j'y avait vécu toute ma vie, mais étais-ce vrai ? A présent je doutais de tout. D'un coup de poing je défonçai la grille devant moi, c'était le « terminus ». Je sautai hors du conduit, me retrouvant dans le hangar à véhicules de la base. Je jetai un coup d'oeil autour de moi puis j'avançai dans les ténèbres. Une vulture était garée à quelques mètres, son pilote venait juste de descendre, il enlevait son casque. Il eut à peine le temps de tourner la tête vers moi, un direct lui fracassa le crâne. Deux dents d'envolèrent en une giclée de sang alors que sa nuque craqua. D'un geste rapide je récupérai le casque qui avait roulé à côté du corps inerte. Déjà, à l'autre bout du hangar, des soldats déboulèrent. Le cockpit de la vulture se referma, je fis vrombir les moteurs, et d'une poussée sur l'accélérateur, partis à une vitesse hallucinante. Les balles des militaires n'eurent pas le temps de frôler la carrosserie... Slalomant entre les véhicules aux arrêts, je renversai un tas de caisses en un fracas abominable, en face deux moi quatre soldat s'étaient mit en position. Ils mitraillèrent sans sommations, le déluge de feu claquant contre le blindage. Je saisis une manette à ma droite, et sur mon écran de contrôle un viseur rouge apparut, cadrant par chaleur les pauvres types. Une grenade à fragmentation s'envola d'une pression de bouton, enveloppant les soldats d'un brasier sans nom. Suite à la détonation des éclats volèrent dans toutes les directions, mordant la chair de ceux qui n'étaient pas la zone immédiate de l'explosion. Au milieu des flammes ma vulture fila, traversant une porte de garage éventrée par la grenade. Dehors il faisait nuit, une nuit sans lune.

Il fallait que je rejoigne un endroit ou je pourrais disparaître plus facilement. Une ville semblait parfaite. A cent cinquante quatre kilomètres de là se trouvait la nouvelle Novgorod. J'activai le pilote automatique, me laissant guider par la machine. Visiblement je n'avais pas de poursuivants, étrange. Peut-être préparaient-ils autre chose ? Comment le savoir... Les Gardes Noirs ne ressentaient normalement pas la fatigue, sauf si ils sont gravement blessés. Pourtant je ne m'étais jamais senti aussi épuisé. Pas tant physiquement, mais plutôt mentalement, comme si je venais de décharger toute mon énergie psionique sur mon adversaire. Après tout, je venais de vaincre la volonté que l'on m'imposait depuis près de cinq ans. Je ne sais pas si cela méritait d'être compté comme un exploit, mais pour moi cela en était un. Je me sentais plus libre, mais totalement vide.

Au bout d'une dizaine de minutes à filer à travers une steppe, la nouvelle Novgorod s'offrait à moi. Ses lumières scintillaient à travers la nuit, venant taper jusque dans la rétine de mes yeux. Les rues étaient bondées de monde, même à cette heure tardive. L'ordinateur de bord indiquait minuit et demi. Au début j'errai sans but, ne sachant pas vraiment quoi faire à présent. Je ne connaissais rien de la ville, du comportement à adopter, je n'avais jamais eut de vie sociale, j'étais un Garde Noir. Je garai ma vulture dans un parking, en face d'un établissement. Les civils appelaient ça un bar. Il s'appelait la Daragaïa. La colombe. Ses murs blancs brillaient même dans l'ombre. D'un pas lent je traînai mes rangers jusqu'à la porte. J'entrai. Il n'y avait pas beaucoup de monde, jusque quelques hommes dans le fond. J'analysais l'endroit, je n'avais aucun souvenir de ce genre de chose. Un civil derrière un comptoir m'interpella avec un grand sourire :

« - Qu'est que je vous sers, soldat ? »

C'est vrai que je portais toujours l'uniforme impérial, je l'avais presque oublié. Je tournai la tête vers lui, ne sachant que répondre. Je ne crois pas avoir déjà bu quoique ce soit, même pas de l'eau. Un silence lourd s'installa, mon regard d'ébène fixant intensément l'homme, qui semblait soudain mal à l'aise. Je me dirigeai jusqu'au comptoir, posant mes deux mains sur celui-ci, elles étaient couvertes de sang. Le type recula d'un pas.

« - Je ne sais pas. Qu'avez-vous ? »

Le gars tremblait comme une feuille. Il me répondit en bégayant :

« - Heu... J'ai un peu tout... De la bière, du vin, de la vodka, de -...

- Une vodka. »

Cela m'évoquait quelque chose, l'unique nom qui me rappela quelque chose à mon esprit vide. L'homme me servit, l'air hésitant. Je pris le verre, et je le bus d'un coup. Une sorte de feu m'envahit, c'était puissant. Un souvenir cogna dans ma tête, d'abord vague, puis parfaitement net.

Un homme était tranquillement allongé sur un lit à deux étages. Il buvait une bouteille de vodka. Une longue cicatrice s'étalait du bout de son oreille jusqu'à la commissure de ses lèvres. Il souriait sombrement. Il tourna la tête vers moi, je me tenais debout à quelques mètres de lui.

« - Camarade, tu devrais goûter à ce délice, c'est de la Haslinkov.

Il avait un terrible accent slave. Tendant la main je répondis :

- Oui passe moi ça Sergeï, c'est trop bon pour toi !

- Da peut-être... Attrape ! »

Je bus l'alcool, dans une pièce que je connaissais parfaitement. C'était le salon de ma maison. Le souvenir commençait à se dissiper, une unique phrase résonna dans ma tête avant qu'il ne se termine :

« - Un week end de permission tout les six mois, autant en profiter. »

Je revins soudainement dans le monde réel. J'avais une maison ? Je ne le croyais pas. J'étais né dans la base non ? Pourtant ce souvenir me paraissait parfaitement réel. Je soupirai, pris d'un étrange sentiment. Etais-je mélancolique ? Je n'avais sentis ça, en tout cas je croyais... Mais plus le temps passait plus j'avais l'impression que tout le monde qu'il y'avait dans mon esprit était faux. Que ce n'était que mensonges. Les juges avaient peut-être écris ma mémoire. Je relevai la tête, pour croiser le regard du barman. Il me regardait bizarrement. Enfin non, ce n'était pas moi qu'il fixait, mais derrière moi. Une main gantée se posa sur mon épaule. Une voix ordonnatrice qui se voulait douce s'éleva dans mon dos :

« - Unité IM-560 tout est fini. Allons rentrez avec nous, après vous vous sentirez mieux, sans les doutes qui meurtrissent votre esprit. »

Ils m'avaient retrouvés. Quoi de surprenant ? La vulture devait contenir un traceur. Ma respiration était lente, je n'esquissai pas le moindre mouvement. Je réfléchissais à la situation. Pour finalement en arriver à la conclusion suivant : Je préférais garder mes doutes. Ma voix grave répondit sèchement :

« Non. »

L'homme du écarquiller les yeux, je l'aurais juré sans le voir. Ma main lui attrapa le poignet et le tira en avant, avec une force inhumaine je le fis passer par-dessus le comptoir devant moi, il se fracassa sur le plancher. Promptement je me retournai, faisant face à une quinzaine de soldat qui braquaient leurs armes sur moi. Je bondis sur le côté, encore et encore, réalisant un enchaînement de sauts acrobatiques à une vitesse proprement ahurissante. Les balles sifflaient à mes oreilles, explosant les murs, les tables et les chaises. Des copeaux de bois volaient dans tout les sens. Au milieu ce chaos j'atteignis une fenêtre, et tête la première, passai à travers. Les éclats de verre tranchèrent ma peau, le sang perla le long de tout mon corps. Je me réceptionnai d'une roulade, en plein milieu de la rue. Un hoovercraft freina à quelques centimètres de moi. Un coup de klaxon et quelques jurons plus tard, je me relevai pour foncer de l'autre côté de la route, les balles des soldats me rasant de près.

Je m'engageais dans une ruelle sombre, courant à toute vitesse. Mais lorsque j'arrivai à son bout, une dizaine de militaires m'attendaient ! Un déluge d'acier et de feu s'abattit sur moi. D'un bond je me retrouvai sur le mur à ma droite, puis avec une sacrée détente je sautai sur le mur gauche et ainsi de suite, montant à chaque fois de plus en plus haut. Les soldats avaient du mal à me suivre, et leurs tirs se dispersaient sans faire mouche. Enfin j'atteignis le toit d'un des immeubles qui cernait la ruelle. Le vent frappait mon visage, un vent bien trop puissant pour être naturel. Un hovercraft apparu soudainement à ma droite, filant à toute vitesse. Sur son dessus un homme était installé derrière une mitrailleuse lourde. Il ouvrit le feu, le gros calibre fracassant sans problèmes le béton armé de l'immeuble. Au milieu des éclats et de la poussière je slalomai. Mais à pied je ne pourrais jamais semer un hovercraft, c'était impossible. Je sautais de toit en toit, pour finalement me retrouver au bord du vide, une grande avenue s'étendait tout en bas. Elle représentait une séparation de plusieurs dizaines de mètres jusqu'au prochain immeuble. Je restai immobile quelques secondes, bloqué à plus de cent étages de hauteur. Ces secondes furent fatales, le mitrailleur eut le temps de me cibler, et une rafale me déchira le dos. Sans un cri je tombai dans le vide. Ma main vola pour tenter de s'accrocher à la façade, glissant le long des immenses vitres qui tapissait le mur. Dans un ultime effort je réussis à me redresser debout, tombant ainsi encore plus vite. Je balançai mes pieds dans une des vitres, la faisant voler en mille morceaux. Mes jambes continuèrent leur course traversant le plancher de deux étages sous les yeux médusés des civils qui travaillaient là. Ma chair fut déchirée par le faux plafond et les canalisations, pour finalement me retrouver fracassé contre un sol un peu plus dur que les autres. Un calme assourdissant tomba. J'étais étalé au milieu de gravats. Heureusement que je ne sentais quasiment plus la douleur, sinon je serais sûrement mort. Ma respiration sourde soulevait des nuages de poussière, du sang, mon sang, coulait du plafond au dessus de moi. Je n'avais plus de jambes, juste des os en poly-composite couvert de lambeaux de chair sanguinolente.

« - OooOoo... »

Lamentablement je me remis debout. J'arrivais encore à marcher, visiblement les cerveaux moteurs étaient intacts. En cliquetis métallique j'avançai, cherchant la sortie. Les civils se poussaient sur mon passage, la bouche et les yeux grands ouverts, certains n'arrivaient pas à étouffer des cris de surprise ou d'horreur. Au moins l'hovercraft m'avait lâché ; pour le moment. Je pris un ascenseur et descendit rapidement au rez-de-chaussée. Mon sang goûtait lentement sur le sol, laissant d'épaisses tâches sombres. De la sueur coulait le long de mes tempes, de mon visage, de tout mon corps. Ma vue se troublait un peu. J'allais mourir, je le sentais. Un « ting » plus tard et les portes s'ouvraient, me laissant face à un immense hall. Je traînai ma carcasse à travers celui-ci, laissant une longue traînée rougeâtre derrière moi. Une femme tourna de l'oeil, un homme vomit en voyant mes membres déchiquetés. Des soldats déboulèrent à l'entrée de l'immeuble. En voilà d'autre... Celui qui semblait être le chef hurla :

« - Rendez-vous ! Cette mascarade a assez durée ! Vous n'êtes plus en état de nous échapper et nous n'hésiterons pas à tirer ! »

Il disait sûrement vrai. Mais il n'avait sûrement pas prévu ce qui se passa ensuite. Un hovercraft, énorme et noir, apparut derrière eux. Il fracassa les murs en miettes et brisa les vites. Il termina sa course dans les soldats, les broyant et les balayant comme des fétus de paille. Le véhicule était doté d'un énorme pare-choc, histoire de pouvoir défoncer n'importe quoi. La porte de celui-ci s'ouvrit latéralement, laissant paraître un visage que je connaissais. Elle avait les yeux verts sombres, une longue chevelure brune tressée en une unique natte. En tenue de Ghost Jellia Hart était là, et me faisait signe d'embarquer. Comment les rebelles pouvaient-ils être là ? Au courant de mon « évasion », de cette folie ? Peu importait pour l'instant... Le plus vite possible j'atteignis l'hovercraft sur mes jambes mécaniques, bondissant comme un tigre je me retrouvai à bord. La porte du véhicule se referma en sifflant. En un rugissement l'engin fit marche arrière et fonça à travers les artères de la ville, slalomant dans la circulation surchargée. J'étais allongé sur le sol métallique de l'arrière de l'aéroglisseur, mon sang coulait à flot. Trois types étaient autour de moi, s'affairant sur ma carcasse décharnée. J'essayai de me relever mais ils m'en empêchèrent, faiblement je demandai :

« - Pourquoi ? »

Jellia se tourna vers moi, elle avait enlevée son masque de Ghost révélant un visage fin et beau. Pourtant nul doute qu'elle était féroce combattante. Sans un sourire elle affirma :

« - Cela serait plutôt comment, non ?

- Répondez dans l'ordre que vous le voulez...

- Vous devriez vous reposer.

- Je ne suis pas fatigué.

- Oui j'oubliais ce détail... »

Elle s'arrêta un instant, son regard semblait passer en revue toutes mes blessures. Mais finalement elle soupira, voyant que je ne comptais pas sombrer dans le sommeil tant que je n'obtiendrai pas une réponse à mes questions. Hochant imperceptiblement la tête elle lança :

« - Très bien... C'est simple nous avons des agents infiltrés un peu partout, même dans la base la plus secrète de l'empire, celle de la Garde Noire. Vous imaginez bien que la soudaine rébellion d'un Garde Noir est rapidement parvenue à nos oreilles. Je crois qu'il inutile de préciser que le barman du Daragaïa est aussi un de nos agents...

- Si c'est utile.

- Hum bien... »

Je respirais difficilement, le monde autour de moi semblait flou et grisâtre. Je n'étais pas mort, pas encore. Les rebelles étaient vraiment partout, il n'est pas si étonnant qu'ils arrivent souvent à éviter nos assauts. Mais pourquoi voulaient-ils s'encombrer de moi ? C'était un risque de plus à prendre. Jellia ne m'avait pas répondue. Avant de sombrer j'articulai une fois de plus :

« - Pourquoi ?

- On vous expliquera... plus tard. »

Je voulus réitérer mais déjà on m'avait injecté quelque chose, un sédatif sûrement. Lentement mais sûrement mes paupières se fermèrent, puis le noir complet. Je dormais, cela faisait longtemps.

« Engagez vous ! Dans notre noble et puissante armée, pour servir une cause, une grande cause ! Celle de protéger l'humanité ! Vous ne le regretterez pas, solde et gloire, reconnaissance et légende, devenez les héros de notre empire ! »

La foule s'était agglutinée devant le recruteur, il y'avait des centaines de personnes, certaines n'hésitaient pas et s'avançaient déjà vers l'estrade. Elles avaient soif de gloire, l'empire savait faire miroiter les bons côtés de l'armée. Je me tournai vers Katrina, elle était inquiète, son visage magnifique était troublé. Elle n'avait que dix sept ans et elle était d'une beauté à couper le souffle. Sa voix douce et chantante me supplia :

« - Je t'en prie Irusk, ne fais pas ça ! Je n'ai pas envie de t'avoir loin de moi, tu le sais qu'on risque de ne plus se revoir, tu seras peut-être à l'autre bout de la galaxie !

Avec un sourire rassurant je la réconfortai :

- Mon ange tu sais que j'aurais des permissions, et j'irais te voir à chaque fois !

- Non je ne veux pas, aux informations ils parlent d'aliens horribles qui menacent l'empire, qui sait si tu ne vas pas te retrouver sur le front, là bas ?

- Ce sont des histoires pour faire plus d'audience ! Mon rêve a toujours était de rejoindre l'armée, pour faire honneur à mon père. Et enfin les recruteurs passent chez nous et j'ai mes dix-huit ans ! Il ne m'arrivera rien ne t'inquiète pas.

- Je n'aime pas ça du tout, j'ai peur pour toi. Si ils recrutent autant c'est qu'il doit bien avoir des morts. »

Je la regardai en silence. Au fond de moi je savais que c'était dangereux, qu'il y'avait bien sûr des risques. Mais si je serais un héro là bas, sauvant l'humanité. Non ? J'hésitais, mais je ne pouvais me défaire de cette gloire. J'approchai Katrina contre moi, nous étions front contre front. Doucement je lui demandai :

« - Mais tu m'aimes ?

- Oui.

- Alors c'est tous ce qui compte, et grâce à ça je reviendrais toujours en vie, juste pour toi. »

Elle eut un petit sourire. Elle posa une main de chaque côté de mon visage et m'embrassa passionnément. Malgré ses doutes elle restait forte, car elle m'aimait. Dans un murmure elle me fit jurer :

« - Tu reviendra hein ?

- Oui je le jure sur notre amour. »

Deux ans plus tard et j'étais toujours en vie. Deux ans partagés entre l'amoure et la gloire, car recruté dans l'élite de mon escouade. Mais à la troisième année ma planète natale fut vitrifiée par les protoss après s'être fait envahir par les zergs. Il n'eut aucun survivant. Katrina était morte, je n'avais rien pu faire. Je ne pouvais revenir la voir, ni la sauver. Un serment brisé et des larmes versées. Ce jour là je fis un nouveau serment : Celui de servir l'empire à tout prix, annihiler tous ces bâtards aliens et les traîtres humains qui déciment nos colonies. Pour elle, je voulais faire couler le sang.


Difficilement j'ouvris les yeux, un affreux bourdonnement dans les tempes. J'avais chaud, très chaud. De la sueur le long du dos je me sentais faible. Mais cela ne dura pas longtemps, car rapidement je réussis à me lever. Mes pieds touchèrent le sol froid et métallique, je devais être dans un vaisseau par la structure qui m'entourait. Le rêve que je venais de faire était gravé dans mon esprit. La mémoire me revenait. Le monde imposé par les juges s'écroulait. Le visage de Katrina frappait mon esprit. Cela me faisait encore mal. Je venais de briser un nouveau serment. A présent l'empire était mon ennemi. Ferais-je un jour quelque chose correctement ? Mon âme agonisait sous ces échecs, mais on dit que le phénix renaît de ses cendres. Il fallait espérait que je sois un phénix.
J'essayais de me souvenir, que tous cela me revienne. Tous ce que j'avais vécu avant d'être Garde Noir avaient été simplement gommés de ma mémoire, le néant l'emplissait. Avais-je des frères ou des soeurs ? De la famille encore en vie ? Qui était les autres Garde Noirs, ce avec qui j'avais toujours combattu ? Je ne le savais même pas... En tout cas pas pour le moment. Assis sur ma couchette mon esprit surchauffait, trop de questions et si peu de réponse. Des bruits de pas me tirèrent de ma réflexion, la porte de ma cabine s'ouvrit en grinçant. Un homme, grand et costaud, la franchit. Il était blond, une cicatrice fendait son sourcil gauche au dessus de son regard d'acier. Un bouc taillé au centième de millimètre, les cheveux courts, son visage était connu dans une bonne partie de la galaxie. C'était Dixis Kaleshenkov, l'ennemi numéro un de l'empire.

« - Bien dormi ? »

Une question si simple que j'en restai sans voix. Mes blessures ne saignaient plus, j'avais de nouveau des jambes, que demander de plus pour l'instant ?

« - Cela faisait longtemps... Oui, et vous ?

- Cela fait longtemps que je ne dors plus... Enfin plus sur mes deux oreilles. »

Il resta face à moi, me surplombant de sa haute stature. Je me levai à mon tour, nous faisions la même taille en fait. Un lourd silence s'installa, il semblait m'étudier sous toutes les coutures, comme si ma présence même l'intriguait. Finalement nos mines graves tombèrent, et je brisai le silence en demandant :

« - Pourquoi les rebelles sont-ils venus me sauver ? Pourquoi avoir prit ce risque ? »

Avec un étrange sourire il me rétorqua :

- Je n'en sais rien... »

Il laissa sa phrase en suspend, et rapidement son sourire s'effaça, laissant place à une certaine colère contenue. Sa voix se fit aussi tranchante qu'un couteau lorsqu'il m'envoya à la face :

« - Cela n'aurait tenu qu'à moi que je vous aurez laissé crever. Mais je ne dois rien comprendre aux femmes je crois... Vous devez votre salut à Jellia, et uniquement à elle. J'espère que je n'aurais pas à le regretter. »

Silencieusement j'hochai la tête. Que pouvais-je attendre d'autre comme réaction ? Il était un peu normal que Kaleshenkov m'accueil avec autant d'appréhension. D'ailleurs si j'aurais été à sa place j'en aurais sûrement fait autant, peut être même plus... Il me fit signe de le suivre, puis me fit passer devant.

« - Venez, quelqu'un veut vous voir. »

J'imaginais déjà de qui il s'agissait. Il n'empêchait que Dixis restait tout de même extrêmement confiant, il était venu sans aucuns gardes, la porte de ma cabine n'avait même pas était verrouillée, rien. Certes il était connu pour être un combattant aguerri mais il ne possédait pas la force d'un Garde Noir. Quoique, avec cet homme rien n'était sûr. Il m'entraîna dans les couloirs du vaisseau, je supposai que c'était le légendaire navire amiral des rebelles, celui qui leur servait de base principale, le Renegade. Les portes s'ouvraient devant moi, pour finalement me laisser face à une immense salle de contrôle. Des dizaines de pilotes et d'officier étaient là, devant des ordinateurs ou des représentations 3D de certaines régions de l'univers. Tout le monde semblait avoir sa place, avoir une occupation. Au centre, en train de discuter avec deux autres hommes, Jellia. Dès que je fus entré elle se tourna vers moi. Un des officiers à côté d'elle m'interpella :

« - Alors c'est lui, le garde noir ? J'imaginai plus impressionnant que cette grande tringle !

L'autre renchérit sur le même ton légèrement méprisant :

- C'est vrai qu'il est bien rachitique. Regardez moi ce visage, on croirait qu'il porte tout le malheur du monde sur ses épaules...

- C'est pito-...

- Arrêtez de vous comporter comme des impériaux vous deux ! » coupa sèchement Hart.

L'air gênés ils s'éloignèrent, pour s'occuper d'autres affaires. La Ghost avait de l'autorité. Dixis me passa devant pour aller rejoindre Jellia, gardant toujours un oeil sur moi. Il n'aimait visiblement pas ma présence dans la salle de commandement rebelle. Discrètement il chuchota quelque chose dans le creux de l'oreille de sa camarade, qui répondit d'un « oui » mitigé. Elle s'avança vers moi, sous sa tunique militaire je discernais sans peine une combinaison de Ghost.

« - Vous êtes enfin remis, je vous attendez avec impatience... heu... unité IM-560.

- Je crois que je m'appelle Irusk, Irusk Malsheem.

Elle haussa un sourcil, l'air un peu étonnée.

- Vous « croyez » ? »

Je me tus un instant, je venais de me rendre compte de mon hésitation, de l'hésitation, une sensation troublante une fois de plus... Petit à petit je retrouvais certaines émotions humaines, que j'avais totalement perdues. D'un air plus sûr je lui répondis finalement :

« - La mémoire des Gardes Noirs ai effacée pour plus de perfection. Mais depuis que je suis séparé de la CDP je retrouve un peu mes souvenirs... Et donc je crois que mon nom est Irusk Malsheem.

- Véritablement intéressant, affirma t-elle.

Dixis me demanda d'un air un peu irrité :

- Excusez mais... La CDP ?

- La Compulsion de Donnée Passive. Toutes les armures Exo-7 des Gardes Noirs la possèdent. Elle permet d'être au courant de tous ce qui nous concerne en une fraction de seconde, sans y penser, cela se diffuse passivement dans notre esprit, expliquais-je. »

Un sifflement d'appréciation me parvint de la droite, suivit par d'une déclaration sarcastique :

« - Waouw ! Ca a l'air puissant comme truc ça ! Comme ça vous pouvez pas manquer l'heure du thé hein ?

Dixis grogna et rétorqua à l'homme qui venait d'entrer en scène :

- Jack je croyais que tu étais à la vérification des chasseurs, donc que je pouvais être pénard une minute...

Le type se contenta de ricaner...

- Quoi ? Je ne voulais pas manquer l'arriver d'un des plus grands tueurs de l'ouest ! Tu sais que dans le Top-25 des Gardes Noirs il est en seconde position ? IM c'est le lieutenant de la garde, cool non ?

- Tu pourrais fermer ta gueule un instant ? répondirent en coeur Hart et Kaleshenkov.

- C'est bon... Je me contente d'écouter, promis ! Je dis plus rien ! »

Il plaqua sa main devant sa bouche et nous fit signe de continuer à parler. Le vaisseau rebelle était rempli de sacrées personnalités. Mais nul doute qu'ils étaient aussi de sacrées terreurs pour l'empire. Jellia en profita donc pour reprendre :

« - Lieutenant ? Cela veut dire que tu es au courant de beaucoup de chose sur tes frères, non ?

- Autant que l'unité dirigeante.

- Gros lot ! clama Jack

- Ferme la ! répliqua Dixis.

Hart jeta un regard noir à ses compagnons, puis revint dans la conversation :

- Les Gardes Noirs ont-ils une faiblesse ? »

Une nouvelle fois l'hésitation m'envahie. Je ne savais pas si je devais répondre, ou simplement si je le voulais. C'était mes frères, révéler des choses sur eux m'ennuyais. Un jour j'arriverais à leur montrer la bonne voie, pour les sortir de l'emprise de ceux qui jugent. Finalement j'adjugeai pour une réponse toute faite :

« - Ils n'en ont aucunes.

- C'est pour ça que tu es là, ironisa une fois de plus Jack.

Je battis Kaleshenkov de vitesse et ripostai un peu violemment :

- Ils sont parfaits, si je les ais quittés c'est que je ne voulais plus de ceux qui jugent !

Le « Mercenaire » plaça ses deux mains devant lui, et calma mon regard électrique :

- Okay okay ... On ne s'emballe pas...

- Qui sont ceux qui jugent ? demanda d'une mine curieuse Jellia.

- On ne doit pas savoir, celui qui nous donne les ordres pour eux est l'Inquisiteur Vharao, un Ghost de la Ultima Legion.

Hart ouvrit de grands yeux et s'exclama :

- Vharao !

- C'est qui ? intervint Dixis.

- Sûrement un des agents de l'empire des plus dangereux... Capable de tout.

Un silence s'installa, mais il fut rapidement brisé par Jack :

- C'est charmant... Mais je ne vois pas à quoi cela nous avance tous ça en fait. Peut-être que madaaame Hart va daigner à nous expliquer pourquoi nous nous sommes risqués à sauver ce brave type ?

- Parce que certaines archives, assez rares et peu sûres, parleraient d'un peuple ou d'une race, ce n'est pas très clair, qui aurait réussit à mettre l'unique défaite existante à la Garde Noire, lança Kaleshenkov. »

Jack ouvrit grand la bouche. D'abord je crus que c'était l'étonnement dû au fait que quelqu'un ait réussit à vaincre mes frères, mais en réalité c'était tout autre et j'aurais dû m'en douter... Il jura et paru un peu furieux :

« - Tu le savais et tu m'a rien dit ! Ca fait au moins deux jours que Jellia me pourrit la tête avec ses « tu saura pas » et toi tu savais tout... T'aurais pu le dire ! A un vieux frère, comme moi ! Tu voulais m'emmerder ou ?

- Mais bien sûr que je voulais t'emmerder, et en plus cela à marché c'est parfait, cassa Dixis avec un grand sourire.

- Va te faire foutre ! cracha Jack.

- Bon plus sérieusement, reprit Kaleshenkov, c'est vraie cette histoire ? »

J'inspirai un grand coup, je connaissais naturellement la réponse. Le Juges avaient fait exprès de graver profondément cette défaite dans nos esprits, pour que cela ne se reproduise jamais et pour que nous ayons tout connu. Car un soldat doit avoir tout rencontré, même les brûlures amères de la défaite. La propagande racontait qu'aucun Garde Noir n'était mort, en fait une Unité avait était faite prisonnière par l'ennemi, mais il était évident qu'elle a dû être exécutée par vengeance. L'armée régulière impériale avait couverte le repli laborieux de l'élite Noire, au prix de milliers de pertes. Evidemment cette histoire était étouffée par les Juges, mais elle existe réellement. Devais-je confirmer cette rumeur ? Après tout, je m'étais engagé sur d'autre rails à présent, alors autant aller jusqu'au bout du chemin. Solennellement j'affirmai :

« - Oui, c'est vrai. »

Silence général. Même Jack ne disait mot. Jellia fut la plus rapide à se reprendre, et d'un ton tremblant elle bégaya :

« - Et... Et qui vous a battu ?

- Les Guerriers de la planète Cryos, les Dragons des Glaces.

Jack ne trouva qu'une chose à dire :

- Waouw ça pète comme titre ! Quoique le votre soit pas mal non plus, il fait un peu bloody mais c'est cool. »

Un silence s'installa, ou tout le monde le foudroyait du regard. Finalement, après s'être raclé la gorge, Dixis, qui surveillait toujours le « mercenaire » du coin de l'oeil, demanda :

« - Je n'ais jamais entendu parlé de cette planète... Pourtant j'ai énormément voyagé !

- C'est normal, elle a était effacée de toute les cartes existantes, ses coordonnées n'existent nulle part, car après la défaite impériale un traité fut passé avec les habitants de Cryos : Si ils ne quittaient pas leur planète, personne ne viendrait les déranger. Ils ne demandaient que la paix, alors c'était un moyen de contrôler le secteur sans prendre d'autres risques avec eux.

- Quelle merde ! pesta mon interlocuteur.

- Mais je connais les coordonnées, car j'y suis allé, ajoutai-je d'une voix atone.

Hart claqua des doigts, et envoya d'une voix réellement intéressée :

- Si ce peuple s'alliait avec nous, cela pourrait faire chier l'empire dans ses petites bottes.

- C'est exact, confirma Kaleshenkov.

Jack s'avança, et prit une mine faussement blasée :

- Excusez moi de gâcher cette nouvelle miraculeuse, mais pourquoi briseraient-ils un traité qui les laisses tranquilles et hors de toutes les magouilles impériales ? Juste pour nos beaux yeux ? Tu crois qu'ils ont quelque chose à foutre de nos problèmes de rebellion ? Moi ça m'étonnerait... »

Le silence qui tomba fut si lourd que l'on pouvait presque entendre les mouches voler. Enfin même si il n'y avait pas de mouche dans l'espace. Mais il était vrai que pour la première fois depuis le début de la conversation Jack avait dit quelque chose d'intelligent. Je croisai lentement les bras, je considérai la situation avec un certain détachement. Certes je souhaitai éviter l'empire, libérer mes frères, me venger, mais je ne savais pas encore exactement ou me placer. Devais-je vraiment rejoindre les rebelles ? Cela semblait l'unique solution, me battre aux côtés de ceux contre lesquels je m'étais toujours dressé... A croire que l'univers était monté à l'envers. Je me surpris à sourire, sourire, quelque chose que je n'avais plus fait depuis cinq ans. C'était presque étrange de sentir mes lèvres s'étirer, me tiraillant la peau comme si je n'étais plus habitué à ce « geste ». Un officier déboula soudainement dans notre réunion, l'air paniqué il cria :

« - Commandant ! Commandant ! Quinze croiseurs impériaux nous encerclent ! On vous demande à la radio !

Dixis resta surprit un instant, puis se reprit rapidement et jura :

- Merde d'où ils viennent ceux là ? Nous sommes indétectables avec notre système anti-radar ! A moins que ...

Il me jeta un regard noir et envoya hargneusement :

- VOUS ! Cela ne peux être que vous ! Espèce d'enfoiré vous êtes à leur solde pas vrai ?! »

Il allait se jeter sur moi quand Jellia s'interposa, ne réussissant à le retenir que grâce à sa force psionique. La voix vibrante et grave la Ghost ordonna :

« - On se calme ! Ce n'est pas le moment pour ce genre de bêtises ! Je doute que Irusk soit volontairement responsable de cette arrivée inopinée d'impériaux... Mais peut-être qu'ils ont réussis à nous tracer grâce à une puce implantée dans son corps, cela refléterait bien leurs méthodes ! »

Kaleshenkov sembla perdre sa colère, mais son regard restait haineux. Je m'en voulais, même si je n'étais pas consciemment responsable une énorme culpabilité se mit à peser sur mes épaules. En effet contre quinze croiseurs, la base rebelles et ses milliers d'hommes risquaient de tous mourir, ce qui pourrait signer la fin de la rebellion. Retrouver son âme n'est pas facile, j'étais accablé. Ma mine d'habitude sombre tomba carrément dans le désespoir. Dixis me pointa d'un index rageur et me cracha d'une voix quasi-menaçante :

« - Je vous jure que si ce vaisseau est détruit vous serez le premier à crever ! Et qu'on lui vire ce putain de traqueur !

- Je suis désolé... »

Fut la seule chose que j'arrivai à articuler, d'une voix inaudible. Le commandant s'éloigna, suivit de Jack. L'heure était grave. Jellia me lança un regard compatissant, je détournai la tête et déclarai :

« - Je ne veux pas de votre pitié... De toute façon je ne la mérite même pas, des milliers de gens vont mourir, venant s'ajouter à tous ceux que j'ai tué.

- Je ne vous donne pas de pitié, c'est vous qui vous vous apitoyez. C'est une guerre, il y'a des morts, vous avez au moins su choisir le bon camp. Je sais que c'est dur, le poids de la culpabilité est atroce, je l'ai connue moins aussi. Pensez plutôt aux milliers d'autres personnes que vous pourrez sauver par la suite ! Dixis est dur mais il faut le comprendre, tant de traîtres ont tués ses amis -...

- Je ne suis pas un traître ! la coupai-je brutalement.

- Excusez moi ce n'est pas ce que je voulais dire ! Imaginez que Cryos soit la clé de la victoire, et que finalement ses habitants se joignent à nous ! Dans ce cas là vous ne sauverez non pas des milliers de gens mais des milliards des griffes de l'empire !

- J'en ais déjà trop fait, et c'est trop tard pour me racheter.

- Non, il est trop tard pour regarder derrière, pas pour aller de l'avant !

- Je... »

Au fond elle avait raison, car il ne fallait jamais trop s'attarder sur son passé, sinon on restait bloqué et désespéré. Les souvenirs ce qui fait le plus mal, et je ne les avait pas encore tous en tête, je n'imaginais même pas la mélancolie qui risquait de s'éprendre de moi. Je devais tenter de garder la tête haute malgré tout, comme je l'ais toujours fait lorsque j'exécutais. Hart était déjà en train de s'éloigner vers le poste de pilotage. Un type s'approcha de moi, il avait tout l'air d'un technicien, dans sa main droite il tenait un petit EMP, c'était sûrement pour dégommer le traceur. Une seconde plus tard et le corps frissonnant de la décharge anti-électronique, je me dirigeai vers l'attroupement autour de la transmission holographique du commandant de la flotte impériale. L'homme était de stature charismatique, dans une armure de pilote, son visage était encore jeune mais marqué par les rides de l'expérience. Les cheveux bruns, il portait un bouc, tout comme Dixis. Jack ne pu d'ailleurs s'empêcher de le faire remarquer à son camarade :

« - Ta un concurrent... Le sien est presque mieux que le tien ! »

Kaleshenkov ne répondit pas, se contentant de battre l'air de sa main pour lui faire signe de se taire. L'impérial commença à parler d'une voix de baryton :

« - Ici le commandant Jim Raynor, a bord du vaisseau amiral Hyperion. Abaissez vos boucliers et rendez vous, vous serez tous épargnés et serez jugés selon les lois en vigueur. Dans le cas contraire nous serons forcés d'ouvrir le feu.

- Jugés ? Vous vous moquez de qui !? Vous nous offrez le choix entre mourir et se faire exécuter par le tribunal impérial ! s'insurgea Dixis.

- Nous nous sommes déjà rencontrés commandant Kaleshenkov, à votre place je serais raisonnable... Ne tentez pas la vie de tous vos hommes sur un combat désespéré ! Vous savez aussi bien que moi que le tribunal en relâchera une bonne partie, la justice est si corruptible...

- Peut-être que oui ou peut-être que non. Dans tout les cas la rebellion sera battue, et je ne peux permettre de laisser votre tyran d'empereur de triompher aussi facilement ! »

Dixis était déterminé, nul doute qu'il ne se rendrait jamais, quitte à mourir. Raynor secoua la tête, l'air navré. Il pointa son index vers le leader des rebelles et déclara avant de disparaître :

« - Je voulais juste éviter un bain de sang. Dommage que cela tourne aussi mal. Je vous laisse tout de même cinq minutes de réflexion, pas une de plus. Si vous ne vous rendez pas nous ouvrirons le feu. Et n'essayez même pas de vous enfuir par hyperespace, nous avons établit un champ SAH. »

Kaleshenkov se laissa tomber sur son siège de cuir noir. Sa mine était abattue. Faire tous ce chemin pour finir ici. Je m'approchai au centre du cercle d'officier, les dominants de ma taille. Je pris l'air le plus décidé possible, histoire de motiver tout le monde.

« - Nous avons cinq minutes pour préparer nos défenses, qu'attendez-vous ?

- Un signe du boss, lança Jack. »

Tout le monde se tourna vers Dixis, qui leva la tête. Il resta un instant silencieux puis annonça finalement :

« - On évacue le vaisseau. Que tous les pilotes aillent aux chasseurs pour couvrir les dropships. Nous avons trois minutes pour embarquer, les deux autres pour partir avant qu'ils n'attaquent. Mettez le système de défense automatique en place et l'autodestruction pour huit minutes trente.

Le commandant se leva d'un bond puis cria :

- Et bougez vous le cul !

- Comme au bon vieux temps ! s'exclama Jack avant de partir au triple galop. »

Jellia s'approcha de moi alors que les officiers se dispersaient pour donner les ordres. Elle s'adressa aux personnes encore présentes, c'est-à-dire moi et Dixis.

« - Il est temps d'aller sur Cryos. »
Notre vaisseau s'éloignait à toute vitesse, à présent loin de ce carnage. Cela avait hélas rapidement tourné à la boucherie, et peu avait survécu. De toutes les forces rebelles il devait rester qu'un peu plus d'une centaine de survivants. Et si il en restait autant c'était grâce à la résistance héroïque des chasseurs. Le plan de Dixis avait mal tourné à cause d'un vaisseau impérial qui n'avait pas respecté les temps, et avait attaqué deux minutes avant l'heure H. Par ce fait la fuite avait été découverte, et tout le reste de la flotte ennemie s'était abattue sur eux. Une bataille spatiale épique s'était ensuite engagée, dont je ne puis qu'être qu'un spectateur passif. Mais les impériaux étaient beaucoup plus nombreux, et rapidement ils prirent l'avantage, bombardant le « Renegade » à coup de canon yamato. Finalement il fut détruit en une magnifique et terrible explosion aveuglante. Jack, à la tête des chasseurs survivants, avaient réussit à se débarrasser des poursuivants jusqu'à ce que le champ SAH soit franchit, pour ensuite passer en hyperespace. Une bataille peu glorieuse en somme. Et en face de moi se tenait maintenant un Dixis ivre de colère.

« - Tes putains d'hommes des glaces ils ont intérêt à exister et à valoir le coup ! Sinon je te buterais ! Tu as réussit à faire écrouler la rebellion par ta seule présence ! Je devrais me débarrasser de toi tout de suite, juste au cas où... »

Kaleshenkov calmait sa colère sur moi. Pendant l'affrontement il avait été bien trop occupé pour se soucier de ça, mais dès que la tension était retombée j'étais devenu le nouvel ennemi. Et la j'encaissai en serrant les dents, redécouvrant de plein fouet une nouvelle sensation : L'orgueil bafoué, j'avais la sensation que mon ancien moi devait avoir une certaine hauteur. Dixis pointa vers moi un index rageur :

« - Outre le fait que tu viens de porter un coup fatal à l'espoir anti-impérial, des milliers de gens sont morts ! Tous ça c'est de ta faute espèce de pourri ! Qui me dit qu'en se moment même tu n'envois pas des informations cryptées par je ne sais quelle CDP-chose ?! Traître ! »

Cette fois-ci s'en était trop. Quelques temps auparavant je me serai contenté d'être d'accord, stupidement, sans rien juger. Mais là, j'avais peu à peu retrouvé mon libre arbitre, et ma fierté. Mon regard neutre et habituellement vide d'émotion flamba de colère, ma voix était vibrante comme le tonnerre, je ne me reconnaissais presque pas.

« - Arrêtez de dire des conneries ! Je n'y suis pour rien dans toute cette histoire ! Je n'ais absolument rien demandé à la base, c'est vous, les rebelles, qui êtes allés me chercher ! Vous n'aviez qu'à réfléchir à deux fois, j'ignorais moi-même qu'un traceur nous était implanté même si cela pouvait paraître évident !

- C'est de ma faute c'est ça que tu es en train de dire ? Espèce de connard je vais t'en foutre moi tu va voir ! »

Dixis m'envoya un direct d'une violence effroyable. Au dernier instant je l'interceptai dans ma main droite, refermant mon poing sur le sien. Malgré toute sa force il n'arriva pas à me faire bouger d'un millimètre. Ses yeux furieux étaient plongés dans les miens, j'hésitai à lui renvoyer la monnaie de sa pièce. Mais il fut plus prompt que moi, et cette fois-ci je ne m'y attendais pas suffisamment. En une fraction de seconde il me balaya en se jetant sous moi, j'arrivai à me réceptionner pour éviter une chute trop lourde mais j'étai à terre. Mon hésitation avait été fatale, son arme de poing était à présent braquée vers mon crâne. Ma rage était retombée, j'étais troublé. Les émotions font perdre le contrôle, jamais je n'aurai agis comme ça avant, mais là ce fut plus fort que tout. Depuis que j'étais séparé de la CDP et du reste de mon unité je redevenais petit à petit plus... humain ?

Kaleshenkov releva le cran de sécurité. Mais Jellia se posta entre lui et moi, déviant l'arme de sa ligne de mire. Elle aussi paraissait furieuse.

« - Arrêtez vos gamineries vous deux ! C'est n'importe quoi, on se croirait dans une maison de con ! »

Jack, plus en retrait, ricanait sous cape. Je soupirai, me relevant tranquillement. Par-dessus l'épaule de la Ghost je pouvais toujours voir le regard menaçant de Dixis. Hart continua du même ton moralisateur et passablement énervé :

« - Bon maintenant que vous êtes un peu calmés, vous allez vous regarder en face et vous excuser mutuellement, comme on fait chez les grands ! »

Jack explosa littéralement de rire. Mais Kaleshenkov lui signifia d'un regard qu'il ferait mieux de se taire. Le chef rebelle grogna un vague mot d'excuse à mon encontre, je le fis aussi avec le même entrain. Jellia retrouva un peu de son calme, encore un peu atterrée de notre comportement. Elle leva les mains au ciel et lança :

« - A présent que tout est réglé, Irusk va nous mener à la vitesse C++ jusqu'à Cryos ! Et Dixis va arrêter de pester parce que de toute façon si nous sommes dans cette merde c'est à cause de moi, c'est moi qui t'ais convaincu de ramener notre nouvel ami, hein mon cher ? »

Kaleshenkov se contenta de bougonner quelque chose d'incompréhensible. Enfin cela se rapprochait assez du « putain de bordel de merde à la con de chierie de bombe à chiotte et d'enculer de sa race », ce qui ne manque pas de faire une nouvelle fois rire Jack. Finalement je secouai la tête, l'atmosphère tendue était un peu retombée. Le reste du voyage se passa dans un silence encore un peu froid, la petite escadrille de survivants rebelles suivant mon itinéraire. Cryos était, comme son nom le laisse suggérer, une planète glaciale, couverte de glace et neige. La température pouvait y atteindre facilement -40 à -80°C en hiver. Le reste du temps il n'y faisait qu'un petit -30°C. L'endroit était des plus inhospitalier et il n'y avait même pas de ressources particulièrement intéressantes... C'était vraiment un trou perdu. Mais le climat et les conditions difficiles avaient fait des habitants de la planète des vrais durs. En fait ils étaient tous réunis dans l'unique et magnifique cité de Krysto, dont les colossaux et dit indestructibles murs étaient formés d'un alliage de glace carbonée et d'un composite blanc inconnu. C'était le seul havre chaud au milieu du désert gelé de Cryos. Comment allions nous êtres accueillis ? La dernière fois que j'étais venu ici c'était l'arme à la main, et les fiers guerriers du givre nous avaient battus.

Notre escadrille traversa sans peines l'atmosphère de la planète, prenant ensuite de plein fouet un blizzard violent. C'était une autre des caractéristiques de cet endroit sympathique : Les tempêtes dévastatrices qui s'abattait à la surface du monde gelé. La plupart des instruments de bord étaient brouillés, et seul notre radar à échos nous guidait encore. Même les communications radio entre les vaisseaux proches devenaient difficiles. Le pilote me demanda d'un ton un exaspéré par ce déchaînement :

« - C'est encore loin ? Cette putain de purée nous en met plein la gueule !

- Krysto est à 75° Nord-Est à environ cinq cents kilomètres. »

L'escouade avala la distance avec plus de temps que prévu, la tempête ralentissant notre avancée. Mais je savais que nous étions plus très loin, la cité devait être à quelques kilomètres en dessous de nous. Un bip soudain surpris presque tout l'équipage, c'était une communication par hyper faisceau, qui faisait fi des interférences dues au temps minable. Contrairement à ce que l'on pouvait penser les habitants de Cryos n'étaient pas des barbares, ils étaient à la pointe de la technologie, seules leurs coutumes pouvaient laisser penser autre chose... Une voix grave emplit le cockpit :

« - Déclinez vos intentions et votre identités, sinon vous serez comptés comme agresseurs et serez abattus.

- Ils sont cool par ici, ironisa Jack.

- Commandant Kaleshenkov d'une flotte indépendante de l'Empire Terran. Nous demandons permission d'atterrir, nous devons voir votre dirigeant, nous avons une offre à lui soumettre.

- Permission accordée, l'escadron « Asharon » va vous guider. »

La communication se termina là. Rapidement cinq chasseurs à peine visibles par leurs camouflages blancs nous encadrèrent, pour sûrement nous mener à un hangar. Jellia qui était assise sur le siège de copilote demanda à Dixis :

« - C'est pas un peu direct comme approche ?

- Je pense qu'il vaut mieux jouer franc-jeu avec ces types là, sinon ils ne nous auraient peut-être même pas laissés nous poser.

- Oui c'est bien possible... »

Progressivement, l'escadrille rebelle plongeait vers Krysto. A travers le blizzard la cité blanche brillait comme un joyau. Les vaisseaux passèrent un champ de force qui protégeait la ville de la tempête, et heureusement car sinon l'endroit serait sûrement invivable. Mais je savais qu'il y'avait des installation militaire périphériques à la ville, la Garde noire s'y était frottée. De hautes tours effilées s'élançaient vers le ciel, surplombant les arcades et les immeubles plus petits de Krysto. L'escadron « Asharon » nous mena jusqu'à un hangar militaire situé au centre de la ville, il semblait très lourdement protégé. Tout dans la ville semblait d'ailleurs avoir était conçu pour faciliter la défense, il y'avait environ un bunker ou plus par pâté d'habitations. Pour ce que j'en savais tous les habitants étaient soumis au service militaire pendant plusieurs années.

L'immense porte métallique du hangar se referma derrière notre passage. Des dizaines d'autres vaisseaux étaient déjà posés. A travers la vitre du cockpit je voyais une « délégation » s'avancer vers nous, avant même que nous ayons mit un pied à terre. Kaleshenkov fut le premier à descendre, gardant juste une arme à la ceinture. Mais la femme qui le suivait était sûrement la garde du corps la plus efficace qu'il pouvait avoir. Les Krystasiens avaient toujours étaient très impressionnés par les pouvoirs psionique, en effet aucuns d'eux n'en possédait, pour une raison totalement inconnue. Le chef de cette « ambassade » était un Dragon de Glace, j'avais immédiatement reconnu son plastron caractéristique. Ces guerriers d'élites portaient une cuirasse en Crystallium, un alliage extrêmement rare qui fut forgé il y'a des dizaines d'années, car aujourd'hui plus aucune veine connue de ce matériau n'existe. Extrêmement léger et sûrement aussi résistant que l'Exo-7, les armures CMC de cette matière étaient blanches immaculées et des plus esthétiques. Le type qui la portait était colossal, il n'avait pas enfilé son casque et on pouvait voir son visage dur et glacial, ses cheveux blonds tiraient vers le gris, cela devait être un vétéran. Sur son pectoral droit était écrit en lettres noires : Cap. Hadan Xanter.

« - Je vous souhaite la bienvenue en ces lieux. »

La phrase avait était déclarée sur un ton aussi chaleureux que celui de la mort. Jack murmura à voix basse :

« - Hé bien heureusement que tu nous le dis... »

L'autre type embraya avant même que Dixis n'est le temps de se présenter ou de rendre le salut :

« - Suivez moi, seul notre chef vous écoutera. »

L'accueil était vraiment froid, même au fin fond des abysses les démons devaient êtres plus sympathiques. Mais après tout c'était un endroit peuplé uniquement de soldats... D'ailleurs je me rendait compte d'une chose : Notre base ne devait guère être plus chaleureuse. Au moins tous cela était plus direct, il aurait été ennuyeux de se faire des bavardages mielleux et inutiles, autant aller au but. Une bonne partie des rebelles restèrent dans le hangar, sous l'oeil attentif d'au moins dix fois plus de Krystasiens. Seuls Dixis, Jellia, Jack et moi emboîtèrent le pas du vétéran. Les couloirs étaient parfaitement éclairés et on ne peut plus sobres. Même si il ne faisait pas froid « physiquement » une sensation de fraîcheur flottait dans tout le complexe, peut être cela venait-il de l'architecture ou alors seulement, et sûrement, de mon esprit. Il y'avait des gardes à toutes les portes et toutes les pièces que nous franchissions, c'était surprotégé, même pour une base militaire. Les soldats portaient un uniforme blanc et gris, idéal pour la dissimulation dans les neiges, la plupart portaient des gilets de protection intégraux, moins robuste qu'une armure impériale mais moins encombrante. Pour les avoirs affrontés en extérieur je savais qu'ils disposaient aussi de cuirasses lourdes, similaires à celles des Dragons d'élite mais en Néo acier standard. Je savais aussi qu'ils étaient très bien entraînés, disciplinés et disposaient d'armes performantes. Une excellente armée en somme, suffisamment bonne pour avoir battue l'empire et la Garde Noire.

Une ultime porte blanche étincelante s'ouvrit devant nous, une dizaine de gardes surarmés s'écartèrent, pour nous laisser avancer dans une sorte de grande pièce de réception. L'endroit était plus majestueux que les autres salles du complexe, c'était sûrement parce qu'elle était destinée aux visiteurs. De chaque côté il y'avait des colonnes qui soutenait la haute voûte de la salle, donnant un aspect presque moyenâgeux à l'endroit. Le sol était constitué d'un dallage blanc éclatant, recouvert en son milieu par un grand tapis noir comme l'encre. En face de nous une femme assise en haut d'une estrade sur un trône de glace, ou du moins qui y ressemblait. Elle était impériale, sa peau était pâle, presque neigeuse, tout comme ses cheveux qui étaient totalement dépigmentés et noués en une trentaine de tresses. Son visage fin et harmonieux était serti de deux yeux rouge sang, qui tranchaient avec tout le reste. La fille devait être une albinos. Elle portait une armure en Crystallium et était entourée de sept Dragons de Glaces aux regards invisibles derrière leur casque. Elle semblait fragile mais nul doute qu'elle était d'acier. A sa vue je me figeais un instant sur place, un souvenir me revenant à l'esprit...

« - Officier Jager garde à vous ! »

Instantanément la jeune femme se redressa de toute sa stature. En face d'elle il y'avait un homme au regard dur. Le haut gradé Karakov. Le militaire l'analysait de pied en cap, rien n'échappait à son regard. Une fois de plus Jager, surnommée « blanche neige » à cause de sa peau pâle et de ses cheveux blancs, était en retard à l'entraînement. Karakov pointa son index commandeur devant le visage de Milya, et il lui lança à la face :

« - Ce retard sera le dernier lieutenant ! Sinon je viendrais vous réveiller moi-même à grand coup de pompe dans le cul ! »

Même si Karakov ne payait pas de mine, c'était un type à ne pas emmerder, quand on connaissait le nombre de décorations qu'il avait eut pour « Actes glorieux au combat ». Jager hocha la tête et déclara :

« - Oui mon colonel. »

Milya alla rejoindre les rangs. Elle ne manqua pas de nous jeter un regard noir en apercevant nos sourires légèrement moqueurs. Elle me signifia même, à moi en particulier, qu'elle comptait me mettre une raclée à l'entraînement de corps à corps...

Je revins à la réalité, marquant un léger mouvement de recul lorsque je superposais le visage de la femme de mes souvenirs à celle qui se trouvait en face de moi. Elles étaient identiques, à la différence près que celle du présent avait l'air encore plus féroce. Elle me fixait d'un air étrange, moi aussi je devais lui rappeler quelque chose de précis. C'était Milya Jager, une ancienne soeur d'arme, mais surtout une ancienne Garde Noire ! Lors de notre combat une unité de notre escouade avait été portée disparue, capturée par l'ennemi. Les juges nous avaient dit qu'elle était morte, mais visiblement ce n'était pas le cas, car elle se tenait là, face à moi, de chair et d'os. Pour la première fois depuis longtemps j'éprouvai de la surprise, j'étai totalement pris au dépourvu, incapable de faire un pas de plus. Comment une unité de la Garde Noire, ennemie du peuple des glaces, avait-elle pu devenir leur dirigeant en chef ? Cela me sidérait. Dixis, lui, ne savait pas tous ça, et ne prenant pas garde à mon malaise il s'avança vers Milya et la salua avec toute la superbe qu'il pu. Mais il fut franchement ignoré. Jack faillit éclater de rire mais se retint tout de même, pour faire bonne impression. « Blanche Neige » se leva de son trône, son armure bien plus décorée que celle des Dragons classiques frappa le regard de tous. Elle était frappée de nombreuses dorures et décorations, à la façon d'une sorte de cuirasse de chevalier des temps anciens. Au niveau de la hanche, pendait une lame énergétique Slayer-Alpha, dernier cri de la technologie du combat rapproché. Les yeux sanglants de la guerrière s'écarquillèrent légèrement de surprise, son troublé était à peine visible, même sa voix restait assurée :

« - Toi ici ? Irusk ? Comment cela est-il possible ? »

Tous les regards convergèrent vers moi. Je pouvais sentir le poids de chacune des personnes présentes sur ma pauvre carcasse. Je me redressai de toute ma stature, même si je n'avais plus mon armure Exo-7 je restais assez imposant. Mais mon ton était moins sûr que celui de Jager :

« - Milya c'est bien toi alors ! Je pourrais te retourner ta question !

- En effet. Mais j'avoue que voir te voir visiblement ex-Garde Noir me surprend. En plus tu t'es visiblement allié avec des rebelles, donc tu es passé dans l'autre bord !

- Et toi, cheftaine des Krystasiens, ennemis à l'époque ou tu as été portée disparue ! »

Elle me sourit chaleureusement, son visage dur laissant place à une mine beaucoup plus amicale. J'étais heureux de revoir quelqu'un de proche, une amie d'avant mon époque au service des Juges. Visiblement, elle aussi. Je souriais moi aussi, voyant que tout le monde présent semblait totalement perdu. Même Dixis paraissait un peu ennuyé, comme si il se sentait de trop. Jager fit un geste à ses Dragons :

« - Ces hommes sont mes invités à présent, qu'ils soient traités comme tels ! Que le commandant rebelles et ses frères soient amenés dans les appartements des visiteurs, à moins qu'ils ne souhaitent rester à bord de leurs vaisseaux bien sûr... »

Kaleshenkov s'avança, l'air un peu hésitant mais surtout un peu dépassé par tous ces évènements qui devaient se dérouler bien trop vite à son goût :

« - Vous m'en voyez ravi mais il faut absolument que nous parlions, le temps presse pour nous...

Milya le coupa net, d'un ton aimable mais qui ne souffrait pas de réplique :

- Je comprends mais je dois d'abord m'entretenir avec Irusk Malsheem, votre compagnon. »

Dixis serra les dents, surtout lors de la prononciation du mot « compagnon ». J'imaginai qu'il devait être assez contrarié... Quoi de plus normal après tout ? Après être resté de glace un instant il finit par s'incliner, et s'éloigna avec sa troupe, saluant la maîtresse des lieux au passage. Les sept Dragons les suivirent, congédiés eux aussi par Milya. L'ancienne garde Noire se leva, et s'approcha de moi, pour mieux m'observer sous toutes mes coutures. C'est là que je me rendis compte de sa prestance et de son élégance, elle avait vraiment l'allure d'une guerrière.

« - Hé bien il va falloir que tu m'explique certaines choses Irusk ! Comment es-tu arrivé ici ?

- C'est une longue histoire, j'ai moi-même du mal à réaliser tous ce qui m'arrive... Rien que le fait de te revoir me trouble encore plus !

- C'est pareil pour moi, si j'avais imaginée revoir un ancien frère d'arme un jour !

Elle frappa mon épaule avec sa main, avec un air complice elle ajouta :

- C'est étrange malgré toutes les années écoulées j'ai l'impression que n'avons jamais été séparés.

- Un effet secondaire de la Garde Noire ? répondis-je en haussant un sourcil.

- Ou alors le fais que nous nous aimons. »

Sur l'instant je restai sans voix. Mais lorsqu'elle me passa une main derrière la nuque pour m'embrasser passionnément je fus rappelé à la vie. Ma mémoire altérée de soldat « parfait » n'avait pas souvenir d'une relation avec Milya, ce qui me paniqua d'autant plus, comment aurais-je pu oublier une chose aussi importante ? Lorsque nos lèvres se détachèrent elle me regarda d'un air étrange, un petit silence s'installa.

« - Je t'ais connu plus « fougueux » Irusk.

- Excuse moi... Mais... »

J'étais si surpris que j'en perdais mes mots. Mon corps entier tremblait à l'idée d'avoir perdu un souvenir si précieux. J'étais inquiet, j'avais presque... Non cela ne pouvait être ça ! Une sensation qui rend faible... Ou fort pour connaître ses limites ? En tout cas oui, elle était là, la peur. La peur du changement. J'avais beau faire tous les efforts du monde, rien ne me revenait. Quelques bribes, quelques moments passés avec elle, mais rien de bien concret. Je baissais la tête, n'osant croiser son regard.

« - Irusk ça va ? Pendant des années j'ais espérée te revoir un jour... Et tu n'as rien à me dire ?

- C'est que... Je ne me souviens pas... De cet amour. »

Ma phrase tomba comme un couperet. Milya resta coite pendant un certain moment. Même si elle était formée à la douleur, pendant des années de services à la Garde, à la formation de Ghost et à la vie sur cette planète, son visage trahissait une immense peine, mais aucune larme ne perla sur ses joues blanches. Elle ne portait pas les gants de son armure, et ses doigts fins glissaient le long de ma tempe. Je relevai lentement la tête, plongeant mes yeux noirs dans l'océan rouge sang de son âme. Sa voix se fit plus douce qu'une brise légère :

« - Toi aussi... Comme nous tous, les Gardes Noirs, notre mémoire est altérée. Je ne peux pas t'en blâmer. Essaye, essaye de te souvenir ! Moi ce fut la première chose qui m'est revenue lorsque je fus séparée de la CDP.

- J'aimerais... »

Elle m'embrassa de nouveau, avec une grande tendresse. Au milieu du hall, nous étions tout deux. Mais moi, qui aurais dû éprouver de la joie, ne ressentais finalement que de la tristesse, et de regret. Ces sensations qui avaient été bannies de mon esprit depuis plusieurs années faisaient encore plus mal à présent. Le temps paru se figer, et toute l'après midi se déroula ici. Pendant des heures et des heures nous discutions de nos « aventures », ce qui effaça un peu ma mélancolie car je buvais les paroles de Milya.

En fait si elle était toujours en vie c'était grâce à ses pouvoirs psioniques. Lorsqu'elle fut capturée par les Dragons des glaces, son équipement lui fut prit et détruit. Rapidement, elle fut mise dans les geôles de Krysto, affaiblie par ses blessures elle n'osa tenter d'évasion. Elle devait être condamnée à mort, il ne lui restait que deux jours à survivre. Alors elle fit appel à ses pouvoirs de régénérations psioniques et à toute sa force mentale, pour récupérer au plus vite. Au lever de la deuxième aube les gardes la traînèrent jusqu'à la place de l'exécution, ou selon le rite elle devait avoir la tête tranchée. Mais Milya voulait une mort de guerrière, et le fait d'être séparée de son unité avait exacerbé son envie de survivre et l'avait emplie d'une froide colère. Alors, le jour de sa mort, elle défia le chef des Dragons, qui était aussi le gouverneur, en duel. L'homme sûr de sa victoire avait accepté, ne voulant aussi pas passer pour un lâche auprès de ses frères. Le combat se fit à la lame énergétique et il fut des plus féroce, Milya faillit mourir à de nombreuses reprises, mais grâce à sa rapidité et à sa force psionique elle réussit à compenser ses blessures. Finalement elle tua le Dragon, lui tranchant la tête. Et comme le voulait la tradition des Krystasiens, elle fut élue chef à la place du vaincu. Même si de nombreuses personnes n'étaient pas d'accord, elle parvint à franchir tous les obstacles, pour devenir une des plus grandes dirigeantes de la ville. Surtout que, étrangement, il n'existe aucun Ghost chez les Krystasiens, à croire que la planète a une influence sur les pouvoirs psi... Donc, grâce à cette « particularité », elle réussit à prévoir de nombreux assassinats, lisant dans les pensées des ministres qu'elle pensait déloyal. Elle fit quelques « exemples » et plus personne n'eut la folie de la défier ou de comploter contre elle. Il n'y avait aucun doute que cette expérience avait forgée un caractère d'acier à la jeune femme, et cela se voyait sur son visage. J'étais finalement assez fasciné par l'histoire de Milya.

Mais alors que nous étions toujours prit dans notre discussion, un Dragon entra dans la salle. De stature imposante, son visage était masqué par son casque. Sa voix tonitruante déclara :

« - Le commandant rebelle réclame une audience, il dit qu'il n'a vraiment pas le temps d'attendre plus ! »

Jager eut une mine irritée, elle n'aimait sûrement se sentir forcée d'accepter. D'ailleurs je sentais bien qu'elle allait sûrement refuser, mais je posai ma main sur son épaule avant qu'elle ne réponde, son regard croisa le mien, et elle comprit que cette entrevue était aussi importante pour moi. Résignée elle répondit finalement :

« - Bien qu'il entre... »

Milya se rassit sur son « trône », et cette fois-ci j'étais juste à ses côtés. Le Dragon fit entrer Dixis, qui était accompagné de deux autres soldats d'élite. Kaleshenkov se fendit d'un petit salut, puis parla, voyant bien que la dirigeante des Krystasiens était contrariée par sa présence.

« - Excusez moi de vous déranger, mais le temps presse pour toutes les forces rebelles. Notre vaisseau amiral a été détruit il y'a peut...

- Je sais cela, Irusk me l'a dit.

Le ton était assez tranchant, mais je savais qu'elle faisait exprès, pour déstabiliser son interlocuteur.

- Venez en au fait je vous prie, ajouta t-elle.

- Il y'a à peine une heure, les forces rebelles, désorganisées, se sont faites assaillir par des assauts violents visant toutes les installations connues ! A ce rythme là la rebellion ne sera bientôt qu'un lointain souvenir... A chaque la Garde Noire est en tête des forces impériales, et il est impossible de résister. Alors, nous demandons votre aide pour vaincre la Garde, cela porterait sûrement un sale coup à l'armée ennemie !

- En gros vous demandez au peuple de Krysto d'aller s'engager dans une guerre qui ne les concerne pas, pour aller affronter l'unité militaire la plus puissante de... l'empire si ce n'est de tout le secteur stellaire !

- Oui... »

Milya se laissa tomber sur son dossier, ses mains blanches serrant les accoudoirs de son trône. Il était évident qu'elle n'était pas de l'avis de Dixis, ce qui pouvait être tout à fait compréhensible, elle prenait beaucoup de risques pour au final rien en échange. D'une voix lente mais lourde de sens elle demanda :

« - Vous vous moquez de moi ou vous avez quelque chose de VRAIMENT très important à proposer en échange de cette alliance ? »

Kaleshenkov resta un long moment silencieux, comprenant l'énormité de sa demande : On ne demande pas à un pays de déclarer une guerre et de briser un traité de plusieurs générations juste comme ça. Mais le commandant des rebelles n'était pas encore à cour d'arguments...

« - Non je n'ais rien à proposer, à part une alliance qui pourrait vous profiter dans l'avenir... Mais comprenez bien que les dirigeants impériaux sont plus fourbes que des serpents ! Et que si ils vous ont laissés tranquille depuis si longtemps c'est uniquement parce qu'ils avaient d'autres chats à fouetter ! Une fois qu'ils nous auront écrasés vous serez l'unique autre entité qui pourrait leur causer des problèmes, ne doutez pas qu'ils s'occuperont vous à un moment ou à un autre ! Alors que si vous les prenez de court, ils ne s'y attendront pas et vous pourrez faire de grands dégâts. Je sais que malgré votre nombre réduit les guerriers de Krysto sont sûrement les meilleurs, si vous affrontez l'armée impériale maintenant, alors qu'elle est dispersée pour nous chasser, vous les vaincrez ! »

Dixis était un bon orateur, à n'en pas douter, et là, pour la première fois, la mine de Milya sembla hésitante. Elle se doutait qu'au fond il avait raison, qu'un jour où l'autre l'empire tombera sur sa ville, mais pourquoi précipiter les choses ? Pour gagner disait Kaleshenkov, et ce n'était pas faux, la surprise est un élément important de la victoire. Elle hocha la tête, annonçant calmement avec un visage redevenu neutre :

« - Bien, nous prenons votre demande en considération, le conseil de Krysto va délibérer, vous aurez votre réponse demain.

- Demain ? N'y a-t-il pas moyen d'aller plus vite ? implora Dixis.

- Non. »

Réponse sans appels... Le commandant rebelle s'inclina et s'éloigna, suivit des Dragons. Une fois toutes personnes parties je demandais à Milya :

« - Qu'en pense-tu réellement ?

- Je ne pense rien pour l'instant... Je vais réunir le conseil. Je t'y aurais bien convié mais je ne peux pas. Je t'autorise à m'attendre dans mes appartements personnels, comme ça tu seras le premier à connaître la décision du conseil, ça à l'air d'être tellement important pour toi.

- C'est vrai, car j'aimerais au moins tenir une promesse dans ma vie...

Jager haussa un sourcil, son regard flamboyant s'interrogeait.

- Laquelle, Irusk ?

- Celle d'être libre. »
Adossé contre un mur, j'attendais. Il faisait nuit à présent, il devait être environ cinq heures du matin. Dans les appartements de Milya j'étais seul. L'endroit était assez bien décoré, de façon assez martiale mais de bon goût. Une table et des chaises noires en bois artificiel, un grand lit luxueux comme on peut les imaginer dans une « suite présidentielle », une salle de bain immense, des armes accrochées aux murs et quelques tableaux. Maintenant cela faisait bien dix heures que j'étais ici, attendant la fin du conseil. Je me laissais glisser sur une chaise, depuis que j'avais quitté mon armure de Garde Noire je ressentais de nouveau la fatigue. Mais je n'avais absolument pas envie de dormir, mon esprit bien trop occupé par les résultats possibles du conseil.

Mais enfin, dans le couloir adjacent, j'attendais un bruit de pas léger, pas celui d'un soldat en armure ou avec des rangers. Car pour le conseil Milya avait dû retirer sa cuirasse, toutes armes ou choses similaires étaient interdites dans l'enceinte de la salle de réunion, pour éviter les « dérapages ». Quoique avec ses pouvoirs psi, la jeune femme n'était pas désarmée... Je relevai la tête, les pas se rapprochaient. La porte s'ouvrit lentement, sans un bruit, et ce fut bien la demoiselle Jager qui en franchit le seuil. Elle portait une grande robe bleue claire et des vêtements assez amples, qui se resserraient au niveau de sa taille et retenus par une ceinture en cuir sombre. Instantanément je me relevai, lui faisant face. Elle pressentie ma question, et, refermant la porte derrière elle déclara :

« - Le conseil a voté... Et il se trouve que nous sommes à égalité de votes pour ou contre...

- Vous n'êtes pas en nombre impair pour éviter ce genre de situation ? demandai-je étonné.

- Si mais c'est parce que je n'ais pas encore décidée. C'est à mon vote de trancher.

- Ah je vois... Tu décideras quand ?

- Demain au plus tard...

J'ajoutai en rigolant :

- Dixis va craquer !

- Oui j'imagine, mais il attendra ! On ne décide pas une guerre à la légère. »

Moi je voulais qu'elle accepte, mais je comprenais sa position. Si je réussissais à la convaincre cela sonnerait comme une sorte de rachat pour moi. J'avais fait énormément d'erreur tout au long de ma vie, ce qui restait de mon coeur était emplit de regrets. Mais quand j'y pensais c'était un voeux bien égoïste : Je voulais sauver mon âme au prix du sacrifice de milliers d'hommes. Je voulais me donner bonne conscience, mais en avais-je encore une ? Milya comprit mes pensées à ma mine sombre, son visage féroce face à l'adversité se fit plus doux.

« - Irusk tu ressens toi aussi le regret n'est pas ? Tu te rends compte que tous ce que tu as fait au nom de grands idéaux n'est que boucherie, et tu essaye par tout les moyens possibles d'oublier en apaisant ton esprit en luttant contre ceux qui t'on obligés à faire ça. Mais tu n'y es pour rien justement, c'est eux qui t'on poussé, pas l'inverse !

- J'ai voulu être un héro mais regarde ce que j'ai fais... Des morts, rien que des morts, c'est tout ! J'ai tué des gens qui luttaient parce qu'ils étaient écrasés par plus fort qu'eux, quel héroïsme ! Et maintenant, je veux me « rattraper » en envoyant ton peuple au casse-pipe contre l'empire !

- Tu t'es rendu compte de l'absurdité de tous cela, n'est pas le plus grand acte de gloire possible ? Maintenant tu veux aider tes frères Gardes Noirs toujours emprisonnés en apportant tout le soutient que tu peux aux rebelles. C'est une guerre, il y'a des morts, mais le sacrifice est le prix du sang à payer pour sauver tout les peuples écrasés par l'empire ! Grâce à toi, Dixis, le chef des rebelles est ici et il a une chance de vaincre. Tu as donc peut-être sauvé la rébellion et les milliards de gens qui comptent sur eux !

- Tu as... Peut-être raison... »

Je m'arrêtai un instant. La situation était si compliquée... Milya me prit doucement dans ses bras, j'étais si près d'elle que j'en oubliais presque toute cette confusion, cette douleur mentale qui faisait brûler mon esprit. Elle m'embrassa si délicatement que la chaleur qu'elle me donna aurait suffit à faire fondre un iceberg.

« - Irusk, nous sommes peut-être à l'aube d'une des guerres les plus décisives de l'histoire, mais de simples sentiments peuvent balayer des armées entières, le temps de se reprendre... »

Elle me poussa en arrière, je tombai sur son lit aussi doux que des milliers de plumes. Lentement elle enleva sa ceinture, puis fit tomber sa robe sur le sol. Nue, elle s'allongea sur moi, son regard de braise me dévorant littéralement. Ses lèvres contre les miennes, j'étais perdu dans un océan de douceur, cela faisait cinq longues années que je n'avais pas ressentit autre chose que l'acier contre ma peau. La c'était la sienne qui était entre mes mains, ses longs cheveux blancs cascadant sur ses épaules laiteuses. Mes rangers tombent par terre, ma chemise et mon pantalon s'étalent loin du lit, ses seins sont contre ma poitrine alors qu'elle me donne l'amour le plus puissant que j'ai vécu. Nos bassins sont pressés l'un contre l'autre, et dans un sublime extase, la nuit si banale m'emporte loin du monde alors que Milya gémit mon nom.

Le matin se lève, mais les tempêtes quasi-permanentes masquent souvent le grand astre. La lumière qui passe à travers les épaisses fenêtres est tamisée, chatouillant le corps neigeux et fin de Milya. Elle paraissait si fragile, mais pourtant, pas une parcelle de son anatomie n'était pas musclée, elle était parfaitement belle. Ma caresse sa peau nue, elle ouvre un oeil, puis deux. Elle me demanda d'une voix encore étouffée par le sommeil :

« - Irusk tu es déjà réveillé ?

- Il est une heure de l'après midi...

- Quoi ?! Hooo merde faut que j'aille au conseil, il reprend à quatorze heure !

- C'est esthétique dit comme ça, dis-je avec un léger sourire.

M'envoyant un oreiller dans la figure elle rétorqua :

- Dis tout de suite que je suis pas « féminine » !

- Hé bien je ne m'avancerais pas sur ce sujet là... Je n'ais sûrement pas assez connu de femme pour ça !

- Tu as de la chance je dois y'aller ! »

Elle se leva d'un bond, complètement réveillée en moins d'une minute. Encore allongé, j'admirais ses courbes alors qu'elle remettait sa robe.

« - Finalement c'est vrai que tu es féminine ! »

Elle me jeta un rapide regard noir, et je ne pu m'empêcher de rire. Je me sentais plus humain que d'habitude, ce n'était vraiment pas désagréable de retrouver ses émotions. Moi aussi je r'habillai, Dixis devait sûrement me chercher, pour en savoir plus sur le déroulement du conseil. Milya m'embrassa avant que nous nous séparions dans deux directions différentes. Le quartier des invités était assez loin et le complexe était des plus immense... Je dus demander plusieurs fois ma direction avant d'arriver à destination. Dixis ouvrit avant même que je ne frappe à sa porte, à croire qu'il avait pressenti ma venue. Il me fit signe d'entrer, puis referma la porte derrière moi.

« - Alors ce conseil ? »

Sa voix était un peu moins agressive que d'habitude, il savait que de toute façon cela ne servirait à rien de s'énerver, Jellia avait suffisamment due le sermonner à ce sujet. Je pris une mine partagée et lançai à la suite :

« - Pour le moment ils ont statués à égalité, ils vont trancher dans une heure.

- Quelle bande de fonctionnaires ! C'est incroyable !

- Hum fonctionnaires ? Ce sont tous des Dragons, précisai-je d'un ton léger.

- Bah ! Enfin... Il n'y a quasiment plus de rébellion, il ne reste vraiment plus qu'eux pour nous sauver de l'extermination. »

L'heure qui suivit s'écoula au ralenti. Chaque seconde paraissait une éternité entière pour nos esprits impatients. A tel point que cet ennui termina en une partie de poker, jeu proposé et totalement maîtrisé par Jack, comme par hasard... Alors que les échanges de jurons s'intensifiaient face à la chance insolente du « Mercenaire », Milya en personne vint frapper à notre porte. Tout le monde se précipita pour ouvrir et connaître le résultat des débats. Hart fut la première à arriver, ses yeux verts rencontrant ceux flamboyants de la dirigeante des Krystasiens. En coeur nous demandions :

« - Alors ?

- Le grand conseil de Krysto a prit la décision suivante : La guerre à l'Empire sera déclarée dans une semaine ou si un vaisseau appartenant à l'Impérium traverse notre zone spatiale.

- Une semaine ?! s'exclama Dixis.

- Il faut bien se préparer, on n'ordonne pas une guerre en une heure, ce n'est pas à vous que je vais l'apprendre.

- Très bien d'accord...

Milya Jager ajouta avant de partir :

- En vos qualités de commandant vous êtes conviés à l'organisation militaire qui va se réunir dans quelques minutes à peine...

Pour la première fois Kaleshenkov sourit :

- C'est un honneur. »

Tout le monde emboîta le pas de Milya. Les discutions entre militaires étaient généralement agitées, Jack allait sûrement avoir de quoi « s'amuser »...

- A des années lumière d'ici, dans la palais de la capitale de l'Empire -

« - Inquisiteur Vharao, quelle bonheur de vous revoir. Quelle est la raison de votre visite ?

- Rien de bien réjouissant monsieur l'Empereur, hélas.

Caché dans les ténèbres d'une salle obscure, le tout puissant dirigeant suprême de l'Impérium fit volte-face.

- Comment cela ?

- Nos espions m'ont appris que les Krystasiens viennent de décider d'une guerre contre nous, ils ne l'ont pas vraiment cachés car tout leur peuple est au courant... Dixis Kaleshenkov est là bas, il est sûrement l'instigateur de cette idée.

- Bah il aurait fallu un jour ou l'autre écraser ces chiens des glaces ! Réunissez toute les forces disponibles et envoyez-les là bas. Je vous confie le commandement de la Garde Noire.

- Bien monsieur, ça sera fait. »

- Pendant ce temps, sur Cryos -

La salle tactique de Krysto était immense, c'était la plus grande que j'avais jamais vu. C'était le coeur de la défense de la ville, à partir d'ici tout s'organisait. L'endroit disposait de la plus haute technologie de communication et de détection, ainsi que la plus grande flotte de drones d'assaut. En effet, pour compenser leur nombre réduit, les Krystasiens avaient conçus une armée entière de chasseurs commandés par une console complexe, un ordinateur autonome extrêmement puissant : Osiris. Les plus gradés des officiers de la ville étaient réunis, cela faisait une dizaine de personne au total. Hadan Xanter, le capitaine qui nous avait « accueillit » fut le premier à parler :

« - La première chose à faire est d'attirer l'ennemi sur notre terrain. Dans l'espace L'Empire est invincible, il possède une flotte bien plus puissante que la notre, cela serait gâcher des ressources. Par contre, si il vient à nous affronter sur le sol de glace de Cryos, nul doute que l'avantage sera notre, nous avons l'habitude des tempêtes et nous sommes équipés pour, alors que les impériaux non.

Dixis lança sa première critique :

- Et comment compter vous les pousser à la folie de nous attaquer ici ?

- En ne leur laissant pas le choix. Parlons franchement, pour mettre définitivement fin à la rébellion et enfin être tranquille ils doivent vous tuer, vous, et si ils savent que vous êtes ici... Nous avons informés leurs espions, ils savent que nous leur avons déclaré la guerre et sont au courrant de votre présence. Ils ne vont pas rester planter autour de notre planète alors qu'ils peuvent faire d'une pierre deux coups ! expliqua calmement Hadan.

Kaleshenkov faillit s'insurger, car visiblement il n'était pas au courant, mais il opina finalement :

- Je vous suis mais c'était assez risqué comme méthode... Et on aurait pu me prévenir ! Enfin passons... Sur terre, sur mer, sur glace ou dans les airs il y'a quelque chose qui reste toujours aussi dangereuse : La Garde Noire ! Vous avez une idée pour ces gaillards ? »

Pour la première fois Xanter sembla sécher sur la question, marquant un vide gênant. Un autre officier prit la parole, il était assez jeune :

« - Ne pouvons nous pas les enliser à un endroit précis, les ralentir suffisamment pour se débarrasser du gros des troupes avant ?

- Et comment comptez-vous réussir cet exploit ? interrogèrent Jellia et Dixis presque en même temps.

- Jetons un coup d'oeil aux défenses de la cité je vous prie, sollicita t-il, ils y'a plusieurs choses à exploiter. Osiris, représentation 3D.

- Représentation effectuée, répondit une voix métallique d'homme. »

La ville apparu instantanément sur la table autour de laquelle tous les officiers étaient réunis. Le « jeune » reprit :

« - Les murs de Krysto sont réputés indestructibles, ce n'est pas tout à fait vrai bien entendu, il y'a quelques failles connues. La principale est celle du côté Est, par ou on peut accéder au réseau souterrain de Bunkers, si on creuse un trou ou si on s'empare des blockhaus, on peut passer outre les murs, se servant des tunnels. Il y'a de fortes chances que l'Empire envoie sa meilleure unité ici, pour tenter de forcer le passage et d'ouvrir une brèche, c'est là qu'il faudra les attendre.

- C'est en effet assez logique, ponctua Hadan, continuez.

- On pourrait fait effondrer l'accès, mais on condamnerait tous les bunkers qui entourent la cité, ce qui se révèlerait une perte tactique bien trop importante mais par contre...

Osiris fit un zoom sur l'endroit que désignait l'officier du bout du doigt.

- ... ici il y'a l'unique vallon qui mène au couloir principal qui relie tout les bunker entre eux, à cet endroit là, à environ la moitié de ce ravin, la terre descend plus qu'aux autres endroits, révélant partiellement la structure en Composite-17 bétonné du couloir. La faiblesse est ici, si ils font sauter cette partie de la structure ils n'ont plus qu'à parcourir trois cents mètres avant de passer les murs et ce retrouver dans notre cité et aussi prendre tout nos bunkers à revers ! L'idée est de stationner les Dragons des glaces, ou au moins une partie, dans le Vallon, pour stopper la Garde. »

L'idée imposa un silence respectueux. Tout le monde réfléchissait à la situation. Finalement ce fut Jellia qui prit la parole, surprenant les officiers perdus dans leurs pensées.

« - N'est pas un peu trop dangereux de concentrer nos meilleures forces au même endroit ? Surtout que si finalement la Garde ne passe pas par ici...

- C'est un risque qui peut s'avérer coûteux en effet, ou payant, départagea Hadan.

Un autre officier lança :

- Moi je propose de stationner la moitié des Dragons, le reste sera réparti à la défense des murs Nord, Sud et Ouest.

- La Garde Noire est bien trop puissante pour être dépassée par la moitié des Dragons seulement, déclarai-je d'un ton grave.

Ma phrase jeta d'ailleurs un certain froid, je compris et ajoutai :

- Je ne mets évidemment pas en doute les compétences martiales de vos nobles guerriers, mais pour avoir fait parti de la Garde, je vous dis que cela ne suffira pas, vous les avez affrontés, vous le savez aussi bien que moi.

- Irusk à raison, c'est pour cela que c'est moi qui commanderai les forces de ce secteur.

Tout le monde tourna la tête vers celle qui avait parlée, Milya. Hadan s'inquiéta :

- Mais madame c'est bien trop dangereux, même si vous êtes la plus grande combattante de tous les Krystasiens, votre mort signifierait la fin de la guerre...

Je confirmai les dires du capitaine en ajoutant :

- Il a raison Milya, n'y vas pas c'est trop risqué.

- C'est moi qui commande ici, j'irai, mes soldats auront besoin de moi ! Je prendrais aussi le 72ème régiment des Tireurs, ils sont habiles pour tendre les embuscades. »

Cette fois-ci personne ne contesta, sachant que de toute façon on ne donnait pas d'ordre à son supérieur... Mais l'organisation n'était pas encore finie, il restait d'autre chose à décider. Ce fut une fois de plus Hadan qui enchaîna :

« - Bon très bien. Pour le reste il est évident de mettre peu de troupe sur le mur Ouest puisqu'il est à flanc de falaise, par voix terrestre il est quasiment infranchissable. Par contre il n'est pas impossible que l'Empire nous envois des troupes aéroportées, alors je propose une concentration de canons Flak, pour exploser la chasse.

- Donnons le contrôle des batteries à Osiris, cela diminuera encore le nombre d'homme sur place, suggéra Kaleshenkov.

- Oui c'est une bonne idée, affirma Xenter avant de continuer, nous ferons ça. Le mur Nord risque de recevoir l'assaut le plus massif, l'Est étant bien trop accidenté pour des déplacements de troupes volumineux. Il faudra concentrer nos troupes dans les bunkers de ce côté-ci et installer des défenses anti-chars, le terrain plat facilitant l'avancée de troupes motorisées.

- D'accord, si vous me le permettez j'aimerais commander cette partie, demanda Dixis.

Milya réfléchit un instant, puis enfin, conclu positivement :

- Hmmm bien j'accepte, vos qualités militaires sont légendaires, et cette guerre est un peu la votre Kaleshenkov.

- Merci.

Hadan revint au programme, il ne restait plus que le Sud.

- Pour le dernier mur nous supposons aussi une attaque assez concentrée, mais moins nombreuse, car le terrain est vraiment trop à découvert, l'Empire risquerait beaucoup de pertes. Par contre de hautes collines se dressent pas si loin que ça dans cette direction, il est fort probable que l'ennemi y déploie son artillerie, et peut-être même, son camp de base.

- L'artillerie ? Voilà qui risque d'être fort ennuyeux ! Même si la ville dispose d'un bouclier une fois que celui-ci aurait lâché nous serons mal, désola Kaleshenkov.

- Il nous faudrait une équipe de chasseur pour bombarder ces positions là... Mais cela sûrement lourdement défendu, il faudrait être fou pour y aller !

- Haha on parle de moi là ! lança Jack.

- Oooh non, marmonna Dixis.

- Moi je veux bien, si il y'a des malades prêts à venir avec moi je suis paré... Au pire y'aura toujours les drones non ?

- Vous êtes sur que vous voulez vous lancer la dedans ? s'enquit Hadan visiblement surpris.

Jack répondit sans hésiter une seconde :

- Bien sûr ! Et puis j'aime pas marcher...

- Bon bon très bien... »

C'était amusant à voir car tous les officiers ne semblaient en revenir, pour eux cela relevait vraiment de la folie pure et simple. Pourtant ils étaient tous de grands combattants... C'était peut-être pour cela justement : Ils connaissaient les risques. Mais d'après ce que je savais du quasi légendaire Jack dit « le Mercenaire », il était une sacrée tête brûlée. Au final seul Dixis ne semblait pas le moindre du monde étonné. Une fois mis d'accord sur ces « modalités », Milya se leva et demanda d'une voix curieuse à l'ordinateur :

« - Osiris, fait moi un rapport sur nos forces et sur les forces probables de l'ennemi. Je veux ensuite un calcul des pourcentages de chances de gagner la partie.

Un visage bleu et sans émotions visibles se forma au centre de la table.

- Tout de suite madame. »

Des dizaines de chiffres semblèrent défiler tout autour de cette apparition. Je n'avais jamais vu un ordinateur aussi perfectionné. Ces machines avaient quasiment leur propre conscience d'après ce que l'on disait, mais c'était très contesté car comment un engin pourrait-il être « vivant » ? Ce débat me rappelant la Garde Noire j'abandonnai rapidement ces pensées. Osiris annonça de sa voix métallisée :

« - Krysto dispose de deux millions neuf cent quatre vingt dix mille trois cent quatre soldats réguliers répertoriés. Nous disposons aussi de dix milles chasseurs drones Ombre et de mille deux cent batteries Flak commandées par intelligence artificielle, soit Moi. »

Je fus surpris par la phrase de l'ordinateur, qui s'était désigné lui-même, comme une entité à part entière. C'était vraiment étonnant et intéressant à voir. Il paraissait si vivant, pourtant il n'était qu'un assemblage de puces électroniques et de programmes super perfectionnés. Mais l'humain après tout, n'était qu'un assemblage de cellules et de tissus organiques...

« - Nos structures de défenses disposent de boucliers et de batteries anti-char réparties à distance égales entre chaque bunker. Mais nous devrons attendre un ennemi supérieur en nombre, disposant d'une armée d'environ un à deux milliard de soldats. Leurs moyens de logistiques seront sûrement impressionnants et ils pourront sûrement compter sur autant d'engins motorisés et spatiaux qu'ils le veulent. J'effectue le calcul... Les chances de victoire sont estimées, avec la tactique employée, à 37% de réussite. Si la Garde Noire ne prend pas part à l'assaut les chances sont estimées à 49% de réussite. »

La statistique tomba comme un couperet. Ca n'allait vraiment pas être facile... Mais alors que tout le monde était grave, Jack ne pu s'empêcher de briser le silence :

« - Hé, il m'a oublié dans le calcul ou quoi ? »

Dixis ne dit rien, mais à sa mine il était visible qu'il retint de justesse un « ta gueule ». Le reste de la réunion se termina sur le placement des troupes, la répartition des soldats. Je me souvenait alors d'une chose que j'avais l'habitude de dire lors de ma formation : La tactique c'est l'art de placer ses hommes au bon endroit au mauvais moment. Même si j'avais eut quelques galons j'avais toujours préféré le terrain, et la réunion dura une éternité pour moi.

Par delà les montagnes enneigées, le crépuscule pointait, le petit soleil de Krysto n'illuminant la planète que six heures par jour. Toutes les décisions avaient été prises, à présent j'errai devant une grande baie vitrée qui se situait dans l'appartement de Milya. Cela faisait une heure que j'avais été « libéré » du conseil militaire. Perdu dans mes pensées, un contact me rappela à la réalité, celui des mains de « Blanche neige » sur mes hanches. Je sentis sa respiration dans mon cou, puis sa joue se colla contre la mienne.

« - Irusk, les impériaux devraient arriver dans 72 heures environ d'après Osiris.

- On les attend je crois...

- Cette bataille risque d'être la dernière pour nous, murmura t-elle.

- Je sais mais au moins nous ne mourrons pas pour nous, mais pour une nation entière.

- Oui... Mais surtout je mourrais en sachant que tu gardes mon amour. »

Je me retournai et l'embrassai, la nuit allait être longue...



Opération Fureur de L'hiver...

...

... Chargement ...

...

Code 675A-78, accès autorisé Xanter Hadan. Drones initialisés, batteries Flak initialisées, Boucliers chargés. Forces impériales repérées à 700 années lumières, assaut imminent, prévu dans une à deux heures.

... Opération enclenchée ...

« - Osiris, la préparation des troupes est effectuées, active les mines spatiales et replie les satellites hors de porté de l'ennemi.

- D'accord Hadan. »

Le capitaine se tourna vers nous, cela faisait quatre jours que nous attendions tous ce moment là, et enfin il arrivait. L'atmosphère était tendue à rompre. Déjà tout le monde s'agitait, chacun allait à son poste. Jack avait rejoint son vaisseau, et malgré son côté sûr de lui il enchaînait les blagues foireuses, signe qu'il stressait au maximum. Dixis avait revêtu une armure de combat, tout comme moi, et s'apprêtait à rejoindre le front nord avec Jellia. Milya, après m'avoir embrassé une dernière fois, était partie à l'Est, l'endroit qui semblait être le plus risqué. Moi j'étais aussi au Nord, nos lignes s'étendaient sur des kilomètres. Dans la neige, on ne voyait que les meurtrières des bunkers et les canons anti-chars. Du haut des murs de la cité, des milliers d'hommes attendaient. Dixis était débout sur le toit plat d'un bunker, la trappe était ouverte juste derrière lui. Le temps était clair, la tempête n'avait pas encore commencée. Pour le moment, même le soleil brillait dans le ciel, créant une forte réverbération, ce qui donnait un air irréel à la position de Kaleshenkov, vêtu de noir sur son promontoire, il était l'Ange des ténèbres des cieux purs de Krysto. J'étais juste derrière lui, il tourna son regard vers moi, et pour la première fois je ne lisais pas la méfiance sur son visage, mais plutôt la compassion sur la violence du combat à venir.

« - Ca va commencer Irusk, je le sens... Une fureur comme n'en a jamais connu les hivers de Cryos va s'abattre ici. »
Ma respiration formait un petit nuage de fumée devant ma bouche, il faisait tellement froid que je finis par fermer la visière de mon armure. Au loin, dans le ciel éclatant, des traînées argentées laceraient l'azur. Des milliers de griffures pour autant de vaisseaux impériaux, un spectacle fascinant et horrible à la fois. Bientôt, dans vingt minutes au plus, les Légions de l'empire déferleront sur Krysto. J'étais dans le bunker A-112, les visages des hommes étaient tendus. Ils étaient jeunes pour la plupart, même si ils avaient une excellente formation ils n'avaient pas vécus la guerre. Les vétérans attendaient dans le silence, leurs yeux sombres scrutant l'horizon. Tant de gens, qui constituaient un monde, allaient mourir aujourd'hui. Je vis Dixis régler son intercom sur la fréquence globale. Sa voix retentie dans nos oreilles, elle me rappelait étrangement celle de Karakov.

« - Ecoutez moi tous, écoutez moi bien. Aujourd'hui une grande bataille va se dérouler, mais ce n'est pas n'importe quelle bataille, car ce n'est pas une guerre d'intérêt ou de religion ou de je ne sais quelle autre stupidité, c'est une guerre pour notre liberté. Aujourd'hui vous n'êtes plus des soldats, vous êtes plus que ça, vous êtes des héros. Vous êtes les héros qui renverseront la pourriture impériale qui chaque jour massacre et opprime les peuples à travers la galaxie, par votre action vous allez sauver la fierté qu'il reste à la race humaine, une race malmenée par ceux qui nous prennent pour des pions ! Aujourd'hui vous ne vous battrez pas pour vous mais pour les autres, vous ne vous battrez pas pour sauver votre peau mais pour sauver celle des autres, vous traversez les flammes et vous irez foutre ces sales enfoirés d'impériaux en ENFER ! Si nous tombons cela ne sera pas seul, à chaque fois que je verrais un Krystasien mort je veux voir dix fois plus d'impériaux tombés ! Nous mourrons, mais avec eux ! Maintenant prenez vos armes et hurlez, que ces enfoirés nous entendent et sachent qui nous sommes !! »

Une clameur sans pareil tonna dans toute la ville, les cris de millions d'hommes retentirent jusque dans les rangs des impériaux, jamais je n'avais entendu un tel coup de tonnerre. Les visages des soldats étaient à présent enflammés, Dixis me lança un sourire étrange à travers sa visière. La trappe du bunker se referma, à partir de maintenant tout aller se jouer. Une voix mécanique, celle d'Osiris, parla depuis les hauts parleurs prévus à cet effet :

« - Troupes ennemies à portée dans quatre minutes. Les divisions blindées seront sûrement les premières sur place. Possibilités de pilonnage d'artillerie avant offensive. »

Depuis l'extérieur j'entendais les grondements de moteur des chasseurs Krystasiens, la majorités partaient au sud, avec Jack. Les minutes suivantes qui s'écoulèrent semblèrent simplement interminables. Les soldats étaient aux meurtrières, prêt à en découdre. Moi, j'étais installé à un des postes les plus dangereux, entre deux rangées de canonnières, une mitrailleuse lourde qui donnait sur l'extérieur. J'avais le plus gros calibre mais j'étais le plus avancé donc le plus vulnérable. A travers mes systèmes de visée je les voyais déjà, la terre tremblait tant ils étaient nombreux. Les chars s'alignaient avec de lourds Goliaths, derrière eux des millions de fantassins. Dixis hurla aux hommes :

« - Ouvrez le feu à mon commandement, utilisez les armes lourdes en premier, l'anti-char fera le reste ! »

Tout le monde se massa aux meurtrières, prêt à tirer. Dixis avait toujours son F.I.P, arme réellement destructrice. Il jeta un coup d'oeil à l'horizon qui se noircissait de troupes ennemies puis lança d'une voix ferme :

« - Feu. »

En une fraction de seconde l'air fut emplit d'acier ! Heureusement que je portai une armure sinon je serais sûrement devenu sourd tant le vacarme était effroyable. Des milliers de roquettes fusèrent en directions des blindés impériaux, au loin je voyais les déflagrations se succéder dans des flashs de lumière aveuglant. Le combat venait de commencer. La riposte ennemie ne se fit pas attendre, les détonations des chars furent suivies par une pluie d'obus meurtriers. Heureusement que les boucliers d'Osiris étaient là, mais néanmoins l'onde de choc se fit sentir jusque dans notre bunker. Je voyais le tir de barrage s'écraser à quelques mètres à peine de nous. C'était plus violent que tous ce que j'avais pu voir auparavant. Les canons anti-chars Krystasiens tournaient à plein régime, bombardant les impériaux d'un déluge de roquettes meurtrières. Dans le blockhaus les soldats arrosaient à l'arme lourde, causant de lourdes pertes chez l'ennemi non protégé. Mais le but de la ligne de char était surtout de détruire le bouclier de Krysto, puis de permettre à l'infanterie d'avancer suffisamment loin. Maintenant les impériaux n'étaient plus qu'à cent mètres et les Légions de fantassins étaient visibles, le véritable assaut commençait ici.

Instinctivement je mitraillai les premières lignes. Mais à présent les balles ennemies arrivaient jusqu'au béton de notre bunker, fracassant le ciment grisâtre. Je les voyais tomber sous la grêle mortelle des Krystasiens, mais ils avançaient, toujours plus nombreux malgré les pertes. A travers le fracas j'entendis la voix de Dixis hurler :

« - Putain ils sont nombreux ! Mais montrez leur qu'on va pas se laisser faire ! »

Les impériaux commençaient à être vraiment proche et leurs tirs se faisaient plus précis. Quelques Krystasiens s'écroulèrent, une balle en pleine tête. D'autre eurent « plus de chance » et agonisait entre les mains des médecins. Tous ne portaient pas les lourdes cuirasses de combat, et ceux là tombaient en premier. Un soldat mourut juste à côté de moi, sa cervelle s'étalant sur mon armure. Une grenade roula dans le bunker, mais Dixis eut le réflexe de la renvoyer juste à temps. Ca chauffait vraiment ! Une rafale vint s'écraser sur le blindage de ma mitrailleuse, un éclat ricocha contre ma visière. Je ripostai instantanément, massacrant un groupe de trois impériaux un peu trop intrépides. Un blindé survivant s'était approché sur notre gauche, il venait de raser une batterie anti-char. Son canon se tourna lentement mais sûrement vers moi. Ecarquillant les yeux je bondis hors de mon poste, un obus venant de fracasser sans peines ma protection métallique. A terre, je regardai derrière moi, le bunker était éventré. La fumée se dissipa et Dixis envoya une décharge de F.I.P en plein dans le véhicule. Troué de part en part l'engin agonisait, un second tir en plein dans le moteur vint l'achever.

Je me relevai tant bien que mal, des gravas rebondissant contre mon armure, quelques balles venant s'y perdre aussi. J'envoyai une rafale de Gauss puis couru me mettre à couvert. Du coin de l'oeil j'aperçus les impériaux tenter une charge pour parvenir jusqu'à la brèche. Kaleshenkov resta au milieu du trou malgré les dangers, son F.I.P transperçant même les soldats les mieux protégés. Par une meurtrière du bunker je me remis à tirer, soutenant Dixis. L'ennemi nous encerclait à présent, isolant les blockhaus les uns des autres. Un Krystasien s'effondra à côté de moi, puis un autre et encore un autre. Nous étions submergé. J'hurlai de rage, une violente colère s'empara de moi, je tirais sans discontinuer, la fumée et les douilles emplissant notre bunker. Une escouade d'impériaux installa un lance-roquette et avant que je puisse les en empêcher, ils envoyèrent un projectile destructeur qui fracassa notre aile droite. Le terrible brasier englouti plusieurs Krystasiens, leurs cris de douleur résonnant dans nos oreilles. La bataille était en passe de se transformer en un horrible enfer pour nous. Adossé contre un mur je rechargeai avec une seule chose en tête : Vaincre ou mourir.

Je fis volte-face, balançant une énième rafale, deux impériaux tombèrent, fauchés alors qu'ils tentaient de gravir la pente qui menait au bunker. Plus j'en tuais plus il en venait, à perte de vue il n'y avait que des soldats ennemis, qui grouillaient parmi les cadavres de leurs camarades. Les blockhaus qui entouraient Krysto tombaient un par un, ma rage se transforma peu à peu en haine amère. Ils étaient en train de nous détruire, ceux qui m'avaient ravi ma liberté et celle de millions d'autres gens. Je ne voulais pas qu'ils gagnent et mettent un terme à l'unique espoir qui restait aux hommes écrasés par l'empire. Les humains se sont toujours divisés, bientôt il y'aura une unification : Et elle ne sera pas faites par ceux que je haïs. Je chargeai mon lance-grenade et me débarrassai ainsi d'une escouade de plus, vaporisée par la puissance destructrice de l'arme. Notre bunker n'était plus qu'une ruine, il devenait intenable.

« - On se repli dans les tunnels ! On fait tout sauter derrière nous et on va jusqu'aux murs ! » ordonna Dixis à travers le chaos.

Les quelques survivants se jetèrent dans la trappe qui menait aux souterrains. Je fus le dernier à descendre, verrouillant le passage derrière moi. Dans les étroites galeries la lumière des néons faiblissait et la poussière tombait du plafond. J'aurai de la chance si j'arrivais en vie jusqu'aux murs, les tunnels menaçaient de s'écrouler à n'importe quel moment. Au dessus de nos têtes les détonations se multipliaient. La traversée paru interminable, mais j'arrivai saint et sauf avec les autres ; enfin pour l'instant... Dès notre sortie du souterrain le vacarme assourdissant de la bataille revint nous assaillir, il fallait au plus vite rejoindre le mur pour tenter de repousser l'assaut massif. Des groupes de soldats Krystasiens rejoignaient déjà les ascenseurs, j'allai faire de même quand Dixis m'interpella à travers la masse d'homme qui courrait dans toutes les directions :

« - Irusk ! Osiris demande des renforts sur le front Est, la Garde Noire est bien là !

- Très bien mais j'y vais tous seul ?

- Mais non !

Il jura et repris :

- Prend la 101ème et la 119ème avec toi, canal 9 ! »

Je ne perdis pas une seconde de plus et passai mon intercom sur le canal en question, une chose était sûre je n'avais pas perdu mon aptitude à donner des ordres...

« - Compagnie 101 et 119 à l'Est avec moi ! Et bougez vous le cul ils ont vraiment besoin de nous là bas ! »

Je levai mon arme au ciel, hurlant à mes hommes d'avancer. Progressivement deux escouades se détachèrent de la masse de soldats, prêtes à en découdre. Au pas de course nous traversâmes les rues de la ville, les bâtiments en ruines ou en flammes se faisaient toujours plus nombreux, fracassés par la pluie d'obus qui ne cessait de s'abattre sur Krysto. Il fallait avancer prudemment, ce n'était pas le moment de faire plus de perte que nécessaire. Je paraissais fort mais intérieurement j'étais mort d'inquiétude pour Milya, pour me rassurer je ne cessais de me marteler que si il lui était arrivé quelque chose tout le monde l'aurait su. Pour le moment aucun ennemi n'avait réussit à franchir les murs, ce qui était déjà pas mal. J'approchai de la zone Est, le combat semblait encore plus intense qu'au Nord. A la sortie du souterrain les Dragons avaient formés un barrage, soutenu par des soldats réguliers. Si ils étaient là cela voulait dire que la Garde Noire avait déjà prit possession des tunnels. En résumé, si les Krystasiens tombaient ici les impériaux auraient une autoroute pour entrer dans la ville. Au milieu de ses hommes, à côtés de l'étendard de Krysto, Milya était là, couverte de sang ennemi. Elle n'avait plus de casque, prenant ainsi d'énormes risques. Sa chevelure blanche virevoltait à chaque mouvement, tous exécutés avec une mortelle précision et une efficacité inhumaine, elle se frayait un chemin dans les rangs adverses, une lame énergétique dans chaque main. Si les dragons causaient de lourdes pertes chez l'ennemi, je voyais la Garde Noire pointer son nez hors du passage souterrain. Mes hommes se mirent en position derrière les barricades mais déjà les rafales de l'élite impériale fauchaient quelques Krystasiens.

« - Résistez à tout prix ! Il faut les repousser ! »

Je me jetai l'instant d'après au sol, évitant un barrage de balle qui alla se fracasser contre les carlingues brûlées de quelques véhicules. Du coin de l'oeil je vis Milya se jeter à l'assaut de SN-561, le capitaine de la Garde. Un combat quasi-mythique s'engagea, lame contre lame. Je clignai des yeux tant cela allait vite, mais je me ressaisi vite, m'apercevant que justement un autre Garde arrivait sur moi : GH-552. D'un bond je me relevai, évitant de justesse de me faire piétiner par cette charge furieuse. A bout portant je lui envoyai une rafale de Gauss, mais son épais plastron d'Exo-7 arrêta sans broncher les projectiles. Comme une machine il riposta en m'envoyant un direct qui fracassa ma visière, les éclats me coupèrent le visage. « Heureusement » pour moi mon adversaire semblait avoir perdu son arme. Le coup suivant, je l'esquivai, renvoyant un coup de coude dans le torse du Garde remettant ainsi de la distance entre nous deux. Je n'avais que deux moyens de triompher : Soit je trouvais une lame énergétique, soit je tentais de le convaincre d'abandonner. J'ouvris les bras en signe de reddition et profitai de la fraction de seconde d'hésitation de l'unité pour lancer :

« - Me reconnais-tu ? Je suis IM-560, un frère.

La voix sans âme de l'Ultramarine déclara :

- C'est faux, IM-560 est mort, les juges l'ont dit. Je vais te tuer pour tes mensonges.

- Tu mens ! Je sais que tu le sens, même si je suis séparé de l'unité tu sens que je suis IM.

- Je... Les juges ne l'ont pas dit.

- Ils mentent ! Ce sont tous des menteurs ! C'est pour ça que je suis parti ! »

A travers les flammes d'une terrible explosion, un homme en noir s'avançait. A travers la rage et le chaos de la bataille il semblait parfaitement calme, rien ne paraissait pouvoir l'atteindre. Le Garde en face de moi s'en alla pour rejoindre le coeur de la mêlée, me laissant seul avec l'étrange Ghost que je ne connaissais que trop bien : L'inquisiteur Vharao. Son visage caché derrière un masque sombre, il marchait lentement tel la mort au dessus de nos âmes. Il s'arrêta à quelques mètres de moi, son regard invisible sondant les méandres de mon esprit. C'était lui qui avait toujours tenu la Garde Noire entre ses mains, lui qui donnait les ordres et nous « reformait » dans nos « écarts ». Pour moi il était mon juge, celui qui m'avait condamné. Une condamnation qu'il allait regretter. Je le haïssais, il représentait tous ce que je détestais chez la pourriture impériale. Sa voix ténébreuse franchit le fracas de la guerre sans problèmes :

« - Les traîtres doivent mourir, je me charge des traîtres.

- Le traître c'est toi, car tu nous as prit notre liberté, alors c'est toi qui dois mourir... Va en enfer ! »

L'air se distordit devant moi, quand je compris ce que c'était il était déjà trop tard. Une onde de force psionique me frappa de plein fouet, faisant vibrer chacun de mes os comme les cordes d'un instrument macabre, si ils n'avaient pas étaient renforcés se seraient tous cassés. Soulevé à plus de deux mètres dans les airs je retombai lourdement sur le sol. J'étais brisé, la douleur que je ressentis était effroyable. Je serrai les dents, n'arrivant pas à me relever. Maintenant il n'était plus qu'à un pas de moi, son aura psi était noire comme la nuit.

« - Tu es faible, je te domine. Ta si chère liberté t'a isolée, à présent tu ne peux que souffrir. »

Je tournai lentement la tête sur le côté. Le combat faisait rage, je voyais tout au ralenti, captant chaque horrible détail. Les cadavres s'entassaient au milieu de la neige rougie par le sang, les flammes dévoraient Krysto et ses défenseurs avec. On avait perdu, la Garde, mes anciens frères, laminaient nos rangs et les soldats impériaux étaient toujours plus nombreux. Sur ma joue droite je sentis quelque chose de plus froid que la glace de Cryos : Le canon d'une arme. Vharao était à l'autre bout du fusil. Son ton de pierre lança :

« - Au revoir. »

J'allais mourir, je fermais les yeux, je n'avais pas peur de ça car j'étais libre. Autrefois j'étais le lieutenant de la Garde, j'étais un des meilleur soldat de la galaxie toute entière. Mais je n'étais qu'une machine au service d'instance supérieure, de salauds comme Vharao. Comme il n'y a que les contes qui finissent bien, c'était l'empire qui allait gagner. Dans un sens je m'en voulais, comment pouvais-je les laisser gouverner l'univers ? Je n'étais qu'une goutte dans l'océan, mais j'étais peut-être la goutte qui ferait déborder le vase. Le temps qui avait semblé suspendre son vol venait de reprendre. J'hurlai de colère, utilisant ma vitesse psi je déviai l'arme de mon visage d'un revers de main. Vharao tira et le projectile me traversa la poitrine, perforant mon poumon droit. En armure j'avais plus de force que lui, et j'en profitai pour lui attraper le poigner et le forcer à lâcher son C-14. Il fit appel à toute sa résistance psionique, opposant une puissance que faillit faire éclater les bras hydrauliques de ma cuirasse. Ma visière étant brisée il jeta sa main libre sur ma gorge, essayant de m'étrangler. Toujours à terre, je lui envoyai un coup de genou dans le ventre, puis, le rejetai en arrière. Tombant sur le cul il resta un instant immobile. Je me relevai d'un bond, crachant un peu sang à cause de ma blessure et m'arrêtai dans mon mouvement, tout mes os me lançaient à en mourir. L'Inquisiteur en profita pour dégainer un pistolet à plasma semi automatique, arme à peu près aussi dangereuse qu'un F.I.P, sauf que par sa taille elle chauffait beaucoup plus vite. Un tir me traversa de part en part, laissant un trou béant dans mon ventre, un léger filet de fumée s'envola. Le plasma était si brûlant qu'il cautérisait instantanément la blessure, évitant une douloureuse hémorragie. Je titubai, manquant de retomber sur le dos. La seconde salve me frappa au torse et je m'écroulai. Le visage dans la neige, mon sang coulait lentement dans le froid. Les systèmes de mon armure étaient affolés et me bourraient de Stim, mais cela ne me sauvera pas. Ma vue ne voyait plus la réalité, une image se colla à ma rétine, celle d'un homme balafré penché sur moi. Sa voix avait un accent slave prononcé :

« - Alors camarade un peu de mal ?

J'articulai difficilement :

- Putain je suis mort et le diable c'est toi...

Il éclata d'un rire nerveux et me rétorqua :

- Si j'étais le diable tu serais vraiment mal barré... Mais chance pour toi tu es vivant.

- Je suis vivant ?

- Da. »

Je retournai à la réalité, presque vide de mon sang, une douleur atroce tenaillant mon corps et mon esprit. C'est fou ce que les Gardes Noirs sont résistants. Dans le cas présent c'était une véritable malédiction... J'aurai dû déjà être mort, mais mon organisme le refusait, il fallait que je souffre encore une bonne minute avant que je puisse me jeter dans les bras de la faucheuse. Un énorme pied métallique était posé juste devant mon nez, mon regard remonta lentement jusqu'au visage de son propriétaire : Un type balafré. Ce fut presque avec sourire qu'il me demanda

« - Un problème camarade ?

- Se... Sergeï ?

- Da.

- Mais... Que... Ce...

- Il est mort, Vharao est mort. Quand tu es tombé la gouvernante des Krystasiens a rompu le combat qu'elle menait avec moi et s'est jetée sur lui. A sa mort quelque chose s'est passé chez moi, un vide énorme, chaque garde est resté sans bouger pendant un instant, puis ce fut le chaos. Un chaos sans pareil, un chaos sans pareil... La Garde Noire s'est divisée et s'est affrontée entre elle, en proie à la confusion. La Garde est morte avec Vharao. La Garde, toute la Garde. »

La vision était irréelle. La bataille faisait encore rage, mais Sergeï me parlait tranquillement alors que les Dragons reprenaient un peu de terrain après la chute de l'élite impériale. Le visage impassible de Nikovitch se troubla, il se pencha un peu vers moi.

« - Tu comprends ? La liberté était si incroyable à nos yeux aveugles que personne n'à su y croire... Sauf toi... Tu aurais dû l'avoir toi cette foutue casquette de merde !

Je fus pris d'une quinte de toux sanglante, puis d'une voix faible je réussissais à dire :

- Mais... Tu es en vie toi, donc nous sommes trois à avoir gagné la liberté, Milya, elle aussi est là...

- Trois ? J'ai agis comme les autres. »

Je restai un instant sans mot dire, comme si les paroles de Sergeï avaient du mal à pénétrer mon cerveau embrumé par la douleur. Puis écarquillant les yeux, je venais de comprendre. Nikovitch me servit un pâle sourire et s'écroula à côté de moi, le dos de son armure était éventré et une plaie béante parcourait son échine.

« - Non... »

Un flot de souvenir m'envahit alors que j'essayai de me remettre à genoux. Je baissais la tête, incapable de soutenir le poids d'une culpabilité qui n'était pas la mienne. Je vivais encore alors qu'ils étaient tous morts. Tous ? Et Milya ?! Péniblement je me levai sur mes deux jambes. Je fis un pas, et faillit tomber. Les combats dansaient devant moi, l'enfer partout et les mines grimaçantes des cadavres désarticulés. Tout n'était plus qu'un champ de ruines fumantes et de corps sanglants. Pourtant rien n'était encore joué et les humains continuaient de s'entredéchirer. Je n'étais animé plus que par la haine et l'amour conjoint, j'avançai d'une façon mécanique, cherchant Milya du regard. Non loin, je tombai sur la carcasse mutilée de Vharao, couvert de plaies nettes caractéristiques de lames énergétiques.

Mais la vue qui s'imposa à moi me pétrifia sur place. Deux Dragons étaient en train de porter le corps d'un de leur frère, ou plutôt d'une soeur. Une soeur aux cheveux blancs. Je m'approchai le plus rapidement possible, saisit d'horreur. Les deux Krystasiens me reconnurent et me jetèrent des regards compatissants. Je me jetai sur elle, prenant son délicat visage entre mes mains. Elle aussi était morte. Une larme brûlante roula le long de ma joue droite. Plus que la tristesse c'était du désespoir, une âme brisée en mille morceaux. Mon coeur cessa quasiment de battre, cela dépassait toute les douleurs physiques que je pouvais éprouver. La neige se mit à tomber sur le feu de la guerre, lentement des flocons couvraient le sol imbibé de sang.

La liberté coûte chère. Je n'ais plus rien. Je ne sais même pas si ma promesse d'abattre l'empire sera accomplie. En temps normal autant de mauvaises choses m'auraient arrachées un sourire, mais là Milya était morte. Les juges m'avaient vraiment tout pris, ils ne leur manquaient plus que ma vie. Mon visage n'était plus qu'un masque sombre, marqué par deux sillons de larmes. J'allai mourir mais je m'en moquais bien, je ne pouvais plus rien sentir car je n'avais plus rien. A voix basse je murmurai d'un ton haineux :

« Vous voulez ma vie ? Prenez là et étouffez vous avec en enfer ... »

Je me relevai, plus déterminé que jamais mais à l'article de la mort. Malgré le regain d'énergie des Dragons les impériaux étaient en train de gagner. Ils étaient trop nombreux. Je m'avançai lentement, faisant trois pas avant de m'écrouler contre la carcasse d'un Garde Noir. Sa cuirasse éventrée laissait paraître une sale blessure. Je plongeais ma main dans l'armure déchiquetée pour chercher la capsule de drogue anesthésiante et anabolisante. Je refermai ma main sur une forme ovale, d'un coup sec je l'arrachai. Je la perçai et l'avalai en entier. Je cru que ma tête allait exploser mais la douleur était bien moindre par rapport à la perte de Milya. Une botte se posa devant moi, un soldat impérial pointait son arme sur moi. Il cracha d'une voix méprisante :

« - Alors on fatigue ? Crève salopard ! »

Avant même qu'il n'est le temps d'appuyer sur la gâchette de son fusil je lui avais brisé la nuque d'un coup de poing. A présent le front était juste en face de moi, mes veines et mes muscles étaient tendus à craquer. Chaque bouffée d'air que je recrachai puait la haine. Je ramassai une lame énergétique pour me lancer dans la terrible mêlée. J'hurlai, encore et encore au fur et à mesure que je courrai vers eux, mes ennemis. Avec élan je bondissais dans la masse, me retrouvant entouré d'impériaux, par delà la ligne des Krystasiens. Surpris ils mirent un instant avant de se rendre compte de ma présence. L'acier trancha la chair et les os comme du beurre, les tendons et les muscles claquaient, le sang giclait dans les airs dans ce tourbillon mortel. Chaque frappe faisait mouche, les cris de souffrance des soldats mutilés emplirent l'air âcre. Les cadavres s'entassaient, je me déplaçai avec une dextérité et une vélocité inhumaine, rendu presque invincible par mes pouvoirs psioniques exacerbés par les drogues. Il y'avait peu de chance que je survive, mais une seule et unique chose martelait mon esprit : La Vengeance. Face à cette frénésie meurtrière les Kystasiens reprirent du poil de la bête et les impériaux doutèrent. Comme un seul homme une vague de défenseurs déferla sur les rangs conquérants de l'empire. Mais plus j'en tuai plus il en venait, le seul moyen de briser cette avalanche était de se débarrasser du commandement, mais il devait être à l'abris dans l'espace.

Mais il ne fallait pas se montrer faible dans les situations requérant la force. Je me saisissais d'une autre lame, plantée dans le corps d'un Garde Noir. Les impériaux formèrent un cercle autour de moi, méfiants. Ils ouvrirent le feu, mais même le temps semblait ralentir pour me permettre de les esquiver. J'étais sur eux. La mort était dans mon acier. Même dans mon armure encombrante je semblai voler à travers les rangs adverses, fauchant les têtes et les corps. Moisson macabre. La neige, pure, était rouge du flux vermeil. Progressivement le Marteau de l'Empereur reculait, frappé par la résistance incroyable de Krysto. Maintenant ils tombaient hors des murs, mais la victoire paraissait impossible. J'étais épuisé, je ne vivais debout plus que pas la haine. Les soldats descendirent dans les tunnels, balayés par la contre-offensive organisée par les Dragons. Tout le mondé préférait mourir qu'être asservi, alors le monde se levai contre l'Empire. Bientôt nous les poussions hors des murs, une bien maigre victoire pour le nombre d'homme mort.

Du haut du fameux vallon je me tenais là. Sous moi l'horrible bataille continuait, les corps s'amoncelaient sur notre passage. La neige tombait doucement sur la boue immonde de la guerre, le vent me caressait de sa morsure glaciale. Le ciel enflammé au dessus de moi, la terre sanglante en dessous de moi, l'acier mortel des armes contre et avec moi. Mais dans mon esprit et mon âme plus rien sauf la froideur d'un déchirement. Couvert d'écarlate de la tête aux pieds, des larmes rougeoyantes coulaient le long de mes joues. Mon monde entier était brisé par une pluie de milliers de flammes.
L'aube ne se lève plus sur une terre morte. L'aube ne se lève plus sur mon esprit. Il n'y a plus qu'une désolation de glace qui entoure un coeur noir rongé par la haine. La neige n'arrive plus à couvrir les flammes de la guerre, le diable dévore notre liberté et ce diable là s'appel l'Empire. Peut-on se permettre de briser l'existence de millions d'hommes juste pour qu'une poignée d'autres vivent mieux ? Pour eux oui, pour moi non. Mais qui sont les plus fort ? Eux ou les centaines des mondes contre eux ? Le pire est que la vérité est généralement l'inverse de ce que l'on pourrait croire...

« - Ils meurent par milliers mais ils sont toujours là... Je ne sais même pas pourquoi je vis encore, sans âme. Elle est morte... »

De nouvelles larmes amères sillonnèrent mon visage sanglant, j'étais là, la douleur dans tout mon corps. Mon coeur ralentissait, je sentais les effets secondaires des drogues s'insinuer lentement dans mon sang. Mes veines gonflées d'un liquide noirâtre totalement impur. Je pleurais en silence et tombai avec les autres, sur la glace froide. Mourir enfin.

C'est fou comme le destin, si il existe, peu s'acharner thérapeutiquement sur certaine personne. Dans le cas présent j'étais sa victime, il ruinait mon esprit mais faisait tout pour que je reste en vie, cruelle ironie. Tout mes muscles étaient endoloris, j'avais l'impression d'être passer sous un char... Une lumière blanche aveuglante me blessa les yeux, comment pouvais-je encore vivre ? Je m'appuyai sur les coudes, grimaçant. Mon torse était couvert de bandages et une bonne dizaine de tuyaux partaient de mon corps jusqu'à différentes machines vrombissantes. Face à moi Jellia Hart. Ses yeux étaient cernés et son visage fatigué, mais si elle était encore là c'était que la bataille n'était pas perdue.

« - Vous... »

Je me laissai retomber sur mon lit, elle fit un pas en avant. Calmement elle déclara :

« - Les médecins disent que vous êtes l'homme le plus solide de toute la galaxie.

- Je n'ais plus rien d'humain...

- Peut-être bien mais je ne crois pas, sinon vos sentiments ne vous auraient pas sauvés.

- Sauvés ? Je ne suis plus qu'une carcasse vide ! »

A présent elle était juste au dessus de moi, les bras croisés. Elle soupira et ajouta dans un souffle :

« - Les impériaux vous ont transformés, mais il n'y a que vous qui puissiez inverser le processus.

- Et comment ? demandai-je incrédule.

- En acceptant ce qui vous arrive. »

Je me réveillais deux heures plus tard. Il y'avait un point sur lequel Jellia avait raison : Mon corps se rétablissait très vite. Je ne savais pas où en était Krysto ou même si j'étais encore dans la ville. Je me débranchai des machines, posant mes pieds sur le sol froid. Torse nu je sortis de ma chambre, déambulant dans un couloir bleu glacial à l'architecture Krytasienne classique. Le corridor semblait interminable, à droite et à gauche il y'avait toujours plus de porte. A n'en pas douter je devais être dans un hôpital. Au bout du chemin une certaine agitation régnait, visiblement un nouveau « client » venait d'être admis. Les médecins me passèrent devant sans me remarquer. Je continuai toujours tout droit pour tomber sur un garde. Il me reconnu immédiatement et me salua :

« - Le héro de Krysto ! C'est honneur de rencontrer un grand guerrier.

Je restai un instant silencieux, surpris d'un pareil accueil.

- Heu... Oui... Où est la salle de commandement ?

- Suivez moi, je vous ferrais passer à la caserne avant, Xanter veut vous voir. »

Il m'entraîna d'un pas rapide à travers le complexe, je le suivais sans rien dire. Quelques minutes plus tard à peine et j'étai sur place. Etrangement tout les soldats étaient parfaitement au garde à vous, tous alignés sur mon passage. Je mis quelques secondes avant de comprendre qu'ils m'attendaient. Ils étaient là, leurs visages abattus par la guerre mais encore fiers. Je ne comprenais plus trop ce qu'il arrivait, encore sonné par ma convalescence. Hadan et Dixis étaient au bout de cette haie d'honneur. Derrière eux reposait une armure de Dragon, ses gravures dorées reconnaissables entre toutes, c'était celle de Milya. Le gradé leva les mains en l'air, m'apostrophant d'un ton presque joyeux :

« - Nous vous attendions !

Je clignai des yeux et lançai encore surpris :

- C'est quoi tous ce bordel ?

- La guerre fait rage dehors, elle n'est pas encore finie. Hélas notre Haute Commandante est tombée, pour cela nous ferons payer mille fois le prix du sang aux impériaux. Mais pour votre bravoure et vos actes plus que mythiques au combat la décoration de Haut Commandant de Krysto vous revient, je sais que Milya l'aurait voulue. »

Je faillis tomber le cul par terre, ma bouche s'ouvrit grand comme pour parler puis se referma sans rien dire. Peu à peu des souvenirs renaissaient dans mon esprits : Les carnages que j'avais causé dans les lignes ennemies, la haine que j'avais déversé, mes larmes de sang. Je serrais les poings, le visage sombre. Je ne reconnu pas ma voix tant elle était glaciale :

« - Tuer ces chiens d'impériaux est toujours un honneur. Pour avoir arracher tous ce que l'humanité possédait je les tuerais tous. »

Même Xanter, d'ordinaire imperturbable, cilla à autant de rage. Il répondit d'un ton qui resta sûr :

« - Tout Krysto pense la même chose. Prenez cette armure, elle vous revient de droit et vous protégera. Nous avons besoin d'homme comme vous pour nous mener à la victoire.

J'acquiesçai et me retournai vers les soldats en rang. Je levai le poing bien haut et hurlai :

- La bataille ne se terminera que dans la victoire ! »

Un coeur uni me répondit, ils étaient prêts à en découdre malgré le choc moral. J'avais l'impression d'être ivre, le monde qui m'entourait était différent. Je me moquai de tout et encore plus de ma propre vie, seule cette possibilité de victoire m'animait encore. Aidé par Xanter j'endossai ma cuirasse. Sur mon pectoral était encore gravé : Milya Jager, seul sur l'épaulière droite était écrit mon nom. En fait les noms de tous les porteurs de l'armure étaient marqués puisqu'elle passait d'homme en homme. Je venais d'hériter du commandement de toute l'armée de Krysto, autant dire toute la ville, je ne savais plus trop quoi penser à part que je comptais infliger la plus terrible défaite à l'empire.

Huit heures plus tard, le conseil militaire se réunit...

« - L'empire a subit de lourdes pertes, mais nous sommes loin d'en être sortis indemnes. Ce fut grâce à la bravoure et au sacrifice des Dragons que la ville a survécu, ainsi qu'aux actes de héros comme ceux du Haut Commandant ou de Dixis. Hélas nous avons perdus plus des deux tiers de nos effectifs et l'ennemi, même privé de la Garde Noire, reste largement supérieur en nombre et en logistique. De plus, Jack a visiblement payé son audace... Osiris a perdu tout contact avec lui.

Kaleshenkov coupa le résumé de Xanter :

- Je suis sûr qu'il est encore là, n'oubliez pas que l'empire nous coupe toute communication avec des brouilleurs autour de la ville... Je connais Jack, il ne revient pas parce qu'il sait que nous sommes encerclés, il doit observer la situation de loin.

Adan toussota, visiblement pas totalement convaincu puis concéda :

- Peut-être bien... J'espère. »

Cette fois-ci j'étais assis en bout de table, à la place de Milya. Je suivais le débat avec peu d'intérêt pour l'instant, je connaissais déjà les rapports. Je levai une main en l'air pour intimer le silence et déclarai à la suite :

« - La première fois les impériaux ont reculés parce que leur moral à prit un coup avec la perte de la Garde Noire, nous ne pourrons pas avoir deux fois le même effet. Je sais que l'armée interstellaire impériale garde un milliard d'hommes sur place, mais il est possible que des renforts arrivent. L'unique moyen de tourner la bataille à notre avantage serait d'éliminer le commandement, sans lui les troupes seront désorganisées.

- Et comment comptez vous faire ? demanda calmement un officier.

- Je crois que Krysto dispose d'un système expérimental de téléportation, inspiré de la technologie protoss non ?

Xanter fronça les sourcils, visiblement surpris :

- Et comment savez vous cela ?

- Milya me l'a dit, expliquai-je avec un sourire.

- Il est totalement expérimental en effet, nous avons des problèmes pour cibler la destination, impossible de faire des frappes précises avec ça ! Si vous pensiez envoyez une bombe ou je ne sais quoi d'autre, c'est à oublier, elle pourrait très bien réapparaître ici même ! rétorqua Adan.

Déçu je demandai tout de même :

- A ce point là ? »

Le capitaine sembla réfléchir un instant, puis une lueur passa dans son regard, visiblement il venait d'avoir une idée. Il lança sur un ton excité :

« - Non il y'a peut-être une solution ! Nous pouvons mieux guider notre zone d'arrivée grâce à une fréquence d'onde précise, que nous pourrions émettre avec nos satellites. Mais il faudrait qu'il serve de balise, donc qu'il soit très près de la cible... Les cuirassés impériaux le repèreront avant qu'il ne parvienne à destination... »

Cela méritait réflexion, car cela semblait être la seule solution possible. Mais il fallait une sacrée chance ou alors un moyen de camoufler un satellite. La technologie de furtivité actuelle pouvait aisément être détectée par les capteurs dernier cri des vaisseaux impériaux. A force de chercher une idée germa dans ma tête... Joignant mes deux mains je déclarai posément :

« - Il y'a de nombreux chasseurs impériaux qui se sont écrasés, nous avons pu faire quelques pilotes prisonniers. Ils pourraient nous révéler un code d'authentification et nous émettrons les ondes avec le chasseur une fois que nous aurons atterrit dans la soute du vaisseau mère.

- Pourquoi ne pas simplement charger la bombe à bord ? demanda un officier encore un peu jeune.

- Parce que les impériaux nous scannerons avant sûrement, et si il détecte une arme avec un tel potentiel destructeur ils demanderons sûrement des explications... Que nous ne pourrons pas fournir, répondais-je simplement. »

Tout le monde semblait d'accord. Arracher un code n'était pas bien difficile, il suffisait juste de se montrer persuasif avec les prisonniers. Certes les méthodes employées n'allaient sûrement pas être très « correctes » mais les impériaux n'hésitaient pas non plus à s'en servir. Une autre question se posa rapidement : Qui allait remplir le rôle dangereux d'aller piloter ce vaisseau kamikaze ? Car il y'avait peu de chance de réussir à repartir avant l'explosion... Je me serais bien proposé mais je me doutai que si Krysto était de nouveau privé de son chef rien ne pourrait se passer comme prévu. On ne pouvait pas mettre de pilote automatique car si les scans impériaux ne détectaient pas une présence humaine ils se méfieraient.

Finalement ce fut l'un des derniers Dragons vivant qui se proposa. Le reste du conseil eut peu d'importance en comparaison de cet acte de courage.

...Trois jours s'écoulèrent...

Ce matin là je me réveillai encore plus amère que d'habitude. Je savais que l'empire allait donner son assaut définitif. Les préparatifs de notre « piège » étaient fins prêts. Moi aussi j'étais prêt, à lutter contrer les légions de l'empire. J'allai être en première ligne, comme toujours en fait. Le jour commençait à se lever, jamais l'aube n'avait été aussi limpide sur Cryos. Pour une fois le soleil semblait vouloir briller, aucun nuage, aucune tempête ne paraissaient oser gâcher le paysage immaculé. Aujourd'hui encore plus d'homme allait mourir, pour tenter d'atteindre une hypothétique liberté.

J'étais déjà en armure, l'arme à la ceinture. Dans la salle de commandement des voyants s'allumaient de partout, d'après Osiris les troupes impériales étaient en mouvement, convergentes vers Krysto. Cela avait tout l'air d'un assaut. Notre vaisseau kamikaze était prêt, il devait s'élancer au ras du sol, pour ne pas laisser d'écho puis décoller en ligne droite et rejoindre le plus vite possible l'espace. Xanter était face à un écran tactique, lançant ordre après ordre. Tout pouvait se terminer aujourd'hui... Je posai ma main sur son épaule, déclarant dans son dos :

« - Adan je vous souhaite bonne chance, je vais préparer les troupes. Nous serons déployés tout autour de la citadelle, dans les derniers retranchements.

- Bien haut commandant, nous sommes déjà prêts. »

Sans attendre je sortais, suivit des Dragons survivants, c'est-à-dire seulement cinq hommes. La place forte de Krysto avait une forme octogonale, ceinturée de hauts murs. Des batteries de canons étaient installées à distances égales et un champ de force érigé par Osiris protégeait le tout. Une fois les remparts franchis le « château » en lui-même ne pourra opposer beaucoup de résistance, car cela voudra dire que trop d'hommes étaient morts... Mais les Krystasiens avaient la rage au ventre, ils se battront comme des lions, versant le sang impérial jusqu'à la fin.

Je franchissais une petite cour enneigée, puis je montai sur les chemins de ronde grâce à un ascenseur. Tous les soldats m'attendaient, j'étais devenu leur étendard de chair et d'os ! Lorsque les portes de l'élévateur s'ouvrirent, les visages de tous mes hommes étaient tournés vers moi. Les Dragons passèrent devant moi pour me faire une sorte de haie, je pouvais ainsi m'avancer au coeur des Krystasiens. Je les regardai un instant en silence, puis jetai un coup d'oeil à la ville détruite qui agonisait à nos pieds. Les impériaux ne tarderaient pas à arriver, se servant sûrement des bâtiments en ruine comme couvert.

« - Soldats, nous avons gagné une bataille, au prix de lourdes pertes, mais nous avons repoussé les envahisseurs une fois. Alors nous le ferons une seconde fois, pour leur montrer que nous sommes ici pour mettre un terme à leur hégémonie qui n'a que trop durée ! Nous gagnerons cette guerre et nous gagnerons notre liberté ! Prenez vos armes et envoyez les à la faucheuse ! »

Certes avait eut moins d'impact qu'un discourt flamboyant de Dixis mais les Krystasiens étaient déjà suffisamment bouillants, ces simples mots suffirent à les faire s'enflammer. Ils prirent leurs armes, entendant les premières détonations de canons retentir. L'ennemi était à nos portes. Je dégainai la Slayer-Alpha de Milya, prêt à trancher. Dans l'autre main j'avais un pistolet à plasma. Déjà, les Krystasiens commençaient à tirer du haut des murs, abattant le front adverse. Je savais qu'ils étaient des millions et que chaque tué comptait. Les soldats ennemis étaient quasiment tous équipés d'un jet pack, qui leur permettait de bondir sur nos positions. Pour l'instant la plupart des assaillants étaient frappés avant de prendre pied sur les remparts... Mais cela n'allait sûrement pas durer longtemps...

Une énorme vague d'impériaux décolla des ruines, tel un essaim d'abeilles. Ils étaient plusieurs milliers à fondre sur nous à présent. Le choc allait être rude. Mais je n'eu pas vraiment le temps d'admirer cet assaut massif que déjà je transperçais de part en part un soldat un peu trop intrépide. Il glissa le long de ma lame puis s'écrasa en bas des murs. J'hurlai un cri de guerre, tuant un autre homme d'une décharge de plasma. Son torse explosa comme un fruit trop mûr et il chuta avec ses camarades. Petit à petit l'organisation exemplaire des Krystasiens se transforma en mêlée sanguinaire. Les cadavres d'alliés et d'ennemis tombaient de chaque côté des créneaux blancs neiges, qui viraient au rouge vermeille.

D'un revers de lame énergétique je tranchai la tête d'un impérial, qui avait tenté de me surprendre sur ma droite. Un autre arriva de face, il reçu un coup d'estoc en plein visage, alors qu'il n'avait pas encore atterrit avec son jet pack. Une gerbe abondante de sang m'éclaboussa alors que je retirai l'acier énergétique de sa face broyée. Le combat était loin d'être gagné... Mais je continuai, tuant le plus d'assaillant possible. Les membres et les corps s'amoncelaient, l'odeur de la mort commençant à planer au dessus du champ de bataille. La terrible puanteur de la chair brûlée piqua mes narines, un impérial était en train de d'incendier des Krystasiens au lance-flamme. Une décharge de plasma de ma part le mit sur orbite, il ne resta de lui plus qu'une torche, son cri de douleur noyé sous les clameurs de l'affrontement.

Les Dragons faisaient admirablement bien leur travail, soutenant les soldats réguliers aux endroits stratégiques. Mais bientôt une brèche se forma du côté est de la citadelle. L'ennemi pressa son avantage et rapidement ce fut une véritable tête de pont qui s'installa ! Pestant, je me frayai un passage pour rejoindre ce débordement le plus vite possible. Deux impériaux venaient de tuer un Krystasien à coup d'épée tronçonneuse, ils tournèrent la tête vers moi en me voyant arriver. Leur visage déformé par la colère, ils se jetèrent sur moi. Je chargeai aussi, me baissant au dernier instant pour éviter une frappe qui visait ma tête. Mon acier énergétique trancha un homme en deux, qui s'écroula au milieu de ses viscères sanguinolents. L'autre m'avait dépassé sans comprendre, et lorsqu'il se retourna il était déjà trop tard, mon arme lui avait ouvert la cage thoracique, sectionnant ses côtes et une partie de l'aorte, manquant de près le coeur. Le type s'effondra en un gargouillis immonde. Je me débarrassai encore de quelques soldats qui me bloquèrent le passage, puis j'arrivai sur le front est, la rage au ventre. J'exhortai les Krystasiens qui résistaient encore de ce côté-là :

« - Soldats ne les laissait pas aller plus loin ! Ne les laissait pas fouler plus que ça le sol de Cryos ! Nous sommes les Dragons des Glaces, pour la mémoire de Milya !

- Pour Krysto et les Hauts-commendeurs ! répondirent-ils en coeur. »

Un capitaine impérial surgit juste devant moi, manquant de me décapiter d'un coup de lame énergétique si soudain qu'il aurait vraiment pu être fatal. Mais utilisant ma rapidité psionique je détournai l'attaque au dernier instant, l'acier des deux armes crissant l'un contre l'autre. Je pointai mon pistolet à plasma vers lui, tenant toujours la pression. Il écarquilla les yeux et se détourna au dernier instant, la décharge d'énergie brûlante lui rasa l'abdomen, lui laissant une blessure suppurante. Il serra les dents et ne réussit qu'une parade maladroite face au coup d'épée vertical que je lui lançai. Reculant d'un pas il se sauva de nouveau d'un arc de cercle meurtrier, qui trancha la colonne vertébrale d'un autre impérial qui avait le dos tourné, occupé à un autre combat. Le temps que le corps de ma victime s'écroule et le capitaine avait dégainé un bolter, c'était un vrai dur à cuir celui là ! Il m'envoya une rafale en pleine poitrine mais ma lourde armure arrêta les tirs sans broncher. Sous son casque je vis son visage se décomposer, puis il visa ma tête, ma visière étant ouverte. Avec vivacité je bondis pour lui tailler la main, il préféra sauver son membre et recula, ma lame ne découpa que son canon. A force de perdre tu terrain le capitaine s'était retrouvé acculé au bord du mur. Il fit tournoyer son épée et se jeta dans un ultime estoc trop audacieux pour être réalisé dans son état. Il paya son excès de confiance de sa vie, se retrouvant avec la pointe de mon arme dans son ventre. J'avais été plus rapide et roulant sur sa droite il n'avait pu esquiver une contre-attaque aussi prompte. La mort du capitaine sembla démoraliser les impériaux, qui visiblement avaient réussit cette percée grâce à son commandement.

Les Krystasiens redoublèrent d'efforts en voyant les assaillants hésiter. Je repoussai un attaquant par-dessus les remparts, et ce que je vis à ce moment là me donna un terrible coup au moral : En contrebas il y'avait des millions d'impériaux qui suivaient l'offensive, se jetant dans la mêlée grâce à leur jet pack. Comment stopper autant d'hommes ? J'espérais que notre kamikaze ne s'était pas sacrifié pour rien et que le vaisseau amiral était en train de s'écraser, si c'était le cas toute la galaxie libre devra louer son nom.

Je tournai la tête pour apercevoir un impérial se s'élancer sur moi, une lame tronçonneuse en main. J'esquivai au dernier instant et son arme percuta le rebord du mur en une gerbe d'étincelles. Il grogna et enchaîna avec un coup de taille un peu trop lent, que je parai sans difficultés. La seconde d'après mon pistolet à plasma lui explosa la poitrine. Un de moins. Au milieu des corps à corps sanglants je discernai Dixis, sur la brèche, deux énormes fusils Gauss dans chacune de ses mains. Je n'imaginai même pas ce que les amortisseurs de son armure devaient encaisser avec le recul de chaque mitrailleuse... Mais les impériaux n'arrivaient même pas à deux mètres du mur, cloués par la grêle de balles dévastatrice qui les balayait comme des moustiques. Des dizaines de corps sans vie retombaient dans le vide, transformés en puzzles dégoulinants de sang.

J'empalai un ennemi de plus, qui, un peu trop intrépide, avait cru pouvoir me surprendre de dos. Mais la cuirasse des Dragons détectait ce genre de menaces... Mais petit à petit je me rendis compte que les impériaux semblaient vouloir me cibler, ils étaient de plus en plus nombreux à me foncer dessus, sans doute avaient-ils eut l'ordre de s'en prendre au leader. Bientôt je me retrouvai cerné de toute part, les assaillants reprenant l'avantage sur les créneaux. Ma lame énergétique décrivit un arc de cercle meurtrier, qui trancha net deux têtes. Cela ne ralentit pas les autres, qui fondirent littéralement sur moi. Par réflexes j'eu le temps de tirer une décharge de plasma, qui envoya bouler un attaquant, brûlé à la mort. Mon épée se rabattit en garde, coupant un bras qui traînait. Des balles ricochèrent contre mon armure, et je fonçai dans le tas pour essayer de sortir du cercle qui se refermait sur moi. Je laissai ma lame perpendiculaire à ma hanche, tailladant ainsi un impérial à ma droite, qui se retrouva éventré. Il vomit du sang et s'écroula sur un de ses camarades. Je relevai mon épée pour assener un coup puissant de haut en bas, qui fendit le crâne du premier ennemi venu. De la cervelle et des morceaux d'os s'envolèrent lorsque je retirai mon arme de la tête de ma victime, pour l'abattre de nouveau. Sa course mortelle se termina dans le torse d'un soldat, sa cage thoracique fut ouverte comme un bout de beurre, il hurla jusqu'à ce que sa gorge s'emplisse de son propre sang, ce qui l'étouffa et mit fin à ses souffrances. D'un revers de coude je déviai un Gauss qui menaçait de faire exploser ma visière, j'envoyai en riposte un coup de pied terrible qui renversa mon agresseur. Je l'achevai en lui écrasant le visage avec mon talon, son casque léger ne supportant pas la pression énorme de ma cuirasse.

Mais ils étaient bien trop nombreux et je m'épuisai. Des épées énergétiques, des balles en néo-acier et des tronçonneuses venaient toujours plus déterminées. Autour de moi il y'avait des monceaux de cadavres, pourtant cela ne semblait pas impressionner les impériaux qui craignaient peut-être encore plus leurs supérieurs. Je ne voyais plus que des coups, des visages haineux qui hurlaient ma mort, l'acier qui tourbillonnait et bientôt l'engourdissement de mes membres.

Un flash aveuglant me fit cligner des yeux. Au loin, une traînée de flammes et de fumée brisait le ciel monotone de Cryos. C'était un énorme croiseur qui était en train de tomber à pleine vitesse en direction du sol neigeux. Il se désagrégeait en vol, explosant morceaux par morceaux. Lorsqu'il se crasha le monde entier trembla. Les réacteurs qui utilisaient des matériaux à fission instables dégagèrent une onde de choc sans pareil, jamais je n'avais ressenti un souffle aussi puissant. Tout les soldats se plièrent en deux pour ne pas être emportés, certains, trop proches des murs, passèrent par-dessus. J'avais l'impression de vivre une véritable apocalypse. Les assaillants eurent l'explosion de dos, ils ne furent donc pas aveuglés, ils profitèrent des quelques secondes de confusion qui s'étaient installés pour prendre l'avantage. Le temps que je r'ouvre les yeux et une centaine de soldat ennemis avaient prit pied sur nos positions...

Encore un peu étourdit je ne vis pas arriver un coup épée énergétique qui m'entailla le bras. De rage je ripostai en fracassant la visière de mon agresseur, fouillant son visage de la pointe de mon arme. Son cri fut noyé par la douleur. A présent, même avec la destruction du croiseur amiral, nous avions perdu. Deux autres brèches s'étaient ouvertes au nord et au sud, nous étions littéralement submergés par la tempête impériale. Moi-même je n'en pouvais plus, je n'étais plus qu'une machine qui abattait mécaniquement mon épée, encore et encore.

Je reculai avec les autres Krystasiens, nous étions acculés contre le bord intérieur des murs, nous ne pouvions plus que nous battre jusqu'à la mort. Le sang rendait le sol glissant et était encombré de cadavres. D'une droite je brisai la nuque d'un adversaire, puis j'enchaînai avec un coup diagonal qui trancha de l'épaule à la hanche un autre soldat. Les deux morceaux de viande tombèrent par terre en un bruit mat immonde. Ma Slayer-Alpha ne cessa pas ses ravages, coupant une nouvelle tête qui sauta en l'air pour aller rouler dans les pieds des assaillants. Mon armure blanche était devenue rouge...

Non loin de moi je sentis l'air s'épaissir, Jellia était là, flottante à quelques centimètres du sol. On aurait cru à une apparition fantomatique car son camouflage optique s'épuisait et à présent on la voyait légèrement. Ses mains convergèrent en avant, l'atmosphère se tordit et sembla se ramasser sur elle-même, comme pour prendre de l'élan. D'un coup, elle paru se « déplier » pour filer vers la masse des attaquants. Cette onde psionique aurait fait pâlir Vharao... Les impériaux furent balayés comme des fétus paille, le bruit de leurs os brisés me faisant encore frémir. Le sang gicla de leurs orbites, de leur nez et de leur bouche, leurs organes internes étant déchirés par la puissance psi. Même si les pertes furent rapidement remplacées, ce fut avec plus d'appréhension que l'ennemi contre-attaqua.

Mais là, leur assaut fut soudainement brisé. Une flotte de plusieurs milliers de drones venait de surgir du lointain horizon ! Leurs sulfateuses à plasma mutilaient et massacraient les impériaux. Un tir seul suffisait à déchiqueter un humain normal en morceau, le calibre utilisé par les chasseurs étant conçu contre les blindages lourds des autres vaisseaux... Ce fut bientôt une véritable pluie de sang et de cadavres qui s'écoulait le long des murs. Surpris par cette arrivée, l'ennemi fut prit d'une vague de panique.

Evidemment la chasse impériale avait tentée de soutenir l'infanterie, mais les nombreuses batteries Flak de Krysto rendaient la chose difficile, Osiris étant d'une précision mortelle. Dixis hurla en levant une de ses armes en l'air :

« - Jack, enfoiré, tu en as mis du temps ! »

Le ballet aérien des vaisseaux écrasait sans coup férir les légions ennemies. Cette fois-ci ils partaient mais ne reviendraient pas. Je pressai mes hommes de pousser les assaillants hors des murs. Reprenant du poil de la bête, les Krystasiens laissèrent leur colère et leur haine les guider.

Je me jetai dans la mêlée, n'ayant plus qu'une seule chose en tête : Réaliser une promesse et venger Milya. La victoire n'avait jamais été aussi proche... Il n'y avait qu'à la saisir.

_______________


Vous allez me demander comment tous cela a-t-il fini ? Par le repli désordonné des troupes impériales. Quelques années plus tard vous savez que les rebelles ont réussit à prendre le pouvoir et que trois de mes meilleurs amis, Dixs, Jellia et Jack, sont morts pour ça. Le jour de la fin de la guerre devint férié et une immense fête déchaîna tous les humains de la galaxie.

Tous sauf moi, je n'étais pas de cette humeur là. Je laissai le commandement Krysto à Hadan, il était suffisamment sage pour régenter la ville des glaces et sa reconstruction. Moi je repartais, avec le corps de Milya dans une cellule stase. On m'avait traité comme un héro, mon nom était loué comme celui des grands rois des temps anciens, j'étais couvert d'une gloire éternelle. Pourtant mon humeur actuelle tenait plus de celle du Chevalier Noir.

Mon vaisseau filait vers Char, planète principale de la nuée Zerg. On pourrait alors me traiter de fou... Mais je suivais un rêve et l'on ne peut pas lutter contre ça, car on vit pour ses rêves. Milya pouvait être sauvée, j'en étais sûr. Pour ça il fallait que j'ailler tailler une bavette avec l'instance la plus puissante de l'univers : L'Overmind. Rien ne semblait plus dangereux...

Mais je souriais.
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